Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2409729
mercredi 2 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2409729 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | ELOIGNEMENT |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Andujar, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 septembre 2024 par lequel le préfet de la Loire a renouvelé son assignation à résidence dans le département de la Loire pour une durée de quarante-cinq jours ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et est disproportionnée, tant dans son principe qu'au regard des obligations de pointage auxquelles il est astreint.
Le préfet de la Loire a transmis des pièces qui ont été enregistrées le 30 septembre 2024.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Jeannot pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions d'assignation à résidence prises en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jeannot, magistrate désignée ;
- les observations de Me Andujar, représentant M. A, qui fait valoir que l'intéressé a intégralement respecté ses obligations de pointage suite à l'édiction d'une première mesure d'assignation à résidence, que son domicile à Saint-Etienne est connu par les services de police et qu'il travaille ; il fait valoir, à titre subsidiaire, qu'un pointage une fois par semaine serait suffisant ;
- et les observations de M. A, requérant, qui indique que ses attaches familiales sont présentes en France, pays où il travaille, et que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public.
Le préfet de la Loire n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 10 novembre 1978, demande l'annulation de l'arrêté du 19 septembre 2024 par lequel le préfet de la Loire a renouvelé son assignation à résidence dans le département de la Loire pour une durée de quarante-cinq jours.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours prise à l'encontre du requérant par le préfet de la Loire le 4 septembre 2023, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Lyon du 15 mars 2024, ainsi que les éléments relatifs à sa situation personnelle. Il est, par suite, suffisamment motivé en droit et en fait.
3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Loire aurait omis d'examiner de manière individualisée ou complète la situation de M. A, qui lui était alors soumise. Contrairement à ce qu'allègue le requérant, l'autorité administrative a bien pris en compte la situation personnelle de l'intéressé, notamment la circonstance qu'il ait déclaré lors de son audition être domicilié à Saint-Etienne, avant de prendre l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen ne peut qu'être écarté.
4. En dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ". Aux termes de l'article L. 732-3 de ce code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée. " L'article R. 733-1 de ce code dispose que : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".
6. Une mesure d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile consiste, pour l'autorité administrative qui la prononce, à déterminer un périmètre que l'étranger ne peut quitter et au sein duquel il est autorisé à circuler et, afin de s'assurer du respect de cette obligation, à lui imposer de se présenter, selon une périodicité déterminée, aux services de police ou aux unités de gendarmerie. Si une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit comporter les modalités de contrôle permettant de s'assurer du respect de cette obligation et notamment préciser le service auquel l'étranger doit se présenter et la fréquence de ces présentations, ces modalités de contrôle sont divisibles de la mesure d'assignation elle-même.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. A réside irrégulièrement en France depuis six ans, qu'il s'est soustrait à l'exécution de la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet par un arrêté du préfet de la Loire du 4 septembre 2023, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal du 15 mars 2024, et qu'il réside à Saint-Etienne, aux côtés de son épouse, également en situation irrégulière, et de leurs trois enfants mineurs. En outre, si M. A se prévaut de son insertion professionnelle en France, son activité professionnelle, qui est d'ailleurs récente, n'est pas, à elle seule, de nature à établir qu'il aurait noué le centre de ses intérêts sur le territoire français alors qu'au demeurant, les pièces qu'il produit ne sont pas de nature à justifier d'une insertion professionnelle stable et durable sur le territoire. Au vu de l'ensemble de ces éléments, en l'assignant à résidence dans le département de la Loire, où M. A réside aux côtés de sa famille et où il exerce son activité professionnelle, et en l'obligeant à pointer au commissariat de police de Saint-Etienne deux fois par semaine, les mardis et jeudis à 10 h 00, le préfet de la Loire n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, et alors que l'éloignement de M. A demeure une perspective raisonnable et que la circonstance qu'il a respecté toutes les obligations imposées par la précédente mesure d'assignation à résidence prise à son encontre est, à cet égard, sans incidence, la décision en litige n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, ni de disproportion.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles relatives aux dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Loire.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.
La magistrate désignée,
F. Jeannot
La greffière
F. GaillardLa République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier.
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