mercredi 2 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2503645 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | VRAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 mars 2025 et un mémoire produit le 2 avril 2025 à 12h14, M. C D, représenté par Me Vray, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler les décisions du 14 mars 2025 par lesquelles la préfète du Rhône a décidé de l'obliger à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit de circuler en France pour une durée de 18 mois ;
2°) de mettre à la charge de l'État, au profit de son conseil, la somme de 1 200 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entaché d'un défaut d'examen complet de sa situation, en particulier s'agissant de ses attaches familiales en France et des faits caractérisant la menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'actualité et la gravité de la menace réelle à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société n'étant pas caractérisées ;
- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision de refus de délai de départ volontaire est entachée d'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'urgence n'étant pas caractérisée ;
- cette décision est entachée d'erreur de droit dans l'application de ces mêmes dispositions ;
- la décision d'interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de 18 mois est entachée d'un vice de procédure, ayant été prise en méconnaissance de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- cette décision est entachée d'une erreur de droit dans l'application de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète ayant appliqué le régime prévu par l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et s'étant crue en situation de compétence liée en l'absence de circonstances humanitaires justifiant de ne pas édicter une telle mesure ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Des pièces, enregistrées les 28 mars, 1er avril et 2 avril 2025, ont été produites par la préfète du Rhône et communiquées.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Flechet en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921-1 à R. 922-28 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Flechet, magistrate désignée,
- les observations de Me Vray, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, soutient, s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français, que la matérialité des faits reprochés n'est pas établie, le couple évoluant dans un climat de violences réciproques et précise, s'agissant de la décision de refus de délai de départ volontaire, que l'erreur de droit tient en la prise en compte par la préfète du risque de récidive pour caractériser l'urgence alors que la prévention de ce risque relève de l'office du juge judiciaire et est en l'espèce garantie par l'exécution de la peine d'emprisonnement et de l'interdiction d'entrer en contact avec la victime ;
- celles de Mme B, représentant la préfète du Rhône, qui conclut au rejet de la requête et soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé ;
- et celles de M. D, assisté de Mme A, interprète en langue espagnole.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C D, ressortissant espagnol né le 11 décembre 1993, est entré sur le territoire français au cours du mois de décembre 2023 accompagné de sa compagne et de leurs deux filles mineures selon ses déclarations. Par décisions du 14 mars 2025 dont il demande l'annulation, la préfète du Rhône a décidé de l'obliger à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit de circuler en France pour une durée de 18 mois.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
2. En premier lieu, l'acte attaqué comporte l'ensemble des considérations de droit et de faits sur lesquelles se fondent chacune des décisions qu'il comporte. Les circonstances que d'une part l'arrêté attaqué ne vise pas la convention internationale relative aux droits de l'enfant et n'expose pas expressément les raisons pour lesquelles les décisions qu'il contient ne portent pas atteinte à l'intérêt supérieur des enfants de M. D et que, d'autre part, la durée de l'interdiction de circuler sur le territoire français n'est mentionnée que dans son article 4 ne sauraient caractériser une insuffisante motivation en droit comme en fait des décisions en litige.
3. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation du requérant, tant quant aux attaches familiales de ce dernier en France que quant aux faits retenus pour caractériser une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société.
En ce qui concerne les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. " En application de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.
