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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-1806627

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-1806627

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-1806627
TypeDécision
Formation3e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCAUDRON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 18 avril 2018, enregistrée le même jour au greffe du tribunal, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par la société Martin Bravo.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Versailles le 19 octobre 2017, et des mémoires, enregistrés au greffe du tribunal administratif de Paris les 4 mars, 2 mai, 5 juin, 20 juin et 5 septembre 2024, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, la société Martin Bravo, représentée par Me Guillot-Tantay (cabinet Iris avocats) demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de condamner la société SNCF Réseau à lui verser la somme de 85 942, 08 euros HT au titre du solde du marché de travaux portant sur la mise en accessibilité aux personnes à mobilité réduite (PMR) en gare de Versailles Château rive gauche, assortie des intérêts de droit moratoires à compter du 21 février 2017, ainsi que de la capitalisation des intérêts à chaque échéance annuelle ultérieure ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner in solidum la société KIESEL, la société Comptoir Etudes et Diffusion Peintures (CEDIP) et la société SMABTP à lui verser la somme de 85 942, 08 euros HT ;

3°) à défaut, de condamner in solidum la société KIESEL, la société CEDIP et la SMABTP à la garantir de l'ensemble des condamnations mises à sa charge ;

4°) en tout état de cause, de mettre à la charge de chaque partie perdante la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens, notamment les frais d'expertise.

Dans le dernier état de ses écritures, elle soutient que :

S'agissant du paiement du solde du marché :

- à titre principal, la réfaction opérée par la société SNCF Réseau est illégale dans la mesure où les travaux ont été réceptionnés sans réserve concernant les dalles d'éveil de sorte que seule la garantie de parfait achèvement pouvait être invoquée pour ces désordres ;

- sa responsabilité ne peut pas être engagée au titre des désordres affectant les dalles d'éveil dès lors qu'aucune faute ne peut lui être imputée ; à cet égard, d'une part, elle a averti la SNCF des désordres susceptibles de résulter de la mauvaise qualité du support et de la décision de l'établissement SNCF Mobilités du 19 avril 2016 de déroger aux règles de l'art pour la pose des bandes d'éveil ; d'autre part, la SNCF a validé les matériaux alors qu'elle avait connaissance de l'apparition de désordres sur les bandes d'éveil défectueuses en gare de Chaville ; enfin, l'expert désigné a retenu qu'elle n'est pas responsable des désordres qui sont seulement dus à la non-conformité du produit SERVOFLEX F fabriqué par la société KIESEL ;

- elle est fondée à demander le paiement du solde du marché dont le montant s'élève à la somme de 85 942, 08 euros HT, avec intérêts moratoires à compter du 21 février 2017 ;

- à titre subsidiaire, si la réfaction opérée dans le décompte général est jugée fondée, elle sollicite la condamnation in solidum des sociétés CEDIP, KIESEL et SMABTP à lui verser la somme de 85 942, 08 euros HT ;

- le tribunal administratif est compétent pour connaître de ses conclusions dirigées contre la société KIESEL dès lors que le produit qu'elle a fabriqué, qui a été fourni par la société CEDIP, a été utilisé dans le cadre de l'exécution de travaux publics ;

- la responsabilité de la société KIESEL doit être engagée dès lors que, d'une part, cette société n'est pas fondée à demander la nullité du rapport d'expertise, d'autre part, le produit Servoflex qu'elle a fabriqué n'est pas conforme par rapport à sa notice d'utilisation, enfin, elle ne justifie pas que le fabriquant de la colle était en réalité la société KIESEL Gmbh.

S'agissant des conclusions présentées par la société SNCF Réseau au titre des travaux de reprise des désordres affectant les bandes d'éveil :

- à titre principal, ces conclusions sont tardives dès lors que la réception est intervenue le 10 juin 2016 sans réserve portant sur les dalles d'éveil ;

- cette demande est également irrecevable en raison du caractère intangible du décompte général à l'encontre de la société SNCF Réseau en l'absence de réserve émise sur le montant des travaux de reprise des dalles ;

- à titre subsidiaire, cette demande évaluée, en dernier lieu, à la somme de 718 832, 20 HT, n'est pas fondée dès lors qu'il n'est pas établi que toutes les dalles d'éveil seraient affectées de désordres et que ces désordres seraient évolutifs ; en outre, les frais de suivi évalués à la somme de 295 000 euros HT ne sont pas établis ;

