mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-1620470 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 3e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | ALDIGIER |
Vu la procédure suivante :
Par une décision n°428379 du 12 février 2021, le Conseil d'Etat a annulé le jugement du tribunal administratif de Paris n° 1620470/3-3 du 21 décembre 2018 rejetant la requête du syndicat des copropriétaires de l'immeuble des deux moulins tendant à la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 8 760 euros en réparation du préjudice résultant de la décision illégale du préfet de police du 26 avril 2013, et a renvoyé l'affaire à ce même tribunal.
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés respectivement le 25 novembre 2016 et le 18 juillet 2017, le syndicat des copropriétaires de l'immeuble des Deux Moulins, représenté par Me Aldigier, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 8 760 euros en réparation du préjudice que lui a causé la décision illégale du préfet de police du 26 avril 2013 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision du préfet de police du 26 avril 2013, qui a été annulée par le tribunal administratif de Paris, est entachée d'une illégalité fautive ;
- les mesures prescrites par cette décision ne pouvaient l'être légalement ni au titre de la réglementation relative aux immeubles de grande hauteur (IGH) ni au titre des pouvoirs de police générale ;
- il a subi un préjudice à hauteur de 8 760 euros résultant des frais qu'il a engagés afin de se conformer aux prescriptions de la décision du 26 avril 2013 ;
- le mémoire en défense est irrecevable dès lors que le préfet de police ne dispose pas de la compétence pour représenter l'Etat en justice ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2017, le préfet de police conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- à titre principal, aucun lien de causalité ne peut être établi entre l'illégalité de la décision du 26 avril 2013 pour défaut de motivation retenue par le tribunal administratif de Paris et les dépenses engagées au titre des études prescrites par le préfet de police dont la nécessité n'a pas été remise en cause sur le fond ;
- à titre subsidiaire, les mesures prescrites, notamment celles relatives à l'isolement de l'immeuble, l'ont été légalement au titre de la réglementation des IGH, s'appuient sur des prescriptions émises dès l'instruction du permis de construire initial et s'expliquent en raison des risques importants pour la sécurité des habitants de l'immeuble en cas de départ de feu.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation,
- le code général des collectivités territoriales,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Merino,
- les conclusions de Mme Beugelmans-Lagane, rapporteure publique,
- et les observations de Me Attia, représentant le syndicat des copropriétaires de l'immeuble des Deux Moulins, le préfet de police n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'une visite par la commission de sécurité de l'immeuble résidentiel " Les Deux Moulins " sis 172/184 avenue de Choisy à Paris (75013), classé immeuble de grande hauteur (IGH) au sens de l'article R. 122-2 du code de la construction et de l'habitation, le préfet de police a enjoint au mandataire de sécurité dudit immeuble, par une décision du 22 novembre 2011, de remédier aux anomalies constatées en prenant les mesures nécessaires qu'il a mentionnées. Par un jugement du 13 février 2013, le tribunal administratif de Paris a annulé la décision précitée du 22 novembre 2011 pour vice de procédure. Par une lettre en date du 24 décembre 2012, le préfet de police a invité le mandataire de sécurité de la copropriété des Deux Moulins, conformément aux dispositions de l'article R. 122-28 du code de la construction et de l'habitation, à présenter des observations sur les mesures envisagées afin de remédier aux anomalies figurant sur un procès-verbal du groupe de visite de la commission de sécurité en date du 13 décembre 2012. Par une lettre en date du 26 avril 2013, le préfet de police l'a, au vu des observations produites par le mandataire de sécurité sur ce procès-verbal, invité à prendre toutes les mesures nécessaires à la réalisation des mesures figurant sur ledit procès-verbal. Par un jugement du 11 février 2015, le tribunal administratif de Paris a annulé la décision précitée du 26 avril 2013 pour défaut de motivation. Par la présente requête, que le Conseil d'Etat a renvoyée au tribunal après avoir annulé le jugement n° 1620470/3-3 du 21 décembre 2018 la rejetant, le syndicat des copropriétaires de l'immeuble des Deux Moulins demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 8 760 euros en réparation du préjudice que lui a causé la décision illégale du préfet de police en date du 26 avril 2013.
I. Sur la responsabilité :
2. Si toute illégalité qui entache une décision administrative constitue en principe une faute de nature à engager la responsabilité de l'autorité au nom de laquelle cette décision a été prise, une telle faute ne peut donner lieu à la réparation du préjudice subi par le destinataire de cette décision lorsque, les circonstances de l'espèce étant de nature à justifier légalement la décision, le préjudice allégué ne peut être regardé comme la conséquence du vice dont cette décision est entachée.
3. D'une part, l'illégalité résultant de l'insuffisance de motivation dont est entachée la décision du préfet de police du 26 avril 2013 et qui a été constatée par un jugement du tribunal administratif de Paris n° 1309439/3-2 du 11 février 2015 passé en force de chose jugée, est de nature à engager la responsabilité de l'Etat. Toutefois, alors que le préjudice allégué par le syndicat requérant, résultant des dépenses financières qu'il a supportées pour la réalisation de l'étude technique commandée par le préfet, n'est pas en lien direct avec le vice de forme entachant la décision du 26 avril 2013 qui la prescrit, cette illégalité n'est pas de nature à ouvrir droit à réparation.
4. Cependant, d'autre part, le syndicat requérant soulève dans la présente instance un autre motif d'illégalité de la décision du 26 avril 2013 en soutenant que les mesures prescrites par la décision du 26 avril 2013 ne pouvaient pas l'être légalement au titre de la réglementation relative aux immeubles de grande hauteur (IGH).
