vendredi 31 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2000448 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 1re Chambre |
| Avocat requérant | SCP FOUSSARD - FROGER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 9 janvier 2020, 23 juin 2020, 31 janvier 2022, et un mémoire du 1er mars 2024, non communiqué, l'association française indépendante de l'électricité et du gaz (AFIEG), représentée par la SCP Foussard-Froger, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle la ministre de la transition écologique et solidaire a refusé de communiquer à l'AFIEG les pièces contractuelles, documents et informations relatifs au regroupement des deux concessions hydrauliques exploitées par la société hydroélectrique du Midi (SHEM) sur la Dordogne décidé par le décret n°2019-212 du 20 mars 2019 ;
2°) d'enjoindre à l'Etat de communiquer à l'AFIEG les documents demandés, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision implicite de rejet de sa demande de communication de documents est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard des articles L. 311-1, L. 311-6 et L. 311-7 du code des relations entre le public et l'administration ;
- en l'espèce d'une part, il n'est pas contestable que l'ensemble des documents sollicités constituent des documents administratifs, puisqu'ils se rapportent au regroupement de deux concessions qui constituent des contrats administratifs ;
- d'autre part, aucun élément n'a été mis en avant par la ministre de la transition écologique et solidaire qui serait de nature à révéler qu'un secret protégé par la loi pourrait s'opposer à la communication des éléments sollicités, tels qu'ils sont rappelés dans la demande d'avis adressée à la commission d'accès aux documents administratifs (CADA) ;
- ainsi sont d'abord communicables, l'ensemble des éléments qui se rattachent directement aux contrats de concession dont est titulaire la SHEM et qui font l'objet du regroupement ;
- de la même manière, aucun principe ne s'oppose à la communication des éléments établis pour déterminer les modalités du regroupement et calculer la date du barycentre ;
- par ailleurs, aucun secret protégé par la loi n'est de nature à s'opposer à la communication des avis qui ont dû être émis par les collectivités territoriales sur le projet de regroupement ;
- plus généralement et enfin, aucun élément n'a été mis en avant qui serait de nature à s'opposer à la communication de tous les documents administratifs en lien avec la détermination de la nouvelle date commune d'échéance du 31 décembre 2048 fixée par le II de l'article 1er du décret n° 2019-212 du 20 mars 2019, ainsi que de l'année d'échéance théorique du regroupement en l'absence de plan d'investissement pour les chutes de Coindre et Marèges, soit 2035, mentionnée à l'article II du même décret.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 décembre 2021, et un mémoire enregistré le 30 avril 2024 mais non communiqué, la ministre de la transition écologique conclut au non-lieu à statuer sur la requête.
Elle soutient que les documents demandés dans lesquels ont été occultées les seules mentions protégées par le secret des affaires ainsi que celles dont la communication porterait atteinte à la sécurité publique, ont été communiqués à l'association requérante par un courrier du 23 décembre 2021 ;
- seuls le plan d'investissement initial du concessionnaire ainsi que les informations transmises par le concessionnaire au ministre chargé de l'énergie mentionnées au deuxième alinéa de l'article R. 521-64 du code de l'énergie n'ont pas été communiquées à l'association requérante ; en effet, l'ampleur des occultations effectuées pour protéger le secret des affaires aurait rendu ces documents incompréhensibles, privant leur communication d'intérêt ;
- par ailleurs, la demande de communication portant sur l'expertise par un organisme tiers des éléments transmis par le concessionnaire à la demande de la ministre chargée de l'énergie prévue au troisième alinéa de l'article R. 521-64 du code de l'énergie est sans objet, cette expertise n'ayant pas eu lieu.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'énergie ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kanté, première conseillère ;
- les conclusions de Mme Lambrecq, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Gorce représentant l'association française et indépendante de l'électricité.