- le cas échéant, elle sollicite la condamnation in solidum des sociétés KIESEL, CEDIP et SMABTP, au titre de la police de responsabilité décennale qu'elle a souscrite auprès de cette dernière société, à la garantir des condamnations qui seraient mises à sa charge au titre des travaux de reprise des dalles.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 septembre 2019, 22 février 2024, 6 juin 2024 et 14 août 2024, la société SNCF Réseau, représentée par Me Labetoule (cabinet CLL avocats) conclut, dans le dernier état de ses écritures :

1°) au rejet de la requête de la société Martin Bravo ;

2°) à titre principal, à la condamnation de la société Martin Bravo à lui verser la somme de 632 890, 12 euros HT (759 468, 14 euros TTC), sur le fondement de la garantie de parfait achèvement ;

3°) à titre subsidiaire, à la condamnation de la société Martin Bravo à lui verser la somme de 632 890, 12 euros HT (759 468, 14 euros TTC), sur le fondement de la garantie décennale ;

4°) à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société Martin Bravo au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Dans le dernier état de ses écritures, elle soutient que :

- la réfaction opérée au décompte général est fondée dès lors que les désordres sont apparus progressivement après la réception et relèvent donc de la garantie de parfait achèvement ;

- elle pouvait inclure dans le décompte général les sommes dont elle avait connaissance et qui lui étaient dues au titre de la garantie de parfait achèvement ;

- la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la responsabilité des désordres ne lui est pas imputable ;

- le titulaire du marché demeure responsable, à l'égard du maître d'ouvrage, même si les désordres litigieux résulteraient d'un produit fabriqué par une autre société ; il lui appartient, le cas échéant, de se retourner contre son fournisseur ;

- le rapport d'expertise devra être écarté des débats dès lors que l'expert s'est irrégulièrement prononcé sur des questions de droit, en l'occurrence sur la responsabilité juridique des intervenants aux travaux ;

- le décompte général n'étant pas définitif et les désordres étant évolutifs et irréversibles, elle est recevable et fondée à réévaluer le montant de la réfaction opérée et due par le titulaire du marché, à hauteur des sommes de 423 832, 20 euros HT au titre des travaux de reprise et 295 000 euros HT au titre des frais de suivi ;

- à titre subsidiaire, elle est fondée à demander la condamnation de la société Martin Bravo à lui verser ces sommes au titre de la garantie décennale.

Par des mémoires, enregistrés les 5 avril, 24 mai, 21 juin et 4 novembre 2024, la société KIESEL, représentée par Me Weyl (SELARL VMV-HUCK), conclut, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à l'annulation du rapport d'expertise ou, en tout état de cause, à ce qu'il lui soit déclaré inopposable ;

2°) au rejet des conclusions présentées par la société Martin Bravo à son encontre ;

3°) à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Martin Bravo au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Dans le dernier état de ses écritures, elle soutient que :

- la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaître de sa mise en cause par la société Martin Bravo en sa qualité de fournisseur, et non de fabricant, qui n'a au surplus pas pris part à l'exécution des travaux ; le tribunal se déclarera incompétent au profit de la

2ème chambre commerciale du tribunal judiciaire de Strasbourg territorialement compétent ;

- le rapport d'expertise est nul et lui est, en tout état de cause, inopposable dès lors qu'il n'a pas été établi conformément au principe du contradictoire ;

- sa responsabilité ne peut pas être engagée ; d'une part, elle n'a pas la qualité de fabriquant mais de vendeur des produits de la gamme de la société allemande KIESEL Gmbh ; d'autre part, elle n'a vendu que 25 kilogrammes du produit Servoflex F en cause à la société CEDIP ; en outre, elle n'a jamais préconisé l'utilisation de ce produit pour la pose de dalles podotactiles ; enfin, la fiche technique permet de constater que le produit en cause n'est pas un mortier-colle mais un mortier à joint qui ne peut donc pas être utilisé comme une " colle-ciment " ;

- ni la réalité de désordres complémentaires ni les montants annoncés par la société SNCF Réseau au titre des travaux de reprise de ces désordres ne sont établis.

