Le Tribunal administratif de Lyon, statuant en référé, a rejeté la demande de la commune de Chalamont visant à ordonner une expertise sur des désordres affectant son école de musique. Le juge a estimé qu'une expertise judiciaire était déjà en cours devant le tribunal judiciaire de Bourg-en-Bresse, saisie préalablement, ce qui privait d'utilité la mesure sollicitée devant la juridiction administrative. La décision s'appuie sur l'article R. 532-1 du code de justice administrative, qui subordonne la prescription d'une mesure d'expertise à son caractère utile.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 décembre 2025, la commune de Chalamont, représentée par Me Content, demande au juge des référés de désigner un expert chargé de se prononcer sur les causes et les conséquences des désordres qui affectent l’école de musique communale, en lien avec des travaux de menuiseries extérieures et de métallerie ;
Elle soutient que :
- elle a confié la réalisation de travaux de menuiseries extérieures et de métallerie sur l’école de musique de la commune ;
- ces travaux ont été réceptionnés le 25 janvier 2019 avec réserves ;
- en 2023, d’importantes traces de rouille sont apparues ; les ouvrages se sont avérés particulièrement corrodés ;
- il s’avère que la rambarde de l’escalier d’accès est dégradée ; en outre, les fixations et boulonnages ont été détériorés et les soudures de gonds de porte ont lâché ;
- une expertise réalisée par le cabinet Eurexo a permis de procéder à plusieurs constats, notamment de multiple décollement du laquage des gardes corps et grilles à barreaudage ;
- par ordonnance du 13 mai 2025, la présidente du tribunal judiciaire de Bourg-en-Bresse a ordonné une expertise et désigné M. A... en qualité d’expert ; une première réunion a notamment permis de mettre en lumière la nécessité de réaliser des mesures conservatoires ;
- il apparaît utile que la maîtrise d’œuvre qui a ordonné le suivi de chantier et son assureur soient attraites à la cause.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 janvier 2026, la société MMA Iard Assurances Mutuelles, représentée par Me Reffay (SCP Reffay & associés) demande au juge des référés :
1°) de statuer ce qu’il appartiendra sur la demande formulée par la commune ;
2°) de statuer ce qu’il appartiendra sur les dépens.
Par un mémoire, enregistré le 23 janvier 2026, la société Dosse architectes associés, représentée par Me Prudon, ne s’oppose pas à l’expertise sollicitée.
La requête a été régulièrement communiquée à la société MAF, qui n’a pas produit d’observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme B..., première vice-présidente, en qualité de juge des référés.
Considérant ce qui suit :
Aux termes de l’article R. 532-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l’absence d’une décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d’expertise ou d’instruction. (…) ».
La prescription d’une mesure d’expertise en application des dispositions de l’article R. 532-1 du code de justice administrative est subordonnée au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande d’expertise, d’apprécier son utilité au vu des pièces du dossier et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée.
Il appartient au juge judiciaire comme au juge administratif, l’un ou l’autre saisi, dans le cadre respectif de sa compétence, d’un litige relatif à l’exécution d’une même opération de travaux publics, d’ordonner une mesure d’expertise pouvant être étendue à l’ensemble des participants à cette opération et dont les conclusions seront invocables, le cas échéant, devant chaque ordre de juridiction. En conséquence il y a lieu pour la commune d’attraire le maître d’œuvre et son assureur à la procédure d’expertise ordonnée par le juge judiciaire. Ainsi, la compétence dont dispose le Tribunal judiciaire de Bourg-en-Bresse, saisi préalablement au juge des référés du Tribunal administratif relativement aux désordres litigieux, prive d’utilité le prononcé, par le juge administratif des référés, d’une expertise ayant le même objet. La présente requête n’a donc pas le caractère d’utilité exigé par les dispositions précitées de l’article R. 532-1 du code de justice administrative et ne peut qu’être rejetée.
La présente instance n’ayant pas occasionné de dépens au sens des dispositions de l’article R. 761-1 du code de justice administrative, les conclusions présentées à ce titre par la société MMA Iard Assurances Mutuelles ne peuvent qu’être rejeté.
ORDONNE
Article 1er : La requête présentée par la commune de Chalamont est rejetée.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Chalamont, à la société MMA Iard Assurances Mutuelles, à la société Dosse architecte associés et à la société MAF.
Fait à Lyon, le 31 mars 2026.
La présidente du tribunal,
Juge des référés,
C. MARILLER
La République mande et ordonne au préfet de l’Ain en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,