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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2408550

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408550

mardi 18 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2408550
TypeDécision
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I) Par une requête n° 2408550 et un mémoire, enregistrés respectivement les 27 août 2024 et 17 septembre 2024, M. B E, représenté par la Selarl BS2A Bescou et Sabatier avocats associés (Me Bescou), demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 août 2024 par lequel la préfète de l'Ain lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à tout le moins, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de procéder à l'effacement du signalement sur le système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

- les décisions litigieuses sont entachées d'incompétence.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision de refus de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- par voie d'exception, la décision est illégale, dès lors qu'elle est fondée sur la décision portant refus de titre de séjour qui est entachée d'illégalité ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire :

- par voie d'exception, la décision est illégale, dès lors qu'elle est fondée sur la décision portant refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français qui sont entachées d'illégalité.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- par voie d'exception, la décision est illégale, dès lors qu'elle est fondée sur la décision portant refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français qui sont entachées d'illégalité.

En ce qui concerne la décision interdisant le retour sur le territoire français :

- par voie d'exception, la décision est illégale, dès lors qu'elle est fondée sur l'obligation de quitter le territoire français qui est entachée d'illégalité ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans son principe comme dans sa durée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 5 février 2025 par une ordonnance du 21 janvier 2025.

II) Par une requête n° 2408666 et un mémoire, enregistrés respectivement les 27 août 2024 et 17 septembre 2024, Mme C F, représentée par la Selarl BS2A Bescou et Sabatier avocats associés (Me Bescou), demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 août 2024 par lequel la préfète de l'Ain lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou, à tout le moins, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de procéder à l'effacement du signalement sur le système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

- les décisions litigieuses sont entachées d'incompétence.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision de refus de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- par voie d'exception, la décision est illégale, dès lors qu'elle est fondée sur la décision portant refus de titre de séjour qui est entachée d'illégalité ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales .

En ce qui concerne la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire :

- par voie d'exception, la décision est illégale, dès lors qu'elle est fondée sur la décision portant refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français qui sont entachées d'illégalité.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- par voie d'exception, la décision est illégale, dès lors qu'elle est fondée sur la décision portant refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français qui sont entachées d'illégalité.

En ce qui concerne la décision interdisant le retour sur le territoire français :

- par voie d'exception, la décision est illégale, dès lors qu'elle est fondée sur l'obligation de quitter le territoire français qui est entachée d'illégalité ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans son principe comme dans sa durée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 novembre 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 18 février 2025 par une ordonnance du 3 février 2025.

Vu les arrêtés contestés et les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bour, présidente ;

- et les observations de M. E, requérant.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C F, née le 20 mai 1990, et M. B E, né le 20 février 1986, tous deux ressortissants congolais (RDC), sont entrés irrégulièrement en France en mars 2017, accompagnés de leurs enfants. Leurs demandes d'asile ayant été définitivement rejetées par la Cour nationale du droit d'asile le 20 décembre 2018, la préfète de l'Ain a prononcé à leur encontre une mesure d'éloignement par deux décisions du 19 juin 2019, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Lyon du 19 décembre 2019. S'étant maintenus sur le territoire français, les requérants ont tous deux sollicité leur admission au séjour sur le fondement des articles L. 426-20, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le 18 décembre 2023. La décision implicite de rejet de leur demande, qu'ils contestaient initialement, a été remplacée en cours d'instance par les arrêtés désormais contestés du 30 août 2024, par lesquels la préfète de l'Ain a rejeté leur demande de titre de séjour et a prononcé à leur encontre une obligation de quitter le territoire français, sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel ils pourraient être reconduits d'office et leur a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées présentées par Mme F et M. E concernent un couple, présentent des questions identiques à juger et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