Par une lettre du 23 octobre 2024, le tribunal a demandé à l'expert désigné dans l'instance de référé n° 18006280 de lui transmettre, pour compléter l'instruction de l'instance au fond, des pièces non annexées à son rapport évoquées dans ses parties " 1. Rappel des faits et historique " et " 2. Liste des pièces communiquées " ainsi que la convocation adressée à la société KIESEL pour l'accédit sur place du 14 juin 2022 et tout élément établissant l'envoi à cette société des notes, rapports d'essais et dires des autres parties.

L'expert a transmis des pièces au tribunal le 25 octobre 2024 qui ont été communiquées aux parties.

Par une lettre du 23 octobre 2024, le tribunal a demandé à la société SNCF Réseau, pour compléter l'instruction, de lui indiquer si les travaux de reprise des désordres affectant les dalles d'éveil ont été réalisés et le cas échéant de transmettre au tribunal la facture correspondant aux travaux de reprise.

Par une lettre du 28 octobre 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office tirés de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître, d'une part, des conclusions de la société Martin Bravo dirigées contre son assureur, la société SMABTP, à laquelle elle est unie par un contrat de droit privé, d'autre part, des conclusions de la société Martin Bravo dirigées contre la société Comptoir Etudes et Diffusion Peintures (CEDIP) dès lors que cette société a la qualité de fournisseur.

Par des mémoires, enregistrés les 4 et 5 novembre 2024, la société KIESEL a présenté des observations en réponse au moyen d'ordre public.

Par un mémoire, enregistré le 4 novembre 2024, la société Martin Bravo a présenté des observations en réponse au moyen d'ordre public.

Par une ordonnance du 28 octobre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 12 novembre 2024 à 12 heures.

La procédure a été communiquée aux sociétés Comptoir Etudes et Diffusion Peintures (CEDIP) et SMABTP qui n'ont pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des marchés publics ;

- loi n° 2018-515 du 27 juin 2018 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Armoët,

- les conclusions de Mme Castéra, rapporteure publique,

- les observations de Me Guillot-Tantay, avocate de la société Martin Bravo,

- les observations de Me Bouchet, avocat de la société SNCF Réseau,

- et les observations de Me Didou, avocat de la société Kiesel.

Une note en délibéré, présentée pour la société Martin Bravo, a été enregistrée le

9 décembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Le 7 décembre 2015, l'établissement public SNCF Réseau, devenu la société SNCF Réseau, a confié à la société Martin Bravo (ci-après " la société SBM "), qui était par ailleurs mandataire d'un groupement conjoint constitué avec la société Sobecca, l'exécution de travaux portant sur la mise en accessibilité aux personnes à mobilité réduite (PMR) de la gare de Versailles Château rive gauche, consistant notamment en la fourniture et la pose de bandes d'éveil à la vigilance au bord des quais. Ce marché public de travaux a été conclu au prix forfaitaire de 563 286 euros HT. Les travaux, qui ont démarré le 8 décembre 2015, ont été réceptionnés, avec réserves, le 10 juin 2016 avec effet au 31 mai 2016. Par une lettre du

23 septembre 2016, l'établissement SNCF Réseau a demandé à la société SBM de réparer les désordres constatés les 23 juin 2016 et 3 août 2016, portant sur le décollement de certaines dalles d'éveil, auquel ses deux précédentes interventions n'avaient pas permis de remédier. Par une lettre du 4 novembre 2016, l'établissement SNCF Réseau a informé la société SBM que ces désordres, affectant 630 dalles sur 1 042, représentaient un préjudice évalué à la somme de 85 942, 08 euros, hors prestation de sécurité. Le 13 janvier 2017, l'établissement SNCF Réseau a notifié le décompte général à la société SBM, pour un montant de 602 870, 57 euros HT (723 444, 68 euros TTC), correspondant au montant des travaux de 688 812, 65 euros HT, auquel une réfaction de 85 942, 08 euros HT a été opérée au titre de la " compensation pour dalles décollées ". Le solde du marché a ainsi été fixé à 42 774, 72 euros HT (51 329, 66 euros TTC) après déduction des acomptes. Le 21 février 2017, la société SBM a adressé un mémoire en réclamation contestant la réfaction opérée dans le décompte général et sollicitant le paiement intégral du solde du marché. L'établissement SNCF Réseau a implicitement rejeté sa demande. La société SBM a sollicité une expertise, qui a été ordonnée par le juge des référés du tribunal le 12 juin 2018. L'expert désigné a remis son rapport le 23 octobre 2023. Par la présente requête, et dans le dernier état de ses écritures, la société SBM demande, à titre principal, la condamnation de la société SNCF Réseau à lui verser la somme de 85 942, 08 euros HT au titre du solde du marché.

