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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2016132

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2016132

jeudi 16 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2016132
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET ARENTS, TRENNEC (SCP)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I.- Sous le n° 2016132, par une requête et des mémoires, enregistrés les 5 octobre 2020, 4 mai 2023, 28 février 2024, 4 mars 2024 et 9 septembre 2024, M. M BH, représenté par Me Trennec, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés de nomination au grade de commandant de police, au titre de l'année 2020, de M. AB, M. B, Mme BT, M. BQ, M. AN, M. BB, M. E, Mme BU, M. AK, Mme BX, Mme BP, Mme BY, M. Q, Mme AE, M. T, et de Mme AF ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur d'abroger l'arrêté du 25 mars 2020 portant tableau d'avancement au grade de commandant de police au titre de l'année 2020, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. BH soutient que :

- les actes de nomination attaqués sont illégaux par voie de conséquence de l'illégalité de l'arrêté du 25 mars 2020 portant tableau d'avancement au grade de commandant de police au titre de l'année 2020 ;

- cet arrêté du 25 mars 2020 est illégal dès lors qu'il n'a pas été procédé à un examen approfondi de la valeur respective des candidats et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que ses mérites professionnels sont supérieurs à ceux de ses collègues promus ;

- il a été mis à l'écart par sa hiérarchie et a souffert d'un défaut de " soutien organisationnel ".

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est tardive ;

- les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

II-. Sous le n° 2100361, par une requête et des mémoires, enregistrés les 8 janvier 2021, 26 avril 2022, 20 mai 2022, 10 juin 2022, 17 mars 2023, 19 avril 2023, 4 mai 2023, 15 mai 2023 et 9 septembre 2024, M. M BH, représenté par Me Trenenc, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2021 par lequel le ministre de l'intérieur a établi le tableau d'avancement au grade de commandant de police au titre de l'année 2021 ;

2°) d'annuler les arrêtés de nomination de Mme F, M. G, M. AP, M. N, M. D, BO, Mme AT, M. AU, M. P, M. A, Mme R et M. BK au grade de commandant de police au titre de l'année 2021 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur d'arrêter un nouveau tableau d'avancement au titre de cette année et d'y inscrire son nom, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. BH soutient que :

- l'arrêté portant tableau d'avancement n'a pas été précédé d'un examen approfondi de la valeur respective des candidats et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que ses mérites professionnels sont supérieurs à ceux de ses collègues promus ;

- cet arrêté est illégal dès lors qu'il comporte le nom de Mme AY, qui n'a pas formellement présenté de candidature, qui n'a pas souscrit un engagement préalable, qui ne remplissait pas les conditions de l'article 23 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, et dont les mérites professionnels sont inférieurs aux siens ;

- il a été mis à l'écart par sa hiérarchie et a souffert d'un défaut de " soutien organisationnel " ;

- les actes de nomination qu'il attaque sont illégaux par voie de conséquence de l'illégalité de cet arrêté.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2022, Mme F conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 mars 2022, 12 mai 2022, 25 mai 2022, 27 mars 2023, 26 avril 2023 et 22 mai 2023, M. BO, représenté par Me Gernez, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. BH le versement d'une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle a été enregistrée avant l'édiction des décisions attaquées ;

- les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2022, M. AU conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. BH le versement d'une somme de 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle a été enregistrée avant l'édiction des décisions attaquées ;

- les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mai 2022, M. A, représenté par Me Boucher, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. BH le versement d'une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que le requérant n'a pas intérêt à agir et qu'il ne produit pas la décision de nomination qu'il attaque ;

- les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2022, M. BK conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. BH le versement d'une somme de 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que sa requête a été enregistrée avant l'édiction des décisions attaquées ;

- les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 23 mai 2022 et 20 juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle a été enregistrée avant l'édiction des décisions attaquées et dès lors que le requérant n'a pas intérêt à agir faute pour lui de s'être porté candidat à l'avancement au titre de l'année 2021 ;

- les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Par un mémoire en intervention, enregistré le 4 mai 2023, M. BD, représenté par Me Trennec, conclut aux mêmes fins que la requête.

