vendredi 8 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2009818 |
| Type | Décision |
| Formation | 4e Section - 3e Chambre - R.222-13 |
| Avocat requérant | KIWALLO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 juillet 2020, Mme B, représentée par Me Kiwallo, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris a refusé de faire droit à sa demande d'indemnisation ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser une indemnité de 26 000 euros, augmentée des intérêts au taux légal, en réparation des préjudices résultant de son absence de relogement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- la responsabilité de l'Etat est engagée sur le fondement de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation dès lors qu'elle n'a reçu aucune offre de relogement alors qu'elle a été reconnue prioritaire par une décision de la commission de médiation ;
- elle subit des troubles dans ses conditions d'existence et un préjudice moral du fait de la carence fautive de l'Etat à la reloger.
Par un courrier, enregistré le 17 novembre 2023, le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris a informé le tribunal que Mme B a été relogée le 6 octobre 2020.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 décembre 2019.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. La décision contestée a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de Mme B qui, en formulant les conclusions à fin d'annulation, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressée à percevoir les sommes qu'elle réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux, sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la décision contestée doivent être rejetées.
2. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une décision d'une commission de médiation en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à compter de l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que les dispositions de l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartissent au préfet pour provoquer une offre de logement. La circonstance que l'absence de relogement a contraint le demandeur à supporter un loyer manifestement disproportionné au regard de ses ressources, si elle ne peut donner lieu à l'indemnisation d'un préjudice pécuniaire égal à la différence entre le montant du loyer qu'il a payé durant cette période et celui qu'il aurait acquitté si un logement social lui avait été attribué, doit, si elle est établie, être prise en compte pour évaluer le préjudice résultant des troubles dans les conditions d'existence.
3. Mme B, qui a présenté une demande de logement social sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, a été reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence par une décision du 5 décembre 2014 de la commission de médiation du département de Paris au motif qu'elle allait être dépourvu de logement et hébergée chez un particulier. En outre, par un jugement du 23 mai 2016, le tribunal administratif de Paris a enjoint au préfet de la région d'Ile-de-France, préfet de Paris, d'assurer son relogement sous astreinte de 300 euros par mois de retard à compter du 1er août 2016. Le préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris n'a pas proposé à Mme B un relogement dans le délai de six mois imparti par le code de la construction et de l'habitation à compter de l'édiction de la décision de la commission de médiation, ni à compter de la date de notification du jugement du 23 mai 2016. Cette carence est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat à compter du 5 juin 2015 à l'égard de Mme B.
4. Mme B a été relogée le 6 octobre 2020 dans un logement correspondant à ses besoins et ses capacités. Par suite, la responsabilité de l'Etat a pris fin à cette date.
5. Il résulte de l'instruction que jusqu'au 6 octobre 2020, date du relogement de Mme B par l'Etat, cette dernière a été privée de tout logement et elle déclare, sans être contredite, avoir été contrainte de louer deux boxes pour ranger ses affaires et celles de son fils. Si cette circonstance ne peut donner lieu à indemnisation elle atteste de l'étendue des troubles dans ses conditions d'existence subis du fait de la carence fautive de l'Etat à le reloger. Compte tenu de ces conditions de logement, qui ont perduré jusqu'au relogement du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer de Mme B, les troubles de toute nature subis par elle dans ses conditions d'existence, y compris son préjudice moral, justifient la condamnation de l'Etat à lui verser une indemnité de
9 000 euros, tous intérêts compris à la date de lecture du présent jugement.
6. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Kiwallo, avocat de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Kiwallo de la somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme B une indemnité de 9 000 (neuf mille) euros, tous intérêts compris à la date de lecture du présent jugement.
Article 2 : L'Etat versera à Me Kiwallo, avocat de Mme B une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Kiwallo renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à Me Kiwallo.
Copie en sera adressée au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2023.
Le magistrat désigné,
J-F. A La greffière,
L. CLOMBE
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/4-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2427371
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la requête de M. A... dirigée contre la décision du 16 mai 2024 par laquelle la commission de médiation de Paris a déclaré sans objet sa demande de reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de son logement social. Le tribunal a relevé que M. A... avait déjà obtenu cette reconnaissance par une décision du 25 novembre 2020, et que la décision attaquée ne remettait pas en cause ce bénéfice. En l'absence d'élément nouveau, la requête a été jugée irrecevable pour défaut d'intérêt à agir, sur le fondement des dispositions du code de la construction et de l'habitation.
09/12/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2430512
Le Tribunal Administratif de Paris a été saisi par M. A... et Mme C... d’un recours en excès de pouvoir contre la décision du 4 avril 2024 par laquelle la commission de médiation du département de Paris a refusé de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de leur demande de logement social, au motif que l’insalubrité et l’indécence du logement n’étaient pas démontrées par des pièces administratives. Le tribunal a rejeté la fin de non-recevoir soulevée par le préfet, la décision attaquée ayant bien été produite. Sur le fond, il a annulé la décision de la commission, estimant que celle-ci avait commis une erreur de droit en exigeant la production d’un rapport d’autorité administrative pour établir l’insalubrité, alors que d’autres éléments pouvaient être pris en compte, et qu’elle avait également omis de statuer sur le moyen tiré de la suroccupation du logement. La solution retenue est fondée sur les dispositions du II de l’article L. 441-2-3 du code de la construction et de l’habitation.
09/12/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2433968
Le Tribunal Administratif de Paris, statuant en formation de juge unique, a annulé la décision du 12 décembre 2024 par laquelle la commission de médiation du département de Paris avait refusé de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de la demande de logement social de M. B.... Le tribunal a jugé que la commission avait commis une erreur d'appréciation en estimant que la situation de M. B..., hébergé à l'hôtel et dépourvu de logement, ne présentait pas un caractère d'urgence. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation.
09/12/2025