mercredi 4 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2015273 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET GIBSON, DUNN & CRUTCHER (LLP) |
Vu les procédures suivantes :
I - Par une requête n° 2015273/1-3 et un mémoire, enregistrés le 21 septembre 2020 et le 20 mai 2021, la société Obélisque Immobilier, représentée par Me Delaurière, demande au tribunal :
1°) de prononcer la restitution, en droits, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis en recouvrement le 31 juillet 2018 ainsi que des intérêts et pénalités correspondants ;
2°) de prononcer, à titre subsidiaire, la restitution des pénalités d'un montant de 217 821 euros auxquelles elle a été assujettie ;
3°) de mettre les entiers dépens à la charge de l'Etat.
Elle soutient que :
-elle démontre la matérialité et l'utilité des prestations de services réalisées par la société Advisers et Consulting ;
-l'administration n'avait pas remis en cause la déduction des honoraires versés à la société Advisers et Consulting lors d'un précédent contrôle ;
-le versement d'un honoraire exceptionnel de 200 000 euros à la société AAM était justifié par la réalisation d'une mission spécifique dans le cadre d'une opération menée par la société Foncière Vélizy Rose ;
-le redressement en litige est à l'origine d'une quadruple imposition de la commission ;
-les honoraires d'asset management rétrocédés à des tiers sont justifiés par les factures produites et l'administration n'a pas démontré que ces charges n'auraient pas été engagées dans son intérêt ;
-le versement de commissions aux sociétés Liberty Real Estate et SIIFFA est justifié au regard de l'avantage que lui a procuré la signature des contrats d'asset management et elle était fondée à déduire la taxe sur la valeur ajoutée correspondante ;
-elle était en droit de déduire la taxe sur la valeur ajoutée correspondant à la commission versée à la société AAM dès lors qu'elle démontre la réalité des services que lui a fournis cette société ;
-les pénalités pour manquement délibéré n'étaient pas dues dès lors que des dépenses litigieuses ont été engagées dans son intérêt.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 avril et 16 juin 2021, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
II - Par une requête n° 2015274/1-3, enregistrée le 21 septembre 2020, la société Obélisque Immobilier, représentée par Me Delaurière, demande au tribunal :
1°) de prononcer le remboursement de la retenue à la source de 89 341 euros, de la majoration de 8 934 euros et des intérêts de 11 336 euros mis à sa charge au titre des années 2014 et 2015, assortis des intérêts moratoires ;
2°) de mettre les entiers dépens à la charge de l'Etat.
Elle soutient que c'est à tort que l'administration a regardé les commissions versées aux investisseurs avec lesquels elle a signé des accords tripartites comme des avantages occultes au sens du c de l'article 111 du code général des impôts dès lors que la signature des contrats d'asset management lui a procuré un avantage certain.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2021, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
-le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
-le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme Dousset,
-et les conclusions de M. Guiader, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société Obélisque Immobilier, qui exerce une activité de gestion d'actifs immobiliers lui appartenant ou appartenant à des investisseurs tiers, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015. Par une proposition de rectification du 21 décembre 2017, le service lui a notifié des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, des pénalités, ainsi que la retenue à la source prévue par l'article 119 bis du code général des impôts. La société Obélisque Immobilier demande la décharge, en droits et pénalités, de ces impositions.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2015273/1-3 et 2015274/1-3, présentées pour la société Obélisque Immobilier par Me Delaurière concernent la même société et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur le bien-fondé des impositions :
En ce qui concerne les cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés :
S'agissant des honoraires versés à la société Advisers et Consulting :
3. Aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts dont les dispositions sont applicables à l'impôt sur les sociétés en vertu du I de l'article 209 de ce même code : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature (). / Toutefois les rémunérations ne sont admises en déduction des résultats que dans la mesure où elles correspondent à un travail effectif et ne sont pas excessives eu égard à l'importance du service rendu. Cette disposition s'applique à toutes les rémunérations directes ou indirectes, y compris les indemnités, allocations, avantages en nature et remboursements de frais. ". En vertu de ces dispositions combinées, le bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés est celui qui provient des opérations de toute nature faites par l'entreprise, à l'exception de celles qui, en raison de leur objet ou de leurs modalités, sont étrangères à une gestion normale. Constitue un acte anormal de gestion l'acte par lequel une entreprise décide de s'appauvrir à des fins étrangères à son intérêt. Il appartient, en règle générale, à l'administration, qui n'a pas à se prononcer sur l'opportunité des choix de gestion opérés par une entreprise, d'établir les faits sur lesquels elle se fonde pour invoquer ce caractère anormal. Toutefois, elle est réputée apporter cette preuve dès lors que l'entreprise n'est pas en mesure de justifier qu'elle a bénéficié en retour de contreparties.
