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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2503675

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2503675

vendredi 28 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2503675
TypeDécision
PublicationC
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantSCP D AVOCATS SAIDJI ET MOREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 mars 2025, Mme B A demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision par laquelle le ministre de l'intérieur lui a refusé l'entrée en France au titre de l'asile et a ordonné son réacheminement vers tout pays dans lequel elle serait légalement admissible ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de mettre fin à son maintien en zone d'attente et de l'autoriser à entrer en France munie d'un visa de régularisation de huit jours ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que mineure, elle n'a pas été assistée par un administrateur ad hoc ;

- elle porte atteinte au principe de confidentialité des éléments d'information de sa demande d'asile ;

- les conditions matérielles et psychologiques de l'entretien ne lui ont pas permis de développer son récit ;

- son droit à la présence d'un tiers lors de l'entretien avec l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a été méconnu ;

- le recours à la visioconférence porte atteinte au droit à un procès équitable et juste et aux droits de la défense ;

- il n'est pas établi que le directeur de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides se soit déplacé dans la zone d'attente de l'aéroport de Lyon-Saint-Exupéry pour constater l'adéquation de la salle d'entretien avec les impératifs techniques ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dans l'application de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- sa vulnérabilité n'a pas été prise en compte en violation de l'article L. 352-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée méconnaît les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle viole le principe de non-refoulement consacré notamment par l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2025, le ministre de l'intérieur, représenté par Me Moreau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par Mme A ne sont pas fondés.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Gros, première conseillère.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Constitution ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés et le protocole signé à New York le 31 janvier 1967 ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la loi n° 2003-1119 du 26 novembre 2003 relative à la maîtrise de l'immigration, au séjour des étrangers en France et à la nationalité ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 mars 2025 :

- le rapport de Mme Gros,

- les observations de Me Turkmen, représentant Mme A, qui reprend les moyens et conclusions de la requête, précise que la requérante est enfermée dans le mutisme, expliquant le caractère sommaire de ses déclarations lors de son entretien avec l'officier de protection de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, et, interrogée sur la minorité revendiquée par l'intéressée, indique que cette dernière reconnaît, en définitive, être née le 8 janvier 2003 et donc être majeure,

- et les observations de Mme A.

Le ministre de l'intérieur n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante guinéenne, est arrivé à l'aéroport de Lyon Saint-Exupéry par un vol en provenance de Casablanca (Maroc) le 23 mars 2025. Placée en zone d'attente, elle a demandé le bénéfice d'une protection internationale le 24 mars 2025. Par une décision du 26 mars 2025, prise après l'avis rendu le 25 mars 2025 par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, le ministre de l'intérieur a rejeté la demande d'entrée en France au titre de l'asile formée par Mme A et a décidé son réacheminement vers tout pays dans lequel elle serait légalement admissible. La requérante demande l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 343-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger mineur non accompagné d'un représentant légal n'est pas autorisé à entrer en France, le procureur de la République, avisé immédiatement par l'autorité administrative, lui désigne sans délai un administrateur ad hoc. Celui-ci assiste le mineur durant son maintien en zone d'attente et assure sa représentation dans le cadre des procédures administratives et juridictionnelles relatives à ce maintien. / Il assure également la représentation du mineur dans toutes les procédures administratives et juridictionnelles afférentes à son entrée en France. () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier qu'à son arrivée au point de passage frontalier de Lyon-Saint-Exupéry, Mme A a présenté un passeport, délivré le 18 mars 2025, et un document de circulation pour étranger mineur, délivré le 17 mars 2025, mentionnant comme date de naissance le 8 janvier 2008. Les services de la police aux frontières ont considéré que ces documents n'étaient pas revêtus de sa date de naissance réelle, la consultation du système Visabio ayant fait apparaître que la requérante avait sollicité, le 9 novembre 2024, un visa en indiquant être née le 8 janvier 2003 et en se prévalant d'un passeport délivré le 10 mai 2022. Ils ont également relevé que le document de circulation pour étranger mineur présenté avait été obtenu " indûment ". Effectivement, un tel document n'est délivré qu'à l'étranger mineur résidant en France qui se trouve dans l'une des situations visées à l'article L. 414-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce qui n'est pas le cas de Mme A. Si, à l'appui de sa requête, la requérante a produit un acte de naissance délivré 10 mars 2025, indiquant qu'elle est née le 8 janvier 2008, il ressort des mentions de ce document que celui-ci aurait été établi à la demande de son père, alors que l'intéressée a déclaré qu'il était décédé en 2021. A l'audience, Mme A reconnaît être née, non pas le 8 janvier 2008, mais le 8 janvier 2003 et être, ainsi, majeure, comme l'ont d'ailleurs retenu les services de la police aux frontières, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, le ministre de l'intérieur et le juge des libertés et de la détention. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'elle n'a pu bénéficier de l'assistance d'un administrateur ad hoc.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 352-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf dans le cas où l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat, la décision de refus d'entrée ne peut être prise qu'après consultation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, qui rend son avis dans un délai fixé par voie réglementaire et dans le respect des garanties procédurales prévues au titre III du livre V. L'office tient compte de la vulnérabilité du demandeur d'asile. / L'avocat ou le représentant d'une des associations mentionnées à l'article L. 531-15, désigné par l'étranger, est autorisé à pénétrer dans la zone d'attente pour l'accompagner à son entretien dans les conditions prévues au même article. () ". Aux termes de l'article R. 351-1 de ce code : " Lorsque l'étranger qui se présente à la frontière demande à bénéficier du droit d'asile, il est informé sans délai, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, de la procédure de demande d'asile et de son déroulement, de ses droits et obligations au cours de cette procédure, des conséquences que pourrait avoir le non-respect de ses obligations ou le refus de coopérer avec les autorités et des moyens dont il dispose pour l'aider à présenter sa demande. () ".

