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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2401897

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2401897

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2401897
TypeDécision
Formation6ème chambre
Avocat requérantGALICHET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 février 2024, Mme A C épouse B, représentée par Me Galichet, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 22 septembre 2023 par lesquelles le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer un certificat de résidence d'une durée d'un an portant la mention " salarié " ou à défaut " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son bénéfice de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ou à titre subsidiaire le versement à son conseil de la même somme sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de son renoncement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- les décisions sont entachées d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- la décision de refus de titre méconnaît les stipulations des articles 6-5, 7 b) de l'accord franco-algérien, celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Le préfet de la Loire a produit un mémoire en défense le 1er juillet 2024 postérieurement à la clôture d'instruction et non communiqué.

Mme C épouse B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 12 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Delahaye, premier conseiller.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C épouse B, ressortissante algérienne née le 20 septembre 1992, déclare être entrée en France le 9 juillet 2017, accompagnée de son époux et de leurs deux enfants mineurs. Elle a sollicité le 29 novembre 2022 la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ainsi qu'au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par les décisions attaquées du 22 septembre 2023, le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux mois.

Sur l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, les décisions litigieuses du 22 septembre 2023 ont été signées par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté du préfet de la Loire du 13 juillet 2023, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du 24 juillet suivant, librement accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence des décisions contestées doit être écarté.

3. En second lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui les fondent au regard notamment de la demande d'admission exceptionnelle au séjour formulée par l'intéressée. Elles sont, par suite, suffisamment motivées.

Sur la décision de refus de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit :() / 5. Au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; (). ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

5. Mme C épouse B fait valoir qu'elle est entrée en France depuis le 9 juillet 2017 avec son époux et leurs deux enfants nées en 2012 et 2014, que leurs deux autres enfants sont nés en France en 2019 et 2020, que sa soeur réside en France, qu'elle s'est investie comme bénévole auprès du secours populaire, que son époux occupe un emploi salarié permettant à la famille de vivre convenablement. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que si l'époux de l'intéressée exerce une activité professionnelle en contrat à durée indéterminée en qualité d'ouvrier poseur depuis le 10 septembre 2021, il réside également irrégulièrement sur le territoire français depuis 2017 et fait l'objet d'une décision du même jour de refus de séjour assortie d'une mesure d'éloignement. Par ailleurs, la requérante ne fait état d'aucun obstacle à la poursuite de sa vie familiale et de la scolarité de ses enfants dans son pays d'origine, commun à celui de son époux. Enfin, l'intéressée n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où vivent notamment sa sœur et sa mère et où elle a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, Mme C épouse B n'est pas fondée en l'espèce à soutenir que la décision en litige aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale uneatteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise, ni qu'elle aurait méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés. En l'absence d'autre élément, la décision litigieuse n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle de l'intéressée.

6. En second lieu, Mme C épouse B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle ne relève que de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié qui régit de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. En outre, eu égard à ce qui a été dit précédemment sur sa vie privée et familiale, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Loire aurait en l'espèce commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire usage de son pouvoir de régularisation.

Sur la décision portant obligation de territoire français :

7. En l'absence d'élément spécifique à la décision portant obligation de quitter le territoire français, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés pour les mêmes motifs que précédemment. La décision en litige n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme C épouse B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme C épouse B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse B et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

Le rapporteur,

L. DelahayeLe président,

J. Segado

La greffière,

F. Abdillah

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,

N°2401897

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