jeudi 20 mars 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2502866 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | ALBISSON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 mars 2025, et un mémoire en réplique enregistré le 19 mars 2025, la société ASM Ambulance, représentée par Me Albisson, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 4 mars 2025 par lequel la directrice générale de l'agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes a prononcé, pour une durée d'un mois à compter du 24 mars 2025, le retrait temporaire de son agrément pour effectuer des transports sanitaires terrestres ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie eu égard aux conséquences économiques irréversibles de la décision ; elle ne pourra établir aucune facture au titre de ses transports de patients pendant un mois, ce qui représente une perte estimée à environ 70 000 euros ; elle ne pourra plus verser de salaires à ses dix salariés, ni payer le loyer des locaux qu'elle occupe à Vénissieux, ni honorer ses obligations en matière de cotisations sociales et fiscales ; elle est confrontée à des difficultés financières depuis 2019, ayant subi une perte de 122 458 euros en 2023, et fait l'objet d'une procédure de redressement judiciaire jusqu'en 2029 ;
- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, les moyens suivants :
* la décision a été prise au terme d'une procédure irrégulière, l'avis préalable du sous-comité des transports sanitaires (SCOTS) ayant été rendu et sans qu'elle n'ait pu faire valoir ses observations orales, et sans d'ailleurs qu'un procès-verbal ait été rédigé ;
* les motifs de la décision sont entachés d'erreurs de fait ; elle disposait, lors du contrôle du 9 septembre 2024, d'un sac vomitoire pouvant faire office de haricot, mais surtout d'un appareil de tension manuel et d'un triangle ou d'une lampe de présignalisation ; le matériel pour le traitement des plaies n'était pas périmé ;
* les motifs de la décision sont infondés en droit ; l'ambulance contrôlée disposait bien en son sein d'un défibrillateur et la circonstance que l'électrode de cet appareil était périmée n'empêche pas, en tout état de cause, son utilisation en cas de nécessité ; l'absence de mise à jour du carnet de désinfection ne saurait susciter un doute sérieux sur l'effectivité du nettoyage des ambulances, alors même que le matériel nécessaire au protocole de désinfection complète de l'ambulance contrôlée était bien présent en son sein ; aucun manquement relatif à la formation aux gestes et soins d'urgence ne peut lui être reproché, dès lors que l'ambulancier présent lors du contrôle justifie d'une attestation de formation aux gestes et soins d'urgence de niveau 2 valable jusqu'au 15 janvier 2026 ;
* la sanction prononcée est disproportionnée ; elle n'a auparavant jamais fait l'objet d'une convocation à une séance du SCOTS ni d'une sanction de la part de l'agence régionale de santé ; elle a fait l'objet d'un traitement inégalitaire par rapport à d'autres sociétés ambulancières.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 mars 2025 et 19 mars 2025, l'agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie ; la note de service datée du 6 mars 2025, produite par la requérante, dans laquelle il est indiqué que la requérante sera dans l'obligation de fermer définitive l'entreprise est un acte purement déclaratoire sans valeur probante ; au demeurant, cette note envisage la mise au chômage technique des salariés comme solution permettant de réduire les pertes et donc d'atténuer les effets du retrait temporaire de l'agrément ; malgré la procédure de redressement judiciaire dont elle fait l'objet, la société ASM Ambulance est bien implantée et viable sur le long terme, et un éventuel retard de paiement au cours du plan de redressement ne conduit pas immédiatement à la liquidation judiciaire ; l'intéressée ne produit aucun document financier officiel établi par un expert-comptable permettant de justifier de la gravité de l'atteinte portée à sa situation financière ; il existe un intérêt public, lié à la préservation de la sécurité des patients transportés, à ne pas suspendre la décision ;
- aucun des moyens soulevés par la requérante n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige ; en particulier, la matérialité d'une grande partie des manquements reprochés est admise par la requérante elle-même ; le défaut de fourniture de l'attestation de formation d'un membre de l'équipage est avéré, puisqu'au moment du contrôle la société ne disposait pas du document obligatoire à présenter ; le manquement relatif au protocole de nettoyage a été constaté par deux agents opérant sous la supervision d'un inspecteur de l'action sanitaire et sociale ; la sanction prononcée à l'encontre de la requérante est proportionnée.