4. La société a déduit de son résultat des prestations facturées par la société de droit luxembourgeois, Advisers et Consulting, pour des montants de 600 000 euros en 2014 et de 420 000 euros en 2015 en application d'un protocole d'accord d'assistance en matière d'asset management signé entre les deux sociétés le 4 janvier 2010 et concernant les sociétés, principalement des sociétés civiles immobilières, dans lesquelles la requérante détient des participations, soit 14 sociétés en 2014 et 9 sociétés en 2015. Ce protocole prévoit que la société Advisers et Consulting est chargée notamment d'assister la requérante dans la connaissance des intervenants, opération par opération, de la conseiller vis-à-vis des contrats de bail en cours, de lui donner des avis sur les opportunités d'investissements qui se présenteront, en particulier sur la valeur des biens en question, et de proposer un plan de valorisation de l'actif et d'évaluer le prix à arbitrer lors de cession des actifs sous-jacents détenus indirectement par la société Obélisque Immobilier. A l'issue des opérations de contrôle, l'administration a estimé que la réalité des prestations facturées par la société Advisers et Consulting n'était pas démontrée et que les charges correspondantes, qui résultaient d'un acte anormal de gestion, ne pouvaient être admises en déduction du bénéfice imposable. Elle souligne, en particulier, que la société Advisers et Consulting ne disposait comme seul moyen humain que de ses deux co-gérants dont l'un, M. B C est domicilié en Suisse et l'autre, M. A D, est domicilié au Luxembourg et est gérant d'une multitudes de sociétés luxembourgeoises liées à la société Everock, société mère de la société Obélisque Immobilier, et d'aucun salarié, qu'elle était domiciliée jusqu'en 2017 dans les locaux où sont domiciliées toutes les structures luxembourgeoises liées à la société Obélisque Immobilier et qu'elle ne disposait donc pas des moyens humains et matériels pour réaliser les prestations en cause. En outre, l'administration relève que les pièces fournies par la société lors des opérations de contrôle ne suffisent pas à démontrer la réalité des prestations facturées. Pour établir la réalité et l'apport du travail réalisé par la société Advisers et Consulting, la société Obélisque Immobilier produit à l'instance des rapports d'une page pour chacun des 4 trimestres des années 2014 et 2015 comportant pour chacune des SCI quelques lignes de commentaires, ainsi que des rapports pour les deuxièmes trimestres 2014 et 2015 concernant la SCI Antibes et pour le quatrième trimestre 2015 pour la SCI Foncière Balanvilliers et la SCI Ivry Gunsbourg. Elle produit également des notes sur certains dossiers. Toutefois rien ne permet d'établir que ces notes auraient effectivement été rédigées par la société Advisers et Consulting dès lors que l'auteur de ces notes, qui ne comportent ni en-tête, ni signature, n'est pas identifiable. Enfin, si la société Obélisque Immobilier verse au dossier des relevés de temps passé pour chacune des sociétés pour chaque trimestre, ce seul document non accompagné de pièces justificatives complémentaires est dépourvu de valeur probante. Ainsi, les pièces produites ne sauraient à elles seules justifier le paiement d'honoraires de 150 000 euros par trimestre en 2014 et de 105 000 euros par trimestre en 2015.