8. Le procès-verbal rédigé le 24 mars 2025 par les services de la police aux frontières établit qu'après avoir manifesté son intention de demander l'asile, Mme A a été informée de la possibilité de se faire assister, au cours de la procédure d'asile, par un avocat ou une association humanitaire habilitée à assister juridiquement les étrangers en zone d'attente, ainsi que de la possibilité de communiquer avec un représentant du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. La requérante n'établit pas, en tout état de cause, que l'absence de connexion internet ou de mise à disposition de la liste des associations habilitées l'aurait privée de l'exercice de ce droit. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que son droit à la présence d'un tiers lors de l'entretien avec l'Office français de protection des réfugiés et apatrides aurait été méconnu.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 531-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut décider de procéder à l'entretien personnel en ayant recours à un moyen de communication audiovisuelle dans les cas suivants : / () 2° Lorsqu'il est retenu dans un lieu privatif de liberté ; / () Les modalités techniques garantissant la confidentialité de la transmission et l'exactitude de la transcription des propos tenus au cours de l'entretien sont définies par décision du directeur général de l'office. / Sauf s'il s'agit d'un local de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, le local destiné à recevoir les demandeurs d'asile entendus par un moyen de communication audiovisuelle doit avoir été préalablement agréé par le directeur général de l'office. Cet agrément peut être retiré si les modalités énoncées au septième alinéa ne sont plus remplies. / L'officier de protection chargé de la conduite de l'entretien a la maîtrise des opérations. Il lui appartient de veiller au respect des droits de la personne. Il doit à tout instant pouvoir s'assurer du respect des bonnes conditions d'audition et de visionnage. Il peut mettre fin à l'entretien si ces conditions ne sont pas réunies ou si les circonstances de l'espèce l'exigent. Dans ce cas, l'entretien a lieu en présence de l'intéressé. / L'intéressé entendu par un moyen de communication audiovisuelle doit, si besoin avec l'aide d'un interprète, être informé par l'office avant le commencement de l'entretien du déroulement des opérations, notamment des modalités permettant d'assurer le respect des règles de confidentialité. ".

10. D'une part, il ressort des pièces du dossier que l'entretien personnel de Mme A a été réalisé par visioconférence, conformément aux dispositions du 2° de l'article R. 531-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En se bornant à se prévaloir de la décision du Conseil constitutionnel n° 2003-484 DC du 20 novembre 2003 et d'un communiqué de la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté du 21 février 2018, tous deux relatifs au recours à la visioconférence pour les audiences, la requérante ne démontre pas en quoi l'absence de consentement préalable du demandeur d'asile au déroulement de l'entretien par visioconférence, qui n'est pas prévu par l'article R. 531-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, porterait atteinte au droit à un procès juste et équitable. Le recours à ce moyen de communication audiovisuelle n'a pas davantage porté atteinte aux droits de la défense dès lors qu'ainsi qu'il a été exposé au point 8, Mme A a été informée de la possibilité de se faire assister au cours de la procédure d'asile par un avocat ou une association humanitaire habilitée à assister juridiquement les étrangers en zone d'attente, ainsi que de la possibilité de communiquer avec un représentant du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

11. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 19 août 2024, librement accessible sur le site internet de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, son directeur général a fixé la liste des locaux agréés destinés à recevoir des demandeurs d'asile dans le cadre d'un entretien personnel mené par un moyen de communication audiovisuelle, au nombre desquels figure la zone d'attente de l'aéroport de Lyon-Saint-Exupéry. Il ne ressort d'aucun élément du dossier que cet agrément n'aurait pas été délivré dans des conditions légales, notamment après une visite des lieux permettant de s'assurer de leur compatibilité à cet usage.

12. En quatrième lieu, le compte-rendu de l'entretien de Mme A avec l'officier de protection de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides ne révèle aucune difficulté de compréhension par l'intéressée des questions, ni aucune difficulté technique sur la plan de la sonorisation et démontre que la requérante a été mise en mesure d'exposer sa situation de manière suffisamment précise et approfondie pour permettre à l'administration de se prononcer sur sa situation au regard de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que les conditions matérielles et psychologiques de l'entretien ne lui auraient pas permis de développer son récit.

13. En cinquième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier, notamment pas du compte-rendu de l'entretien réalisé le 25 mars 2025, que l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides n'aurait pas tenu compte de la vulnérabilité de Mme A. Par suite, le moyen tiré de l'absence de prise en compte de la vulnérabilité de l'intéressée doit être écarté.

