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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2015428

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2015428

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2015428
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET MERMILLON, RAULT (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 septembre 2020 et 4 mai 2021, le GIE Agrica Gestion , représenté par Me Rault-Brochen, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de retenue à la source ainsi que

de la majoration de 10 % et des intérêts de retard correspondants mis à sa charge au titre des années 2015, 2016 et 2017;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que :

- il doit être fait application des conventions fiscales bilatérales liant la France aux pays de résidence des entreprises dont les prestations font l'objet d'une retenue à la source et non de l'article 182 B du code général des impôts;

- la détermination du régime applicable relève d'une preuve objective et il apporte suffisamment d'éléments pour apporter ladite preuve en faveur de ses prétentions.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 31 mars 2021 et le 8 juin 2021, le directeur régional des finances publiques d'Ile de France et de Paris conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le GIE Agrica Gestion ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention fiscale entre la France et la Tunisie du 28 mai 1973 ;

- la convention fiscale entre la France et le Canada du 2 mai 1975 modifiée ;

- la convention fiscale entre la France et es Etats-Unis du 31 août 1994 modifiée ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Prévot, rapporteure publique,

Considérant ce qui suit :

1. Le GIE Agrica Gestion a versé à des prestataires de services informatiques établis hors de l'Union européenne les sommes de 97 705 euros au titre de l'année 2015, de 74 559 euros au titre de l'année 2016 et de 100 791 euros au titre de l'année 2017. En l'absence d'acquittement de la retenue à la source correspondant aux paiements en cause sur le fondement de l'article 182 B du code général des impôts, il a fait l'objet d'une proposition de rectification le 1er août 2018. Par un avis du 14 décembre 2018, les sommes en cause ont été mises en recouvrement pour un montant total de 106 074 euros, se décomposant en 91 009 euros de droits, 9 101 euros de majoration et 5 964 euros d'intérêts de retard. Par une lettre du 5 février 2019, le GIE Agrica Gestion a déposé une réclamation précontentieuse tendant au dégrèvement de ces sommes. Cette réclamation a été rejetée le 23 juillet 2020. Par la présente requête, le GIE Agrica Gestion demande la décharge des sommes en litige.

2. Aux termes de l'article 182 B du code général des impôts : " I. - Donnent lieu à l'application d'une retenue à la source lorsqu'ils sont payés par un débiteur qui exerce une activité en France à des personnes ou des sociétés, relevant de l'impôt sur le revenu ou de l'impôt sur les sociétés, qui n'ont pas dans ce pays d'installation professionnelle permanente [] c. Les sommes payées en rémunération des prestations de toute nature fournies ou utilisées en France ".

3. Aux termes de l'article 7 de la convention fiscale entre la France et le Canada du 2 mai 1975 modifiée : " 1. Les bénéfices d'une entreprise d'un Etat contractant ne sont imposables que dans cet Etat, àmoins que l'entreprise n'exerce son activité dans l'autre Etat contractant par l'intermédiaire d'unétablissement stable qui y est situé. Si l'entreprise exerce ou a exercé son activité d'une telle façon, les bénéfices de l'entreprise sont imposables dans l'autre Etat mais uniquement dans la mesure oùils sont imputables audit établissement stable.". Aux termes de l'article 7 de la convention fiscale entre la France et les Etats-Unis du 31 août 1994 modifiée : " 1. Les bénéfices d'une entreprise d'un Etat contractant ne sont imposables que dans cet Etat, à moins quel'entreprise n'exerce son activité dans l'autre Etat contractant par l'intermédiaire d'un établissement stable qui yest situé. Si l'entreprise exerce son activité d'une telle façon, les bénéfices de l'entreprise sont imposables dansl'autre Etat mais uniquement dans la mesure où ils sont imputables à cet établissement stable ". Aux termes de l'article 11 de la convention fiscale entre la France et la Tunisie du 28 mai 1973 : " 1. Les bénéfices d'une entreprise d'un Etat contractant ne sont imposables que dans cetEtat, à moins que l'entreprise n'exerce son activité dans l'autre Etat contractant parl'intermédiaire d'un établissement stable qui y est situé. Si l'entreprise exerce son activitéd'une telle façon, les bénéfices de l'entreprise sont imposables dans l'autre Etat maisuniquement dans la mesure où ils sont imputables audit établissement stable ".