5. Enfin, l'administration a relevé que, même si les deux sociétés n'avaient aucun lien capitalistique, les acteurs en présence avaient des intérêts étroitement liés. Elle souligne à cet égard que la société Obélisque Immobilier a été créée par M. B C en 1993 qui l'a revendue le 23 avril 2018 à la société Everock, filiale à 100 % de la société d'assurance suisse Swiss Life, et qu'elle a eu pour gérant M. E C, frère de M. B C, jusqu'en 2015, puis M. A D, ainsi qu'il a été dit gérant d'une multitude de sociétés luxembourgeoises liées à la société Obélisque Immobilier, et depuis le 25 mai 2016, Mme F G, sœur de M. B C. L'administration relève, en outre, que la société Advisers et Consulting, créée par M. B C lorsqu'il a vendu la société Obélisque Immobilier au motif que, fort de sa connaissance de l'activité de la société qu'il a créée et développée et du portefeuille de cette dernière, il pourrait ainsi continuer à assister les gérants de la requérante, était détenue à 100 % par M. B C et qu'elle avait pour gérants M. A D et M. B C. Enfin, le service a constaté qu'il existait toujours dans la comptabilité de la société Obélisque Immobilier un compte 467 - débiteur divers - utilisé principalement comme compte bancaire pour M. B C et sur lequel ont été comptabilisées des écritures correspondant à ses dépenses personnelles, et que l'intéressé n'était donc pas considéré au sein de la société comme un simple prestataire de services externes.
6. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments l'administration fiscale, qui n'avait pas à rechercher si le tarif appliqué était comparable à celui du marché, était fondée à estimer que la convention du 4 janvier 2010 avait, en réalité, pour objectif de permettre à M. B C d'opérer des prélèvements de trésorerie sous couvert de la facturation de prestations justifiée par le contrat, et que les charges comptabilisées au titre des prestations réalisées par ce dernier devaient être regardées comme constituant un acte anormal de gestion.
7. Si la société Obélisque Immobilier se prévaut, à titre subsidiaire, de la circonstance que l'administration n'avait procédé à aucune rectification en ce qui concerne les prestations facturées par la société Advisers et Consulting à l'occasion d'un contrôle portant sur les exercices clos en 2010 et 2011, l'absence de redressement lors d'un précédent contrôle ne constitue pas une prise de position formelle de l'administration sur une situation de fait au regard d'un texte fiscal, que le contribuable pourrait opposer à l'administration sur le fondement de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales.
S'agissant des honoraires exceptionnels versés à la société Arizona Asset Management :
8. La société Obélisque Immobilier a versé, au cours de l'exercice 2015, à la société Arizona Asset Management (AAM), à qui elle sous-traite une partie de ses missions d'asset management exercée au profit de tiers, des honoraires exceptionnels d'un montant de 200 000 euros pour une prestation de " conseil et stratégie de valorisation de Vélizy Rose (revente, crédit-bail, restructuration financière préalable) ". La requérante soutient que la société AAM l'a assistée dans l'opération de refinancement menée par la société Foncière Vélizy Rose (FVR), avec laquelle elle a conclu le 10 janvier 2012 un contrat d'asset management concernant l'ensemble immobilier dont cette dernière était propriétaire à Vélizy, et qui a consisté à céder cet ensemble à un pool bancaire et à prendre ce bien en crédit-bail et qu'elle lui a rétrocédé une partie de cette commission. Toutefois, l'administration a estimé que cette rétrocession d'honoraires constituait un acte anormal de gestion. Elle a, en particulier, relevé que la société Obélisque Immobilier n'avait produit aucun document permettant de démontrer que la société AAM aurait exercé des missions pour son compte lors de cette opération en sa qualité de sous-traitante, ni même qu'elle-même aurait réalisé des prestations à cette occasion comme elle le soutient, d'autant que la société FVR a intégralement confié l'opération à des tiers, trois cabinets d'avocats, un notaire et un conseil spécialisé " en négociation et vente portant sur des immeubles, analyse en ingénierie financière, financement immobilier et gestion d'actif ", la société NFU, et qu'elle s'est acquittée à ce titre d'un montant total d'honoraires de 834 265 euros. En outre, le service a relevé que la société NFU avait rétrocédé 50 % de ses honoraires à AAM qui l'a assistée, et qu'ainsi cette dernière avait déjà été rémunérée pour les prestations réalisées dans le cadre de l'opération. En outre, le service a constaté que la facture produite par la requérante avait été émise le 30 décembre 2015, soit près de dix-neuf mois après le bouclage de l'opération, qui est intervenu en mai 2014, et qu'aucune facture n'avait été émise en 2013 ou 2014. Enfin, l'administration souligne que l'usage professionnel n'est pas de verser des commissions dans le cadre d'une opération de refinancement et qu'au surplus le montant de la rémunération versée par les investisseurs aux gestionnaires d'actif est en général calculé sur le prix de vente négocié et non sur la valeur d'entrée du bien comme en l'espèce. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments et alors que la société Obélisque Immobilier ne produit aucun élément probant de nature à démontrer la réalité de la prestation en litige, c'est à bon droit que l'administration, qui a estimé que la commission avait en réalité permis à la requérante d'opérer un prélèvement de trésorerie sans contrainte, a regardé le versement en cause comme un acte anormal de gestion et a réintégré la somme de 200 000 euros aux résultats de la société Obélisque Immobilier.
