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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2004529

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2004529

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2004529
TypeDécision
PublicationC
Formation6e Section - 2e Chambre
Avocat requérantCABINET BURZIO, CONSOLIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un jugement du 25 janvier 2022, le tribunal a ordonné, avant-dire droit, une expertise médicale avant de statuer sur la requête de Mme G et des époux H, afin de déterminer les responsabilités ainsi que l'étendue de leurs préjudices, et réservé jusqu'en fin d'instance tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'était pas expressément statué par le jugement.

Le rapport de l'expert a été enregistré au greffe du tribunal le 2 mai 2023.

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 mars 2020 et le 28 août 2023, Mme C G agissant tant en son nom propre qu'en qualité de représentante légale de sa fille mineure, F, M. D H et Mme I H, représentés par la SELARL CONSOLIN ZANARINI, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'ordonner une expertise avant dire droit afin de liquider les préjudices de Mme F G devenue majeure ;

2°) de condamner l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) à verser à Mme C G la somme de 566 181,45 euros, ou, à défaut, de 314 545,25 euros, en réparation des préjudices subis par son enfant des suites de son accouchement à l'hôpital Cochin, ainsi que la somme de 25 000 euros en raison du défaut d'information dont elle a été victime ;

3°) de condamner l'AP-HP à verser aux époux H la somme de 64 000 euros en réparation des préjudices qu'ils ont subis en conséquence de l'accident dont a été victime leur petite fille ;

4°) de mettre à la charge de l'AP-HP la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le suivi de la grossesse de Mme C G à l'hôpital Cochin n'a pas été conforme aux règles de l'art, dès lors que celle-ci n'a pas bénéficié d'un suivi adapté, qu'une césarienne ou un déclenchement de l'accouchement auraient dû être programmés à partir de la 38ème semaine d'aménorrhée compte tenu du retard de croissance du fœtus et que la décision de procéder à une césarienne aurait dû être prise sans délai le 28 janvier 2006 ;

- la pose d'un gel vaginal était contre-indiquée compte tenu de l'hypoxie dont souffrait l'enfant ;

- sa prise en charge a souffert d'un défaut d'information ;

- il existe un doute sur l'impartialité de l'un des experts de la seconde expertise, qui fait partie de la même société savante et est intervenu au même congrès qu'un des médecins de l'hôpital Cochin qui a assuré le suivi de sa grossesse ;

- en réparation des préjudices qu'elle a subis, Mme G est fondée à solliciter la somme de 25 000 euros au titre du défaut d'information, ainsi que les sommes suivantes, assorties de l'application d'un taux de perte de chance de 45%, ou subsidiairement de 25% :

* 294 648,29 euros au titre des dépenses de santé avant consolidation ;

* 4 800 euros au titre des honoraires d'assistance à expertise ;

* 405 532,71 euros au titre des frais de tierce avant consolidation ;

* 300 000 euros au titre du préjudice scolaire avant consolidation ;

* 163 200 au titre du déficit fonctionnel temporaire ;

* 50 000 euros au titre des souffrances endurées avant consolidation ;

* 40 000 euros au titre du préjudice esthétique avant consolidation ;

* une somme indéterminée au titre du préjudice professionnel ;

* 80 000 euros au titre du préjudice d'affection ;

* 20 000 euros au titre du préjudice d'attente et d'inquiétude

- en réparation des préjudices qu'ils ont subis, les époux H sont fondés à solliciter le versement des sommes suivantes, assorties de l'application d'un taux de perte de chance de 45% :

* 80 000 euros au titre du préjudice d'affection subi par Mme G et 60 000 euros chacun au titre du préjudice d'affection subi par M. et Mme H ;

* 20 000 euros chacun au titre du préjudice d'attente et d'inquiétude ;

* une somme indéterminée au titre du préjudice professionnel ;

* une somme indéterminée au titre des frais de santé.

