mardi 10 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2407487 |
| Type | Décision |
| Recours | Autorisation |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LAWSON BODY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Lawson Body, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 mars 2024 par lequel le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de deux mois et, dans tous les cas, de lui remettre dans l'attente une autorisation de séjour avec droit au travail dans un délai de huit jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué doit être regardé comme entaché d'un vice d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à son signataire ;
- la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;
- cette décision a été prise au terme d'une procédure irrégulière, faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour conformément aux articles L. 432-13 à L. 432-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation.
La procédure a été communiquée au préfet de la Loire, qui n'a pas produit d'observations.
Par une décision du 28 juin 2024, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Par une ordonnance du 2 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 20 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Viotti, conseillère, a seul été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante arménienne née le 14 avril 1956 à Armavir, déclare être entrée régulièrement en France le 4 août 2011 sous couvert d'un visa touristique délivré par les autorités italiennes. Le 30 octobre 2012, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile, rejet confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 19 décembre 2013. Le 28 février 2014, elle s'est vue refuser la délivrance d'un titre de séjour, refus que le préfet de la Loire a assorti d'une obligation de quitter le territoire français. Par un jugement n° 1405309, le tribunal a confirmé la légalité de ces décisions. Mme B a ensuite sollicité le réexamen de sa demande d'asile, que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté le 5 juin 2015. Cette décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 27 mai 2016. Le 24 novembre 2015, le préfet de la Loire a de nouveau refusé de lui délivrer un titre de séjour. Par un second arrêté du 22 août 2016, il refusé de l'admettre au séjour et l'a obligée à quitter le territoire français, décisions qu'il a renouvelées le 24 mai 2020. Le 31 mai 2022, Mme B a déposé une demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sollicité son admission exceptionnelle en application de l'article L. 435-1 de ce même code. Par l'arrêté du 20 mars 2024 dont il est demandé l'annulation, le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer ce titre, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne le moyen visant l'arrêté attaqué dans son ensemble :
2. Par un arrêté du 13 juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du 24 juillet suivant, le préfet de la Loire a donné délégation à M. C D, sous-préfet, secrétaire général de la préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, documents et correspondances administratives et comptables relevant des attributions de l'État dans le département de la Loire, à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions relative au séjour et à l'éloignement des étrangers. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application, en l'occurrence les articles L. 423-23 et L. 435-1. Elle rappelle le parcours migratoire de Mme B puis expose sa situation personnelle et familiale avant d'en conclure qu'elle ne remplit pas les conditions de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et qu'elle ne justifie d'aucune considération humanitaire ou motifs exceptionnels justifiant une admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le préfet de la Loire a suffisamment motivé sa décision.
4. En second lieu, Mme B se prévaut de sa durée de présence en France, où réside ses deux enfants et ses petits-enfants, ainsi que son insertion dans la société française. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que cette durée de séjour est essentiellement due à l'instruction de sa demande d'asile, puis à son maintien sur le territoire français en dépit trois mesures d'éloignement prises à son encontre en 2014, 2016 et 2020. Son fils, âgé de quarante-cinq ans, se trouve en situation irrégulière tandis que la requérante ne démontre pas entretenir des liens réguliers avec sa fille, laquelle a formé sa propre cellule familiale. En outre, il n'est pas établi que Mme B, qui a vécu jusqu'à l'âge de cinquante-six ans en Arménie, serait isolée dans son pays d'origine, où pourra la suivre son fils et où elle a nécessairement conservé des attaches, quand bien même son mari y serait décédé. Il n'est, au demeurant, pas démontré ni même allégué qu'il existerait un obstacle à ce que sa fille et ses petits-enfants se rendent ponctuellement en Arménie pour lui rendre visite. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, notamment de ses conditions de séjour en France, et en dépit de ses efforts d'insertion, la décision en litige ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel qu'il est protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, les moyens invoqués à l'encontre de la décision lui refusant un titre de séjour ayant été écartés, Mme B n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".
7. La décision portant obligation de quitter le territoire français est prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dûment visé. Dès lors que la décision lui refusant un titre de séjour est motivée, ainsi qu'il a été dit au point 3, la décision obligeant Mme B à quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 423-23 () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ".
9. Mme B ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel concerne la procédure préalable à l'adoption d'une décision statuant sur un droit au séjour, à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs qu'exposés au point 4, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
11. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision obligeant Mme B à quitter le territoire français et, en tout état de cause, celle lui refusant un titre de séjour, ne sont pas entachées des illégalités alléguées. Par suite, l'exception d'illégalité de ces décisions, soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écartée.
12. Aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ". Aux termes de l'article L. 721-3 du même code : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français () ". Enfin, aux termes de l'article L. 721-4 de ce code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. () ".
13. La décision fixant le pays de destination vise les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article L. 721-3 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, elle précise la nationalité de Mme B et énonce que l'intéressée n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.
14. Pour les mêmes motifs qu'exposés au point 4 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut être accueilli.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
15. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ". Aux termes de l'article L. 613-2 dudit code, les décisions d'interdiction de retour sont motivées.
16. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
17. La décision attaquée mentionne les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle expose de manière suffisante les motifs de fait sur lesquels elle se fonde et atteste de la prise en compte par le préfet de la Loire de l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
18. Compte tenu de la situation privée et familiale de Mme B telle qu'exposée au point 4 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
19. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 20 mars 2024. Par voie de conséquence, ne peuvent qu'être rejetées ses conclusions à fin d'injonctions sous astreinte et celles à fin de mise à la charge de l'État des frais exposés et non compris dans les dépens dans les conditions prévues par les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Lawson Body et au préfet de la Loire.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Hervé Drouet, président,
M. François-Xavier Richard-Rendolet, premier conseiller,
Mme Océane Viotti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.
La rapporteure,
O. ViottiLe président,
H. Drouet
La greffière,
C. Chareyre
La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2407487
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA02134
08/04/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-25PA02150
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08/04/2026