mercredi 23 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2410469 |
| Type | Décision |
| Recours | Autorisation |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | SCP D AVOCATS SAIDJI ET MOREAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 octobre 2024, M. A B, actuellement retenu dans la zone d'attente de l'aéroport de Lyon Saint-Exupéry, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 17 octobre 2024 par lequel le ministre de l'intérieur a refusé de l'autoriser à entrer sur le territoire français au titre de l'asile et a décidé de son réacheminement vers tout pays dans lequel il serait légalement admissible ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de mettre fin à sa mesure privative de liberté et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
M. B soutient que :
- la procédure porte atteinte à la confidentialité de sa demande d'asile ;
- il n'a pas été tenu compte des conditions matérielles de l'entretien ;
- la décision est entachée d'erreur de droit et méconnaît les dispositions de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa demande d'asile n'est pas manifestement infondée ;
- il n'a pas été tenu compte des éléments constitutifs de sa vulnérabilité ;
- la décision fixant le pays de réacheminement méconnait les stipulations de l'article 33 de la convention de Genève ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- elle a été prise en méconnaissance du principe de non refoulement garanti par l'article 33 de la Convention de Genève et par la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 octobre 2024, le ministre de l'intérieur, représenté par Me Moreau, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Bodin-Hullin pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 23 octobre 2024, ont été entendus :
- le rapport de M. Bodin-Hullin,
- les observations de Me Amira, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et précise les éléments de vulnérabilité du requérant ;
Le ministre de l'intérieur n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant syrien né le 7 mai 1985, a sollicité l'accès au territoire français au titre de l'asile. Le ministre de l'intérieur, après consultation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), a, par une décision du 17 octobre 2024, estimé que la demande d'asile de M. B était manifestement infondée et a décidé de son réacheminement vers tout pays dans lequel il serait légalement admissible. Il a décidé en conséquence de lui refuser l'entrée sur le territoire français au titre de l'asile. M. B, maintenu en zone d'attente de l'aéroport de Lyon Saint-Exupéry, conteste ces décisions.
Sur l'admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 susvisé : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ".
3. Il y a lieu, en application de ces dispositions, d'admettre M. B à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
S'agissant de la légalité externe de la décision contestée :
4. En premier lieu, d'une part, l'article R. 351-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Lorsque l'étranger qui se présente à la frontière demande à bénéficier du droit d'asile, il est informé sans délai, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, de la procédure de demande d'asile et de son déroulement, de ses droits et obligations au cours de cette procédure, des conséquences que pourrait avoir le non-respect de ses obligations ou le refus de coopérer avec les autorités et des moyens dont il dispose pour l'aider à présenter sa demande. () ". Et l'article R. 351-3 du même code prévoit que : " Sauf dans le cas où l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat, l'étranger est entendu par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides selon les modalités prévues par les articles R. 531-11 à R. 531-16. () ".
5. D'autre part, l'article R. 531-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile énonce que : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut décider de procéder à l'entretien personnel en ayant recours à un moyen de communication audiovisuelle dans les cas suivants : / () 2° Lorsqu'il est retenu dans un lieu privatif de liberté ; / () L'officier de protection chargé de la conduite de l'entretien a la maîtrise des opérations. Il lui appartient de veiller au respect des droits de la personne. Il doit à tout instant pouvoir s'assurer du respect des bonnes conditions d'audition et de visionnage. Il peut mettre fin à l'entretien si ces conditions ne sont pas réunies ou si les circonstances de l'espèce l'exigent. Dans ce cas, l'entretien a lieu en présence de l'intéressé. / L'intéressé entendu par un moyen de communication audiovisuelle doit, si besoin avec l'aide d'un interprète, être informé par l'office avant le commencement de l'entretien du déroulement des opérations, notamment des modalités permettant d'assurer le respect des règles de confidentialité. ".
6. Enfin, aux termes de l'article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. / En cas de nécessité, l'assistance de l'interprète peut se faire par l'intermédiaire de moyens de télécommunication. Dans une telle hypothèse, il ne peut être fait appel qu'à un interprète inscrit sur une liste établie par le procureur de la République ou à un organisme d'interprétariat et de traduction agréé par l'administration. Le nom et les coordonnées de l'interprète ainsi que le jour et la langue utilisée sont indiqués par écrit à l'étranger. ".
7. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.
8. Il ressort des pièces du dossier que M. B a bénéficié, le 17 octobre 2024, d'un entretien personnel avec un officier de protection de l'OFPRA qui s'est déroulé par visioconférence, le requérant se trouvant alors dans la zone d'attente de l'aéroport de Lyon Saint-Exupéry. Au cours de cet entretien, l'intéressé a bénéficié d'un interprétariat téléphonique en arabe syrien tel que cela est inscrit au compte rendu, langue qu'il comprend, avec l'assistance d'un interprète commis par l'association " Inter Service Migrants Interprétariat " (ISM Interprétariat), organisme d'interprétariat et de traduction agréé par le ministère de l'intérieur. Les dispositions précitées de l'article R. 531-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'imposent aucunement que l'interprète soit physiquement présent auprès du demandeur d'asile lors de son audition en visioconférence par les services de l'OFPRA. Par ailleurs, si le requérant soutient sans être sérieusement contredit que la condition de nécessité fixée par les dispositions précitées de l'article L. 141-3 du même code n'est pas établie, s'agissant du recours à un interprétariat téléphonique, le compte-rendu de son audition mentionnant d'ailleurs seulement que l'interprète a été " commis par le Cabinet ISM ", il ne ressort pas des pièces du dossier, en tout état de cause, que ces vices de procédure aient exercé, dans les circonstances de l'espèce, une influence sur le sens de la décision contestée, ou qu'ils aient privé l'intéressé de garanties. En effet, il ressort du compte-rendu du 17 octobre 2024 que M. B a bénéficié d'un entretien d'une durée de quarante-quatre minutes avec un interprétariat fluide, au cours duquel il a pu exposer de manière suffisamment précise les éléments relatifs à sa situation personnelle afin de permettre à l'administration de procéder à l'examen prévu à l'article L. 352-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si le requérant fait état de difficulté d'interprétariat, et s'il ressort de ce document que le requérant a été amené à préciser certains points, il ne révèle toutefois aucune difficulté de compréhension de la part de l'intéressé mais seulement la nécessité de l'inviter à répondre strictement et complètement aux questions qui lui ont été posées par l'officier de protection de l'OFPRA. Au demeurant, M. B ne fait état d'aucun élément pertinent relatif à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de cet agent et il n'apporte pas davantage d'élément de nature à jeter un doute sur la fidélité des propos qui y sont retranscrits. Enfin, et au surplus, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que l'officier de protection de l'OFPRA, auquel il appartient de veiller au respect des droits de la personne et de s'assurer du respect des bonnes conditions de son audition, ait estimé que ces conditions n'étaient pas réunies lors de l'entretien personnel du requérant. Les moyens tirés des vices de procédure doivent, par suite, être écartés.
9. En second lieu, l'article R. 351-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile énonce que : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides transmet l'avis mentionné à l'article R. 351-3 au ministre chargé de l'immigration dans le délai de deux jours ouvrés à compter de la demande à bénéficier de l'asile consignée par procès-verbal. ". Et l'article R. 351-5 du même code prévoit que : " () Lorsque le ministre prend une décision de refus d'entrée au titre de l'asile, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides transmet à l'étranger, sous pli fermé, une copie de la transcription mentionnée à l'article L. 531-19. Cette transmission est faite au plus tard en même temps que la notification de la décision du ministre. ".
10. Si la confidentialité des éléments d'information détenus par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) relatifs à la personne sollicitant en France la qualité de réfugié est une garantie essentielle du droit d'asile, ce principe ne fait pas obstacle à ce que les agents habilités à mettre en œuvre le droit d'asile aient accès à ces informations.
11. En l'espèce, si M. B fait état de la pratique de l'OFPRA consistant à transmettre par télécopie ou courrier électronique ses avis, lesquels comprennent le compte-rendu de l'audition du demandeur d'asile, à des agents du ministère de l'intérieur et des outre-mer, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces agents ne seraient pas " spécialement et personnellement habilités ". Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la procédure suivie selon les modalités des articles R. 351-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aurait porté atteinte au principe de confidentialité des éléments d'information résultant de sa demande de protection internationale, dès lors que ces éléments n'ont été connus, transmis et étudiés que par les agents des autorités habilitées par ce même code à traiter ces demandes, à savoir les agents de police ainsi que les agents de l'OFPRA et du ministère de l'intérieur, tous astreints au secret professionnel.
S'agissant de la légalité interne de la décision contestée :
12. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'officier de l'OFPRA et le ministre de l'intérieur n'auraient pas tenu compte des éléments constitutifs de sa vulnérabilité. Par suite le moyen invoqué ne peut qu'être écarté.
13. En second lieu, le droit constitutionnel d'asile, qui a le caractère d'une liberté fondamentale, a pour corollaire le droit de solliciter le statut de réfugié. Ce droit implique que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit en principe autorisé à demeurer sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Toutefois, le ministre chargé de l'immigration peut, sur le fondement des dispositions de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rejeter la demande d'asile d'un étranger se présentant aux frontières du territoire national lorsque celle-ci présente un caractère manifestement infondé.
14. Il ressort des pièces du dossier que M. B a effectué son service militaire entre 2008 et 2010. Il fait valoir qu'il aurait été réincorporé de force dans son pays d'origine afin d'être affecté à un service d'ordre public. Il soutient avoir renoncé à faire usage de violence à l'égard des manifestants que son service d'ordre était amené à réprimer. Il indique avoir fui en 2013 le camp militaire où il était affecté et avoir quitté son pays d'origine pour se rendre en Turquie où il a fondé une famille. Toutefois, le récit de son parcours et des conditions de vie au sein des pays traversés comme la Turquie et la Grèce ne sont pas étayés d'éléments suffisamment précis et circonstanciés. Si le requérant indique également craindre pour sa vie en cas de retour dans son pays en raison de son engagement passé et de sa désertion alléguée, M. B décrit de manière sommaire ce risque. Ainsi, les craintes invoquées en cas de retour dans son pays d'origine n'apparaissent pas crédibles. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation de la situation personnelle de M. B au regard notamment de sa vulnérabilité, et sans méconnaître l'article 33 de la convention de Genève, qui contient le principe de non refoulement, et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, considérer que la demande de l'intéressé d'entrer sur le territoire français était manifestement infondée et décider qu'il serait réacheminé vers tout pays dans lequel il serait légalement admissible, notamment la Grèce. Il s'ensuit que le ministre de l'intérieur, qui ne s'est pas livré à un examen au fond de la demande, et alors qu'il ne ressort pas de la décision contestée qu'il se serait estimé en compétence liée par rapport à l'avis de l'Ofpra, a fait une exacte application des dispositions de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant à M. B l'entrée en France au titre de l'asile.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. A B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
F. Bodin-HullinLe greffier,
T. Clément
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Montpellier — N° TA34-2400503
Sujet principal : Recours d'un agent public stagiaire contre le refus de sa titularisation et la prorogation de son stage. Juridiction : Tribunal Administratif de Montpellier (2ème chambre). Solution retenue : Le jugement, non intégralement reproduit, statue sur la légalité de l'arrêté de prorogation de stage et de l'arrêté refusant la titularisation. L'agent invoque notamment des vices de procédure, une erreur manifeste d'appréciation, un détournement de procédure et une violation de l'article L. 327-1 du code général de la fonction publique concernant les conditions du stage. Textes appliqués : Le code général de la fonction publique (notamment article L. 327-1) et le code de justice administrative (article L. 761-1 sur les frais irrépétibles).
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Le Tribunal Administratif de Nîmes rejette la demande de suspension d'une décision préfectorale refusant l'enregistrement d'une demande de titre de séjour. Le juge des référés estime que le courriel attaqué du 14 janvier 2026 ne constitue pas une décision faisant grief, une décision implicite de refus étant déjà née le 11 janvier 2026 suite à l'expiration du délai d'instruction. La demande est donc irrecevable au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
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