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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2404185

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2404185

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2404185
TypeDécision
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL AD JUSTITIAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 avril 2024, Mme A C épouse B, représentée par Me Thinon, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir les décisions du 2 avril 2024 par lesquelles le préfet de la Loire a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Loire de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence de leur auteur ;

- le refus de titre de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, dès lors que son époux et elle vivent en France avec leurs trois enfants, tous scolarisés en France, dont deux sont nés en France respectivement en 2013 et en 2018 et n'ont jamais vécu dans un autre pays ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît le 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que son époux risque sa vie s'il est renvoyé en Albanie, son pays d'origine.

Mme C épouse B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Drouet, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par M. Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté du 13 juillet 2023 du préfet de la Loire, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Loire du 24 juillet 2023 accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions contestées doit être écarté.

2. En deuxième lieu, il est constant que Mme C épouse B, ressortissante albanaise née le 1er mars 1983, est entrée irrégulièrement en France en 2013 à l'âge d'au moins vingt-neuf ans, qu'elle a déposé une demande d'asile qui a été rejetée le 29 avril 2014 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis le 26 novembre 2014 par la Cour nationale du droit d'asile et qu'elle a fait l'objet en 2015, en 2017 et en 2019 de trois obligations de quitter le territoire français qu'elle n'a pas exécutées. Rien ne s'oppose à ce que la vie familiale de Mme C épouse B et de son époux, de même nationalité qu'elle et qui fait également l'objet d'une décision de refus de titre de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français, accompagnés de leurs trois enfants mineurs, se poursuive ailleurs qu'en France et notamment en Albanie et que leurs enfants poursuivent leur scolarité dans ce pays. Par suite, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la décision contestée de refus de titre de séjour n'a pas porté au droit de Mme C épouse B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivis par cette décision et n'a, ainsi, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, la décision en litige n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de la requérante.

3. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 1 et 2 que la requérante n'est pas fondée à exciper, à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, de l'illégalité du refus de titre de séjour.

4. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 2, l'obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de la requérante.

5. En dernier lieu, Mme C épouse B ne saurait utilement soutenir que l'obligation de quitter le territoire français en litige méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce que son époux risquerait sa vie s'il est renvoyé en Albanie, son pays d'origine, dès lors que cette décision ne porte pas fixation du pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée.

6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C épouse B n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions du 2 avril 2024 par lesquelles le préfet de la Loire a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par voie de conséquence, doivent être rejetées les conclusions de sa requête aux fins d'injonctions sous astreinte.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête n° 2404185 est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse B et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Drouet, président,

- M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

- Mme Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.

Le président rapporteur,

H. DrouetL'assesseur le plus ancien,

F-X. Richard-Rendolet

La greffière,

C. Chareyre

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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