Sur la régularité des opérations et du rapport d'expertise :

2. Le respect du caractère contradictoire de la procédure d'expertise implique que les parties soient mises à même de discuter devant l'expert des éléments de nature à exercer une influence sur la réponse aux questions posées par la juridiction saisie du litige. Lorsqu'une expertise est entachée d'une méconnaissance de ce principe ou lorsqu'elle a été ordonnée dans le cadre d'un litige distinct, ses éléments peuvent néanmoins, s'ils sont soumis au débat contradictoire en cours d'instance, être régulièrement pris en compte par le juge, soit lorsqu'ils ont le caractère d'éléments de pur fait non contestés par les parties, soit à titre d'éléments d'information dès lors qu'ils sont corroborés par d'autres éléments du dossier. Par ailleurs, la seule circonstance qu'un rapport d'expertise, à l'initiative de l'expert, se prononce sur des questions excédant le champ de l'expertise ordonnée par la juridiction, n'est pas, par elle-même, de nature à entacher cette expertise d'irrégularité. Elle ne fait pas obstacle à ce que, s'ils ont été soumis au débat contradictoire en cours d'instance, les éléments de l'expertise par lesquels l'expert se prononce au-delà des termes de sa mission soient régulièrement pris en compte par le juge, soit lorsqu'ils ont le caractère d'éléments de pur fait non contestés par les parties, soit à titre d'éléments d'information dès lors qu'ils ne sont pas infirmés par d'autres éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige.

3. En l'espèce, d'une part, il résulte de l'instruction que la société KIESEL, dont le rapport d'expertise conclut qu'elle est la seule responsable des désordres affectant les dalles d'éveil de la gare Versailles Château rive gauche en sa qualité de fabricant du produit SERVOFLEX F utilisé pour coller les bandes d'éveil que l'expert a jugé non conforme par rapport à sa notice d'information, n'a pas été rendue destinataire de tous les dires des autres parties à la procédure d'expertise, notamment de la société CEDIP qui a sollicité l'extension de l'expertise la concernant, des notes de l'expert aux parties et des rapports d'essais établis les 14 avril 2023 et 24 mai 2023 par le laboratoire mandaté par l'expert pour analyser les plaques et les bandes d'éveil. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que la société KIESEL, dont l'expert a cru, à tort, qu'elle était représentée par l'avocat d'une autre société, aurait été convoquée à la réunion contradictoire organisée par l'expert le 14 juin 2022 pour constater les opérations de carottage avant l'envoi des échantillons des dalles au laboratoire. Dans ces conditions, il résulte de l'instruction que la société KIESEL n'a pas été mise à même, au cours des opérations d'expertise, de discuter des éléments de nature à exercer une influence sur la réponse aux questions posées par la juridiction saisie du litige. La société KIESEL est, par suite, fondée à soutenir que le rapport d'expertise a été établi dans des conditions irrégulières et qu'il ne lui est pas opposable. Pour autant, il résulte des règles rappelées au point 2 ci-dessus, que les éléments de pur fait non contestés du rapport d'expertise, qui ont été soumis au débat contradictoire en cours d'instance, peuvent être pris en compte en l'espèce, de même que, à titre d'éléments d'information, les éléments qui sont corroborés par d'autres éléments du dossier. Par conséquent, la société KIESEL n'est pas fondée à demander à ce que le rapport d'expertise soit écarté des débats.

4. D'autre part, contrairement à ce que la société SNCF Réseau soutient, la circonstance que l'expert se soit prononcé sur des questions de droit qui ne lui étaient pas soumises, en ce qui concerne la responsabilité exclusive de la société KIESEL dans la survenance des désordres, ne fait pas obstacle à ce que les éléments de l'expertise, qui ont été débattus par les parties, par lesquels l'expert s'est prononcé au-delà des termes de sa mission, soient régulièrement pris en compte par le juge à titre d'éléments d'information dès lors qu'ils ne sont pas infirmés par d'autres éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige. Par suite, la société SNCF Réseau n'est pas non plus fondée à demander à ce que le rapport d'expertise soit écarté des débats.

