lundi 10 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2502341 |
| Type | Ordonnance |
| Avocat requérant | GILLIOEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 février 2025, Mme A B, représentée par Me Gillioen, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 6 janvier 2025 par laquelle la préfète du Rhône a clôturé sa demande de renouvellement de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et de lui remettre dans l'attente un récépissé ou une attestation de prolongation d'instruction l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est présumée, s'agissant d'une demande de renouvellement de son titre de séjour ; elle ne peut mener une vie familiale normale, avec son conjoint, de nationalité française, étant en situation irrégulière depuis le 28 janvier 2025, date d'expiration de son attestation de prolongation d'instruction ;
- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige les moyens tirés de ce que cette décision est insuffisamment motivée, qu'elle a été prise sans réel examen de sa situation et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, que le signataire de la décision ne peut être identifié, que la décision méconnaît les articles L. 423-3 et L. 433-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les dispositions de l'article L. 423-23 du même code et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu les autres pièces du dossier et la requête enregistrée le 24 février 2025 sous le n° 2502340, par laquelle Mme B demande l'annulation de la décision du 6 janvier 2025 en litige.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Besse, président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". L'article L. 522-3 du même code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
2. Mme B, ressortissante russe, est entrée en France en 2022 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour en tant que conjointe d'un ressortissant français. Elle s'est vue ensuite délivrer un titre de séjour expirant le 11 octobre 2024, dont elle a demandé le renouvellement le 30 juillet 2024. Le 6 janvier 2025, les services de la préfecture du Rhône, qui instruisaient son dossier, l'ont informée que sa demande était clôturée, au motif que son dossier était incomplet. Mme B demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cette décision.
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. Pour soutenir qu'il y a urgence à suspendre l'exécution de la décision du 6 janvier 2025 en litige, Mme B se prévaut tout d'abord de la présomption d'urgence applicable en cas de refus de renouvellement de titre de séjour. Toutefois, la décision en litige, qui se borne à refuser d'enregistrer la demande de l'intéressée, au motif qu'elle est incomplète, ne peut s'analyser comme un refus de renouvellement de titre de séjour. Par ailleurs, et alors que la requérante n'explique pas les motifs pour lesquels elle n'a pas déposé une nouvelle demande de titre de séjour, ainsi qu'elle était invitée à le faire par le courriel du 6 janvier 2025, et a ainsi contribué à l'atteinte à sa situation qu'elle déplore, se borne à faire valoir qu'elle se trouve en situation irrégulière depuis le 28 janvier 2025, date d'expiration de sa dernière attestation de prolongation d'instruction, et qu'elle ne pourrait mener une vie familiale normale, sans faire état d'attentes précises et concrètes à sa situation. Dans ces conditions, la condition d'urgence requise par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'est pas remplie.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner s'il est fait état d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée, que la requête de Mme B doit être rejetée selon la procédure prévue à l'article L. 522-3 du code de justice administrative en toutes ses conclusions, y compris celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.
Copie en sera adressée à la préfète du Rhône.
Fait à Lyon, le 10 mars 2025.
Le juge des référés,
T. Besse
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,