Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 avril et 13 décembre 2024, Mme B... C..., représentée par Me Lavocat, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Rillieux-la-Pape à lui verser la somme de 31 045,36 euros, majorée des intérêts au taux légal à compter du 11 décembre 2023, date de sa demande indemnitaire préalable, avec capitalisation des intérêts échus, en réparation du préjudice subi à la suite de l’accident de service du 7 juillet 2020 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Rillieux-la-Pape une somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens de l’instance.
Elle soutient que :
– le rapport d’expertise médicale qu’elle produit est opposable dès lors que la mairie a refusé de procéder à une expertise contradictoire et l’a invitée à programmer elle-même cette expertise en indiquant qu’à réception des préjudices chiffrés, elle procéderait à l’étude de son dossier et le cas échéant à des contre-expertises ;
– la commune de Rillieux-la-Pape est responsable des préjudices qu’elle a subis sur le fondement de la responsabilité pour risque ;
– elle doit être condamnée à indemniser les préjudices patrimoniaux et extra-patrimoniaux imputables à l’accident de service.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 octobre 2024, la commune de Rillieux-la-Pape, représentée par la SELARL ATV Avocats associés (Me Aubert), conclut au rejet de la requête et à ce qu’il soit mis à la charge de Mme C... une somme de 3 000 euros en application de l’article L.761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
– le rapport d’expertise médicale produit par la requérante n’est pas contradictoire et il ne pourra pas en être tenu compte ;
– les préjudices allégués ne sont pas établis ou leur évaluation est disproportionnée.
Par ordonnance du 24 juillet 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 30 septembre 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
– le code général de la fonction publique ;
– le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
– le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
– le rapport de Mme Monteiro, première conseillère,
– les conclusions de M. Gilbertas, rapporteur public,
– les observations de Me Trimaille, substituant Me Aubert, représentant la commune de Rillieux-la-Pape.
Considérant ce qui suit :
Mme C..., aujourd’hui retraitée, exerçait les fonctions d’agent chargé du contrôle des prestations d’entretien des locaux communaux au sein de la commune de Rillieux-la-Pape. Le 7 juillet 2020, elle a été victime d’un accident sur son lieu de travail. Cet accident de service a été reconnu imputable au service. La date de consolidation a été fixée au 19 juillet 2021. Par courrier en date du 11 décembre 2023, reçu le 13 décembre suivant, Mme C... a adressé à la commune de Rillieux-la-Pape une demande préalable d’indemnisation afin de liquider les préjudices résultant de cet accident. A la suite du rejet implicite de sa demande, Mme C... demande au tribunal de condamner la commune de Rillieux-la-Pape à lui verser la somme totale de 31 045,36 euros en réparation de ses préjudices.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de la commune :
Les dispositions des articles L. 27 et L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite déterminent forfaitairement la réparation à laquelle un fonctionnaire victime d’un accident de service ou atteint d’une maladie professionnelle peut prétendre, au titre des pertes de revenus et de l’incidence professionnelle résultant de l’atteinte qu’il a subie dans son intégrité physique, dans le cadre de l’obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu’ils peuvent courir dans l’exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font en revanche pas obstacle à ce que le fonctionnaire, qui subit, du fait de l’invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d’une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la collectivité qui l’emploie, même en l’absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice. Elles ne font pas non plus obstacle à ce qu’une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l’ensemble du dommage soit engagée contre cette personne publique, dans le cas notamment où l’accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne ou à l’état d'un ouvrage public dont l’entretien lui incombait.
Il résulte de l’instruction que la commune de Rillieux-la-Pape a reconnu l’imputabilité au service de l’accident survenu le 7 juillet 2020. Il en résulte que la responsabilité de la commune de Rillieux-la-Pape peut être engagée à l’égard de Mme C..., même en l’absence de faute, dans l’hypothèse où celle-ci démontrerait avoir subi, du fait de cet accident, des préjudices personnels ou des préjudices patrimoniaux d’une autre nature que ceux réparés par l’allocation temporaire d’invalidité ou la rente viagère.