Sur la contestation du décompte général :

En ce qui concerne la réfaction opérée au titre des travaux de reprise des désordres apparus postérieurement à la réception :

5. D'une part, en vertu de l'article 76.11 du cahier des clauses et conditions générales (CCCG) applicable aux marchés de travaux de la SNCF, relatif à la garantie de parfait achèvement : " Pendant un délai qui est, sauf prolongation décidée en vertu du paragraphe 12 du présent article, de douze mois à compter de la date d'effet de la réception, l'entrepreneur est tenu à une garantie de parfait achèvement au titre de laquelle il doit : a) réparer tous les désordres signalés par le maître de l'ouvrage, soit au moyen des réserves assortissant la réception mentionnées au paragraphe 23 de l'article 73, soit par la voie de notifications écrites pour ceux qui se sont révélés postérieurement à la date de la réception ; () Les dépenses correspondant aux travaux prescrits par le maître de l'ouvrage ou le maître d'œuvre afin de remédier aux désordres énoncés au a) ci-avant ne sont pas à la charge de l'entrepreneur si la cause de ces désordres ne lui est pas imputable () A l'expiration du délai de garantie de parfait achèvement, l'entrepreneur est dégagé de ses obligations contractuelles, à l'exception de celles qui sont mentionnées au paragraphe 2 du présent article ". L'article 12.1.1 du cahier des prescriptions spéciales (CPS) du marché litigieux, relatif à la garantie de parfait achèvement, stipule que : " En application de l'article 76.11 du CCCG Travaux, la garantie de parfait achèvement est, sauf prolongation décidée en vertu de l'article 76.12 du CCCG, de douze mois, à compter de la date d'effet de la réception ".

6. La réception d'un ouvrage met fin aux relations contractuelles entre le maître de l'ouvrage et les constructeurs en ce qui concerne la réalisation de l'ouvrage. La responsabilité des constructeurs ne peut alors plus être recherchée sur le fondement de la responsabilité contractuelle pour des désordres qui affecteraient l'ouvrage. Toutefois, les obligations des constructeurs sont prolongées, à compter de la réception de l'ouvrage, pendant le délai de la garantie de parfait achèvement prévue au contrat lui-même, en ce qui concerne les réserves faites à l'occasion de cette réception. Les désordres qui apparaissent pendant cette période sont également couverts par la garantie de parfait achèvement. Ainsi, en vertu de cette garantie prévue en l'espèce pendant une durée d'un an à compter de la date d'effet de la réception des travaux et résultant du contrat, le constructeur est tenu de remédier aux désordres signalés dans ce délai afin de rendre l'ouvrage conforme aux prévisions du marché.

7. D'autre part, l'ensemble des opérations auxquelles donne lieu l'exécution d'un marché public est compris dans un compte dont aucun élément ne peut être isolé et dont seul le solde, arrêté lors de l'établissement du décompte général et définitif, détermine les droits et obligations définitifs des parties. L'ensemble des conséquences financières de l'exécution du marché sont retracées dans ce décompte même lorsqu'elles ne correspondent pas aux prévisions initiales. Il revient notamment aux parties d'y mentionner les conséquences financières de retards dans l'exécution du marché ou le coût de réparations imputables à des malfaçons dont est responsable le titulaire.

8. En l'espèce, en premier lieu, l'établissement SNCF Réseau a inscrit au passif du décompte général la somme de 85 942, 08 euros correspondant à une " compensation pour dalles décollées ". La société SBM soutient que cette somme ne pouvait pas figurer dans le décompte général dès lors qu'elle concerne des désordres qui relèvent de la garantie de parfait achèvement. Il résulte de l'instruction que la somme litigieuse correspond au montant estimé des travaux de reprise nécessaires pour remédier aux désordres affectant 630 dalles d'éveil sur les 1 042 posées par la société SBM. Il est constant que ces désordres, qui portent sur le décollement des dalles en cause, ont été signalés, pour la première fois, le 23 juin 2016, soit postérieurement à la réception des travaux le 10 juin 2016, à effet au 31 mai 2016. Il n'est en outre pas contesté que ces désordres n'étaient pas apparents lors de la réception. Dans ces conditions, le maître d'ouvrage pouvait, lors de l'établissement du décompte du marché, faire état de la somme correspondant au coût des travaux couverts par la garantie de parfait achèvement qui constitue une dette contractuelle de la société SBM, dès lors que les désordres sont apparus dans le délai de cette garantie, postérieurement à la réception des travaux et antérieurement à l'établissement du décompte général.

