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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2403051

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2403051

mardi 1 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2403051
TypeDécision
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantPENIN

Résumé IA

Cette décision du Tribunal Administratif de Lyon, en formation de 5ème chambre, concerne le recours de M. A B, ressortissant algérien, contre le refus implicite de la préfète du Rhône de lui délivrer un premier titre de séjour "vie privée et familiale". Le tribunal annule cette décision implicite au motif qu'elle est entachée d'illégalité pour défaut de motivation, l'administration n'ayant pas communiqué les motifs de son refus dans le délai d'un mois suivant la demande de l'intéressé, en méconnaissance des articles L. 211-2, L. 211-5 et L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Par conséquent, il enjoint à la préfète de réexaminer la demande de M. B dans un délai de deux mois et met à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 mars 2024, M. A B, représenté par Me Penin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de la préfète du Rhône refusant la délivrance d'un premier titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un premier titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 800 euros au titre des frais irrépétibles par application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été régulièrement communiquée à la préfète du Rhône, qui n'a pas produit d'observations, avant la clôture de l'instruction.

Par une ordonnance du 20 février 2025, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 mars 2025.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bour, présidente,

- et les observations de Me Penin, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 13 décembre 1987, est entré sur le territoire français le 1er mars 2019 selon ses déclarations. Il a sollicité, le 9 décembre 2022, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle la préfète du Rhône a implicitement rejeté cette demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Si l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature et la durée de validité des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, il n'a toutefois pas entendu écarter, sauf stipulations incompatibles expresses, l'application des dispositions de procédure qui s'appliquent à tous les étrangers en ce qui concerne la délivrance, le renouvellement ou le refus de titres de séjour. Aux termes de l'article R.*432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ", et aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " la décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ".

3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ", et aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ". En vertu de ces dispositions, la décision refusant la délivrance d'une carte de séjour temporaire constitue une mesure de police qui est au nombre de celles qui doivent être motivées. Par suite, il est loisible à l'intéressé de demander, dans le délai du recours contentieux, les motifs de la décision implicite ayant le même objet. En l'absence de communication de ces motifs dans le délai d'un mois, la décision implicite se trouve alors entachée d'illégalité pour défaut de motivation.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a déposé une demande de délivrance d'un premier titre de séjour en préfecture du Rhône le 9 décembre 2022, et qu'un récépissé de demande de titre de séjour lui a été délivré à cette occasion, puis régulièrement renouvelé depuis lors. Du silence gardé pendant quatre mois par la préfète du Rhône sur cette demande est née une décision implicite de rejet. Il ressort également des pièces du dossier que M. B a sollicité la communication des motifs de la décision implicite de rejet ainsi opposée à sa demande de titre de séjour, par l'intermédiaire de son conseil, par un courrier reçu en préfecture du Rhône le 12 février 2024. En l'absence de communication de ces motifs dans le mois suivant cette demande, ni même après, l'intéressé est fondé à soutenir que la décision refusant de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait est entachée d'un défaut de motivation et, par suite, est illégale.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions en injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu par le présent jugement, il y a seulement lieu d'enjoindre à la préfète du Rhône, en application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, de statuer à nouveau sur la situation de M. B en prenant une décision expresse dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte sollicitée.

Sur les frais de l'instance :

7. Si M. B demande qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat au titre des seules dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et donc versée à son conseil à ce titre, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il aurait sollicité l'aide juridictionnelle dans la présente instance. Ses conclusions à ce titre doivent, dès lors, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle la préfète du Rhône a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de réexaminer la demande de M. B dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 18 mars 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Bour, présidente ;

Mme Jorda, première conseillère ;

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er avril 2025.

La présidente-rapporteure,

A-S. BourL'assesseure la plus ancienne,

V. Jorda

La greffière,

C. Touja

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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