Par des mémoires en défense enregistrés le 13 août 2020 et le 10 août 2023, l'AP-HP conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la seule circonstance que deux médecins fassent partie de la même société savante ou aient participé à un congrès est insuffisante pour établir un doute sur l'impartialité de l'expert ;

- l'expertise demandée est dépourvue d'utilité ; contrairement à ce qu'affirme la requérante, il n'y avait pas d'arrêt de croissance le 24 janvier 2006, la pente de croissance n'était pas alarmante ; la requérante a fait l'objet d'un suivi attentif et régulier tout au long de sa prise en charge ;

- la décision de déclencher l'accouchement sur un col court, à un doigt, avec liquide teinté, compte tenu du rythme cardiaque fœtal et du doppler ombilical, était correcte ; la décision de réaliser une césarienne en urgence était conforme aux règles de l'art ;

- le lien de causalité entre les fautes supposées par la requérante et les séquelles dont souffre l'enfant n'est pas établi ; il n'est pas démontré que les lésions sont en rapport avec l'hypoxie dont a souffert l'enfant et dont la durée n'est pas connue.

Par des mémoires en défense enregistrés le 13 septembre 2020 et le 2 octobre 2023, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et infections nosocomiales, représentée par la SCP UGGC Avocats, conclut au rejet de la requête en ce qu'elle le concerne et à sa mise hors de cause.

Il fait valoir que :

- les conditions de la mise en œuvre de la solidarité nationale ne sont pas réunies ; aucun des experts ne conclut à l'existence d'un aléa thérapeutique ni à une infection nosocomiale ;

- il s'en remet à la sagesse du tribunal en ce qui concerne la responsabilité de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris ;

- l'accouchement n'est pas un acte de soin ;

- le lien de causalité entre l'accouchement et les séquelles dont souffrent l'enfant n'est pas établi ;

- l'expertise de la CRCI du 10 avril 2012 n'est entachée d'aucune partialité ;

- une nouvelle expertise est dépourvue d'utilité, en ce qui la concerne.

Par un mémoire enregistré le 25 septembre 2023 la caisse primaire assurance maladie des Hauts-de-Seine demande au tribunal :

1°) de condamner l'AP-HP à lui rembourser la somme de 6 109,20 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du jour du jugement ;

2°) de condamner l'AP-HP à lui verser l'indemnité forfaitaire prévue à l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale d'un montant de 1 162 euros.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique,

- le code de la sécurité sociale,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lambert,

- les conclusions de M. Thulard, rapporteur public,

- et les observations de Me Tardy, pour les requérants.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C G, enceinte de sa fille F, était suivie par le docteur B à la clinique des Martinets alors que son suivi échographique était assuré par le docteur A en secteur libéral. A la 22éme semaine d'aménorrhée, l'échographie a révélé une anomalie du doppler utérin qui a justifié la mise en place d'un contrôle évolutif mensuel. Après qu'un retard de croissance intra-utérin (RCIU) a été diagnostiqué, à la 35ème semaine, la prise en charge de la fin de la grossesse a été assurée à la maternité de Port-Royal dépendant de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) où une surveillance en ambulatoire de Mme G a été mise en place. Le 28 janvier 2006, la requérante, qui présentait des contractions rapprochées, s'est rendue aux urgences obstétricales de l'hôpital Port-Royal. La rupture de la poche des eaux étant survenue à 21 heures, un gel vaginal à base de prostaglandines a été posé à 21h30 afin d'accélérer l'accouchement par voie basse. Après le diagnostic d'une bradycardie à 23h40, la décision de réaliser une césarienne a été prise à 23h52. L'enfant, né en état de mort apparente le 29 janvier 2006 à 00h03, a pu être réanimée mais a conservé de lourdes séquelles du fait de l'encéphalopathie anoxo-ischémique dont elle a souffert.

2. Estimant que sa prise en charge par l'AP-HP avait été défaillante, Mme G a saisi, le 29 novembre 2010, la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux (CCI) d'Ile-de-France aux fins d'indemnisation. La CCI d'Ile-de-France a diligenté une expertise. Les experts ont déposé leur rapport le 14 juin 2011 qui concluait notamment à plusieurs fautes médicales consistant d'une part, en une prise en charge insuffisante de Mme G, alors même qu'un RCIU avait été détecté et dont la gravité avait été confirmée par une échographie réalisée le 24 janvier 2006, d'autre part, en l'application d'un gel à base de prostaglandines lors du début du travail, alors que cette application était contre-indiquée dans le cas de Mme G, et enfin, au recours tardif à l'accouchement par césarienne, alors qu'il était manifeste, depuis plusieurs semaines, qu'un accouchement par voie basse présentait des risques graves. Par un premier avis en date du 18 octobre 2011, la CCI d'Ile-de-France s'est estimée insuffisamment éclairée sur le moment exact de constitution des troubles neurologiques dont souffrait l'enfant et sur la nécessité de faire réaliser une césarienne. Elle a ordonné une contre-expertise, dont les résultats rendus le 10 avril 2012 concluaient à l'absence de toute faute. La CCI d'Ile-de-France a alors rejeté la demande de Mme G au motif que les préjudices subis par son enfant étaient exclusivement imputables à l'état antérieur de cette dernière. Saisi le 4 mars 2020, le tribunal administratif de Paris a sursis à statuer et ordonné une nouvelle expertise médicale, dont le rapport a été enregistré le 2 mai 2023. Par la présente requête, Mme G ainsi que M. et Mme H demandent au tribunal de condamner l'AP-HP à les indemniser des préjudices subis et à ordonner une expertise complémentaire pour déterminer les préjudices qui n'ont pas pu être évalués.