9. En deuxième lieu, la société SBM soutient que sa responsabilité ne peut pas être engagée sur le fondement de la garantie de parfait achèvement dès lors qu'aucune faute contractuelle ne peut lui être imputée. Toutefois, si elle soutient à cet égard avoir averti ses cocontractants publics de la mauvaise qualité du support et des risques susceptibles de résulter de la technique de pose des bandes d'éveil préconisée par l'établissement SNCF Mobilités, il ne résulte, en tout état de cause, d'aucune pièce versée au dossier que ces éléments auraient été à l'origine des désordres litigieux. De même, la circonstance que l'établissement SNCF a validé l'utilisation des bandes d'éveil en dépit des désordres affectant le même type de dalles qui étaient apparus en gare de Chaville n'est pas non plus de nature à exonérer la société SBM de sa responsabilité au titre de la garantie de parfait achèvement dès lors qu'il ne résulte, en tout état de cause, pas de l'instruction qu'une défectuosité des dalles d'éveil utilisées par elle serait à l'origine des désordres.

10. En dernier lieu, la société SBM soutient que les désordres ne lui sont pas imputables puisqu'ils résultent, selon les conclusions de l'expertise diligentée, de la non-conformité du produit SERVOFLEX F par rapport à sa notice d'utilisation, lequel a été fabriqué par la société KIESEL. Il résulte des différentes pièces versées au dossier et discutées par les parties que les désordres affectant les dalles d'éveil, consistant, en particulier, en leur désolidarisation d'avec le support au niveau de la colle ou du béton, ont pour origine l'absence d'adhérence entre le mortier utilisé et la bande d'éveil ou le béton. Ainsi, il résulte de l'instruction, en l'absence de toute argumentation des parties et de tout élément versé au dossier désignant une autre cause des désordres, que le produit utilisé par la société SBM s'est avéré inadapté pour permettre l'adhésion des dalles d'éveil au support. Or, d'une part, la circonstance que l'entrepreneur n'avait pas connaissance des défauts du produit utilisé pour réaliser les travaux n'est, en tout état de cause, pas de nature à l'exonérer, vis-à-vis du maître de l'ouvrage, de son obligation de remédier aux désordres imputables à la non-conformité du produit, sur le fondement de la garantie de parfait achèvement. D'autre part, l'article 1.4 du CPS du marché prévoit expressément que l'entrepreneur est tenu à une obligation de résultat et doit mettre en œuvre, à ce titre, tous les moyens matériels et humains ainsi que tous les matériaux nécessaires à une parfaite et complète exécution des travaux suivant les règles de l'art et conformément aux documents contractuels. De plus, l'article 6.2.4 du même CPS stipule que : " La fourniture des matériaux et leur mise en œuvre étant l'essence même de la profession d'entrepreneur, ce dernier en est le seul responsable vis-à-vis du maître d'ouvrage et est tenu seul responsable des désordres pouvant résulter de ces fournitures et/ou de leur mise en œuvre, sans pouvoir se décharger sur le maître d'ouvrage de tout ou partie de cette responsabilité ". Dans ces conditions, quand bien même la société SBM n'avait pas connaissance du caractère inadapté du produit qu'elle a utilisé pour réaliser les travaux, l'établissement SNCF Réseau pouvait imputer, dans le décompte général, le coût des travaux de reprise des désordres apparus dans le délai de la garantie de parfait achèvement.

11. Il résulte de ce qui précède que la société SBM n'est pas fondée à demander le paiement du solde du marché à hauteur de la somme de 85 942, 08 euros HT.