En ce qui concerne les préjudices :
Si la commune de Rillieux-la-Pape fait valoir qu’il ne pourra pas être tenu compte du rapport d’expertise médicale produit par la requérante dont elle conteste les conclusions, les éléments d’une expertise non contradictoire peuvent, s’ils sont soumis au débat contradictoire en cours d’instance, être régulièrement pris en compte par le juge, soit lorsqu’ils ont le caractère d’éléments de pur fait non contestés par les parties, soit à titre d’éléments d’information dès lors qu’ils sont corroborés par d’autres éléments du dossier.
Il résulte de l’instruction que sollicitée le 27 avril 2022 par la requérante afin d’organiser une expertise médicale, la commune de Rillieux-la-Pape, le 28 juin 2022, l’a invitée à programmer elle-même cette expertise et à revenir vers elle avec des préjudices chiffrés afin que son dossier puisse être étudié et faire l’objet d’éventuelles contre-expertises. Pour justifier sa demande indemnitaire, Mme C... a ainsi fait réaliser une expertise non contradictoire le 13 décembre 2022 par le Dr A..., médecin spécialisé en réparation juridique du dommage corporel et expertise médicale. La circonstance que cette expertise n’a pas été faite dans le respect du contradictoire n’est pas à elle seule de nature à écarter sa prise en compte par le tribunal, dans les conditions mentionnées au point précédent.
S’agissant des préjudices patrimoniaux :
Quant aux frais divers :
En premier lieu, dans les circonstances particulières de l’espèce, Mme C... est fondée à demander le remboursement des honoraires du docteur A..., qui a réalisé son expertise médicale et dont elle justifie l’acquittement en produisant la note d’honoraires afférente. Par suite, il y a lieu d’allouer à la requérante la somme de 480 euros à la requérante à ce titre.
En second lieu, si Mme C... demande le remboursement des frais kilométriques effectués avec son véhicule pour un montant total de 179,86 euros, elle ne précise pas l’objet des rendez-vous médicaux à la polyclinique de Rillieux-la-Pape et à la clinique de l’infirmerie protestante de Caluire-et-Cuire pour lesquelles elle demande le remboursement des déplacements et n’établit pas ainsi qu’ils sont en lien direct avec ledit accident. Mme C... justifie en revanche avoir effectué des déplacements pour se rendre aux rendez-vous médicaux d’expertise médicale pour un total de 92, 8 kilomètres, au moyen d’un véhicule de quatre chevaux fiscaux. Elle est fondée, dans ces conditions, à demander la condamnation de la commune de Rillieux-la-Pape à lui verser la somme de 56 euros au titre des frais de déplacement.
Il résulte de ce qui précède que la commune de Rillieux-la-Pape doit être condamnée à verser à Mme C... la somme de 536 euros au titre des frais divers.
Quant aux frais d’assistance à tierce personne :
Lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d’un dommage corporel la nécessité de recourir à l’aide d’une tierce personne, il détermine le montant de l’indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire permettant, dans les circonstances de l’espèce, le recours à l’aide professionnelle d’une tierce personne d’un niveau de qualification adéquat, sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n’appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l’aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.
Il résulte de l’instruction que l’accident de service dont a été victime Mme C... a occasionné pour cette dernière un besoin d’assistance par tierce personne, non spécialisée, à hauteur d’une heure par jour du 7 juillet au 1er octobre 2020, soit pendant 87 jours, et de quatre heures par semaine du 2 octobre 2020 au 18 janvier 2021, soit pendant quinze semaines. Le coût moyen d’une telle assistance, compte tenu du salaire minimum interprofessionnel de croissance durant ces périodes, augmenté des charges sociales, doit être fixé au taux horaire de 14 euros pour cette aide non spécialisée. La requérante, qui se borne à invoquer les montants facturés par les organismes privés d’aide à domicile et le taux horaire retenu par la métropole de Lyon, n’apporte aucun élément de nature à justifier que le coût de cette assistance devrait être déterminé à un taux supérieur. Dans ces conditions, le préjudice subi par Mme C... résultant de l’assistance par tierce personne peut être évalué à la somme de 1 218 euros pour la période du 7 juillet au 1er octobre 2020 et à celle de 840 euros pour la période du 2 octobre 2020 au 18 janvier 2021. La commune de Rillieux-la-Pape doit donc être condamnée à verser à ce titre la somme totale de 2 058 euros à Mme C....