9. La société Obélisque Immobilier soutient, à titre subsidiaire, que compte tenu du redressement en litige, la somme de 200 000 euros fait l'objet d'une quadruple imposition dès lors qu'elle a déclaré dans ses résultats imposables la somme de 720 000 euros qui lui a été versée par FVR et dont faisait partie la commission de 200 000 euros, que le rejet de la déductibilité de la somme de 200 000 euros reviendrait à la taxer une deuxième fois entre ses mains, que le service a remis en cause la déduction par la société FVR de la somme de 720 000 euros qu'elle lui versée et l'a réintégrée à son résultat, et que AAM a été imposée sur la commission de 200 000 euros. Toutefois, d'une part, l'administration s'est bornée à réintégrer une charge de 200 000 euros déduite à tort par la société requérante de son bénéfice imposable, qui donc n'avait pas été taxée une première fois entre ses mains. D'autre part, la requérante ne peut utilement se prévaloir des impositions mises à la charge d'autres contribuables, qui ne sauraient révéler une double taxation entre de mêmes mains et sont sans incidence sur le bien-fondé des redressements en litige.
S'agissant des honoraires d'asset management rétrocédés à des tiers :
10. Il résulte de l'instruction que la société Dewnos, société sœur de la requérante, est associée minoritaire dans plusieurs structures françaises ou luxembourgeoises détenant directement ou indirectement des actifs immobiliers et qu'elle a pu acquérir ces participations, pour la plupart minoritaires, grâce à des investisseurs tiers, principalement des sociétés américaines. Il est constant que la société Obélisque Immobilier a conclu des contrats d'asset management avec certaines de ces structures. Il est également constant qu'en vertu de pactes tripartites signés par la requérante, la société Dewnos et chaque investisseur, la société Obélisque Immobilier doit rétrocéder audit investisseur environ 10 % des honoraires d'asset management et des commissions obtenus lors de l'acquisition, des opérations de gestion d'actif ou lors de la cession d'un ensemble immobilier. Pendant la période vérifiée, six contrats de ce type étaient en cours. Malgré la présentation par la société requérante des factures émises par les investisseurs, l'administration a réintégré les sommes correspondantes, soit 146 548,22 euros en 2014 et 154 667,53 euros en 2015. L'administration a estimé, en effet, qu'alors que les factures mentionnaient toutes des honoraires d'asset management, aucune prestation de service n'avait été rendue par lesdits investisseurs à la requérante et qu'ainsi que le prévoyait les pactes, les sommes en cause avaient uniquement pour objet de rémunérer les investisseurs pour leur participation aux investissements en cause.
11. La société soutient que ces rétrocessions sont, en réalité, assimilables à une rémunération d'apporteur d'affaires dès lors que la signature des contrats d'asset management lui a permis de générer des bénéfices importants. Toutefois, comme le fait valoir l'administration, les investisseurs ne font qu'apporter des fonds et non des affaires, ils ne sont pas actionnaires des sociétés et n'ont aucun pouvoir décisionnaire. En outre, ils n'ont aucune influence sur la désignation de la société Obélisque Immobilier comme asset manager. Au surplus, ainsi qu'il a été dit, les conventions tripartites n'évoquent pas une commission d'apporteur d'affaires mais indiquent que la rétrocession opérée par la requérante constitue une rémunération des investisseurs pour leur participation. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, l'administration a pu, sans s'immiscer dans la gestion de la société, estimer que dès lors qu'aucun service n'était rendu par les bénéficiaires des versements en litige, ces versements constituaient des désinvestissements opérés en contravention avec les règles encadrant les distributions.
