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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2409158

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2409158

mardi 1 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2409158
TypeDécision
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantSCP COUDERC ZOUINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement les 11 septembre 2024 et 13 janvier 2025, Mme D C, représentée par la SCP Couderc-Zouine (Me Couderc), demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 août 2024 par lequel la préfète du Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 500 euros hors taxes au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

- les décisions contestées sont entachées d'incompétence.

En ce qui concerne le refus de séjour :

- la décision est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de la circulaire du 7 octobre 2008 et de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire national :

- la décision est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- la décision est illégale par exception d'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision est illégale par exception d'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 février 2025, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 novembre 2024.

La clôture de l'instruction a été fixée au 6 mars 2025 par une ordonnance du 20 février 2025.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bour, présidente ;

- et les observations de Me Le Roy, substituant Me Couderc, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante éthiopienne née le 30 avril 2002, est entrée sur le territoire français le 12 septembre 2020, sous couvert d'un visa long séjour portant la mention " étudiant ". Elle a sollicité, le 9 octobre 2023, le renouvellement de son titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté contesté du 7 août 2024, la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

2. L'arrêté contesté a été signé par Mme A B, directrice des migrations et de l'intégration, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète du Rhône en date du 15 mai 2024, publié le lendemain au recueil des actes administratifs, accessible au juge et aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, la décision contestée vise les textes utiles sur lesquels elle se fonde, notamment les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionne les principaux éléments de fait relatifs à la situation personnelle de l'intéressée, relatifs à son parcours universitaire. La préfète n'étant pas tenue de mentionner dans sa décision tous les éléments caractérisant la situation de l'intéressée, la circonstance que la décision ne fasse pas état de ses problèmes de santé, dont la requérante n'établit au demeurant pas avoir préalablement informé la préfète, et de la présence régulière de membres de sa famille en France, n'est pas de nature à l'entacher d'un défaut de motivation et ne révèle aucun défaut d'examen particulier. Par suite, la décision attaquée comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an () ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration, saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour présentée en qualité d'étudiant, d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies. Le renouvellement du titre suppose que les études soient suffisamment sérieuses pour qu'elles puissent être regardées comme constituant l'objet principal du séjour, établissant une progression significative dans leur poursuite et leur caractère cohérent.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme C s'est inscrite pour l'année universitaire 2020-2021 en 1ère année de licence " Mathématiques informatique sciences " pour le diplôme d'ingénieur chimie à l'université Jean Monnet de Saint-Etienne mais a souhaité ensuite s'inscrire à Lyon pour convenance personnelle et a ainsi échoué à valider son année, faute d'équivalence entre Saint-Etienne et Lyon sur la licence aménagée suivie, selon ses allégations au demeurant non établies. Elle s'est alors inscrite pour l'année 2021-2022 en 1ère année de licence " Physique chimie sciences de l'ingénieur " à l'université Claude Bernard Lyon 1, qu'elle n'a toutefois pas validée. Elle a redoublé et successivement échoué les deux années universitaires suivantes. Si la requérante soutient qu'elle a été assidue et cohérente dans ses études, qu'elle s'est présentée aux examens de sa formation et que ses échecs successifs sont dûs à des problèmes de santé, elle n'établit pas que ces problèmes de santé, qu'elle ne justifie qu'en versant un bilan d'IRM et une attestation d'incapacité postérieure à la décision attaquée, auraient eu un impact tel qu'ils l'auraient empêchée de valider chacune de ses quatre années d'études, alors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'elle en aurait informé la préfète du Rhône à l'occasion de ses demandes de renouvellement de titre de séjour. Dans ces conditions, alors qu'elle ne justifie d'aucune progression dans ses études depuis son arrivée en France en 2020, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Rhône aurait méconnu les dispositions précitées et aurait commis une erreur d'appréciation du caractère réel et sérieux de ses études. Alors que la circulaire dont elle se prévaut est dépourvue de toute portée réglementaire et ne peut être utilement invoquée, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.

6. En troisième lieu, si aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (). ", le moyen tiré d'une atteinte au droit à la vie familiale garanti par ces stipulations est inopérant pour contester le refus de renouveler un titre de séjour en qualité d'étudiant, qui résulte seulement d'une appréciation de la réalité et du sérieux des études poursuivies. Or, il ressort des pièces du dossier que Mme C n'a demandé que le renouvellement de son titre de séjour " étudiant ", sans demander la délivrance d'un titre de séjour sur un autre fondement, et que la préfète n'a pas spontanément examiné une telle possibilité avant de prendre la décision contestée. Ce moyen doit, par conséquent, être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision refusant son admission au séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

8. En second lieu, si la requérante fait état de la présence régulière en France de ses frères et sœurs, dont certains sont ressortissants français, Mme C n'est présente que depuis 2020 sur le territoire français pour poursuivre des études, est célibataire sans enfant à charge et n'établit pas être dépourvue de toute attache en Ethiopie où elle a vécu l'essentiel de son existence et où résident ses parents selon ses propres déclarations. Dès lors, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le délai de départ volontaire.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui constitue une transposition de la directive européenne dont se prévaut la requérante dans ses écritures : " L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas ".

11. En se bornant à soutenir que la préfète du Rhône aurait dû proroger le délai de départ volontaire compte tenu de sa situation familiale en France, sans plus de précisions circonstanciées, Mme C ne justifie pas de circonstances particulières qui auraient rendu nécessaire la fixation d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit, par conséquent, être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision lui refusant le séjour ainsi que de celle l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

Sur les conclusions en injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de Mme C à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction doivent, par conséquent, être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme C demande, au bénéfice de son conseil, au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à Me Couderc et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 18 mars 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Bour, présidente,

Mme Jorda, première conseillère,

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er avril 2025.

La présidente-rapporteure,

A-S. BourL'assesseure la plus ancienne,

V. Jorda

La greffière,

C. Touja

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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