Sur les fautes médicales invoquées :

3. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () / II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire () ".

4. En premier lieu, Mme G soutient que le suivi de sa grossesse a été défaillant et que, compte tenu du RCIU présenté par son enfant, l'accouchement aurait dû être déclenché au 8ème mois ou, à défaut, le 24 janvier 2006 lorsque la gravité du RCIU de son enfant a été confirmée par observation échographique. Toutefois, d'une part, il est constant que la requérante a fait l'objet d'un suivi renforcé au sein d'une maternité spécialisée dans le cadre d'une surveillance ambulatoire, dont il ne résulte pas de l'instruction qu'elle n'aurait pas été conforme aux données acquises de la science. D'autre part, il résulte de l'instruction qu'il n'existait pas de consensus médical en faveur d'un déclenchement artificiel du travail ou de la réalisation d'une césarienne, en cas de RCIU attribuable à une insuffisance vasculaire utero placentaire. Dans ces conditions, il ne peut être considéré que l'AP-HP aurait commis une faute dans le suivi de Mme G.

5. En deuxième lieu, Mme G soutient que l'application d'un gel à base de prostaglandines au début du travail était contre-indiquée et que, dès la rupture de la poche des eaux le 28 janvier 2006 à 21 heures, qui faisait apparaître un liquide amniotique teinté et méconial, une césarienne aurait dû être pratiquée. Toutefois, d'une part, il résulte de l'instruction qu'en dehors des situations identifiées à très haut risque, ce qui n'était pas le cas en l'espèce, l'utilisation des prostaglandines n'était pas, à la date des faits litigieux, écartée par les recommandations du Collège national des gynécologues et obstétriciens français. D'autre part, si la présence d'un RCIU et de méconium dans le liquide amniotique justifiait une surveillance continue du rythme cardiaque fœtal, qui a été mise en place, il ne résulte pas de l'instruction que les données acquises de la science commandaient un recours immédiat à une césarienne. Enfin, il résulte de l'instruction qu'après que la bradycardie de l'enfant a été diagnostiquée à 23h40, aucun retard fautif ne peut être imputé à l'équipe médicale qui a pratiqué la césarienne à 23h55.

Sur l'utilité d'une nouvelle expertise :

6. Le prononcé d'une mesure d'expertise est subordonné au caractère utile de cette mesure. Il appartient au juge, saisi d'une demande d'expertise susceptible de conduire à une action en responsabilité du fait des conséquences dommageables d'un acte médical, d'apprécier son utilité au vu des pièces du dossier, notamment des expertises déjà réalisées, et au regard des motifs de droit et de fait qui justifient, selon la demande, la mesure sollicitée. La seule circonstance qu'une expertise ait déjà été réalisée, comme en l'espèce, ne dispense pas le juge d'apprécier l'utilité d'une nouvelle expertise demandée.

En ce qui concerne la responsabilité de l'AP-HP au titre d'un défaut d'information :

7. Aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique, dans sa version alors en vigueur : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () ". Il résulte des dispositions précitées que doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui, soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence.

8. En cas de manquement à cette obligation d'information, si l'acte de diagnostic ou de soin entraîne pour le patient, y compris s'il a été réalisé conformément aux règles de l'art, un dommage en lien avec la réalisation du risque qui n'a pas été porté à sa connaissance, la faute commise en ne procédant pas à cette information engage la responsabilité de l'établissement de santé à son égard, pour sa perte de chance de se soustraire à ce risque en renonçant à l'opération. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction, compte tenu de ce qu'était l'état de santé du patient et son évolution prévisible en l'absence de réalisation de l'acte, des alternatives thérapeutiques qui pouvaient lui être proposées ainsi que de tous autres éléments de nature à révéler le choix qu'il aurait fait, qu'informé de la nature et de l'importance de ce risque, il aurait consenti à l'acte en question.