Considérant ce qui suit :
1. Le décret du 20 mars 2019 relatif au regroupement des concessions hydroélectriques de la Société hydroélectrique du Midi sur la Dordogne procédait, en application des dispositions de l'article L. 521-16-1 du code de l'énergie, au regroupement, d'une part, de la concession de l'aménagement de la haute Dordogne octroyée par le décret du 11 mars 1921, dite de " Coindre-Marèges ", à l'exclusion des aménagements en amont du pont de Bort, du Chavanon et de la Rhue (à l'exception de la chute de Coindre) concédés à EDF par le décret du 6 janvier 1956 et, d'autre part, de la concession de Saint-Pierre-Marèges sur la Dordogne dans le département du Cantal octroyée par le décret du 2 mars 1988. Les dates d'échéance de ces deux concessions d'énergie hydroélectrique, exploitées par la société hydroélectrique du Midi (SHEM), étaient initialement respectivement fixées au 31 décembre 2012 et au 31 décembre 2062. La nouvelle date commune d'échéance de ces concessions était fixée, par l'article 1er du décret du 20 mars 2019, au 31 décembre 2048 sous réserve de l'engagement au 31 décembre 2024 des travaux énumérés à l'article 3 de ce décret. A défaut de l'engagement de tout ou partie de ces travaux à cette dernière date, la date commune d'échéance des deux concessions serait ramenée au 31 décembre de l'année d'échéance corrigée, déterminée selon la formule de calcul mentionnée à l'article 2 du même décret. Par un courrier du 17 mai 2019, l'Association française indépendante de l'électricité et du gaz (AFIEG) a demandé au ministre de la transition écologique et solidaire de retirer ce décret. Cette demande ayant été rejetée expressément par courrier du 9 juillet 2019 de la ministre de la transition écologique et solidaire l'AFIEG a saisi le Conseil d'Etat d'une requête tendant à l'annulation du décret de regroupement du 20 mars 2019.
2. Par un courrier du 25 septembre 2019, l'AFIEG a sollicité de la ministre de la transition écologique et solidaire la communication de l'ensemble des documents relatifs au regroupement afin de pouvoir comprendre les modalités de calcul des dates communes d'échéance du 31 décembre 2048 et de 2035 visées par la décision de regroupement et plus précisément, - les comptes rendus annuels des concessionnaires établis en application de l'article 32 du cahier des charges annexé à la convention de concession principale approuvée par décret du 11 mars 1921 modifié concédant à la compagnie d'Orléans l'aménagement hydroélectrique de la Haute-Dordogne au titre des années 2009 à 2018, - le dossier de fin de concession remis par la SHEM à l'Etat, concernant la concession de l'aménagement de la Haute-Dordogne octroyée par décret du 11 mars 1921 susvisé, à l'exclusion des aménagements en amont du pont de Bort et de la Rhue, - les comptes rendus annuels du concessionnaire établis en application de l'article 47 du cahier des charges annexé à la convention du 28 juillet 1987 de concession de la chute Saint-Pierre de Marèges sur la Dordogne, département du Cantal, approuvée par décret du 2 mars 1988, au titre des années 1988 à 2018 incluse, - le plan d'investissement initial du concessionnaire d'un montant de 50 406 000 euros, - la décision du ministre chargé de l'énergie visée à l'article R. 521-64 du code de l'énergie, informations transmises par le concessionnaire au ministre chargé de l'énergie nécessaires au calcul de la nouvelle date commune d'échéance des concessions, mentionnées au 2ème alinéa de l'article R. 521-64 du code de l'énergie, -l'expertise des éléments transmis par le concessionnaire à laquelle, le cas échéant, le ministre chargé de l'énergie a pu faire procéder en application du 3ème alinéa de l'article R. 521-64 du code de l'énergie, rapport de présentation du projet de regroupement transmis aux préfets concernés ou le cas échéant du préfet coordonnateur, - les avis émis en application de l'article R. 521-65 du code de l'énergie, - ainsi que tous documents administratifs (comptes rendus de réunions, procès-verbaux de délibérations, notes et rapports administratifs) relatifs à ces consultations, - et plus généralement tous documents administratifs, visés par l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration. Cette demande étant restée sans réponse, l'AFIEG a saisi la commission d'accès aux documents administratifs (CADA) qui a enregistré sa demande le 8 novembre 2019 et a rendu, le 20 avril 2020, un avis favorable sous réserve, à la communication des documents demandés. Par sa requête, l'AFIEG demande l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande par l'administration du 8 janvier 2020.
3. Aux termes de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre. " Aux termes de l'article L. 300-2 du même code : " Sont considérés comme documents administratifs, au sens des titres Ier, III et IV du présent livre, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ou les personnes de droit privé chargées d'une telle mission. Constituent de tels documents notamment les dossiers, rapports, études, comptes rendus, procès-verbaux, statistiques, instructions, circulaires, notes et réponses ministérielles, correspondances, avis, prévisions, codes sources et décisions. "
4. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de contrôler la régularité et le bien-fondé d'une décision de refus de communication de documents administratifs sur le fondement des articles L. 311-1 et L. 311-2 du code des relations entre le public et l'administration. Pour ce faire, par exception au principe selon lequel le juge de l'excès de pouvoir apprécie la légalité d'un acte administratif à la date de son édiction, il appartient au juge, eu égard à la nature des droits en cause et à la nécessité de prendre en compte l'écoulement du temps et l'évolution des circonstances de droit et de fait afin de conférer un effet pleinement utile à son intervention, de se placer à la date à laquelle il statue.