5. Il est constant que la préfète s'est fondée, pour estimer que le comportement de l'intéressé constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, sur les faits commis par M. D du 3 au 6 août 2024 de violences sur une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité suivies d'incapacité d'excédant pas huit jours et sur ceux commis le 13 août 2024 de violences sur cette même personne sans incapacité, chaque fois en présence de mineurs. À cet égard, il ressort des pièces du dossier que M. D a, du 3 au 6 août 2024, asséné des coups de poing à son ex-compagne, l'a violemment poussée, insultée et menacée, le tout devant leurs deux filles. Il a, le 13 août 2024, de nouveau agressé son ex-compagne en s'approchant de cette dernière avec une gestuelle véhémente en sa direction, en lui saisissant violemment le bras à plusieurs reprises et en la secouant, avant de lui arracher le téléphone portable des mains pour l'empêcher d'appeler les services de police, le tout devant leurs filles de 6 et 7 ans. Si le requérant conteste la matérialité des faits ainsi reprochés, il ressort des pièces du dossier que, par jugement correctionnel du 23 octobre 2024, le tribunal judiciaire de Lyon a estimé que la réalité de ces faits était établie et a prononcé une peine de dix mois d'emprisonnement sans sursis avec interdiction de paraître au domicile de la victime et interdiction d'entrer en contact avec celle-ci pour une durée de deux ans. L'autorité de la chose jugée en matière pénale s'attachant à la constatation matérielle des faits mentionnés dans les décisions des juridictions de jugement qui statuent sur le fond de l'action publique et qui sont le support nécessaire du dispositif s'imposant aux autorités administratives, le moyen tiré de l'inexactitude matérielle des faits de violences sur lesquels la préfète s'est fondée doit être écarté.
6. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier et des précisions apportées par le requérant au cours de l'audience que ses filles résident chez leur mère dont il est séparé. S'il indique avoir néanmoins vécu en concubinage avec la mère de ses enfants de l'année 2015 et mois d'août 2024, et ainsi avoir contribué à l'entretien et l'éducation de ses filles de leur naissance jusqu'au mois d'août 2024, il n'établit ses allégations par aucune pièce. Au surplus, il n'établit ni même n'allègue que ses filles et leur mère, toutes de nationalité espagnole, résideraient régulièrement en France. Dans ces conditions, compte tenu de la gravité des faits rappelés au point précédent pour lesquels M. D a été pénalement condamné, de leur répétition et de leur caractère récent, la circonstance que la peine d'emprisonnement est sur le point d'être purgée étant à cet égard sans incidence sur l'actualité de la menace, de la courte durée de présence en France de l'intéressé, de la teneur des attaches familiales dont il se prévaut sur le territoire, et de la circonstance q'uil ne justifie d'aucune ressource, la préfète du Rhône n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en considérant que le comportement du requérant constituait, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Le moyen tiré d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, par suite, être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Si le requérant se prévaut de la présence en France de ses deux filles mineures, il ne justifie par aucune pièce entretenir ou avoir entretenu, sur la période précédant son placement en détention, des liens effectifs avec ces dernières. La circonstance invoquée que le tribunal judiciaire de Lyon ne l'a pas, par le jugement correctionnel le condamnant pour des faits de violences exposés au point 5, déchu de son autorité parentale ne permet pas d'établir que l'intéressé entretiendrait des liens avec ses enfants. Au surplus, comme il a déjà été exposé au point 6, il n'est pas établi ni même allégué que ses filles mineures et leur mère, toutes de nationalité espagnole, résideraient régulièrement en France. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement qui lui a été opposée porte au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Cette dernière n'est donc pas contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
10. Compte tenu de ce qui a été dit au point 8 ci-dessus, et notamment de la circonstance qu'aucun élément ne permet d'établir tant la réalité de lien entretenu par le requérant avec ses filles que la résidence régulière en France de ces dernières et leur mère, la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige n'a pas porté atteinte à l'intérêt supérieur des deux enfants du requérant. La préfète du Rhône n'a dès lors pas méconnu les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne les moyens propres au refus de délai de départ volontaire :
11. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. ".
12. En premier lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, le risque de récidive constitue l'un des éléments que l'autorité administrative peut légalement prendre en compte dans l'appréciation de l'urgence à éloigner un étranger du territoire français. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète a commis une erreur de droit au motif que la prévention d'un tel risque relèverait uniquement de l'office du juge judiciaire.
13. En second lieu, eu égard à la répétition des violences reprochées au requérant sur une courte période, à leur caractère récent et au risque de récidive, les seules circonstances que l'intéressé a purgé la peine d'emprisonnement prononcée par le tribunal judiciaire et que celle-ci comprend une interdiction pour lui d'entrer en contact avec la victime pour une durée de deux ans n'étant pas de nature à prévenir un tel risque contrairement à ce que soutient le requérant, la préfète du Rhône n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que l'urgence à éloigner M. D du territoire français était caractérisée et qu'il n'y avait en conséquence pas lieu de lui accorder un délai de départ volontaire. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne les moyens propres à l'interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée de 18 mois :
14. En premier lieu, si, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Par suite, le moyen tiré de leur méconnaissance par une autorité d'un État membre est inopérant.
15. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Ce droit n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision lui interdisant de circuler sur le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. Enfin, toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant une mesure d'éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.
16. Il ressort des pièces du dossier que la décision en litige a été édictée après les déclarations de M. D recueillies par les services de police nationale le 7 février 2025. Au cours de son audition, l'intéressé a été mis en mesure de présenter des observations au sujet de sa situation administrative, personnelle et médicale. En particulier, il ressort du procès-verbal d'audition établi le même jour que le requérant a été spécifiquement interrogé sur ses attaches en France et la perspective d'une mesure d'éloignement. Il a cet égard précisé que ses deux filles mineures résidaient en France, avec leur mère et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait eu d'autres éléments à faire valoir qui auraient conduit la préfète à prendre une décision différente de celle en litige. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire et du droit d'être entendu doit être écarté.
17. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ".
18. S'il ressort des termes de la décision attaquée que la préfète a pris en compte, notamment, l'absence de circonstances humanitaires, cet élément surabondant au regard duquel il n'apparait pas que la préfète se serait crue en situation de compétence liée, n'est pas de nature à caractériser une erreur de droit dès lors que la préfète a fondé la décision d'interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de 18 mois sur les éléments déterminants tenant en l'absence de justification par le requérant de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France ainsi qu'en la menace pour l'ordre public que constitue la présence de ce dernier sur le territoire, et a ainsi fait application, non pas de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais de l'article L. 251-4 du même code. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit, par suite, être écarté en toutes ses branches.
19. En dernier lieu, compte tenu des circonstances analysées aux points 8 et 10, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.
20. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation formulées par M. D doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
21. L'Etat n'étant pas partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par le conseil du requérant à fin d'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à la préfète du Rhône.
Copie du jugement sera adressée à Me Vray.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2025.
La magistrate désignée,
M. Flechet
La greffière,
S. Lecas
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
N°2503645
Tribunal Administratif de Lyon — N° TA69-2604297
Le Tribunal Administratif de Lyon a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral d'obligation de quitter le territoire français (OQTF) avec interdiction de retour. Le tribunal a annulé l'arrêté du 18 février 2026, considérant que la motivation était insuffisante, notamment sur l'absence de réel examen de la situation personnelle et familiale du requérant au regard de l'article 8 de la CEDH. Les décisions ont été prises en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA).
07/04/2026
Tribunal Administratif de Lyon — N° TA69-2603734
Le Tribunal Administratif de Lyon rejette la requête de M. C... visant à annuler son obligation de quitter le territoire français (OQTF) sans délai et son interdiction de retour de dix-huit mois. Le tribunal estime que l'administration était fondée à prendre cette mesure, car le requérant reconnaît être en situation irrégulière et ne démontre pas disposer d'attaches personnelles suffisantes en France pour rendre la mesure disproportionnée. La décision s'appuie sur les articles L. 611-1, L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
03/04/2026
Tribunal Administratif de Lyon — N° TA69-2604300
Le Tribunal Administratif de Lyon a examiné un recours en excès de pouvoir contre un arrêté d'éloignement. Le requérant, un ressortissant algérien, contestait l'obligation de quitter le territoire français, la fixation du pays de destination et l'interdiction de retour de trois ans prononcées par le préfet de l'Ain. Le tribunal a annulé l'arrêté attaqué, considérant que la décision était entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une insuffisance de motivation, notamment au regard de l'examen de la situation personnelle et de l'état de santé de l'intéressé, en application des articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
03/04/2026
Tribunal Administratif de Lyon — N° TA69-2604550
Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. B..., un ressortissant soudanais, qui contestait le refus d'entrée sur le territoire français au titre de l'asile. Le tribunal a jugé que les moyens soulevés, notamment la violation présumée de la confidentialité de la procédure d'asile et les conditions de l'entretien, n'étaient pas fondés. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur les conventions internationales pertinentes.
03/04/2026