III.- Sous le n° 2100627, par une requête et des mémoires, enregistrés les 13 janvier 2021, 17 mars 2023, 4 mai 2023 et 9 septembre 2024, M. M BH, représenté par Me Trennec, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les arrêtés de nomination de M. O et de M. C au grade de commandant de police au titre de l'année 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté de nomination de Mme AY au grade de commandant de police au titre de l'année 2021 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur d'arrêter un nouveau tableau d'avancement au titre de cette année 2021 et d'y inscrire son nom, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 500 euros par jour de retard.

M. BH soutient que :

- les arrêtés de nomination de MM. O et C sont illégaux par voie de conséquence de l'illégalité de l'arrêté portant tableau d'avancement au grade de commandant de police au titre de l'année 2021 ;

- cet arrêté portant tableau d'avancement est illégal dès lors qu'il n'a pas été procédé à un examen approfondi de la valeur respective des candidats et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que ses mérites professionnels sont supérieurs à ceux de MM. O et C ;

- cet arrêté est entaché d'erreur de droit dès lors que Mme AY ne pouvait pas être inscrite faute d'avoir pu présenter sa candidature et dès lors qu'elle ne disposait pas de l'ancienneté requise pour bénéficier d'un avancement ;

- il a été mis à l'écart par sa hiérarchie et a souffert d'un défaut de " soutien organisationnel ".

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 février 2022, M. O conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 février 2022, M. C conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 23 mai 2022 et 20 juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle a été enregistrée avant l'édiction des décisions attaquées et dès lors que le requérant n'a pas intérêt à agir faute de s'être porté candidat à l'avancement au titre de l'année 2021 ;

- les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Par un mémoire en intervention, enregistré le 4 mai 2023, M. BD, représenté par Me Trennec, conclut aux mêmes fins que la requête.

Par un courrier du 12 décembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que les conclusions dirigées contre l'acte de nomination de Mme AY, présentées le 4 mai 2023, sont irrecevables dès lors qu'elles constituent un litige distinct.

IV.- Sous le n° 2203627, par une requête et des mémoires, enregistrés les 15 février 2022, 17 mars 2023, 4 mai 2023, 15 mai 2023 et 4 septembre 2024, M. M BH, représenté par Me Trennec, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2022 par lequel le ministre de l'intérieur a établi le tableau d'avancement au grade de commandant de police au titre de l'année 2022 ;

2°) d'annuler les arrêtés de nomination de M. J, M. AM, M. AJ, M. AO, Mme BV, M. BE, M. Z, Mme BW, M. BF, Mme BA, Mme AC, M. AX et M. AG ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur d'arrêter un nouveau tableau d'avancement au titre de cette année 2022 et d'y inscrire son nom, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. BH soutient que :

- l'arrêté portant tableau d'avancement n'a pas été précédé d'un examen approfondi de la valeur respective des candidats et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que ses mérites professionnels sont supérieurs à ceux de ses collègues promus ;

- il a été mis à l'écart par sa hiérarchie et a souffert d'un défaut de " soutien organisationnel " ;

- les actes de nomination sont illégaux par voie de conséquence de l'illégalité de cet arrêté.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2022, M. J conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 avril 2023 et 22 mai 2023, Mme AC, représentée par Me Gernez, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. BH le versement d'une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle a été enregistrée avant l'édiction des décisions attaquées ;

- les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juin 2024, le ministre de l'intérieur, représenté par Me Dubois, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. BH le versement d'une somme de 625 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors, d'une part, qu'elle est dirigée contre un télégramme, qui ne constitue pas un acte décisoire, et, d'autre part, que l'arrêté du 26 juillet 2022 a été produit tardivement ;

- les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n° 95-654 du 9 mai 1995 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maréchal, premier conseiller,

- et les conclusions de Mme Kanté, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. BH, capitaine de police, a sollicité son inscription sur le tableau d'avancement au grade de commandant de police au titre des années 2020, 2021 et 2022. Par des arrêtés des 25 mars 2020, 28 juin 2021 et 26 juillet 2022, le ministre de l'intérieur a respectivement établi les tableaux d'avancement au grade de commandant de police au titre des années 2020, 2021 et 2022. Le ministre n'a pas inscrit le nom de M. BH sur ces tableaux. Ce dernier demande l'annulation des arrêtés portant tableau d'avancement au titre des années 2021 et 2022, ainsi que l'annulation d'arrêtés de nomination pris sur le fondement des tableaux établis au titre des années 2020, 2021 et 2022.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°s 2016132, 2100361, 2100627, 2203627présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'intervention de M. BD :

