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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2408778

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2408778

vendredi 6 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2408778
TypeDécision
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrée le 4 septembre 2024, M. B D, retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 août 2024 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son signataire ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est illégal en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ;

- la décision de refus de renouvellement d'un titre de séjour méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est dépourvue de base légale, dès lors que la décision de refus de titre est illégale ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire méconnait les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de droit ;

- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est manifestement disproportionnée au regard de sa situation personnelle.

Le préfet du Puy-de-Dôme a transmis des pièces, enregistrées le 5 septembre 2024, mais n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant obligation de quitter le territoire français, ainsi qu'aux décisions relatives au séjour, aux décisions relatives au délai de départ volontaire et aux interdictions de retour sur le territoire français qui les accompagnent, le cas échéant, lorsque l'étranger est placé en rétention administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 6 septembre 2024, Mme E a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Zouine, avocat de M. D, qui a repris les moyens soulevés dans la requête et indiqué que l'interdiction faite à M. D d'entrer en contact avec son ex-compagne et ses enfants avait pris fin, que l'intéressé n'est pas privé de droits parentaux envers son second enfant, qu'il souffre d'importants problèmes de santé et qu'il a toujours séjourné régulièrement en France et que l'interdiction de retour était disproportionnée eu égard notamment à ses liens familiaux et à la circonstance qu'il dispose d'un hébergement ;

- les observations de M. D, requérant ;

- et les observations de Me Tomasi, représentant le préfet du Puy-de-Dôme qui conclut au rejet de la requête et insisté sur la menace pour l'ordre public que présente la présence en France de M. D, sur la circonstance qu'il a indiqué ne pas souhaité exécuter la mesure d'éloignement et n'est pas documenté, justifiant qu'un délai de retour volontaire lui soit refusé et que l'interdiction de retour n'était pas, eu égard aux circonstances de l'espèce, disproportionnée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant sénégalais né en 1986, entré régulièrement en France le 6 août 2010 en qualité de conjoint de français, a sollicité le 7 janvier 2022 le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par l'arrêté attaqué du 29 août 2024, le préfet du Puy-de-Dôme a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de cinq ans.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. D a été assisté par un conseil commis d'office lors de l'audience publique. Par suite, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, les décisions attaquées sont signées Mme F C, directrice de la citoyenneté et de la légalité, qui disposait d'une délégation à cet effet par arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 30 mai 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, accessible tant au juge qu'aux parties. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit, par suite, être écarté.

4. En second lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui les fondent et sont, par suite, suffisamment motivées. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme, qui n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. D, n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation préalablement à leur édiction.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. D est présent en France depuis 2010, où il est entré sous couvert d'un visa de long séjour en qualité de conjoint d'un ressortissant français et où il a ensuite résidé sous couvert de titres de séjour mention " vie privée et familiale ", qu'il a exercé plusieurs emplois depuis son entrée en France, et est père de deux enfants mineurs nés de sa relation avec Mme A, ressortissante sénégalaise. Toutefois, si le requérant se prévaut de ses liens familiaux en France, il a été condamné, d'une part, par un jugement du 4 mai 2022 par le tribunal judiciaire de Clermont-Ferrand pour des faits de violence aggravé envers son ex-compagne, à trois ans d'emprisonnement, dont dix-huit mois avec sursis, ce jugement ayant en outre prononcé un retrait total de l'autorité parentale et une interdiction d'entrer en contact avec Mme A et son fils pour une durée de deux ans, et fait l'objet d'une révocation de sursis par un jugement du 14 mars 2024, et, d'autre part, à un an d'emprisonnement par un jugement du 27 juin 2018, pour des faits de la même nature. En outre, M. D ne démontre pas contribuer à l'entretien ou à l'éducation de sa fille, née en 2023. Par ailleurs et en dépit de sa durée de séjour en France, le requérant n'exerce plus d'activité salariée depuis 2021 et ne démontre pas qu'il entretiendrait des liens amicaux ou professionnels caractérisant une insertion particulière dans la société française. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire () ".

8. Eu égard au caractère récent et répété et à la gravité des faits pour lesquels M. D a été condamné, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet du Puy-de-Dôme a considéré que sa présence en France de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public, faisant obstacle au renouvellement de son titre de séjour.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

10. En premier lieu, le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de séjour compte-tenu de ce qui été dit ci-dessus, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français en raison de l'illégalité de ce refus de séjour doit être écarté.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Et aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ". M. D se prévaut de la présence en France de ses deux enfants, et aux démarches qu'il entend engager pour contribuer à leur éducation, il résulte de ce qui a été énoncé qu'il a été déchu de son autorité parentale envers son fils, a eu interdiction d'entrer en contact avec son ex-compagne et son fils durant deux ans, en vertu d'un jugement du tribunal correctionnel de Clermont-Ferrand du 4 mai 2022 et ne contribue en outre pas à l'entretien et à l'éducation de sa fille, âgée d'un an. De plus, l'intéressé ne fait pas état d'une activité professionnelle stable et durable sur le territoire français et ne soutient ni n'allègue être dépourvu de famille dans son pays d'origine, où résident ses frères et ses sœurs. Dans ces circonstances, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni pour les mêmes motifs, celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

12. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle de M. D ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'absence de délai de départ volontaire :

13. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; ".

14. Ainsi qu'il a été énoncé au point 8 du présent jugement, la présence en France de M. D constitue une menace pour l'ordre public. Ainsi, c'est sans commettre d'erreur de droit, ni méconnaitre les dispositions précitées des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet du Puy-de-Dôme a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

15. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

16. Pour interdire M. D de retour sur le territoire national pour une durée de cinq ans, le préfet du Puy-de-Dôme, au visa des dispositions précitées, a relevé que l'intéressé ne justifiait d'aucune circonstance particulière, l'absence de liens personnels et familiaux intenses et stables sur le territoire français, et la menace pour l'ordre public que son comportement représente. D'une part, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8, la présence en France de M. D constitue une menace pour l'ordre public. D'autre part, ainsi qu'il a été énoncé au point 6, il ne peut se prévaloir de la stabilité de ses liens familiaux et privés en France. Ainsi, au vu de ces éléments et quand bien même M. D n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et réside en France depuis 14 ans, le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas méconnu les dispositions précitées en l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans, le quantum retenu ne revêtant en outre pas un caractère disproportionné.

17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, y compris ses conclusions relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. D n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet du Puy-de-Dôme.

Jugement rendu en audience publique, le 6 septembre 2024.

La magistrate désignée,

P. E

Le greffier,

T. Clément

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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