lundi 10 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2502844 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | VRAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 mars 2025, M. A B, représenté par Me Vray, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 5 mars 2025 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a interdit de retour sur le territoire national avant l'écoulement d'une période de trois ans ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée révélant en cela un défaut d'examen de sa situation particulière ;
- elle est dépourvue de base légale dès lors qu'il a exécuté l'obligation de quitter le territoire le visant, édictée le 5 octobre 2024 ;
- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; elle revêt un caractère disproportionné et méconnaît son droit à une vie privée et familiale normale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle méconnaît également l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- compte tenu de la tenue d'une enquête sociale et d'une audience correctionnelle en 2025 et 2026, l'exécution de la décision en litige le priverait des garanties prévues par l'article 6-1 de la convention européenne précitée.
Des pièces ont été enregistrées pour la préfète du Rhône le 8 mars 2025 et ont été communiquées.
La présidente du tribunal a désigné M. Gilbertas en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gilbertas, magistrat désigné,
- les observations de Me Vray, pour M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens, sauf à se désister du moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte en litige et à soutenir, en outre, que la décision attaquée a méconnu son droit d'être entendu préalablement à son édiction,
- et celles de Me Tomasi, pour le préfet du Puy-de-Dôme, qui conclut au rejet de la requête, les moyens soulevés n'étant pas fondés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant monténégrin né le 9 avril 1988, demande au tribunal l'annulation de la décision du 5 mars 2025 par laquelle le préfet du Puy-de-Dôme l'a interdit de retour sur le territoire national avant l'écoulement d'une période de trois ans.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu de faire droit à la demande de M. B tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle, sur le fondement du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour dont elle fait application et relève les éléments biographiques de M. B pertinents pour cette application. Si M. B conteste certaines des appréciations portées par l'autorité compétente dans sa décision, et notamment la consistance de sa vie privée et familiale en France, de tels griefs relèvent du bienfondé de cette décision et non de sa motivation. Il ne ressort ni de cette motivation, suffisante en l'espèce, ni des autres pièces du dossier que cette décision aurait été édictée au terme d'un examen incomplet de sa situation. Les moyens afférents doivent ainsi être écartés.
4. En deuxième lieu, M. B soutient que l'arrêté contesté porte atteinte à son droit d'être entendu, garanti notamment par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, dès lors qu'il n'a pas été mis à même de présenter des observations préalablement à son édiction. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il a été entendu par les services de gendarmerie le 5 mars 2025, notamment sur sa situation administrative, audition au cours de laquelle il a pu faire valoir toutes observations utiles. Il n'est par ailleurs pas établi qu'il n'aurait pas pu présenter à l'administration d'autres éléments de nature à influer sur le sens de la décision contestée, les éléments relatifs à sa situation privée et familiale en France dont il fait état à l'audience ayant par ailleurs été recueillis lors de cette audition. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce qu'il a été privé du droit d'être entendu doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ".
6. Il est constant que M. B a fait l'objet, par arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 6 octobre 2024, d'une obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours qui lui a régulièrement été notifiée. Si le requérant soutient avoir exécuté volontairement une telle mesure, et avoir résidé plusieurs mois au Portugal, il se borne à produire un billet de bus entre Porto et Givors au nom d'un tiers et une photographie assorties de capture d'écran dépourvues de toutes garanties d'exactitude. Ainsi, en l'absence de tout élément, notamment administratif, à même d'établir que M. B ne s'est pas soustrait à la mesure d'éloignement le visant, c'est sans erreur de fait ou de droit que le préfet du Puy-de-Dôme a pu estimer qu'il s'était maintenu irrégulièrement sur le territoire national au-delà du délai de départ volontaire dont il bénéficiait. Les moyens afférents doivent ainsi être écartés.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
