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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2403431

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2403431

lundi 17 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2403431
TypeDécision
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantHMAIDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 avril 2024, M. C D, représenté par Me Hmaida, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 14 mars 2024 par lesquelles la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français a été prise au terme d'une procédure irrégulière, dès lors qu'elle est fondée sur des données issues du fichier AGDREF datant de treize années ;

- cette décision porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3, paragraphe 1er, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et celles de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la décision fixant son pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 2 mai 2024.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 mai 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas susceptibles de prospérer.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le 29 mai 2024, de ce que le tribunal était susceptible de substituer le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au 4° du même article comme fondement de l'obligation de quitter le territoire français contestée.

La présidente du tribunal a désigné Mme Allais pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.

Le rapport de Mme Allais, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien né le 26 août 1979, est entré pour la dernière fois en France le 2 novembre 2017. Il demande au tribunal d'annuler les décisions du 14 mars 2024 par lesquelles la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen dirigé contre l'ensemble des décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme B A, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement de la préfecture du Rhône, qui disposait d'une délégation de signature consentie à cet effet par un arrêté du 30 janvier 2024, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le lendemain. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, d'une part, selon les 1° et 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ".

4. D'autre part, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

5. La mesure d'éloignement contestée est fondée sur les dispositions précitées du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète du Rhône ayant relevé que la demande d'asile présentée par M. D a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 27 janvier 2011. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé est entré pour la dernière fois en France en novembre 2017, en situation irrégulière, et s'y est maintenu depuis lors sans être titulaire d'un titre de séjour. En conséquence, et dès lors que cette substitution de base légale n'a pas pour effet de priver M. D d'une garantie de procédure et que l'autorité administrative dispose du même pouvoir d'appréciation dans l'application de ces deux textes, les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile peuvent être substituées à celles du 4° du même article ayant servi de base légale à la mesure d'éloignement attaquée. En conséquence de cette substitution de base légale, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait irrégulièrement fondée sur des données issues du fichier AGDREF dont il est ressorti qu'une demande d'asile présentée par M. D a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en janvier 2011 ne peut, en toute hypothèse, qu'être écarté.

6. En deuxième lieu, selon l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article 24 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " () / 2. Dans tous les actes relatifs aux enfants, qu'ils soient accomplis par des autorités publiques ou des institutions privées, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. / 3. Tout enfant a le droit d'entretenir régulièrement des relations personnelles et des contacts directs avec ses deux parents, sauf si cela est contraire à son intérêt. ". Et selon les termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. M. D réside irrégulièrement en France depuis fin 2017, et déclare vivre en concubinage avec une compatriote et leurs deux filles nées en 2020 et 2023. Il se prévaut également de problèmes de santé le concernant et concernant l'une de ses filles. Il ressort toutefois des pièces du dossier que sa concubine et mère de ses enfants réside comme lui en situation irrégulière sur le territoire français, quand bien même une " pré demande " de titre de séjour a été déposée le 29 mars 2024, soit postérieurement à la décision attaquée. L'ensemble de la famille est hébergé dans un foyer, et il n'est fait état d'aucune circonstance particulière liée à leur situation personnelle. S'agissant de l'état de santé du requérant et de sa fille, les pièces versées au dossier n'établissent pas la nécessité de demeurer sur le territoire français pour être pris en charge. Il convient de relever, à cet égard, que le requérant n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour pour motif de santé. Ainsi, et alors que la mesure d'obligation de quitter le territoire français n'a pas pour objet de séparer le requérant de ses enfants, dès lors que tous les membres de la famille sont de nationalité algérienne et qu'aucun ne dispose d'un droit au séjour en France, la décision attaquée n'a pas porté d'atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. D et n'a pas davantage porté atteinte à l'intérêt supérieur de ses filles.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8. M. D n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir pour demander l'annulation de la décision par laquelle la préfète du Rhône a fixé son pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions de la requête présentées à fin d'injonction ne peuvent, par suite, qu'être rejetées également.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante, la somme réclamée par le requérant au profit de son avocat sur le fondement combiné à celui de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 juin 2024.

La magistrate désignée,

Amandine AllaisLa greffière,

Noure El Houda Boumedienne

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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