En ce qui concerne les conclusions aux fins de garantie formées par la société SBM :

S'agissant des conclusions dirigées contre la société SMABTP :

12. Il n'appartient qu'aux tribunaux de l'ordre judiciaire de connaître des actions tendant au paiement de sommes dues par un assureur au titre de ses obligations de droit privé et en raison du fait dommageable commis par son assuré, alors même que l'appréciation de la responsabilité de cet assuré dans la réalisation du fait dommageable relève du juge administratif.

13. Il en résulte que les conclusions présentées par la société SBM tendant à la condamnation de la société SMABTP, son assureur, in solidum avec les sociétés CEDIP et KIESEL, à lui verser la somme de 85 942, 08 euros HT doivent, en tout état de cause, être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

S'agissant des conclusions dirigées contre la société CEDIP :

14. Le litige né de l'exécution d'une opération de travaux publics et opposant des participants à l'exécution de ces travaux relève de la compétence de la juridiction administrative, sauf si les parties en cause sont unies par un contrat de droit privé.

15. En l'espèce, il résulte de l'instruction, et il n'est pas contesté par les parties, que la société CEDIP s'est bornée à fournir à la société SBM le produit SERVOFLEX F dont elle avait passé commande, lequel est un produit de type mortier à joint universel. Par suite, la société CEDIP n'était qu'un simple fournisseur de la société SBM et le contrat de droit privé qui les unissait n'a pas eu pour effet de lui conférer la qualité de participant à l'exécution du travail public. Il en résulte que les conclusions présentées par la société SBM tendant à la condamnation de la société CEDIP, in solidum avec les sociétés SMABTP et KIESEL, à lui verser la somme de 85 942, 08 euros HT doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

S'agissant des conclusions dirigées contre la société KIESEL :

16. Il résulte de l'instruction que la société KIESEL, qui n'était pas liée contractuellement avec la société SBM, a fourni à la société CEDIP une commande de 25 kilogrammes du produit SERVOFLEX F qui a été utilisé par la société SBM pour réaliser les travaux litigieux. Si la société KIESEL soutient que ce produit est en réalité fabriqué par la société KIESEL Gmbh, qui n'est pas partie à l'instance, la livraison par la société KIESEL de ce produit de type mortier à joint universel, qui ne présente aucune caractéristique technique particulière liée au marché en cause, n'a, en tout état de cause, pas eu pour effet de lui conférer la qualité de participant à l'exécution des travaux publics. Dans ces conditions, comme la société KIESEL l'oppose, dès lors qu'elle n'était qu'un fournisseur de la société CEDIP, il n'appartient qu'aux juridictions de l'ordre judiciaire de connaître des conclusions présentées à son encontre par la société SBM tendant au versement de la somme de 85 942, 08 euros HT.

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la société SBM doivent être rejetées.

Sur les conclusions reconventionnelles de la société SNCF Réseau :

18. La société SNCF Réseau demande la condamnation de la société SBM, sur le fondement de la garantie de parfait achèvement ou, à défaut, sur le fondement de la garantie décennale, à lui verser la somme de 632 890, 12 euros HT, après déduction de la somme de 85 942, 08 euros déjà retenue dans le décompte, au titre des travaux de reprise des désordres évolutifs qui affectent, selon ses dires, l'ensemble des dalles d'éveil.

19. Toutefois, d'une part, la garantie de parfait achèvement s'étend à la reprise d'une part des désordres ayant fait l'objet de réserves dans le procès-verbal de réception, d'autre part, de ceux qui apparaissent et sont signalés dans l'année suivant la date de réception. Or il résulte de l'instruction que, dans le délai d'un an à compter de la date d'effet de la réception fixée au 31 mai 2016, seules 630 dalles sur les 1 042 dalles posées par la société SBM ont fait l'objet d'un signalement en raison des désordres les affectant. Par suite, la société SNCF Réseau n'est, en tout état de cause, pas fondée à rechercher la responsabilité de la société SBM sur le fondement de la garantie de parfait achèvement en ce qui concerne les désordres qui affecteraient d'autres dalles que celles qui ont été signalées dans le délai de cette garantie contractuelle.