8. Pour interdire de retour en France M. B pour une durée de trois ans, le préfet du Puy-de-Dôme, au visa des dispositions précitées, a relevé que celui-ci était présent en France depuis l'année 2008, qu'il était séparé de la mère de ses enfants, tous français, qu'il déclarait ne plus entretenir de contacts avec celles-ci, qu'il ne s'était pas soustrait à une précédente mesure d'éloignement et que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public. S'agissant de ce dernier point, il ressort des pièces du dossier, et notamment du relevé du fichier de traitement des antécédents judiciaires, que l'intéressé a fait l'objet de mises en cause pour recel et vol aggravé en 2015, de violences habituelles et harcèlement sur conjoint en 2024 et d'usage de faux document à l'occasion de son interpellation le 5 mars 2025. Compte tenu du fait que M. B ne conteste ni la matérialité de tels faits ou son implication personnelle dans ceux-ci, de la répétition de faits répréhensibles, de leur caractère récent et de leur gravité, c'est sans erreur d'appréciation que le préfet du Puy-de-Dôme a pu retenir que la présence du requérant présentait une menace pour l'ordre public en France. M. B fait également valoir que son père et son frère résident en France et que son absence de liens avec ses filles est liée à une démarche de leur mère qui les aurait " placées ". Compte tenu de la précarité des liens familiaux ainsi décrits, dont l'intensité n'est caractérisée par aucune pièce versée, de la circonstance que l'intéressé fait l'objet d'une mesure d'interdiction de contact avec son ancienne compagne en lien avec des faits de harcèlement de celle-ci, la décision en litige ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale normale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, comme portant atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ou comme caractérisant une situation humanitaire à même de faire obstacle à l'édiction de cette mesure. De même, l'ensemble de ces éléments ne caractérisent pas une disproportion du quantum de la mesure retenue par l'autorité compétente, en l'espèce de trois ans. Les moyens afférents, ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent ainsi être écartés.
9. En dernier lieu, les seules circonstances tenant à ce que M. B a fait l'objet d'une convocation pour enquête sociale et pour une audience au tribunal correctionnel de Clermont-Ferrand, en lien avec les faits d'usage de faux document ayant donné lieu à son interpellation, sont insusceptibles de faire regarder la mesure en litige comme le privant du droit d'être entendu équitablement par un tribunal indépendant en méconnaissance des stipulation de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen afférent doit ainsi être écarté.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquences, les conclusions présentées au titre des frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus de conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Vray et au préfet du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mars 2025.
Le magistrat désigné,
M. Gilbertas
La greffière,
L. Bon-Mardion
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour exécution conforme,
Un greffier
Tribunal Administratif de Lyon — N° TA69-2604297
Le Tribunal Administratif de Lyon a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral d'obligation de quitter le territoire français (OQTF) avec interdiction de retour. Le tribunal a annulé l'arrêté du 18 février 2026, considérant que la motivation était insuffisante, notamment sur l'absence de réel examen de la situation personnelle et familiale du requérant au regard de l'article 8 de la CEDH. Les décisions ont été prises en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA).
07/04/2026
Tribunal Administratif de Lyon — N° TA69-2603734
Le Tribunal Administratif de Lyon rejette la requête de M. C... visant à annuler son obligation de quitter le territoire français (OQTF) sans délai et son interdiction de retour de dix-huit mois. Le tribunal estime que l'administration était fondée à prendre cette mesure, car le requérant reconnaît être en situation irrégulière et ne démontre pas disposer d'attaches personnelles suffisantes en France pour rendre la mesure disproportionnée. La décision s'appuie sur les articles L. 611-1, L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
03/04/2026
Tribunal Administratif de Lyon — N° TA69-2604300
Le Tribunal Administratif de Lyon a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté d'éloignement. Le requérant, un ressortissant algérien, contestait l'obligation de quitter le territoire français, la fixation du pays de destination et l'interdiction de retour de trois ans prononcées par le préfet de l'Ain. Le tribunal a annulé l'arrêté attaqué, considérant que la décision était entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une insuffisance de motivation, notamment au regard de l'examen de la situation personnelle et de l'état de santé de l'intéressé, en application des articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
03/04/2026
Tribunal Administratif de Lyon — N° TA69-2604550
Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. B..., un ressortissant soudanais, qui contestait le refus d'entrée sur le territoire français au titre de l'asile. Le tribunal a jugé que les moyens soulevés, notamment la violation présumée de la confidentialité de la procédure d'asile et les conditions de l'entretien, n'étaient pas fondés. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur les conventions internationales pertinentes.
03/04/2026