Vu les autres pièces du dossier et la requête enregistrée sous le n° 2502865 par laquelle la société ASM Ambulance demande l'annulation de l'arrêté en litige.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle la présidente du tribunal a désigné M. Besse, président, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Gaillard, greffière d'audience, M. Besse a lu son rapport et entendu les observations de :
- Me Albisson, représentant la société ASM Ambulance, qui a repris ses conclusions et moyens ;
- M. D et M. C, représentant la société ASM Ambulance ;
- M. A et Mme B, représentant l'agence régionale de santé, qui ont persisté dans leurs conclusions et moyens ; ils ont fait notamment valoir en outre que la perte de chiffre d'affaires alléguée, de 70 000 euros, par mois, ne représenterait qu'environ 15% du montant de la dette de la société, qui est dans une situation financière déjà difficile.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 4 mars 2025, la directrice générale de l'agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes a prononcé le retrait, pour une durée d'un mois à compter du 24 mars 2025, de l'agrément dont bénéficie la société ASM Ambulance pour effectuer des transports sanitaires terrestres. La société ASM Ambulance demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cet arrêté.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
3. D'une part, il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonnée le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence, en outre, doit être évaluée de manière objective et globale en fonction de l'ensemble des circonstances de l'affaire, y compris la préservation des intérêts publics attachés à la mesure litigieuse.
4. En l'espèce, la société ASM Ambulance fait valoir que la mesure en litige, qui est de nature à la priver de tout revenu pendant un mois, soit une perte de chiffre d'affaires pouvant être évaluée à environ 70 000 euros, est de nature à compromettre sa pérennité et pourrait avoir des conséquences économiques irréversibles, alors qu'elle connaît déjà une situation difficile, faisant l'objet d'une procédure de redressement judiciaire par jugement du tribunal de commerce de Lyon du 3 octobre 2019. Il résulte de l'instruction que la situation financière de la société requérante est précaire, celle-ci ayant connu une perte financière supérieure à 122 000 euros en 2023 et ses dettes au 31 décembre 2023 s'élevant à plus de 467 000 euros, alors par ailleurs que ses frais généraux mensuels sont évalués à 64 500 euros selon les éléments produits par son expert-comptable. Dans ces conditions, la décision en litige, qui entraîne l'arrêt de l'activité de la société pendant un mois est susceptible, compte tenu de cette situation financière déjà dégradée, d'entraîner des conséquences financières difficilement réversibles, de sorte que la requérante justifie d'une atteinte grave et immédiate à sa situation. Si l'agence régionale de santé soutient qu'il existe un intérêt public au maintien de la décision, les éléments retenus pour fonder la décision, s'ils révèlent des négligences de la part de la société à différentes règles, ne peuvent être regardées comme constituant un motif d'intérêt public tel qu'il ferait obstacle à ce que la condition d'urgence, appréciée objectivement et au regard de l'ensemble des circonstances de l'affaire, soit regardée comme remplie.
5. En l'état de l'instruction, compte tenu des motifs retenus et de ce que la société requérante n'avait jusque-là fait l'objet d'aucune remarque ni sanction, le moyen tiré de la disproportion de la sanction prise est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
6. Il résulte de ce qui précède, les deux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, que la société requérante est fondée à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du 4 mars 2025 de la directrice générale de l'agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes.
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes la somme de 1 000 euros au titre des frais non compris dans les dépens exposés par la société requérante.
ORDONNE :
Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 4 mars 2025 de la directrice générale de l'agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes prononçant le retrait, pour une durée d'un mois à compter du 24 mars 2025, de l'agrément dont bénéficie la société ASM Ambulance pour effectuer des transports sanitaires terrestres est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.
Article 2 : L'agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes versera à la SAS ASM Ambulance la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société ASM Ambulance et à l'Agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes.
Fait à Lyon, le 20 mars 2025.
Le juge des référés,
T. Besse
La greffière,
F. Gaillard
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,