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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2510858

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2510858

mardi 2 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2510858
TypeOrdonnance
PublicationD
Avocat requérantCABINET MELKIDE HOSSOU

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Lyon, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la demande de M. B, ressortissant algérien, qui contestait une obligation de quitter le territoire français prise en 2023. Le juge a estimé que l'atteinte à la liberté d'aller et venir et au droit à une vie privée et familiale, invoquée par le requérant se prévalant de sa qualité de père d'un enfant français né après la mesure, n'était pas grave et manifestement illégale. Il a considéré que les éléments nouveaux présentés ne suffisaient pas à caractériser une urgence particulière ou une illégalité flagrante justifiant la suspension de la mesure d'éloignement. La décision s'appuie notamment sur les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 août 2025, M. A B, alors retenu au centre de rétention de Lyon Saint Exupéry 2, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai prise le 15 septembre 2023 par le préfet du Puy-de-Dôme ;

3°) de constater l'atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir et à son droit à une vie privée et familiale, et d'ordonner toute mesure nécessaire pour protéger les libertés fondamentales en cause ;

4°) d'enjoindre à l'autorité administrative compétente de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour ;

5°) de décider que l'ordonnance sera exécutoire dès qu'elle aura été rendue, en application de l'article R. 522-13 du code de justice administrative ;

6°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 000 euros à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Il soutient que :

- il a le droit d'être assisté par un avocat ;

- l'urgence est caractérisée, dès lors qu'il fait l'objet d'une mesure d'éloignement qui peut être exécutée d'office, qu'il est maintenu en centre de rétention pour une période maximale de quatre-vingt-dix jours et que son éloignement vers l'Algérie peut intervenir à tout moment ;

- son recours est recevable, dès lors qu'il est le père d'un enfant français né après l'édiction de la mesure d'éloignement et qu'il est marié à une ressortissante française ; ces éléments constituent des éléments nouveaux que le préfet aurait dû examiner avant de procéder à l'exécution de la mesure d'éloignement ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à mener une vie privée et familiale en tant que père d'un enfant français ; il remplit les conditions pour obtenir de plein droit un titre de séjour en tant que parent d'enfant français, sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il contribue à l'entretien et à l'éducation de son enfant et exerce l'autorité parentale sur sa fille ; la décision porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant protégé par l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ; la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir.

La requête a été communiquée au préfet du Puy-de-Dôme, qui n'a pas produit à l'instance.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bertolo, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 septembre 2025 tenue en présence de M. Clément, greffier d'audience :

- le rapport de M. Bertolo, président ;

- les observations de Me Hossou, représentant M. B, qui a repris les moyens et conclusions des écritures et insisté sur l'atteinte aux libertés fondamentales de M. B, compte tenu des éléments nouveaux dont il fait état ;

- les observations de M. B, qui a rappelé son parcours et indiqué qu'il souhaitait rester en France pour s'occuper de son épouse et de sa fille.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience

Une note en délibéré a été enregistrée pour le préfet du Puy-de-Dôme le 2 septembre 2025.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai prise le 15 septembre 2023 par le préfet du Puy-de-Dôme, de constater l'atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d'aller et venir et à son droit à une vie privée et familiale en tant que ressortissant algérien parent d'un enfant français, et d'ordonner toute mesure nécessaire à protéger les libertés fondamentales en cause.

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder au requérant, le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

4. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

5. Aux termes de l'article L. 776-1 du code de justice administrative : " Les modalités selon lesquelles sont présentés et jugés les recours formés devant la juridiction administrative contre les décisions relatives à l'entrée, au séjour et à l'éloignement des étrangers obéissent, lorsque les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le prévoient, aux règles spéciales définies au livre IX du même code ". Il résulte des pouvoirs confiés au juge par les dispositions du livre IX du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux délais qui lui sont impartis pour se prononcer et aux conditions de son intervention, que les procédures spéciales instituées par ces dispositions présentent des garanties au moins équivalentes à celles des procédures régies par le livre V du code de justice administrative, dont elles excluent, par suite, la mise en œuvre. Il en va toutefois autrement dans le cas où les modalités selon lesquelles il est procédé à l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français emportent des effets qui, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait survenus depuis l'intervention de cette mesure et après que le juge, saisi sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, excèdent ceux qui s'attachent normalement à sa mise à exécution.