9. La circonstance que l'accouchement par voie basse constitue un événement naturel et non un acte médical ne dispense pas les médecins de l'obligation de porter, le cas échéant, à la connaissance de la femme enceinte les risques qu'il est susceptible de présenter eu égard notamment à son état de santé, à celui du fœtus ou à ses antécédents médicaux, et les moyens de les prévenir. En particulier, en présence d'une pathologie de la mère ou de l'enfant à naître ou d'antécédents médicaux entraînant un risque connu en cas d'accouchement par voie basse, l'intéressée doit être informée de ce risque ainsi que de la possibilité de procéder à une césarienne et des risques inhérents à une telle intervention. De la même manière, en présence d'une pathologie de la mère ou de l'enfant à naître ou d'antécédents médicaux entraînant un risque connu en cas d'accouchement à terme, l'intéressée doit être informée de ce risque ainsi que de la possibilité de déclencher la naissance avant le terme et des risques inhérents à une telle intervention.

10. Si le premier rapport d'expertise, en date du 14 janvier 2011, conclut que Mme G n'a pas été informée des risques pour son enfant de la poursuite de la grossesse et d'un accouchement par voie basse, le second rapport, daté du 10 avril 2012, relève que la patiente a reçu des informations sur le diagnostic posé sur son enfant et sur la nécessité d'une prise en charge renforcée pour la fin de la grossesse, sans se prononcer de manière non ambiguë sur l'existence d'une information relative aux risques pour l'enfant à naître et aux différentes solutions possibles. Enfin, conformément aux termes du jugement avant dire droit du 25 janvier 2022, le troisième expert, s'il a rapporté les propos tenus par le dr E, n'a pas expressément formalisé son avis sur ce point. L'état de l'instruction ne permet donc pas au tribunal de déterminer si Mme G a été informée dans les conditions précisées aux points 7 à 9 du présent jugement.

11. Par suite, il y a lieu d'ordonner un complément d'expertise aux fins d'apporter tous éléments utiles pour déterminer si l'AP-HP a satisfait à son obligation d'information prévue par l'article L. 1111-2 du code de la santé publique et, le cas échéant, les conséquences qu'a pu avoir ce défaut d'information.

En ce qui concerne les dépenses de santé à l'étranger :

12. Il résulte de l'instruction que Mme G a engagé plusieurs dépenses de santé à l'étranger, notamment en Israël, du 23 juin au 2 juillet 2008, du 3 novembre au 27 novembre 2008, et du 1er juin au 30 juin 2009, et aux Etats-Unis, les 26 et 27 juin 2014. En l'état de l'instruction, l'utilité de ces soins, facturés en dollars et dont le remboursement de certains a été refusé par le Centre national de remboursement des soins à l'étranger, n'est pas démontrée. Par suite, il y a lieu d'ordonner un complément d'expertise aux fins de l'apprécier.

En ce qui concerne l'évaluation des préjudices avant et après consolidation :

13. Il résulte de l'instruction, que Mme F G, majeure à compter du 28 janvier 2024, doit faire l'objet d'un nouvel examen médical aux fins de constater la consolidation de son état de santé et l'étendue de ses préjudices permanents. Par suite, il y a lieu d'ordonner un complément d'expertise aux fins d'évaluer les préjudices subis par les requérants et par Mme F G après la consolidation de l'état de santé de cette dernière.

14. Il résulte de tout ce qui précède, qu'en l'état de l'instruction, si la responsabilité pour faute médicale de l'AP-HP ne peut être recherchée, le tribunal n'est, en revanche, pas en mesure de déterminer si Mme G a été victime d'un défaut fautif d'information et, le cas échéant, de fixer l'étendue des préjudices subis, eu égard à ce qui a été dit aux points 11 et 12. Il y a lieu, par suite, d'ordonner avant-dire droit un complément d'expertise sur ces différents éléments.

D E C I D E :

Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête de Mme G et des époux H, procédé à un complément d'expertise médicale par un expert, ou un collège d'experts, désigné par le président du tribunal administratif.