3. M. BD justifie, eu égard à la nature et à l'objet du litige, d'un intérêt suffisant pour intervenir dans les affaires n° 2100361 et n° 2100627, relatives à l'avancement de l'année 2021, au soutien des conclusions de M. BH. Son intervention est, par suite, recevable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'avancement au grade de commandant de police au titre de l'année 2020 :

4. Aux termes de l'article 17 du décret n° 95 654 du 9 mai 1995 fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires actifs des services de la police nationale, dans sa rédaction applicable à l'avancement au titre de l'année 2020 : " Pour l'établissement du tableau d'avancement de grade qui est soumis à l'avis des commissions administratives paritaires, il est procédé à un examen approfondi de la valeur professionnelle des agents susceptibles d'être promus compte tenu des notes obtenues par les intéressés, des propositions motivées formulées par les chefs de service et de l'appréciation portée sur leur manière de servir. Cette appréciation prend en compte les difficultés des emplois occupés et les responsabilités particulières qui s'y attachent ainsi que, le cas échéant, les actions de formation continue suivies ou dispensées par le fonctionnaire et l'ancienneté ".

5. M. BH soutient que les arrêtés de nomination qu'il attaque sont illégaux par voie de conséquence de l'illégalité de l'arrêté portant tableau d'avancement.

6. En premier lieu, il ressort tout d'abord des pièces du dossier que M. BH a obtenu la note de 5/7 en 2017, en 2018 et en 2019, soit une note inférieure à celles de ses collègues promus. Si son compte-rendu d'entretien professionnel de l'année 2020 a été annulé par le tribunal administratif de Bastia par un jugement n° 2001160 du 1er décembre 2022, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de l'arrêté portant tableau d'avancement au grade de commandant de police au titre de l'année 2020, qui est établi au regard des années 2017, 2018 et 2019. Ensuite, il ressort également des pièces du dossier que le requérant, contrairement à ses collègues promus, occupe un poste de chargé de mission, et non un poste d'encadrement ou un poste qualifié de sensible. Enfin, il ne ressort pas des appréciations de sa hiérarchie que l'intéressé serait immédiatement apte à exercer des fonctions supérieures. Dans ces circonstances, l'arrêté portant tableau d'avancement au grade de commandant de police au titre de l'année 2020 n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier compte tenu de ce qui vient d'être dit au point 6, que le tableau d'avancement en litige aurait été arrêté sans qu'il ne soit procédé à un examen approfondi de la valeur des candidats. Par suite, ce moyen doit être écarté.

8. En dernier lieu, s'il est loisible à M. BH, s'il s'y croit fondé, de contester la légalité de décisions de sa hiérarchie qu'il considère comme entravant son avancement, la légalité de ces décisions est toutefois sans incidence sur l'arrêté portant tableau d'avancement en litige.

9. Il résulte de ce qui précède que M. BH n'est pas fondé à soutenir que les arrêtés de nomination seraient illégaux par voie de conséquence de l'arrêté portant tableau d'avancement au grade de commandant de police au titre de l'année 2020.

En ce qui concerne l'avancement au grade de commandant de police au titre de l'année 2021 :

S'agissant des conclusions dirigées contre l'arrêté portant tableau d'avancement :

Quant aux fins de non-recevoir :

10. En premier lieu, les conclusions dirigées contre une décision qui n'est pas encore née sont irrecevables et il est dès lors loisible au juge, tant qu'aucune décision n'a été prise par l'administration, de rejeter pour ce motif les conclusions dont il est saisi. En revanche, cette irrecevabilité est régularisée lorsque la décision intervient en cours d'instance.

11. M. BH, en demandant dès le 8 janvier 2021 l'annulation du tableau d'avancement, a prématurément présenté sa requête. Celle-ci a toutefois été régularisée par l'intervention de l'arrêté du 28 juin 2021, que le requérant produit. La fin de non-recevoir opposée par le ministre de l'intérieur doit dès lors être écarté.