5. Il résulte du mémoire en défense que la décision du 26 avril 2013 est fondée sur l'arrêté du 30 décembre 2011 portant règlement de sécurité pour la construction des immeubles de grande hauteur et leur protection contre les risques d'incendie et de panique, qui, selon le préfet, est " applicable lorsque des travaux de remplacement d'installation, d'aménagement ou d'agrandissement sont entrepris dans l'immeuble ".
6. Or l'arrêté du 30 décembre 2011 n'est applicable, aux termes de son article 3 qu'" aux projets dont la demande de permis de construire est déposée après le premier jour du troisième mois suivant celui au cours duquel il sera publié. " En outre, aux termes de son article GH1 : " §1. A l'exception des dispositions à caractère administratif, de celles relatives aux contrôles et aux vérifications techniques ainsi qu'à l'entretien, le présent règlement ne s'applique pas aux immeubles de grande hauteur (IGH) existants. / Lorsque des travaux de remplacement d'installation, d'aménagement ou d'agrandissement sont entrepris dans ces immeubles, les dispositions du présent règlement sont applicables aux seules parties de la construction ou des installations modifiées. / Toutefois, si ces modifications ont pour effet d'accroître le risque de l'ensemble de l'immeuble de grande hauteur, des mesures de sécurité complémentaires peuvent être imposées après avis de la commission de sécurité. () " Par conséquent, et en dehors des dispositions mentionnées au premier alinéa de l'article GH1 ci-dessus, cet arrêté, dont l'article 2 abroge les dispositions antérieurement applicables, n'est pas applicable à l'immeuble des deux moulins, dont le permis de construire a été délivré le 22 décembre 1965 et dont la construction s'est achevée en 1970. Par suite, en prescrivant, par l'arrêté du 26 avril 2013, des travaux destinés à rendre l'immeuble conforme aux dispositions de l'arrêté du 30 décembre 2011, le préfet de police a commis une erreur de droit. Cette illégalité fautive, qui engage la responsabilité de l'Etat, est de nature à ouvrir droit à réparation du préjudice subi.
II. Sur l'évaluation du préjudice :
7. Il résulte de l'instruction que le syndicat requérant a subi un préjudice financier résultant de la réalisation des études techniques, des notes administratives et une consultation d'entreprise par un cabinet spécialisé en sécurité contre l'incendie à la suite de la décision du
26 avril 2013 pour un montant total et non contesté de 8 760 euros.
8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'Etat à verser au syndicat des copropriétaires de l'immeuble des deux moulins la somme de 8 760 en réparation du préjudice financier subi du fait de l'illégalité fautive de la décision du 26 avril 2013.
III. Sur les frais de l'instance :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, la somme de 1 500 euros à verser au syndicat des copropriétaires de l'immeuble des deux moulins au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser au syndicat des copropriétaires de l'immeuble des Deux Moulins la somme de 8 760 euros (huit mille sept cent soixante euros) en réparation du préjudice subi.
Article 2 : L'Etat versera au syndicat des copropriétaires de l'immeuble des Deux Moulins la somme de 1 500 euros (mille cinq cent euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête du syndicat des copropriétaires de l'immeuble des Deux Moulins est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié au syndicat des copropriétaires de l'immeuble des Deux Moulins sis 172 à 184 avenue de Choisy à Paris (75013) et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet de police.
Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gracia, président,
Mme Merino, première conseillère,
Mme Renvoisé, première conseillère,
Lu en audience publique le 22 octobre 2024.
La rapporteure,
M. MERINO
Le président,
J.-Ch. GRACIALa greffière,
C. YAHIAOUI
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/3-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2535565
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A... visant à annuler l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour et ordonnant son éloignement. Le tribunal a jugé que le préfet avait légalement appliqué l'article L. 432-1-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en fondant son refus sur la condamnation de l'intéressée pour des faits relevant des articles 222-34 à 222-40 du code pénal. Il a également estimé que les circonstances invoquées (emploi stable, sursis) étaient sans incidence sur la légalité de la décision et n'ont pas constaté de méconnaissance de l'article 8 de la CEDH.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2534617
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement du titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'une ressortissante brésilienne. La juridiction a retenu que le préfet avait méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ne procédant pas à une appréciation individuelle et concrète de la situation de l'intéressée, notamment au regard de son état de santé et de son droit au respect de la vie privée et familiale (article 8 de la CEDH). Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour dans un délai de deux mois.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2411323
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours pour excès de pouvoir contre le refus du préfet de police de délivrer un titre de séjour à un ressortissant algérien. Le tribunal a annulé la décision attaquée, considérant que l'administration n'avait pas procédé à l'examen de la situation personnelle du requérant au regard de son pouvoir discrétionnaire de régularisation exceptionnelle. Cette solution s'appuie sur l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, qui régit le séjour des ressortissants algériens sans interdire une telle régularisation.
26/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2428408
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant le renouvellement d'une carte de séjour "talent" à une artiste-interprète. La juridiction a relevé d'office que le refus, fondé sur un seuil de ressources fixé par un arrêté ministériel (annexe 10 du CESEDA), était entaché d'incompétence, car ce seuil relève d'un décret en Conseil d'État selon l'article L. 421-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a enjoint au préfet de reconsidérer la demande dans un délai de quatre mois.
26/03/2026