3. Les décisions litigieuses ont été signées électroniquement par Mme D A, directrice de cabinet, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet par arrêté de la préfète de l'Ain du 27 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence des décisions en litige doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, il ressort des termes des deux arrêtés contestés qu'ils visent les principaux textes et mentionnent les éléments de fait relatifs à la situation personnelle des requérants, sur lesquels la préfète de l'Ain a fondé son appréciation et sa décision leur refusant un titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation, initialement soulevé à l'encontre du refus implicite de délivrance d'un titre de séjour qui a disparu en cours d'instance, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. En l'espèce, si les requérants font valoir qu'ils résident habituellement sur le territoire français depuis sept ans, il est constant qu'ils n'ont jamais été en situation régulière, alors qu'ils s'y sont maintenus malgré une mesure d'éloignement prononcée à leur encontre en 2019 et que le simple bénéfice de récépissés de demandes de titre de séjour ne permet pas de regarder leur présence sur le territoire français comme régulière pendant cette période. Par ailleurs, si les requérants soutiennent que leur fils aîné, mineur au jour des décisions contestées, pourrait désormais prétendre à une carte de séjour temporaire d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", cette allégation n'est pas démontrée par les pièces versées au dossier. De plus, si Mme F et M. E font valoir qu'ils sont les parents de quatre enfants dont le dernier est né en France, scolarisés en France, qu'ils maîtrisent la langue française et qu'ils sont investis et intégrés sur le territoire national en tant que bénévoles, de telles circonstances dépourvues de tout caractère exceptionnel ne justifient pas qu'un titre de séjour leur soit accordé, alors qu'aucun membre de la famille n'a vocation à rester sur le territoire français, qu'il ressort des pièces du dossier qu'ils vivent des seules aides sociales qui leur sont accordées et qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer en République démocratique du Congo où ils ont vécu la majeure partie de leur vie et où les enfants pourraient être scolarisés. Les attestations de particuliers ou de bénévolat, produites pour les besoins de l'instance, n'établissent pas que Mme F et M. E auraient noué des liens anciens, intenses et stables en France, auxquels les décisions contestées porteraient une atteinte disproportionnée au regard des buts pour lesquels elles sont prises. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Alors que, contrairement à ce que soutiennent les requérants, leur dernier enfant, âgé de six ans à la date des décisions contestées, n'a pas vocation à acquérir la nationalité française et à rester sur le territoire français dès l'âge de ses treize ans, le refus de titre contesté n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer les enfants de leurs parents et ne méconnaît pas l'intérêt supérieur de leurs enfants. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit ainsi être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

9. La situation personnelle et familiale des requérants, telle qu'elle a été exposée au point 6, ne relève pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de la violation de ces dispositions doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme F et M. E ne sont pas fondés à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour à l'appui de leurs conclusions dirigées contre la mesure d'éloignement qui l'assortit.

11. En second lieu, en l'absence d'argumentation distincte, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté par les mêmes motifs que ceux exposés au point 6.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

12. Il résulte de ce qui précède que Mme F et M. E ne sont pas fondés à exciper de l'illégalité de la décision les obligeant à quitter le territoire français à l'appui de leurs conclusions dirigées contre la décision qui, contrairement à ce qu'ils soutiennent, ne leur octroie aucun délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ces illégalités, et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision interdisant le retour sur le territoire français :

14. En premier lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ces illégalités, et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté.

15. En deuxième lieu, en l'absence d'argumentation spécifique sur ce point, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté par les mêmes motifs que ceux développés au point 6.

16. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

17. Alors qu'il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que la préfète de l'Ain a pu légalement prononcer à l'encontre des requérants une mesure d'éloignement sans délai de départ volontaire, leur situation entre dès lors dans les cas pour lesquels l'autorité administrative assortit son obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour, sauf s'il existe des circonstances humanitaires de nature à justifier qu'une telle interdiction ne soit pas décidée. Si les requérants invoquent une méconnaissance des dispositions précitées, leur situation personnelle, telle qu'elle a été exposée précédemment, ne relève pas de circonstances humanitaires au sens de ces dispositions. S'agissant de la durée de l'interdiction en litige et comme indiqué précédemment, il ressort des pièces du dossier que les requérants sont arrivés en France de manière irrégulière, qu'ils ont chacun fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement en juin 2019, qu'ils ont vécu l'essentiel de leur vie en République démocratique du Congo et ne démontrent pas avoir noué en France des liens d'une particulière intensité, ni ne justifient d'une intégration sociale ou professionnelle particulière. Dans ces conditions, la préfète de l'Ain n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation, dans son principe comme dans sa durée, dans l'application des dispositions précitées, doit être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation des deux requêtes doivent être rejetées.

Sur les conclusions en injonction sous astreinte :

19. Le présent jugement, qui rejette les conclusions des requêtes de Mme F et de M. E à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte doivent, par conséquent, être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, les sommes que Mme F et M. E demandent au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme F et de M. E sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C F, à M. B E et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 25 février 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Bour, présidente,

Mme Jorda, première conseillère,

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 mars 2025.

La présidente-rapporteure,

A-S. BourL'assesseure la plus ancienne,

V. Jorda

La greffière,

C. Delmas

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°s 2408550 - 2408666

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