14. En sixième lieu, si la confidentialité des éléments d'information détenus par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides relatifs à la personne sollicitant en France la qualité de réfugié est une garantie essentielle du droit d'asile, ce principe ne fait pas obstacle à ce que les agents habilités à mettre en œuvre le droit d'asile aient accès à ces informations. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la procédure suivie aurait porté atteinte au principe de confidentialité des éléments d'information ressortant de la demande d'asile, dès lors que ces éléments n'ont été connus, transmis et étudiés que par les agents des autorités habilitées par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à traiter de telles demandes, à savoir les agents de police, de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et du ministère de l'intérieur, tous astreints au secret professionnel.

15. En septième lieu, aux termes de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refuser l'entrée en France à un étranger qui se présente à la frontière et demande à bénéficier du droit d'asile ne peut être prise que dans les cas suivants : / () 3° La demande d'asile est manifestement infondée. / Constitue une demande d'asile manifestement infondée une demande qui, au regard des déclarations faites par l'étranger et des documents le cas échéant produits, est manifestement dénuée de pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou manifestement dépourvue de toute crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves. ". Il résulte de ces dispositions que la demande d'asile présentée par un étranger se présentant aux frontières du territoire national peut être rejetée lorsque ses déclarations, et les documents qu'il produit à leur appui, sont sans pertinence au regard des conditions d'octroi de l'asile ou, du fait notamment de leur caractère inconsistant ou trop général, incohérent ou très peu plausible, sont manifestement dépourvus de crédibilité et font apparaître comme manifestement dénuées de fondement les craintes de persécutions ou d'atteintes graves alléguées par l'intéressé au titre de l'article 1er, A, 2 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ou de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatif à la protection subsidiaire.

16. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment pas des termes de la décision attaquée, que le ministre de l'intérieur aurait excédé la compétence que lui confèrent les dispositions de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

17. D'autre part, lors de son entretien avec l'officier de protection de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et au cours de la présente instance, Mme A a indiqué avoir, contre la volonté des parents, été excisée à l'âge de " 15 ans. Peut-être vers 13 ans " par un oncle, chez lequel elle a été contrainte de vivre après le décès de ses parents en 2021 et qui l'a agressée sexuellement, faits qu'elle a dénoncés auprès d'un voisin policier, sans succès, cette démarche lui ayant, en outre, valu des menaces de son oncle. Toutefois, les déclarations de la requérante relatives à l'excision qu'elle indique avoir subie et redouter pour ses futurs enfants ont revêtu un caractère peu spontané et personnalisé, l'intéressée n'expliquant notamment pas comment son oncle aurait procédé pour outrepasser la volonté de ses parents, se contentant, sur ce point, d'indiquer qu' " en Guinée, on peut enlever les enfants () pour les exciser. Ce sont des choses qui se font en Guinée. ". Mme A n'a, en outre, pas été en mesure d'apporter d'élément circonstancié sur les agressions sexuelles perpétrées par son oncle. Enfin, sa tentative de prévenir un voisin et les menaces subséquentes de son oncle ont été exposées en termes schématiques. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le ministre de l'intérieur a pu considérer que la demande d'asile de Mme A était manifestement dépourvue de crédibilité en ce qui concerne le risque de persécutions ou d'atteintes graves en cas de retour dans son pays d'origine et refuser, en conséquence, son entrée au titre de l'asile sur le fondement des dispositions précitées du 3° de l'article L. 352-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

18. En huitième lieu, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi. / 2. La mort n'est pas considérée comme infligée en violation de cet article dans les cas où elle résulterait d'un recours à la force rendu absolument nécessaire : / a) pour assurer la défense de toute personne contre la violence illégale ; / b) pour effectuer une arrestation régulière ou pour empêcher l'évasion d'une personne régulièrement détenue ; / c) pour réprimer, conformément à la loi, une émeute ou une insurrection. ". L'article 3 de la même convention stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 : " 1. Aucun des Etats contractants n'expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. / 2. Le bénéfice de la présente disposition ne pourra toutefois être invoqué par un réfugié qu'il y aura des raisons sérieuses de considérer comme un danger pour la sécurité du pays où il se trouve ou qui, ayant été l'objet d'une condamnation définitive pour un crime ou délit particulièrement grave, constitue une menace pour la communauté dudit pays ".

19. Ainsi qu'il a été dit au point 17, Mme A n'a pas, dans le cadre de la présente instance, apporté d'éléments permettant d'établir l'existence d'une menace actuelle et personnelle en cas de retour en Guinée. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée, en tant qu'elle ordonne son réacheminement vers tout pays dans lequel elle serait légalement admissible, méconnaîtrait les stipulations précitées ainsi que le principe de non-refoulement.

20. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 26 mars 2025 par laquelle le ministre de l'intérieur lui a refusé l'entrée en France au titre de l'asile et a ordonné son réacheminement vers tout pays dans lequel elle serait légalement admissible.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

21. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

22. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du remboursement par l'autre partie des frais d'instance. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par Mme A doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2025.

La magistrate désignée,

R. Gros

La greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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