4. D'une part il incombe au juge de l'impôt, lorsqu'il est saisi d'une contestation relative à une convention fiscale internationale, de se placer d'abord au regard de la loi fiscale nationale pour rechercher si, à ce titre, l'imposition contestée a été valablement établie et, dans l'affirmative, sur le fondement de quelle qualification. Il lui appartient ensuite, le cas échéant, en rapprochant cette qualification des stipulations de la convention, de déterminer si cette convention fait ou non obstacle à l'application de la loi fiscale. Ce rapprochement est opéré par le juge en fonction des moyens invoqués devant lui ou même, s'agissant de déterminer le champ d'application de la loi, d'office.

5. D'autre part, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement à l'impôt ou, le cas échéant, s'il remplit les conditions légales d'une exonération

6.En l'espèce, il est constant que l'imposition a été valablement établie au regard de la loi fiscale nationale. Il est également constant que les stipulations des conventions fiscales bilatérales citées au point 4 feraient obstacle à son application si les entreprises auxquelles ont été appliquées les retenues à la source qui font l'objet du litige avaient leur résidence fiscale dans le pays signataire de la convention avec la France. A cet égard, le GIE Agrica Gestion fournit diverses pièces aux fins d'établir selon lui la résidence fiscale des entreprises auxquelles ont été versées les sommes en litige dans les pays concernés par ces conventions. D'une part, il fournit des factures émanant de ces entreprises sur lesquelles figurent des adresses situées dans les pays dans lesquelles il est allégué qu'elles résident fiscalement. D'autre part, il fournit notamment, concernant la société tunisienne Vermeg, une attestation de paiement de cotisations sociales et une déclaration fiscale en Tunisie pour l'année 2013 ainsi qu'une attestation d'assurance responsabilité civile de 2013 sur laquelle figure la même adresse que sur les factures, concernant la société canadienne Info Tech Research Group, un certificat de 2005 des autorités canadiennes attestant du changement de dénomination de la société et un certificat de 2014 de ces mêmes autorités attestant de l'existence de la société et, concernant la société américaine New Relic, une attestation d'assurance responsabilité civile de 2014 ainsi qu'un document établissant l'existence d'un numéro fiscal américain pour la même année. Toutefois, aucun de ces documents ne se rapporte aux années en litige. Par ailleurs, le GIE Agrica Gestion ne fait état d'aucune démarche infructueuse pour obtenir des pièces justificatives relatives à la situation fiscale des entreprises concernées pour les années en litige susceptible d'établir qu'elles auraient leur résidence fiscale dans les pays concernées, qu'elles y seraient assujetties à l'impôt sur les sociétés ou à un impôt équivalent ou qu'elles disposeraient dans ce pays d'un établissement stable au sens et pour l'application des stipulations citées au point 3. Ainsi, et alors qu'il est seul en mesure de produire les éléments relatifs à ses prestataires de services, il n'apporte aucun élément probant de nature à établir la résidence fiscale des sociétés en cause pour les années en litige. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il doit être fait application des stipulations rappelées au point 3 pour écarter l'application de l'article 182 B du code général des impôts. Il résulte de tout ce qui précède que la requête du GIE Agrica Gestion doit être rejetée, y compris ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du GIE Agrica Gestion est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié au GIE Agrica Gestion et au directeur régional des finances publiques d'Ile de France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Belle, présidente,

M. Degand, premier conseiller,

M. Baudat, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022 .

Le rapporteur,

N. A

La présidente,

L. BELLELa greffière,

S. COULANT

La République mande et ordonne au ministre de l'Economie, des finances et de la Souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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