lundi 14 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2504110 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | SCP COUDERC ZOUINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 avril 2025, Mme A B, représentée par Me Zouine demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite née le 16 juin 2021 par laquelle la préfète du Rhône a refusé de renouveler son titre de séjour et de lui délivrer une carte de résident ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de réexaminer sa situation dans un délai de cinq jours à compter de l'ordonnance à intervenir, et dans l'attente de la munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, l'ensemble sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence doit être présumée car elle a demandé le renouvellement de son titre de séjour ; elle est désormais en situation irrégulière et a perdu ses droits sociaux alors qu'elle est mère de trois enfants français ;
- sont de nature à faire naitre un doute sérieux sur la légalité de la décision de refus de renouvellement, les moyens suivants : la décision est entachée d'une erreur de droit et méconnait les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant, les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- sont de nature à faire naitre un doute sérieux sur la légalité de la décision de refus de délivrance d'une carte de résident, les moyens suivants : la décision méconnait les dispositions de l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 4 avril 2025 sous le n° 2504109 par laquelle Mme B demande l'annulation des décisions en litige.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Bertolo, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Lecas, greffière d'audience, M. Bertolo a lu son rapport et entendu les observations de Me Le Roy, substituant Me Zouine, pour Mme B, qui a repris oralement ses moyens et conclusions, ainsi que les observations de Mme B.
La préfète du Rhône n'était ni présente, ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
2. Mme B, ressortissante brésilienne née le 18 mai 1989, est entrée en France le 4 décembre 2015 et a bénéficié de titres de séjour en qualité de parent d'enfant français régulièrement renouvelés. Elle a sollicité le 16 février 2021 le renouvellement de son titre de séjour et la délivrance d'une carte de résident. La requérante demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite née le 16 juin 2021 par laquelle la préfète du Rhône a refusé de renouveler son titre de séjour et de lui délivrer une carte de résident.
Sur les conclusions à fin de suspension :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier si la condition d'urgence est remplie compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe satisfaite dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait du titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. D'une part, la requérante, qui a fait l'objet d'un refus implicite de renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle, peut se prévaloir de la présomption d'urgence rappelée ci-dessus. La préfète du Rhône, qui n'a pas produit à l'instance, ne conteste pas cette présomption d'urgence. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie s'agissant de la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour. En revanche, s'agissant de la décision de refus de délivrance d'une carte de résident, pour laquelle elle ne peut pas se prévaloir de la présomption qui vient d'être rappelée dès lors qu'il s'agit d'un changement de statut, Mme B fait seulement état de considérations générales sur sa situation personnelle et familiale, mais ne fait valoir aucun élément de nature à justifier une situation d'urgence, alors au demeurant qu'elle n'a saisi le tribunal de sa demande de suspension qu'en avril 2025, plus de trois ans après la naissance de la décision implicite contestée.
5. D'autre part, en l'état de l'instruction, au moins le moyen soulevé par la requérante, tiré de ce que la décision contestée de refus de renouvellement méconnait les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner, à titre provisoire, la suspension des effets de cette décision implicite de refus de renouvellement de titre de séjour jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête au fond. Eu égard à ce qui a été dit en ce qui concerne la décision de refus de délivrance d'une carte de résident, les conclusions à fin de suspension de cette décision ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. La présente ordonnance implique nécessairement que la préfète du Rhône réexamine la situation de Mme B. Il convient dès lors d'ordonner à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de la situation de l'intéressée dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de la munir dans l'attente et dans un délai de dix jours d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, l'ensemble sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Sur les frais liés au litige :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E:
Article 1er : L'exécution de la décision implicite née le 16 juin 2021 refusant le renouvellement du titre de séjour de Mme B est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête tendant à l'annulation de cette décision.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de la situation de Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de la munir dans l'attente et dans un délai de dix jours d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, l'ensemble sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Article 3 : L'État versera à Mme B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à la préfète du Rhône et au ministre de l'intérieur.
Fait à Lyon, le 14 avril 2025.
Le juge des référés,La greffière,
C. BertoloS. Lecas
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,