12. Enfin, si la proposition de rectification incluait à tort, dans la liste des honoraires rétrocédés dont la déduction a été remise en cause par le service, des montants de 18 102 euros et 21 407 euros correspondant à des honoraires versées à AAM, il est constant que l'administration a retiré ces sommes de ladite liste dans la réponse aux observations du contribuable et qu'elle en a admis la déductibilité.
En ce qui concerne la taxe sur la valeur ajoutée correspondant aux honoraires versés aux sociétés Liberty Real Estate, SIIFA et AAM :
13. En vertu des dispositions combinées des articles 271, 272 et 283 du code général des impôts et de l'article 230 de l'annexe II à ce code, un contribuable n'est pas en droit de déduire de la taxe sur la valeur ajoutée dont il est redevable à raison de ses propres opérations la taxe mentionnée sur une facture établie à son nom par une personne qui ne lui a fourni aucun bien ou aucune prestation de services. Dans le cas où l'auteur de la facture était régulièrement inscrit au registre du commerce et des sociétés et assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée, il appartient à l'administration, si elle entend refuser à celui qui a reçu la facture le droit de déduire la taxe qui y était mentionnée, d'établir qu'il s'agit d'une facture fictive ou d'une facture de complaisance. Si l'administration apporte des éléments suffisants permettant de penser que la facture ne correspond pas à une opération réelle, il appartient alors au contribuable d'apporter toutes justifications utiles sur la réalité de cette opération.
14. La société Obélisque Immobilier a déduit la taxe sur la valeur ajoutée mentionnée sur les factures émises par les sociétés Liberty Real Estate et SIIFA, investisseurs tiers, dans le cadre des contrats tripartites passés avec la société Dewnos Investment. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, l'administration était fondée à rappeler la taxe sur la valeur ajoutée correspondante dès lors que la réalité des prestations mentionnées sur ces factures n'était pas démontrée. Elle était également fondée à refuser la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée mentionnée sur la facture émise par la société AAM concernant la commission de 200 000 euros versée par la requérante dans le cadre du projet mené pour la société FVR, dès lors que, pour les motifs rappelés au point 8, la réalité des prestations mentionnées sur cette facture n'était pas établie. Dans ces conditions, la société Obélisque Immobilier n'est pas fondée à demander la décharge des rappels litigieux.
Sur la retenue à la source :
15. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes () ". Aux termes de l'article 119 bis du même code : " 2. Les produits visés aux articles 108 à 117 bis donnent lieu à l'application d'une retenue à la source dont le taux est fixé par l'article 187 lorsqu'ils bénéficient à des personnes qui n'ont pas leur domicile fiscal ou leur siège en France " et aux termes de l'article 187 dudit code : " 1. Sous réserve des dispositions du 2, le taux de la retenue à la source prévue à l'article 119 bis est fixé à : / 1° Pour les bénéficiaires personnes morales ou organismes, quelle que soit leur forme : / - 17 % pour les intérêts des obligations négociables ; toutefois ce taux est fixé à 15 % pour les revenus visés au 1° de l'article 118 et afférents à des valeurs émises à compter du 1er janvier 1965 ainsi que pour les lots et primes de remboursement visés au 2° de l'article 118 et afférents à des valeurs émises à compter du 1er janvier 1986 ; () - 30 % pour tous les autres revenus. () ". L'octroi d'un avantage sans contrepartie doit être requalifié de libéralité représentant un avantage occulte constitutif d'une distribution de bénéfices, alors même que l'opération est portée en comptabilité et y est assortie de toutes les justifications concernant son objet apparent et l'identité du destinataire, dès lors que cette comptabilisation ne révèle pas, par elle-même, la libéralité en cause.
16. Ainsi qu'il a été dit, c'est à bon droit que l'administration a estimé que les investisseurs tiers ont facturé à la société Obélisque Immobilier des honoraires pour des prestations d'asset management qu'ils n'ont pas réalisées et que les sommes ainsi versées par la requérante visaient, en réalité, à rémunérer les investisseurs pour leur participation financière et constituaient des désinvestissements. L'administration était, par suite, fondée à constater l'existence d'un avantage occulte taxable sur le fondement du c de l'article 111 du code général des impôts et à appliquer la source prévue par l'article 119 bis du même code aux versements en litige.