12. En second lieu, M. BH a produit, dans la présente instance, la candidature qu'il a présentée au titre de l'année 2021. La fin de non-recevoir tirée de l'absence de candidature ne peut dès lors qu'être écartée.

Quant au bien-fondé des conclusions :

13. En premier lieu, il ressort tout d'abord des pièces du dossier que M. BH a obtenu la note de 5/7 en 2018 et en 2019. Si son compte-rendu d'entretien professionnel de l'année 2020 a été annulé par le tribunal administratif de Bastia par un jugement n° 2001160 du 1er décembre 2022, il n'en demeure pas moins que sa notation est inférieure à celles de ses collègues au titre des années 2018 et 2019. Il ressort en outre des pièces du dossier que le requérant occupe un poste de chargé de mission, et non un poste d'encadrement ou un poste qualifié de de sensible contrairement à ses collègues promus. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des appréciations de sa hiérarchie, que l'intéressé serait immédiatement apte à exercer des fonctions supérieures. Dans ces circonstances, l'arrêté portant tableau d'avancement au grade de commandant de police au titre de l'année 2021 n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

14. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier compte tenu de ce qui vient d'être dit au point 13, que le tableau d'avancement en litige aurait été arrêté sans qu'il ne soit procédé à un examen approfondi de la valeur des candidats. Par suite, ce moyen doit être écarté.

15. En troisième lieu, le moyen soulevé par M. BH tiré de ce qu'il serait " mis de côté " par sa hiérarchie doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux qui figurent au point 8.

16. En dernier lieu, aux termes de l'article 23 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors en vigueur : " () / II.- Le fonctionnaire qui bénéficie, depuis au moins six mois au cours d'une année civile, de l'une des mesures prévues au I et qui consacre la totalité de son service à une activité syndicale a droit, dès la première année, à l'application des règles suivantes : / () 3° Lorsqu'il réunit les conditions fixées par le statut particulier de son corps ou cadre d'emplois pour bénéficier d'un avancement de grade au choix, ce fonctionnaire est inscrit, de plein droit, au tableau d'avancement de grade, au vu de l'ancienneté acquise dans ce grade et de celle dont justifient en moyenne les fonctionnaires titulaires du même grade relevant de la même autorité de gestion et ayant accédé, au titre du précédent tableau d'avancement et selon la même voie, au grade supérieur () ".

17. Le requérant soutient que Mme AY a été inscrite en première position sur la liste complémentaire en bénéficiant des modalités d'avancement instituées par les dispositions citées au point 16, sans en remplir les conditions d'ancienneté. En dépit du moyen ainsi soulevé par le requérant et de la mesure d'instruction qui lui a été adressée par le tribunal le 31 octobre 2024, le ministre de l'intérieur n'a produit aucun élément permettant de justifier l'inscription de Mme AY. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'inscription de cette dernière a méconnu les dispositions de l'article 23 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 doit être accueilli.

18. Il résulte de ce qui précède que M. BH est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 juin 2021 portant tableau d'avancement au grade de commandant de police au titre de l'année 2021 en tant qu'il a inscrit Mme AY sur la liste complémentaire.

S'agissant des conclusions dirigées contre les arrêtés de nomination :

19. En premier lieu, le requérant soutient que ses mérites sont supérieurs à ceux de M. O et de M. C. Toutefois, M. O, capitaine de police depuis 2008, a obtenu la note de 6/7 en 2018, en 2019 et en 2020, soit une note supérieure à la sienne. M. C, capitaine de police depuis 2006, a pour sa part également obtenu la note de 6/7 sur ces trois années, et bénéficie d'une remarquable appréciation littérale de sa hiérarchie, qui a émis un avis très favorable à sa promotion. Les arrêtés de nomination de M. O et de M. C ne sont dès lors pas entachés d'une erreur manifeste d'appréciation.

20. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 13 à 18, M. BH n'est pas fondé à soutenir que les arrêtés de nomination de M. C et de M. O seraient illégaux par voie de conséquence de l'arrêté portant tableau d'avancement au grade de commandant de police au titre de l'année 2021.