Article 2 : L'expert ou le collège d'experts aura pour mission :

1° de se faire communiquer tous documents relatifs au suivi de l'état de santé de Mme G, notamment, tous éléments relatifs à l'information dont Mme G a bénéficié dans le cadre du suivi de sa grossesse par l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris ; de convoquer et entendre les parties et tous sachants ;

2° de dire si Mme G a été informée :

a) des risques soit présentant une fréquence statistique significative, soit revêtant le caractère de risques graves normalement prévisibles pour l'enfant à naître d'un retard de croissance intra-utérin ;

b) de la possibilité et des risques de procéder à un accouchement avant le terme, le cas échéant par césarienne ;

3° d'indiquer de manière synthétique, d'une part, les risques associés à la poursuite jusqu'à son terme de la grossesse de Mme G, et d'autre part, les risques associés à un accouchement avant-terme ou au recours à une césarienne dans le cas précis de cette patiente et de donner toutes les indications utiles permettant de déterminer, le cas échéant, quelle aurait été la probabilité que Mme G ne poursuive pas sa grossesse jusqu'à son terme ou ne demande pas à bénéficier d'une césarienne dès le début du travail si elle avait été informée des risques associés et de ces alternatives ;

4° de donner toutes les précisions utiles sur la possibilité que l'enfant F ait présenté des troubles similaires à ceux dont elle souffre actuellement si 1/ un accouchement avait été programmé au début du 8ème mois de grossesse 2/ si un accouchement avait été programmé dans les suites immédiates de l'échographie du 24 janvier 2006 3/ si une césarienne avait été pratiquée dans les suites immédiates de l'admission à la maternité de Mme G le 28 janvier 2006.

5° de dire lesquels des frais exposés à l'étranger par Mme G pour soigner sa fille F étaient en lien avec l'accident en litige et s'ils étaient utiles à sa prise en charge ;

6° donner toute information utile pour compléter l'évaluation des préjudices de Mme C G, des époux H, ainsi que de Mme F G, après consolidation de l'état de santé de cette dernière :

a) dire si l'état de Mme F G est consolidé ou s'il est encore susceptible d'amélioration ou de dégradation ; proposer, si possible, une date de consolidation de l'état de l'intéressée en fixant notamment la période d'incapacité temporaire et le taux de celle-ci, ainsi que le taux d'incapacité permanente partielle ;

b) donner, le cas échéant, son avis sur les dépenses de santé rendues nécessaires par l'état de Mme F G, après consolidation, en lien avec les faits en litige ;

c) indiquer si et dans quelle mesure l'assistance, constante ou occasionnelle, d'une tierce personne sera nécessaire à Mme F G, après consolidation, en raison du dommage litigieux, pour sa prise en charge au quotidien ; quantifier le volume horaire, la fréquence et le type d'aide nécessaire (médicalisée / non médicalisée), et dire jusqu'à quelle échéance cette aide éventuelle est requise ; préciser les autres frais liés au handicap dont la nécessité résulterait du dommage ;

d) déterminer l'étendue de l'incidence professionnelle, après consolidation de son état de santé, pour Mme F G ;

e) décrire et évaluer les souffrances physiques, psychiques ou morales permanentes subies par Mme F G, en lien avec les faits en litige ;

f) évaluer le préjudice esthétique, le préjudice d'agrément et le préjudice sexuel permanents de Mme F G ;

g) évaluer, le cas échéant, les préjudices de Mme C G et des époux H, après consolidation de l'état de santé de leur fille et petite fille.

Article 3 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il pourra s'adjoindre le concours d'un ou plusieurs sapiteurs, s'il lui apparaît nécessaire d'être éclairé sur un point particulier en application de l'article R. 621-2 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expert pourra établir un pré-rapport adressé aux parties en vue de recueillir leurs éventuelles observations. L'expert déposera son rapport au greffe du tribunal en deux exemplaires et en notifiera copie aux parties dans le délai fixé par le président du tribunal dans sa décision le désignant.

Article 5 : Les frais d'expertise sont réservés pour y être statué en fin d'instance.

Article 6 : Tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement, sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme C G, à M. et Mme H, à la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine, à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris et à l'Office national des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Weidenfeld, présidente,

Mme Lambert, première conseillère,

M. Théoleyre, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

La rapporteure,

F. Lambert

La présidente,

K. Weidenfeld

La greffière,

K. Bak-Piot

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2004529/6-

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