5. Par une décision n°434438 du 18 mai 2021, le Conseil d'Etat statuant au contentieux, saisi par la requérante d'une demande tendant à obtenir l'annulation pour excès de pouvoir du décret n° 2019-212 du 20 mars 2019 relatif au regroupement des concessions hydroélectriques de la Société hydroélectrique du Midi sur la Dordogne ainsi que de la décision du 9 juillet 2019 du ministre de la transition écologique et solidaire rejetant son recours gracieux, avant de se prononcer sur la requête de l'AFIEG, a ordonné un supplément d'instruction tendant à la production par la ministre de la transition écologique de tous documents permettant de déterminer, d'une part, les modalités de calcul de la nouvelle date commune d'échéance des concessions regroupées et les éléments sur lesquels l'administration s'est fondée pour calculer cette date et, d'autre part, la valeur de la variable " E " mentionnée à l'article R. 521-61 du code de l'énergie. " Par ailleurs, par une décision n°434438 du 12 avril 2022, le Conseil d'Etat a annulé le décret précité du 20 mars 2019 dès lors qu'il ressortait des pièces du dossier, notamment des documents produits par la ministre de la transition écologique en application du supplément d'instruction ordonné par la décision du 18 mai 2021, ainsi que des échanges intervenus au cours de la séance orale d'instruction menée par la septième chambre de la section du contentieux le 20 janvier 2022, que pour la concession d'aménagement de la haute Dordogne, dite concession de " Coindre Marèges ", dont la date d'échéance était fixée, avant prorogation, au 31 décembre 2012 et qui est par suite en " délais glissants ", la valeur de la variable " E " mentionnée à l'article R. 521-61 du code de l'énergie était négative. Il en a déduit que le décret attaqué, qui a fait application, pour calculer la nouvelle date commune d'échéance des concessions regroupées, des dispositions entachées d'illégalité de l'article R. 521-61 du code de l'énergie, était de ce fait lui-même entaché d'illégalité et a procédé à son annulation.
6. Dans ces conditions, le décret n° 2019-212 du 20 mars 2019 relatif au regroupement des concessions hydroélectriques de la Société hydroélectrique du Midi sur la Dordogne ayant été annulé, la demande de la requérante consistant à obtenir communication des documents relatifs audit regroupement, qui n'a plus d'existence juridique, a perdu son objet. Il n'existe plus de documents administratifs relatifs à un tel groupement qui soient communicables. Il n'y a donc pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction.
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par l'AFIEG et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction de la requête.
Article 2 : L'Etat versera à l'association française et indépendante de l'électricité et du gaz la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association française et indépendante de l'électricité et du gaz et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ho Si Fat, président,
Mme Kanté, première conseillère,
M. Hélard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2024.
La rapporteure,
C. KantéLe président,
F. Ho Si Fat
La greffière,
V. Lagrède
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion et des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2226519
Le Tribunal administratif de Paris rejette la demande indemnitaire de la société Le Quasimodo Notre-Dame, qui réclamait près de 1,74 million d'euros à l'État pour les préjudices économiques liés à l'incendie de la cathédrale. La juridiction estime que la société, exploitant un restaurant à proximité, n'était pas usagère de l'ouvrage public et n'a pas subi de dommage accidentel direct causé par celui-ci. Le jugement applique les principes de la responsabilité administrative sans faute pour dommages de travaux publics, mais les écarte en l'espèce.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2312358
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête d'un agent public demandant l'annulation du refus de sa nomination à un poste d'expert juridique. Le tribunal a jugé que cette décision de rejet constituait une simple mesure d'ordre intérieur, car elle ne portait pas atteinte aux droits statutaires, à la rémunération ou aux perspectives de carrière de l'agent. Par conséquent, le recours pour excès de pouvoir a été déclaré irrecevable.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2313750
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête d'un gardien de la paix contestant son placement en disponibilité d'office pour raison de santé. La juridiction a jugé la requête irrecevable car elle ne contenait aucun exposé de moyens, et ce défaut n'a pas été régularisé dans les délais. La décision s'appuie sur les dispositions de l'article R. 411-1 du code de justice administrative relatives aux conditions de saisine.
02/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2326202
Le Tribunal Administratif de Paris a examiné un recours pour excès de pouvoir visant l'annulation d'un arrêté ministériel portant tableau d'avancement à l'échelon spécial du grade de pharmacien général de santé publique. Le tribunal a annulé l'arrêté du 18 septembre 2023, considérant que l'administration avait méconnu les conditions posées par l'article 15 du décret n° 92-1432 du 30 décembre 1992, en y inscrivant des agents ne remplissant pas les critères statutaires requis pour cet avancement. Par voie de conséquence, les décisions individuelles de nomination prises sur le fondement de ce tableau sont également illégales.
02/04/2026