Sur les pénalités :
17. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ". Il résulte des dispositions de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales et du principe de présomption d'innocence prévu notamment au 2 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que la charge de la preuve du bien-fondé de l'application des majorations pour manquement délibéré repose sur l'administration.
18. Pour justifier l'application des pénalités pour manquement délibéré aux cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée en litige, l'administration fait valoir que la société Obélisque Immobilier a comptabilisé en charges des factures d'honoraires émises par des prestataires en relation d'intérêt avec elle, qu'elle n'a fourni aucun justificatif permettant de démontrer la réalité des prestations facturées et que s'agissant des honoraires versés à la société AAM, qui avait le même gérant qu'elle, la charge enregistrée correspondait à un service rendu par des tiers. Elle souligne également que la société Obélisque Immobilier ne pouvait ignorer que les prétendues prestations revêtaient un caractère fictif et avaient pour but, soit de rémunérer directement M. B C, gérant historique, soit de légitimer le versement effectué au profit d'AAM, dont le gérant est le même que celui de la société requérante, sans qu'il y ait de réelle contrepartie à ces rémunérations. Enfin, l'administration souligne que la société Obélisque Immobilier a rétrocédé une partie de ses honoraires d'asset management afin de rémunérer l'apport de fonds de sociétés tiers cherchant à réaliser des investissements en s'exonérant des règles liées à l'actionnariat. Elle précise que les investisseurs émettaient des factures mentionnant des honoraires d'asset management alors que la société Obélisque Immobilier prétendaient que ces dépenses venaient rémunérer l'apport d'affaires. Enfin, l'administration indique que la société requérante, qui a engagé des dépenses sans contrepartie, ne pouvait ignorer que les prétendues prestations revêtaient un caractère fictif et avaient pour but de rémunérer les investisseurs en contournant les règles liées aux distributions et à l'actionnariat. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme justifiant du caractère délibéré du manquement reproché à la société Obélisque Immobilier et, par suite, du bien-fondé de l'application de la majoration de 40 % prévue au a de l'article 1729 du code général des impôts.
Sur les frais liés au litige :
19. Aucun dépens n'ayant été exposé au cours de l'instance, les conclusions présentées par la société Obélisque Immobilier à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E
Article 1er : Les requêtes de la société Obélisque Immobilier sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Obélisque Immobilier et à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Rohmer, président,
Mme Dousset, première conseillère,
M. Lenoir, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2023.
La rapporteure,
A. DOUSSET
Le président,
B. ROHMER
La greffière,
S. CAILLIEU-HELAIEM
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2015273/1-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2317492
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté les demandes de la SARL 42 Consulting visant à obtenir la restitution du crédit d'impôt recherche pour les années 2019 et 2020. La juridiction a estimé que la société n'avait pas apporté la preuve que les projets litigieux remplissaient les conditions scientifiques et techniques d'éligibilité prévues par l'article 244 quater B du code général des impôts. Elle a également jugé non fondés les griefs relatifs à une irrégularité de la procédure administrative.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2409280
Le Tribunal administratif de Paris a rejeté la demande de décharge d'impôt sur la plus-value immobilière présentée par Mme A... pour l'année 2020. Le litige portait sur l'interprétation de la condition d'exonération prévue au 1° bis du II de l'article 150 U du code général des impôts, concernant la première cession d'un logement autre que la résidence principale. Le tribunal a jugé que le fait que la requérante ait été propriétaire de son ancienne résidence principale dans les quatre années précédant la vente faisait obstacle au bénéfice de l'exonération, et ce, même si ce bien n'était plus son domicile au moment de la cession.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2420874
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour formulée par un ressortissant sénégalais. La juridiction a jugé que le préfet de police avait méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ne tenant pas compte de l'ancienneté de la présence du requérant en France et de son insertion professionnelle continue. Le tribunal a enjoint à l'administration de délivrer un titre de séjour "salarié" dans un délai de trois mois et une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours, et a condamné l'État à verser 1 000 euros au requérant au titre des frais exposés.
01/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2422817
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé la décision implicite de rejet d'une demande de titre de séjour. Le juge a constaté que l'administration n'avait pas répondu à la demande de communication des motifs de son refus implicite, ce qui constitue une illégalité. Cette solution s'appuie sur les articles L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration et R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/04/2026