lundi 24 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2502110 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 février 2025, M. A B demande au tribunal :
1°) de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 17 février 2025 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour ce dernier de renoncer au bénéfice de la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
Il soutient que :
- les décisions sont entachées d'incompétence de leur signataire ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen ;
- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision de refus de délai de départ est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les articles L. 612-1 à L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire, enregistré le 23 février 2025, le préfet de la Haute-Savoie conclut au rejet de " la requête en contestation du placement en rétention ".
Il soutient que la décision de placement en rétention n'est pas entachée d'incompétence de son signataire, d'un défaut de motivation ou d'examen, que le requérant ne présente pas de garanties de représentation et s'est déjà soustrait à une précédente obligation de quitter le territoire français.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Reniez, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures à juge unique prévues par les articles L. 921-1 à L. 922-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle M. B n'était pas présent.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Reniez, magistrate désignée ;
- les observations de Me Pigeon, avocate, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, sauf celui tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées qu'elle abandonne ;
- les observations de Me Tomasi, représentant le préfet de la Haute-Savoie, qui conclut au rejet de la requête et soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés, qui précise notamment que le requérant ne démontre pas sa présence continue sur le territoire français durant la période alléguée ni son entrée sur le territoire français en 2003.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant de la République démocratique du Congo né en 2003, retenu en centre de rétention administrative, conteste l'arrêté du 17 février 2025 par lequel le préfet de la Haute-Savoie l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 précédemment visée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
3. En premier lieu, l'arrêté litigieux comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, pour chacune des mesures litigieuses. Il est, par suite, suffisamment motivé.
4. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet, qui n'est pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, n'aurait pas procédé à l'examen de sa situation particulière avant d'édicter les mesures en litige. Le moyen tiré du défaut d'examen particulier doit par suite être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Pour contester la mesure d'éloignement édictée à son encontre, M. B fait valoir qu'il est entré en France en 2003, y a effectué sa scolarité et y réside depuis plus de vingt-deux ans, qu'il maîtrise la langue française et dispose d'un hébergement où il vit avec sa mère. Toutefois, le requérant, qui se borne à produire dans la présente instance les décisions contestées et l'arrêté de placement en centre de rétention administrative, ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations. Il ne justifie pas de l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec sa mère, ni de la situation administrative de cette dernière. Le requérant qui a déclaré lors de son audition par les services de police le 17 février 2025 qu'il n'avait pas grandi avec ses frères et sœurs car il avait été placé en foyer à ses douze ans, ne justifie pas davantage de l'intensité de ses liens avec sa fratrie. Par ailleurs, le requérant, qui ne justifie pas de la durée de présence en France qu'il allègue et qui ne conteste pas avoir fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement en 2022, ne justifie pas d'une insertion particulière sur le territoire français où il est défavorablement connu des services de police. Il ressort des pièces produites en défense qu'il a fait l'objet de plus de trente signalisations, notamment pour des faits de détention non autorisée de stupéfiants en 2025, de recel de bien provenant d'un vol en 2024, de refus par le conducteur d'un véhicule d'obtempérer à une sommation de s'arrêter en 2024, de violence aggravée par trois circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours en 2024, de conduite d'un véhicule en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants en 2024, de conduite sans permis en 2023, de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité en 2023, de détention non autorisée de stupéfiants en 2022, d'acquisition non autorisée de stupéfiants et d'usage illicite de stupéfiants en 2022, de proxénétisme aggravé sur une victime mineure de 15 à 18 ans en 2021, d'arrestation, enlèvement, séquestration ou détention arbitraire en 2021, de vol aggravé par deux circonstances avec violences en 2021, de vol dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt et de rébellion en 2021. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision de refus de délai de départ volontaire :
7. En premier lieu, M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, il n'est pas fondé à se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision lui refusant un délai de départ volontaire.
8. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / () ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".
9. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. B, le préfet de la Haute-Savoie a retenu, d'une part, que le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public, d'autre part, qu'il existe un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet dès lors qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français où il n'a pas sollicité de titre de séjour, qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. Pour contester cette décision, le requérant fait valoir qu'il dispose d'une adresse stable, qu'il n'a à aucun moment déclaré ne pas vouloir se conformer à la mesure d'éloignement, qu'il ne s'est jamais soustrait à une précédente mesure d'éloignement et qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public. Toutefois, il est défavorablement connu des services de police pour de très nombreux faits ainsi qu'il a été dit au point 6. Le préfet a pu dans les circonstances de l'espèce considérer que la présence de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public. Par ailleurs, le requérant ne justifie pas disposer d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. En outre, il ne conteste pas être entré irrégulièrement sur le territoire français où il n'a pas sollicité de titre de séjour et être dépourvu de documents d'identité ou de voyage en cours de validité. S'il indique que tous ses liens privés et familiaux sont en France et n'avoir jamais vécu en République démocratique du Congo, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations et il ne justifie pas de circonstances particulières au sens de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A supposer même qu'il ne se serait pas soustrait à une précédente mesure d'éloignement, le préfet aurait pris la même décision en se fondant sur les autres motifs de sa décision. Le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 612-1 à L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit par suite être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour :
10. En premier lieu, M. B n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, il n'est pas fondé à se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
11. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les conclusions de la requête de M. B sont rejetées pour le surplus.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Haute-Savoie.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2025.
La magistrate désignée,
E. Reniez
La greffière,
S. Lecas
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Lyon — N° TA69-2604297
Le Tribunal Administratif de Lyon a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral d'obligation de quitter le territoire français (OQTF) avec interdiction de retour. Le tribunal a annulé l'arrêté du 18 février 2026, considérant que la motivation était insuffisante, notamment sur l'absence de réel examen de la situation personnelle et familiale du requérant au regard de l'article 8 de la CEDH. Les décisions ont été prises en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA).
07/04/2026
Tribunal Administratif de Lyon — N° TA69-2603734
Le Tribunal Administratif de Lyon rejette la requête de M. C... visant à annuler son obligation de quitter le territoire français (OQTF) sans délai et son interdiction de retour de dix-huit mois. Le tribunal estime que l'administration était fondée à prendre cette mesure, car le requérant reconnaît être en situation irrégulière et ne démontre pas disposer d'attaches personnelles suffisantes en France pour rendre la mesure disproportionnée. La décision s'appuie sur les articles L. 611-1, L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
03/04/2026
Tribunal Administratif de Lyon — N° TA69-2604300
Le Tribunal Administratif de Lyon a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté d'éloignement. Le requérant, un ressortissant algérien, contestait l'obligation de quitter le territoire français, la fixation du pays de destination et l'interdiction de retour de trois ans prononcées par le préfet de l'Ain. Le tribunal a annulé l'arrêté attaqué, considérant que la décision était entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une insuffisance de motivation, notamment au regard de l'examen de la situation personnelle et de l'état de santé de l'intéressé, en application des articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
03/04/2026
Tribunal Administratif de Lyon — N° TA69-2604550
Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. B..., un ressortissant soudanais, qui contestait le refus d'entrée sur le territoire français au titre de l'asile. Le tribunal a jugé que les moyens soulevés, notamment la violation présumée de la confidentialité de la procédure d'asile et les conditions de l'entretien, n'étaient pas fondés. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur les conventions internationales pertinentes.
03/04/2026