20. D'autre part, il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables.

21. En l'espèce, il résulte de l'instruction que des désordres affectant 630 dalles d'éveil sur les 1 042 posées par la société SBM ont été constatés le 5 octobre 2016. Dans son rapport établi le 23 octobre 2023, l'expert désigné a néanmoins relevé que ces désordres sont " évolutifs par les frottements, l'eau et le gel, amenant le complexe (dalle d'éveil/colle/support) à se séparer [de sorte] qu'à terme toutes les dalles podotactiles seront altérées. En conclusion, l'adhésion dalle/support n'existe déjà plus pour certaines bandes d'éveil, soit par un défaut d'adhérence dalle/mortier soit mortier/support soit les deux ce qui fait qu'elles bougent et à terme cela remet en question leur solidité ; le soulèvement les rend impropres et même contraires à leur destination, qui est une fonction de sécurisation du quai et non de danger comme actuellement (). Le décollement ne pourra que toucher à peu près toutes les dalles d'éveil, car le liant de la colle n'opère pas et le décollement de l'une va entraîner les décollements des dalles voisines ". Toutefois, cette affirmation de l'expert relative au caractère évolutif des désordres, qui est contestée par les sociétés SBM et KIESEL, ne s'appuie sur aucune constatation récente et contradictoire de l'état des dalles alors que le dernier relevé a été effectué sept ans avant la rédaction du rapport. En outre, alors que la première apparition des désordres est ancienne de huit ans à la date du présent jugement, la société SNCF Réseau, non seulement n'a pas procédé aux travaux de réparation qu'elle tient pour indispensables en raison du défaut de sécurité de l'ouvrage réalisé, mais encore n'a produit, au soutien de ses conclusions indemnitaires, aucune pièce de nature à confirmer le caractère évolutif des désordres, notamment aucun relevé actualisé des dalles qui seraient effectivement affectées par des désordres de même nature. Dans ces conditions, en l'absence de tout élément versé au dossier venant corroborer les conclusions de l'expert désigné quant au caractère évolutif des désordres, il ne résulte pas de l'instruction que les désordres constatés au mois d'octobre 2016 ont vocation, de façon prévisible, à concerner, à terme, l'ensemble des dalles d'éveil et à rendre l'ouvrage impropre à sa destination. Par suite, la société SNCF Réseau n'est pas fondée à demander la condamnation de la société SBM sur le fondement de la garantie décennale.

22. Il résulte de ce qui précède que les conclusions reconventionnelles de la société SNCF Réseau doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par la société SBM ni, en tout état de cause, leur recevabilité.

En ce qui concerne les appels en garantie formés par la société SBM :

23. La société SBM demande à être garantie par les sociétés CEDIP, SMABTP et KIESEL des condamnations qui pourraient être prononcées contre elles. Les conclusions présentées à son encontre par la société SNCF Réseau étant rejetées, ses conclusions sont sans objet.

Sur les dépens :

24. Les frais de l'expertise ordonnée le 12 juin 2018, qui ont été taxés et liquidés à la somme de 24 701, 52 euros par une ordonnance du 23 janvier 2024, sont laissés à la charge définitive de la société SBM.

Sur les frais liés au litige :

25. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la société SBM doivent dès lors être rejetées.

26. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la société SNCF Réseau présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

27. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société SBM une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société KIESEL et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la société Martin Bravo dirigées contre la société SMABTP sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Les conclusions de la société Martin Bravo dirigées contre la société Comptoir Etudes et Diffusion Peintures (CEDIP) sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 3 : Les conclusions de la société Martin Bravo dirigées contre la société KIESEL sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 4 : Les conclusions reconventionnelles présentées par la société SNCF Réseau sont rejetées.

Article 5 : Les conclusions présentées par la société SNCF Réseau sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : La société Martin Bravo versera à la société KIESEL une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 7 : Les frais de l'expertise ordonnée le 12 juin 2018, qui ont été taxés et liquidés à la somme de 24 701, 52 euros, sont laissés à la charge définitive de la société Martin Bravo.

Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 9 : Le présent jugement sera notifié à la société Martin Bravo, à la société SNCF Réseau, à la société KIESEL, à la société Comptoir Etudes et Diffusion Peintures (CEDIP) et à la société SMABTP.

Copie en sera adressé à M. B A.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Salzmann, présidente,

Mme Armoët, première conseillère,

Mme Guglielmetti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe 12 décembre 2024.

La rapporteure,

E. ARMOËT

La présidente,

M. SALZMANN

La greffière,

P. TARDY-PANIT

La République mande et ordonne au ministre chargé des transports en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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30/03/2026

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