6. En l'espèce, il résulte de l'instruction que postérieurement à l'édiction de l'arrêté du 15 septembre 2023, M. B est devenu père d'un enfant français, né le 7 juillet 2025, qu'il a reconnu le 8 juillet suivant, et qu'il s'est marié le 25 juillet 2025 avec une ressortissante française, mère de son enfant. Ainsi, il apparaît que ces faits, survenus postérieurement à l'arrêté portant obligation de quitter le territoire du 15 septembre 2023 et dont le requérant se prévaut devant le juge des référés, constituent, en l'espèce, des éléments nouveaux de nature à démontrer que la mise à exécution de cette mesure d'éloignement emporterait des effets excédants ceux qui s'attachent normalement à son exécution.

7. Ensuite, il apparaît que l'obligation de quitter le territoire français du 15 septembre 2023 dont M. B fait l'objet, est susceptible d'être exécutée à tout moment à destination de l'Algérie, compte tenu de son placement en rétention et de la circonstance qu'il a déjà refusé d'embarquer sur de précédents vols. Par suite, la situation de M. B revêt, en l'espèce, le caractère d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

8. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 du même code en vigueur à la date de la décision attaquée, sous réserve des conventions internationales. En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et du protocole qui y est annexé, régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France ou les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. Toutefois, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne prive néanmoins pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public ainsi que le prévoit l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Pour soutenir que la mise à exécution de l'obligation de quitter le territoire français et son renvoi vers l'Algérie portent atteinte à son droit à sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi qu'à l'intérêt supérieur de son enfant, protégé par l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant, ainsi que par ricochet à sa liberté d'aller et venir, M. B se prévaut de la naissance de son enfant français en juillet 2025, de ce qu'il contribue à son entretien et à son éducation, de ce qu'il peut bénéficier de plein droit d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et qu'il est marié à une ressortissante française depuis le 25 juillet 2025. Toutefois, M. B étant ressortissant algérien, il ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, son éventuel droit au séjour étant uniquement régi par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que M. B a fait l'objet d'un premier arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français édicté par le préfet du Puy-de-Dôme le 2 février 2022, puis d'un second arrêté du 15 septembre 2023 du même préfet portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans et que, pour l'exécution de ces deux arrêtés, il a été assigné à résidence et n'a pas respecté les obligations de pointage auprès des services de police qui ont établi, le 16 novembre 2022 et le 2 octobre 2023, un procès-verbal de carence. Il n'est par ailleurs pas contesté que M. B n'a pas exécuté spontanément l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français sans délai par ces arrêtés. En outre, l'intéressé est défavorablement connu des services de police pour usage illicite de stupéfiants, et vol simple en 2019, pour importation non autorisée, trafic, emploi et acquisition de stupéfiants en 2021, pour des faits de violences conjugales commis également en 2021 sur une personne qui ne serait pas, selon ses dires, celle qui présente comme sa compagne depuis 2018, pour vol et outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique en 2022, et pour des menaces de mort réitérées en 2023. De plus, il a été placé en garde-à-vue le 8 février 2025 et avait en sa possession du cannabis, de la cocaïne ainsi qu'une fausse carte d'identité belge. Compte-tenu de ces éléments, de leur caractère répété et récent, le préfet du Puy-de-Dôme, qui en a nécessairement tenu compte en décidant de mettre à exécution l'obligation de quitter le territoire français du 15 septembre 2023, était fondé à considérer que M. B constitue une menace pour l'ordre public. Si M. B soutient qu'il est en couple depuis 2018 avec une ressortissante française, les éléments produits à l'instance ne suffisent pas à justifier de l'ancienneté et de la stabilité de cette relation, alors que son mariage date du 25 juillet 2025. Enfin, le requérant ne justifie ni d'une intégration particulière sur le territoire français, ni qu'il ne disposerait plus d'attaches dans son pays d'origine, où il a passé l'essentiel de son existence. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'exécution de la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet porterait une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales qu'il invoque.

10 Il résulte de ce qui précède que le surplus des conclusions de la requête de M. B doit être rejeté, y compris ses conclusions au titre des frais liés au litige.

ORDONNE :

Article 1er : M. A B est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête en référé n° 2510858 est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera à notifiée à M. A B et au préfet du Puy-de-Dôme.

Fait à Lyon, le 2 septembre 2025.

Le juge des référés,

C. Bertolo

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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