mardi 2 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2400859 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | DELBES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 janvier 2024, Mme A C épouse B, représentée par Me Delbes, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 23 janvier 2024 par lesquelles la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a déterminé le pays de destination en cas de reconduite et l'a interdite de retour sur le territoire pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer une carte de séjour, ou à tout le moins de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision l'obligeant à quitter le territoire méconnaît les exigences de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est également entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 435-1 du code précité ;
- cette décision méconnaît les exigences de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision déterminant le pays de destination méconnaît les articles L. 612-12 et L. 721-3 du code précité ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est illégale en l'absence de toute justification ;
- la décision l'interdisant de retour sur le territoire national est insuffisamment motivée, aucun élément n'étant relevé s'agissant de l'ordre public ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mai 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gilbertas, premier conseiller,
- les observations de Me Delbes, pour Mme B.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin d'annulation :
1. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine ". Selon l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
2. Mme A C épouse B, ressortissante albanaise née le 25 mars 1992, fait valoir sa présence en France entre octobre 2013 et décembre 2014 puis, dernièrement, depuis le mois de février 2018, accompagnée de ses deux enfants, nés en 2013 et 2015. Elle indique également que sa belle-famille réside régulièrement en France sous le bénéfice de la protection subsidiaire, et que le père des enfants est également revenu dans ce pays. La requérante se prévaut également d'un contrat de travail à durée indéterminée, depuis le 29 septembre 2023, ainsi que d'activités associatives et d'un niveau élevé de langue française. Toutefois, compte tenu des conditions de séjour de l'intéressée en France, celle-ci ayant fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 17 janvier 2022 dont la légalité a été confirmée par la cour d'appel administrative de Lyon le 29 avril 2024 et son activité professionnelle n'ayant pas été autorisée, les liens ainsi caractérisés n'apparaissent pas tels que la décision portant obligation de quitter le territoire y porterait une atteinte disproportionnée au regard de ses objectifs. De même, compte tenu de l'âge des enfants de la requérante et de la circonstance qu'ils ont vécu en Albanie, cette décision ne peut être regardée comme méconnaissant leur intérêt supérieur. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 423-23 précité, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés. L'ensemble des circonstances relevées ci-avant ne caractérisent pas des circonstances familiales ou professionnelles exceptionnelles, au sens de l'article L. 435-1 précité et le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation à cet égard doit également être écarté.
3. En deuxième lieu, l'illégalité de la décision portant mesure d'éloignement n'étant pas établie, Mme B ne saurait exciper d'une telle illégalité à l'encontre des autres décisions portées par l'arrêté du 23 janvier 2024.
4. En troisième lieu, Mme B indique être exposée, ainsi que ses enfants, à des risques en cas de retour en Albanie du fait d'une vendetta familiale, elle ne verse aucun élément permettant d'établir la réalité de tels risques en cas de retour. Par suite, la décision déterminant le pays de destination ne méconnaît pas l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Selon l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; ".
6. Pour refuser un délai de départ volontaire à Mme B, la préfète de l'Ain a relevé, au visa des dispositions précitées, que l'intéressée s'était soustraite à une précédente mesure d'éloignement édictée le 17 janvier 2022. Ce faisant, la préfète de l'Ain a suffisamment motivé sa décision, laquelle n'apparaît pas entachée d'erreur d'appréciation au seul motif que la mesure d'éloignement en litige était contestée en appel à la date d'édiction du refus de délai de départ volontaire en litige. Les moyens afférents doivent ainsi être écartés.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". L'article L. 612-10 du même code dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
8. Pour interdire de retour sur le territoire national Mme B, la préfète de l'Ain a relevé que la requérante s'était, ainsi qu'il a été dit, soustraite à une précédente mesure d'éloignement, elle a relevé les éléments du parcours de Mme B relatifs à son séjour en France ainsi que la permanence de liens établis en Albanie. La préfète a également mentionné l'absence de menace pour l'ordre public caractérisée par sa présence en France. Contrairement à ce qui est soutenu par la requérante, l'autorité compétente a ainsi suffisamment motivé sa décision, laquelle n'apparaît pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans son principe, aucune circonstance humanitaire n'étant invoquée, ni disproportionnée dans son quantum. Les moyens afférents doivent ainsi être écartés.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte les assortissant et celles présentées au titre des frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C épouse B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse B, à Me Delbes et à la préfète de l'Ain.
Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Drouet, président,
Mme Maubon, première conseillère,
M. Gilbertas, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.
Le rapporteur,
M. Gilbertas
Le président,
H. Drouet
La greffière,
C. Amouny
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière,
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA02134
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA02150
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA03459
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA03472
08/04/2026