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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2502493

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2502493

mardi 4 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2502493
TypeDécision
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantLEGRAND-CASTELLON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 février 2025, M. G F, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry et représenté par Me Legrand-Castellon, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de faire mettre à disposition son dossier par la préfète du Rhône ;

3°) d'annuler l'arrêté du 25 février 2025 par lequel la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire pour une durée d'un an ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce dernier renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la préfète doit justifier de la compétence du signataire de l'arrêté attaqué ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et n'a pas été précédé d'un examen de sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, son comportement ne constituant pas une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour l'ordre public ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire ne répond pas à une situation d'urgence au sens de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision lui interdisant de circuler sur le territoire pendant un an est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle porte atteinte à son droit à la libre circulation sur le territoire de l'Union européenne protégé par l'article 45 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2025, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a délégué à Mme Marie Chapard les pouvoirs qui lui sont attribués en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 4 mars 2025, Mme Marie Chapard a présenté son rapport et entendu les observations de :

- Me Legrand-Castellon, pour M. F, présent, reprenant les conclusions et moyens de ses écritures, en faisant notamment valoir que les faits pour lesquels M. F a été condamné sont anciens et qu'il a, depuis, un comportement irréprochable ; qu'il a demandé à plusieurs reprises à retourner en Italie où il réside, a son activité professionnel et où résident son épouse et ses enfants ; que l'absence de délai de départ volontaire a pour effet de l'empêcher d'organiser son retour alors qu'il souhaite retourner en Italie alors qu'aucune urgence ne le justifie et que la décision attaquée porte atteinte à sa liberté de circulation ;

- M. F, requérant, assisté de M. D, interprète en langue italienne, indiquant qu'il a subi des soins pendant son incarcération ; qu'il souhaite rentrer en Italie ; qu'il ne menace pas l'ordre public ; que l'interdiction de circulation dont il fait l'objet est sans importance dès lors qu'il peut retourner dans son pays d'origine ;

- Mme B, pour la préfète du Rhône, reprenant les conclusions et moyens de ses écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant italien né le 15 février 1969, demande l'annulation de l'arrêté du 25 février 2025 par lequel la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire pour une durée d'un an.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Aux termes de l'article 61 du décret susvisé du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). / L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Au cas particulier, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. F au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant à la production, par la préfète, du dossier de M. F :

4. L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et l'ensemble des pièces de procédure ont été produites sur audience par l'administration. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier détenu par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. A E, adjoint à la cheffe du bureau éloignement de la préfecture du Rhône, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet par arrêté de la préfète du Rhône du 7 février 2025, publié le 11 février 2025 au recueil des actes administratifs. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'arrêté en litige doit être écarté.

6. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les conditions d'entrée et de séjour en France de M. F. Il fait également état d'éléments quant à sa situation personnelle. Il comporte ainsi l'énoncé des éléments de fait qui en constituent le fondement, la préfète n'étant par ailleurs pas tenue de mentionner l'ensemble de la situation de l'intéressé. Le moyen tiré d'une motivation insuffisante de l'arrêté attaqué doit ainsi être écarté. Il en va de même du moyen tiré d'un défaut d'examen préalable de la situation personnelle de M. F.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. "

8. Il ressort des pièces du dossier que M. F a été condamné à une peine de dix-huit mois d'emprisonnement le 21 juin 2024 par le tribunal correctionnel de Lyon pour des faits de participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni d'au moins cinq ans d'emprisonnement et recel de bien provenant d'un vol aggravé. Il est entré sur le territoire national à l'occasion de son incarcération au mois de mars 2024 après avoir été interpellé en Allemagne au mois de février 2024. Il y a purgé sa peine. Il est sans domicile stable et sans ressources sur le territoire français et déclare vouloir retourner en Italie où il réside et où vivent son épouse et ses enfants. S'il soutient que les faits pour lesquels il a été condamné datent de 2013 et que, depuis cette date, son comportement ne constitue plus une menace pour l'ordre public, la gravité de ces faits justifie que la préfète ait considéré que sa présence en France constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. Par suite, le moyen tiré de ce que la préfète aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 251-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. "

10. Le requérant, qui se borne à soutenir qu'il " souhaite rentrer en Italie le plus vite possible ", ne conteste pas utilement l'appréciation portée par la préfète sur l'urgence de son éloignement du territoire français. En outre, compte tenu du comportement délictuel de M. F, du caractère récent de sa condamnation à une peine de dix-huit mois d'emprisonnement ferme et de la gravité des faits pour lesquels il a été condamné, la préfète n'a pas commis d'erreur d'appréciation en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire pour quitter le territoire français.

11. En cinquième lieu, M. F ne démontrant pas l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, il n'est pas fondé à se prévaloir, par la voie de l'exception, de son illégalité à l'encontre de la décision lui interdisant de circuler sur le territoire français pendant un an.

12. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment sur la situation personnelle de l'intéressé, ainsi que sur la menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française que représente son comportement pour l'ordre public, il n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Rhône aurait commis une erreur d'appréciation en lui interdisant de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an, ni que celle-ci porterait atteinte à son droit à la libre circulation en qualité de ressortissant communautaire ou à l'article 45 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 février 2025.

Sur les frais liés au litige :

14. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par M. F doivent être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : M. F est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. F est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M G F et à la préfète du Rhône

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mars 2025.

La magistrate désignée,

M. C,

La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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