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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2500934

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2500934

mercredi 29 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2500934
TypeDécision
PublicationC
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantGREPINET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces enregistrées les 25 et 27 janvier 2025, M. B A, représenté par Me Grepinet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner la mise à disposition de son dossier par la préfecture ;

3°) d'annuler l'arrêté du 23 janvier 2025 par lequel la préfète de l'Ain lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination;

4°) de suspendre la mesure d'éloignement jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de notification de celle-ci ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur des décisions attaquées ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- la préfète de l'Ain n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa demande ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;

En ce qui concerne la décision refusant tout délai de départ volontaire :

- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnaît les dispositions des articles L.612-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'il dispose de garanties de représentation suffisantes.

Des pièces complémentaires, présentées pour la préfète de l'Ain, ont été enregistrées le 28 janvier 2025 et communiquées.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Jorda pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jorda, première conseillère ;

- les observations de Me Grepinet, représentant M. A, qui se désiste du moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée et, pour le reste, conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- les observations de M. A, s'exprimant en langue française, qui répond aux questions de la magistrate désignée ;

- les observations de Me Tomasi, représentant la préfète de l'Ain qui conclut au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant camerounais né le 14 mai 1979, a déclaré être entré en France en 2012. Par un arrêté du 23 janvier 2025, dont il demande l'annulation, la préfète de l'Ain l'a obligé à quitter sans délai le territoire français. Par ailleurs, par un arrêté du même jour, elle l'a placé au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus des conclusions :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble

3. En premier lieu, la préfète de l'Ain a visé dans la décision attaquée les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qu'elle a appliquées. Elle a mentionné les éléments de faits relatifs à la situation du requérant en particulier sa situation personnelle et familiale, la présence de deux de ses enfants en France ainsi que la circonstance qu'il ne peut faire la preuve d'une entrée régulière en France, qu'il n'a pas accompli toutes les formalités requises pour l'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour, qu'il ne contribue pas à l'éducation de ses enfants de nationalité française et qu'il est défavorablement connu pour des faits de violences conjugales et de violence sur son enfant. Par suite, cette décision, qui ne devait pas nécessairement faire état de tous les éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, satisfait aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

4. En second lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que la préfète de l'Ain n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation du requérant. A ce titre et contrairement à ce que soutient l'intéressé, d'une part, la préfète de l'Ain a pris en compte la présence sur le territoire national de ses enfants français et, d'autre part, la circonstance que la préfète n'ait pas mentionné la présence de son fils porteur de handicap vivant en Suisse est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée dès lors que comme indiqué précédemment la préfète ne devait pas nécessairement faire état de tous les éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé et que cet enfant vit en Suisse. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Par ailleurs, aux termes de l'article 3.1 de la convention de New York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. Si M. A fait valoir qu'il a obtenu un titre de séjour d'un an délivré en 2020 et qu'il a effectué un maximum de démarches afin de régulariser sa situation sur le territoire, en se bornant à produire des échanges avec le défenseur des droits du 9 décembre 2024 et du 27 janvier 2025, sans transmettre ni les termes de sa demande titre de séjour, ni ses anciens récépissés, ni les éléments portés à la connaissance des préfectures de la Haute-Savoie et du Rhône relatifs à son déménagement, il ne justifie pas avoir accompli toutes les formalités requises et donc être en situation régulière sur le territoire français alors qu'il ressort des termes de la décision attaquée qu'aucune demande de titre de séjour n'est en cours d'instruction. Par ailleurs, si M. A se prévaut de sa vie privée et familiale en France en raison de la présence de ses deux enfants et de leur mère, tous de nationalité française, il n'établit par aucun élément probant contribuer effectivement à l'éducation et à l'entretien de ses enfants, et ce d'autant qu'au cours de l'audience publique, interrogé à ce sujet, il a seulement indiqué échanger avec eux en distanciel environ tous les deux mois. De plus, il ressort également des pièces du dossier que M. A, qui a été condamné, le 27 décembre 2021, à douze mois d'emprisonnement pour des faits de violences conjugales habituelles, fait l'objet d'une mesure de contrôle lui interdisant d'entrer en contact avec la mère de ces deux enfants, victime des faits. En outre, s'il se prévaut de la situation de handicap de son autre enfant, cette circonstance est sans incidence sur sa vie privée et familiale en France dès lors que cet autre enfant, pour lequel, au demeurant, il n'établit pas que sa présence à ses côtés serait nécessaire ni qu'il participerait effectivement à son éducation et à son entretien, réside en Suisse. Enfin, la seule circonstance, qui n'est pas établie, que sa mère et sa sœur seraient présentes sur le territoire français n'est pas davantage de nature à démontrer une vie privée et familiale d'une particulière intensité ou stabilité. Compte tenu de ces éléments, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne méconnaît ni son droit au respect de la vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni l'intérêt supérieur de ses enfants tel que protégé par les dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

En ce qui concerne la décision refusant tout délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le requérant n'est pas fondé à invoquer l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision refusant tout délai de départ volontaire.

9. Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

10. En second lieu, M. A soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation et méconnaît les dispositions des articles L.612-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne constitue pas une menace à l'ordre public et qu'il dispose de garanties de représentation suffisantes. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour décider de le priver de délai de départ volontaire, la préfète de l'Ain a estimé que son comportement constituait une menace à l'ordre public et qu'un risque de fuite était établi, au regard des 3°, 4° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. D'une part, dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que M. A a été condamné, le 27 décembre 2021, à douze mois d'emprisonnement pour des faits de violences conjugales habituelles et qu'il fait l'objet d'une mesure de contrôle lui interdisant d'entrer en contact avec la mère de ces deux enfants français, victime des faits, il n'est pas fondé à soutenir que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui ne conteste pas avoir déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français, ne justifie pas avoir accompli toutes les formalités requises pour le traitement de sa demande de renouvellement de titre de séjour et a refusé de présenter un document d'identité ou de voyage en cours de validité. Dans ces conditions, M. A, dont le comportement constitue une menace à l'ordre public, entrait également dans les situations, prévues aux point 3°, 4° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, selon lesquelles la préfète pouvait refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire. Par conséquent, et dès lors que le requérant ne justifie pas de circonstances particulières au sens des dispositions précitées, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation et de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

12. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner avant-dire droit la communication du dossier de l'intéressé, que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à la suspension de la mesure d'éloignement et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Grepinet et à la préfète de l'Ain.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2025.

La magistrate désignée,

V. JordaLa greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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