S’agissant des préjudices extrapatrimoniaux :
Quant au déficit fonctionnel temporaire :
Il résulte de l’instruction, et en particulier du rapport d’expertise que Mme C... n’a subi qu’un déficit fonctionnel temporaire partiel, de 25 % pendant 87 jours, du 7 juillet au 1er octobre 2020 et de 10 % pendant 291 jours, du 2 octobre 2020 au 19 juillet 2021. En retenant un montant de 20 euros par jour de déficit temporaire partiel, le préjudice indemnisable de Mme C... s’établit donc à la somme de 435 euros pour la période d’incapacité temporaire à 25 % et à celle de 582 euros pour la période d’incapacité temporaire à 10 %, soit un total de 1 017 euros.
Quant aux souffrances endurées :
Selon le rapport d’expertise, les souffrances endurées par Mme C... doivent être évaluées à 3 sur une échelle de 1 à 7. Par suite, il y a lieu de condamner la commune de Rillieux-la-Pape à verser à Mme C... une somme de 3 619 euros à ce titre.
Quant au déficit fonctionnel permanent :
Il résulte de l’instruction, et en particulier du rapport d’expertise, que le déficit
fonctionnel permanent lié à l’accident de service dont a été victime Mme C... s’établit à 7 %. Compte tenu de cet élément et de l’âge de Mme C... à la date de la consolidation de son état de santé, le 19 juillet 2021, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l’évaluant à la somme de 8 000 euros.
Quant au préjudice d’agrément :
Si Mme C... soutient qu’elle pratiquait une activité de fitness plusieurs fois par semaine, il ne résulte pas de l’instruction que la gêne occasionnée dans la pratique de cette activité, qui reste possible, pourrait être distinguée du déficit fonctionnel permanent déjà indemnisé par le présent jugement. Dans ces conditions, Mme C... ne justifie pas d’un préjudice d’agrément indemnisable.
Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que la commune de Rillieux-la-Pape doit être condamnée à verser à Mme C... la somme totale de 15 230 euros.
En ce qui concerne les intérêts légaux et la capitalisation des intérêts :
Mme C... a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 15 230 euros qui lui est due à compter du 13 décembre 2023, date de réception de sa réclamation préalable du 11 décembre 2023. Elle a en outre demandé la capitalisation des intérêts. Il y a lieu d’ordonner cette capitalisation au 13 décembre 2024, date à laquelle a été due une année d’intérêts, puis à chaque échéance annuelle ultérieure.
Sur les frais liés à l’instance :
D’une part, les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’il en soit fait application à l’encontre de Mme C..., qui n’est pas partie perdante. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de la commune de Rillieux-la-Pape le versement à Mme C... d’une somme de 1 500 euros sur le fondement de ces dispositions.
D’autre part, la présente instance n’ayant pas occasionné de dépens au sens de l’article R. 761-1 du code de justice administrative, les conclusions présentées en ce sens par Mme C... ne peuvent qu’être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Rillieux-la-Pape versera à Mme C... la somme de 15 230 euros en réparation de ses préjudices résultant de son accident de service. Cette somme sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 13 décembre 2023. Les intérêts échus à la date du 13 décembre 2024 puis à chaque échéance annuelle ultérieure à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : La commune de Rillieux-la-Pape versera à Mme C... une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C... est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Rillieux-la-Pape sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... C... et à la commune de Rillieux-la-Pape
Délibéré après l'audience du 20 mars 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Dèche, présidente,
Mme Monteiro, première conseillère,
Mme Lacroix, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2026.
La rapporteure,
M. Monteiro
La présidente,
P. Dèche
La greffière,
N. Boumedienne
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière,