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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2410706

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2410706

mardi 18 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2410706
TypeDécision
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantSCP COUDERC ZOUINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 octobre 2024, Mme E F B, représentée par Me Zouine, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 24 juin 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a désigné le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, de lui délivrer, à titre principal, un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et, sans délai, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros HT à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

S'agissant de l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'incompétence de leur auteur ;

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un vice de procédure, qui l'a privée d'une garantie, la préfète du Rhône ne justifiant pas qu'un avis a été rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- - elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :

- elle est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de l'interdiction de retour :

- l'interdiction de retour doit être annulée en conséquence de l'illégalité des décision portant refus de titre et obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et emporte des conséquences excessives sur sa situation.

La préfète du Rhône a produit une pièce enregistrée le 29 octobre 2024.

Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 septembre 2024.

Vu les pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Segado, président-rapporteur,

- les observations de Me Le Roy, pour Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E F B, ressortissante haïtienne, née le 27 septembre 1969, déclare être entrée sur le territoire français en 2018 munie d'un visa valable du 12 février 2018 au 11 février 2020. Elle a contracté un pacte civil de solidarité avec un ressortissant français enregistré en mairie le 8 août 2019 et obtenu ainsi un premier titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable du 18 mai 2020 au 17 mai 2021. A la suite de la demande de Mme B du 28 juin 2021 sollicitant le renouvellement de son titre de séjour et la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle, le préfet du Rhône a, par des décisions du 17 mai 2022, décidé de refuser de lui délivrer un titre et d'assortir ce refus d'une obligation de quitter le territoire français, décisions confirmées par le tribunal administratif de Lyon puis par la cour administrative d'appel de Lyon. Le 31 juillet 2023, elle a présenté une nouvelle demande de titre de séjour. Par des décisions du 24 juin 2024 dont elle demande l'annulation, la préfète du Rhône a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

2. Les décisions attaquées sont signées par Mme A D, directrice des migrations et de l'intégration, qui a reçu délégation de signature à cet effet, par un arrêté de la préfète du Rhône du 15 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, librement accessible tant aux parties qu'au juge. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire des actes attaqués doit être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, il ne ressort pas des termes des décisions en litige ni des pièces du dossier que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de la requérante. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an.. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ".

5. D'une part, la préfète du Rhône a produit l'avis du 19 décembre 2023 rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration préalablement à l'édiction de la décision en litige, qui a été établi sur la base d'un rapport d'un médecin transmis au collège le 13 décembre 2023 qui n'a pas siégé au sein de ce collège de médecins. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure relatif à l'absence d'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration doit être écarté.

6. D'autre part, la partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.

7. En l'espèce, pour refuser de délivrer à Mme B le titre de séjour sollicité en raison de son état de santé, la préfète s'est appropriée l'avis précité du collège de médecins selon lequel l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait toutefois pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et lui permet de voyager sans risque à destination de son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier que Mme B souffre d'une maladie chéloïdienne prise en charge depuis 2022. Les éléments produits par Mme B et particulièrement le compte rendu de consultation établi par le Dr C du service de Dermatologie-Vénérologie-Allergologie de l'hôpital Edouard Herriot établi le 17 septembre 2024 et le certificat médical établi le 25 juillet 2024, ne sont pas de nature à remettre en cause l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, quant à un défaut de prise en charge de sa pathologie susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et l'appréciation ainsi portée sur ce point par la préfète au vu de cet avis. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la préfète n'a pas commis d'erreur d'appréciation au regard de ces dispositions.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ".

9. Mme B fait valoir qu'elle est entrée régulièrement en France avec son fils qui était alors étudiant, en 2018 pour rejoindre son compagnon, de nationalité française, qu'elle a conclu ensuite le 8 août 2019 un pacte civil de solidarité avec ce dernier qui est décédé d'un cancer peu de temps après, que c'est en raison du décès de son concubin que son droit au séjour a été interrompu, qu'elle a suivi plusieurs formations en France où elle a travaillé entre février 2021 et mai 2022. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme B s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français après avoir fait l'objet d'une décision du 17 mai 2022 par laquelle la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer le titre sollicité et l'a obligée à quitter le territoire français. Par ailleurs, l'intéressée, âgée de 54 ans à la date de la décision attaquée, célibataire et sans charge de famille, a vécu la majeure partie de son existence dans son pays d'origine où il n'est pas établi qu'elle y serait dépourvue d'attaches familiales et qu'elle ne pourrait y reconstituer sa vie privée et familiale. En outre, elle ne justifie d'aucune attache privée ou familiale en France à l'exception de son fils, majeur, qui a été titulaire durant trois années d'un titre étudiant en France et a obtenu son diplôme de Bachelor. Enfin, il n'est pas justifié d'une insertion sociale significative en France. Dans ces circonstances, eu égard aux conditions de son séjour en France et en dépit de ses efforts d'insertion professionnelle, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale doivent être écartés. Il ne ressort pas davantage de ces éléments que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle de Mme B.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

11. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment sur la situation personnelle, professionnelle et familiale de l'intéressée, et en l'absence d'autre élément, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Rhône aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité et qu'elle aurait ainsi méconnu ces dispositions.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 24 juin 2024 refusant de lui délivrer un titre de séjour.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait privée de base légale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

14. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constitue son fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

15. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes des décisions contestées ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de la requérante.

16. En quatrième lieu, eu égard aux éléments exposés au point 9 du présent jugement, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni que cette mesure d'éloignement serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire :

17. Mme B n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire prises à son encontre, le moyen tiré de cette illégalité soulevé à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

18. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

19. Il ressort des pièces du dossier que la situation que connaît Haïti se caractérise par un climat de violence généralisée, se traduisant notamment par des affrontements opposant des groupes criminels armés entre eux, et ces groupes à la police haïtienne et que cette violence atteint, à Port-au-Prince ainsi que, notamment, dans le département de l'Ouest, un niveau d'une intensité exceptionnelle, entraînant un grand nombre de victimes civiles. Dans ces conditions, Mme B, qui est originaire de Port-au-Prince, qui se trouve dans le département de l'Ouest, est fondée à soutenir que son éloignement vers Haïti l'exposerait à des traitements inhumains ou dégradants prohibés par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

20. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre cette décision, Mme B est fondée à soutenir que la décision fixant Haïti comme pays de renvoi doit être annulée.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois :

21. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français par voie de conséquence de la précédente devra être écarté.

22. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français./Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

23. Si la requérante fait valoir qu'elle ne constitue pas une menace à l'ordre public et se prévaut particulièrement de la durée et des conditions de son séjour sur le territoire français, toutefois, Mme B a fait l'objet le 17 mai 2022 d'une obligation de quitter le territoire, s'est maintenue ensuite irrégulièrement sur le territoire français en dépit de cette mesure d'éloignement, et ne justifie pas d'attaches intenses et stables en France comme exposé précédemment. Dans ces conditions, compte tenu de l'ensemble de ces éléments et alors que l'autorité administrative n'était pas tenue de mentionner formellement dans sa décision l'ensemble des critères énumérés au premier alinéa de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en prononçant une mesure d'interdiction de retour d'un an et n'a pas davantage commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de cette mesure sur la situation personnelle de la requérante.

24. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est seulement fondée à demander l'annulation de la décision du 24 juin 2024 de la préfète du Rhône fixant Haïti comme pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'injonction :

25. Le présent jugement, qui n'annule que la décision fixant Haïti comme pays de destination, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

26. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la requête présentées sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 24 juin 2024 fixant le pays à destination duquel Mme B sera éloignée est annulée en tant qu'elle mentionne Haïti.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E F B, à Me Zouine, et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 25 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

Mme Bardad, première conseillère,

Mme Boulay, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 mars 2025.

Le président-rapporteur,

J. Segado

L'assesseure la plus ancienne,

N. BardadLa greffière,

F. Abdillah

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,

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