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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2503415

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2503415

mardi 15 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2503415
TypeDécision
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantDACHARY

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a examiné la requête de M. A, ressortissant malien, contestant l'arrêté du 12 mars 2025 par lequel le préfet de la Loire a renouvelé son assignation à résidence pour 45 jours. Le tribunal a rejeté le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, estimant que l'arrêté visait les textes applicables et exposait les circonstances de fait propres à la situation de l'intéressé. La décision a été rendue sur le fondement des articles L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 mars et 11 avril 2025, M. C A demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 mars 2025 par lequel le préfet de la Loire a renouvelé son assignation à résidence dans le département de la Loire pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et revêt un caractère disproportionné.

La requête a été communiquée au préfet de la Loire qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a versé, le 9 avril 2025, des pièces au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Gueguen, conseiller, pour statuer en application des dispositions des articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties, dûment convoquées, ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle le préfet de la Loire n'était ni présent, ni représenté.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue avec l'assistance de Mme Senoussi, greffière :

- le rapport de M. Gueguen ;

- les observations de Me Dachary, avocate de permanence, représentant M. A qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- et les observations de M. A, assisté de M. B, interprète en langue bambara, qui déclare, en réponse aux différentes questions qui lui ont été posées, qu'il n'avait initialement pas compris la nature de la mesure dont il fait l'objet et qu'il souhaiterait pouvoir bénéficier d'une diminution de la fréquence de son obligation de pointage auprès des services de la gendarmerie nationale.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien né le 6 juin 1978, déclare être entré en France au cours de l'année 2019. Après que sa demande d'asile a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), le 22 octobre 2020, que par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), le 30 mars 2021, par un arrêté du 22 avril suivant, dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal le 30 août 2021, la préfète de la Loire l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office. Suite à son placement en retenue administrative aux fins de vérifications de son droit au séjour le 29 janvier 2025, par deux arrêtés du lendemain, le préfet de la Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, et l'a assigné à résidence dans le département de la Loire pour une durée de quarante-cinq jours. Enfin, par arrêté du 12 mars 2025, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, l'autorité préfectorale a renouvelé son assignation à résidence dans le département de la Loire, dont il ne peut sortir sans autorisation, pour une durée de quarante-cinq jours, en l'obligeant à se présenter trois fois par semaine, les lundis, mercredis et vendredis, y compris les jours fériés, à 10 heures, auprès des services de la gendarmerie nationale situés sur le territoire de la commune d'Andrézieux-Bouthéon, afin de faire constater qu'il respecte la mesure d'assignation à résidence dont il fait l'objet.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Selon les termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions citées au point précédent.

Sur les autres conclusions de la requête :

4. En premier lieu, selon les termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ".

5. En l'espèce, l'arrêté contesté vise les textes dont il fait application, en particulier les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A sur lesquelles le préfet de la Loire s'est fondé pour prononcer le renouvellement de son assignation à résidence. S'il est loisible au requérant de contester l'appréciation portée par l'autorité préfectorale sur sa situation personnelle, cette divergence d'analyse n'est pas de nature à établir l'insuffisance de motivation alléguée, dès lors que le caractère suffisant de la motivation d'une décision s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus. Par suite, l'arrêté attaqué, qui comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et ont ainsi permis à l'intéressé d'en contester utilement le bien-fondé, est suffisamment motivé au regard des dispositions précitées de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté contesté, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Loire n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle de M. A. À cet égard, le requérant ne peut utilement se prévaloir des termes de l'arrêté du 22 avril 2021 par lequel l'autorité préfectorale l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office, dès lors que l'appréciation à laquelle elle s'était alors livrée pour considérer qu'une mesure d'éloignement ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale est, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

7. En troisième lieu, selon les termes de l'article L. 730-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, dans les conditions prévues au présent titre, assigner à résidence l'étranger faisant l'objet d'une décision d'éloignement sans délai de départ volontaire () qui ne peut quitter immédiatement le territoire français. () ". À cet égard, l'article L. 731-1 du même code prévoit que : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire () n'a pas été accordé ; () ". Par ailleurs, selon les termes de l'article L. 732-3 de ce même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée. ". Enfin, aux termes de l'article R. 733-1 dudit code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, () définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; () ".

8. Pour renouveler l'assignation à résidence de M. A dans le département de la Loire, dont il ne peut sortir sans autorisation, pour une durée de quarante-cinq jours, et l'astreindre à se présenter trois fois par semaine, les lundis, mercredis et vendredis, y compris les jours fériés, à 10 heures, auprès des services de la gendarmerie nationale situés sur le territoire de la commune d'Andrézieux-Bouthéon, le préfet de la Loire s'est fondé sur les motifs tirés, d'une part, de ce que l'intéressé avait fait l'objet de deux arrêtés du 30 janvier 2025 par lesquels il l'avait obligé à quitter le territoire français sans délai et l'avait assigné à résidence dans ce même département pour une durée de quarante-cinq jours, d'autre part, de ce qu'il présentait des garanties de représentation propres à prévenir le risque qu'il se soustrait à la mesure d'éloignement dont il faisait l'objet compte tenu de ce qu'il déclarait résider sur le territoire de la commune d'Andrézieux-Bouthéon et avait remis une copie de son passeport malien périmé, et, enfin, de ce que s'il n'était pas possible de mettre immédiatement à exécution cette mesure d'éloignement dès lors qu'il était démuni de tout document de voyage, son éloignement demeurait une perspective raisonnable.

9. En l'espèce, si le requérant soutient que son adresse est " connue par les forces de police ", qu'il " n'a jamais tenté de dissimuler son identité ", qu'il ne présente aucun " risque de fuite " et qu'il a respecté la mesure d'assignation à résidence dont il a fait l'objet le 30 janvier 2025, il ne conteste toutefois pas utilement le principe du renouvellement de cette mesure d'assignation à résidence, laquelle peut être édictée dès lors que l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Par ailleurs, si l'intéressé soutient, à raison, qu'" une mesure d'assignation à résidence () doit être proportionnée ", il n'établit ni même n'allègue cependant être dans l'impossibilité de se présenter trois fois par semaine auprès des services de la gendarmerie nationale situés sur le territoire de la commune d'Andrézieux-Bouthéon, où il réside, afin de faire constater qu'il respecte la mesure dont il fait l'objet. Par suite, et alors qu'une assignation à résidence ordonnée pour assurer l'exécution d'office d'une mesure d'éloignement, présente, par nature, un caractère contraignant affectant significativement la vie quotidienne de la personne intéressée, c'est sans faire une inexacte application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni porter une atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et venir de M. A que le préfet de la Loire a prononcé, dans son principe et ses modalités, le renouvellement de son assignation à résidence dans le département de la Loire, laquelle ne présente pas, s'agissant de ses modalités, un caractère disproportionné. Par les mêmes motifs, et en l'absence d'argumentation particulière, le moyen tiré de l'" erreur manifeste d'appréciation " ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 avril 2025.

Le magistrat désigné,

C. Gueguen

La greffière,

A. Senoussi

La République mande et ordonne au préfet de la Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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