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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2502527

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2502527

mercredi 5 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2502527
TypeDécision
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantLEGRAND-CASTELLON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 février 2025, M. F C, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry et représenté par Me Legrand-Castellon, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de faire mettre à disposition son dossier par la préfecture ;

3°) d'annuler l'arrêté du 25 février 2025 par lequel la préfète du Rhône a décidé de son maintien en rétention administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce dernier renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la préfète doit justifier de la compétence du signataire de l'arrêté attaqué ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et n'a pas été précédé d'un examen de sa situation personnelle ;

- la préfète a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 754-3 et L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sa demande d'asile déposée le 25 février 2025 en rétention ne pouvant être considérée comme dilatoire puisqu'elle constitue la continuité d'une démarche entamée précédemment ;

- elle viole son droit au recours effectif protégé par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle viole les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- son maintien en rétention n'est pas nécessaire, en méconnaissance de l'article L. 741-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a délégué à Mme Marie Chapard les pouvoirs qui lui sont attribués en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 5 mars 2025, Mme Marie Chapard a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Legrand-Castellon, pour M. C, présent, reprenant les conclusions et moyens de ses écritures et faisant notamment valoir que sa demande d'asile n'est pas dilatoire car il a manifesté sa volonté de demander l'asile en France antérieurement à son placement en rétention ; qu'il craint pour sa santé en cas de retour dans son pays d'origine ; qu'il a fait l'objet d'une prise en charge médicale en Suisse pour des douleurs vives et une détresse psychologique ;

- les observations de Mme A, pour la préfète du Rhône, faisant valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés et indiquant que sa demande d'asile a été rejetée une première fois ; qu'il a fait l'objet de deux condamnations pénales et d'une interdiction judicaire du territoire ; qu'il n'apporte aucun élément relatif à son état de santé et que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides vient de rejeter la demande d'asile qu'il a formulé depuis le centre de rétention.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant nigérian né le 21 novembre 1985, a fait l'objet d'obligations de quitter le territoire le 29 juin 2021 et le 9 décembre 2022. Il a été placé en rétention le 20 février 2025. Il a déposé, depuis le centre de rétention, une demande de réexamen de sa demande d'asile. Par arrêté du 25 février 2025, la préfète du Rhône a décidé de son maintien en rétention. Par une décision du 4 mars 2025, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté comme irrecevable la demande de réexamen présentée par l'intéressé. Il demande l'annulation l'arrêté du 25 février 2025.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Aux termes de l'article 61 du décret susvisé du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). / L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Au cas particulier, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant à la production, par le préfet, du dossier de M. C:

4. L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et l'ensemble des pièces de procédure ont été produites sur audience par l'administration. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier qu'elle détient.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme E D, cheffe du bureau de l'éloignement de la préfecture du Rhône, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet par arrêté de la préfète du 17 octobre 2024, publié au recueil des actes administratifs spécial du jour même. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté.

6. En deuxième lieu, la décision litigieuse fait état du parcours de demande d'asile de M. C. Elle fait également état d'éléments de sa situation personnelle recueillis lors de son audition par les services de police le 19 février 2025. Elle comporte ainsi l'énoncé des éléments de fait qui en constituent le fondement, la préfète n'étant par ailleurs pas tenue de mentionner l'ensemble de la situation de l'intéressé. Le moyen tiré d'une motivation insuffisante de l'arrêté attaqué doit ainsi être écarté.

7. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète n'aurait pas procédé, préalablement à l'édiction de sa décision, à un examen de la situation personnelle de l'intéressé.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13 ". Aux termes de l'article L. 754-3 du même code : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. () ".

9. Pour soutenir que les dispositions précitées ont été méconnues et que sa demande de réexamen de sa demande d'asile présentée le 25 février 2025 ne présente pas de caractère dilatoire, M. C fait valoir que cette demande fait suite à une demande initiale présentée pendant une période d'incarcération en 2020 qu'il a effectuée " sans être assisté ni accompagné dans cette démarche ", ce qui expliquerait son rejet par l'OFPRA et attesterait de l'antériorité de son souhait de se voir reconnaître le statut de réfugié à son placement en rétention. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé n'a entrepris les démarches afférentes à sa demande de réexamen que postérieurement à son placement en rétention, intervenu le 20 février 2025, en déposant son dossier auprès du chef du centre de rétention le 24 février 2025. Il n'a, en outre, pas fait part de ce souhait lors de son audition par les services de police le 19 février 2025 au cours de laquelle il a déclaré ne pas souhaiter rentrer dans son pays d'origine et vouloir être transféré aux Etats-Unis. Enfin, il ressort des pièces produites en défense que l'OFPRA a, par une décision du 4 mars 2025, rejeté la demande de réexamen de la demande d'asile de M. C pour irrecevabilité. Dans ces conditions, et alors que le requérant a fait l'objet de condamnations pénales et d'une interdiction judiciaire du territoire, la préfète du Rhône a pu estimer, sans méconnaître les dispositions précitées ni commettre d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation, que la demande d'asile formulée par M. C n'avait d'autre objet que de faire échec à l'exécution des mesures d'éloignement dont il fait l'objet et présentait un caractère dilatoire. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

10. En cinquième lieu, si M. C, soutient que l'arrêté contesté ne lui permet pas de déposer un recours effectif devant la Cour nationale du droit d'asile contre la décision de rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, il résulte des dispositions de l'article L. 754-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, lorsque les conditions du maintien en rétention sont réunies, la demande d'asile est examinée selon la procédure accélérée prévue au 3° de l'article L. 531-24 du même code. La circonstance qu'en pareil cas le recours exercé devant la Cour nationale du droit d'asile à l'encontre de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ne présente pas un caractère suspensif ne porte pas, en elle-même, atteinte au droit au recours des demandeurs d'asile. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à un recours effectif doit être écarté.

11. En dernier lieu, si le requérant soutient que l'arrêté contesté viole les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et que son maintien en rétention n'est pas nécessaire, il n'assortit pas ces moyens des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète du Rhône du 25 février 2025.

Sur les frais liés au litige :

13. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par M. C doivent être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F C et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mars 2025

La magistrate désignée,

M. B,

La greffière,

A. Senoussi,

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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