21. En dernier lieu, le requérant a sollicité, le 4 mai 2023, l'annulation de la décision de nomination de Mme AY dans le cadre de sa requête n° 2100627 exclusivement relative à la demande d'annulation des arrêtés de nomination de M. C et de M. O. Les conclusions ainsi présentées le 4 mai 2023 contre l'arrêté de nomination d'une autre capitaine de police promue au grade de commandant de police soulèvent un litige distinct de celui que le requérant avait présenté et sont irrecevables.

En ce qui concerne l'avancement au grade de commandant de police au titre de l'année 2022 :

S'agissant des conclusions dirigées contre l'arrêté portant tableau d'avancement :

22. En premier lieu, il ressort tout d'abord des pièces du dossier que M. BH a obtenu la note de 5/7 en 2019 et en 2021. Si son compte-rendu d'entretien professionnel de l'année 2020 a été annulé par le tribunal administratif de Bastia par un jugement n° 2001160 du 1er décembre 2022, il n'en demeure pas moins que sa notation est inférieure à celles de ses collègues au titre des années 2019 et 2021. Il ressort en outre des pièces du dossier que le requérant occupe un poste de chargé de mission, et non un poste d'encadrement ou un poste qualifié de de sensible contrairement à ses collègues promus. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des appréciations de sa hiérarchie, que l'intéressé serait immédiatement apte à exercer des fonctions supérieures. Dans ces circonstances, l'arrêté portant tableau d'avancement au grade de commandant de police au titre de l'année 2022 n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

23. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier compte tenu de ce qui vient d'être dit au point 22, que le tableau d'avancement en litige aurait été arrêté sans qu'il ne soit procédé à un examen approfondi de la valeur des candidats. Par suite, ce moyen doit être écarté.

24. En dernier lieu, le moyen soulevé par M. BH tiré de ce qu'il serait " mis de côté " par sa hiérarchie doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux qui figurent au point 8.

S'agissant des conclusions dirigées contre les arrêtés de nomination :

25. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 22 à 24, M. BH n'est pas fondé à soutenir que les arrêtés de nomination seraient illégaux par voie de conséquence de l'arrêté portant tableau d'avancement au grade de commandant de police au titre de l'année 2022.

26. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. BH est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 juin 2021 portant tableau d'avancement au grade de commandant de police au titre de l'année 2021 en tant qu'il a inscrit Mme AY sur la liste complémentaire.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

27. L'exécution du présent jugement n'implique pas nécessairement que M. AR soit inscrit sur un tableau d'avancement au grade de commandant de la police nationale. En revanche, l'exécution du présent jugement implique, compte tenu de l'annulation de l'inscription d'un nom sur la liste complémentaire au titre de l'année 2021, que le ministre de l'intérieur réexamine la candidature de M. AR au titre de cette année 2021 dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

28. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme que demande M. BH au titre des frais qu'il a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens. De même, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. BH les sommes que demandent M. BO, M. AU, M. A, M. BK, Mme AC et le ministre de l'intérieur au titre de ces mêmes frais.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention de M. BD au soutien des requêtes n°s 2100361 et 2100627 est admise.

Article 2 : L'arrêté du 28 juin 2021 portant tableau d'avancement au grade de commandant de police au titre de l'année 2021 est annulé en tant qu'il comporte le nom de Mme AY sur la liste complémentaire.

Article 3 : Il est enjoint au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur de réexaminer la candidature de M. BH au titre de l'année 2021 dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions présentées par les parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. M BH, au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, à Mme AA F, M. L G, M. X AP, M. AV N, M. BS D, M. V BO, Mme BC AT, M. AQ AU, M. U P, M. BR A, Mme AL R, M. S BK, M. BN C, M. Y O, Mme AZ AY M. K BD, M. AV J, M. BJ AM, M. BL AJ, M. AS AO, Mme BM BV, M. BL BE, M. AD Z, Mme H BW, M. W BF, Mme AI BA, Mme AW AC, M. AH AX et à M. I AG.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Ho Si Fat, président,

- Mme Lamarche, première conseillère,

- M. Maréchal, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2025.

Le rapporteur,

signé

M. MaréchalLe président,

signé

F. Ho Si FatLa greffière,

signé

S. Hallot

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°s 2016132 - 2100361 - 2100627 - 2203627

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