jeudi 28 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2016601 |
| Type | Décision |
| Formation | 3e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | PILLET |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme B C A a demandé au tribunal administratif de Paris, premièrement, d'annuler la décision du 30 septembre 2019 par laquelle Pôle emploi a refusé de l'inscrire sur la liste des demandeurs d'emploi, deuxièmement, d'enjoindre à Pôle emploi de l'inscrire sur la liste des demandeurs d'emploi et de lui verser rétroactivement, à compter du 1er septembre 2019, les prestations d'assurance chômage auxquelles elle estime être éligible et d'assortir ce versement des intérêts au taux légal à compter du 24 septembre 2019 et, troisièmement, de condamner Pôle emploi à lui verser la somme de 2 500 euros en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi du fait de l'illégalité de la décision du 30 septembre 2019.
Par un jugement du 21 juin 2021, le tribunal administratif de Paris a annulé la décision du 30 septembre 2019, enjoint à Pôle emploi de procéder au réexamen de la demande de Mme C A d'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, mis une somme de 1 500 euros à la charge de Pôle emploi au titre des frais d'instance, et rejeté le surplus des conclusions de la requête.
Par une décision du 1er mars 2023, le Conseil d'Etat statuant au contentieux, saisi d'un pourvoi présenté par Pôle emploi, a annulé les articles 1er, 2 et 3 du jugement du tribunal administratif de Paris du 21 juin 2021, par lesquels le tribunal avait respectivement annulé la décision du 30 septembre 2019, enjoint à Pôle emploi de réexaminer la demande de la requérante et mis à la charge de Pôle emploi les frais d'instance, et renvoyé le jugement de l'affaire au tribunal administratif de Paris dans la mesure de la cassation prononcée.
Les parties ont été informées de la reprise de l'instance après annulation par une lettre du 8 mars 2023.
Procédure devant le tribunal :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 11 octobre 2020, 21 avril 2021, 6 juin 2023 et 13 juin 2023, Mme B C A, représentée par Me Jouanin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 30 septembre 2019 par laquelle Pôle emploi a refusé de l'inscrire sur la liste des demandeurs d'emploi ;
2°) d'enjoindre à Pôle emploi de procéder à son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi ;
3°) d'enjoindre à Pôle emploi de lui verser rétroactivement, à compter du 1er septembre 2019, les prestations d'assurance chômage auxquelles elle est éligible, et d'assortir ce versement des intérêts au taux légal à compter du 24 septembre 2019 ;
4°) de mettre à la charge de Pôle emploi le versement d'une somme de 2 000 euros à Me Jouanin, son avocate, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'article R. 5221-48 du code du travail, sur laquelle la décision attaquée est fondée, institue une discrimination fondée sur la nationalité, en méconnaissance de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 1er du 1er Protocole additionnel à cette convention, de l'article 6.1 de la convention internationale du travail n° 97 du 1er juillet 1949 et du principe d'égalité ;
- elle justifie de sa naturalisation par décret du 12 août 2020 et, par suite, du fait qu'elle était placée dans la même situation qu'un ressortissant français ;
- l'article R. 5221-48 du code du travail institue en outre une discrimination entre doctorants étrangers ; à cet égard, elle se trouve dans la même situation qu'un doctorant titulaire d'un titre de séjour " passeport talent " dans la mesure où elle justifie d'une autorisation de travail, de la conclusion d'un contrat doctoral et d'un contrat d'attachée temporaire d'enseignement et de recherche, d'une longue période de résidence en France et d'une naturalisation ;
- la compétence liée invoquée par Pôle emploi ne s'oppose pas au constat de l'illégalité de l'article R. 5221-48 du code du travail ;
- elle est fondée à demander le versement de l'allocation chômage à compter du 1er septembre 2019 ainsi que le versement des intérêts au taux légal afférent à compter du 24 septembre 2019, date de l'enregistrement de sa demande d'inscription ;
- elle est fondée à demander le versement d'une somme de 2 500 euros en réparation du préjudice moral qu'elle a subi.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 mars 2021, 15 mars 2023, 8 juin 2023 et 16 février 2024, Pôle emploi, devenu France Travail, représenté par Me Pillet, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions tendant au versement de l'allocation chômage sont irrecevables car portées devant une juridiction incompétente pour en connaître ;
- le moyen tiré de la violation de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant, cet article n'ayant pas de portée autonome par rapport aux autres articles de la convention qu'il complète ;
- le moyen tiré de la violation de l'article 6.1 de la convention internationale du travail n° 97 du 1er juillet 1949 est inopérant, cette convention s'appliquant aux travailleurs migrants et non aux étudiants ;
- Pôle emploi est en situation de compétence liée pour refuser l'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi aux demandeurs qui ne remplissent pas les conditions requises, ce qui est le cas de la requérante qui, à la date de la décision attaquée du 30 septembre 2019, n'avait pas la nationalité française et disposait d'un titre de séjour qui n'était pas mentionné à l'article R. 5221-48 du code du travail ;
- la requérante ne rapporte pas la preuve de la naturalisation dont elle se prévaut ;
- les autres moyens soulevés par Mme C A ne sont pas fondés.
Mme C A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juillet 2020.
L'affaire a été renvoyée en formation collégiale en application de l'article R. 222-19 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale du travail n° 97 concernant les travailleurs migrants ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Armoët, rapporteure,
- les conclusions de Mme Castéra, rapporteure publique,
- les observations de Me Jouanin, représentant Mme C A, qui persiste dans ses conclusions et ses moyens en insistant en particulier sur le fait que la situation de la requérante était comparable à celle d'un étranger titulaire de la carte de séjour " passeport talents " et que l'obtention de la nationalité française confirme la stabilité de sa situation personnelle en France à la date de sa demande d'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi ; en outre, elle indique que la requérante n'est plus en recherche d'emploi ;
- et les observations de Me Pillet, représentant France Travail, qui persiste dans ses écritures et insiste sur le fait que les agents de France Travail sont en compétence liée au regard de la condition de détention du titre de séjour ouvrant droit à l'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi et ne peuvent ainsi, en tout état de cause, pas apprécier si la situation du demandeur correspond effectivement au titre de séjour qui lui a été délivré par l'autorité compétente ; il fait, en outre, valoir que la notion de " période en litige " retenue par la décision du Conseil d'Etat du 1er mars 2023 ne peut être comprise, s'agissant d'un litige relatif à l'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi, comme conférant au juge de plein contentieux le pouvoir de se saisir d'une situation constituée postérieurement au refus d'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi d'autant plus que la requérante n'a pas demandé son inscription en raison de l'acquisition de la nationalité française postérieurement à la décision contestée.
Une note en délibéré, présentée pour France Travail, a été enregistrée le 14 mars 2024.
Une note en délibéré, présentée pour Mme C A, a été enregistrée le 18 mars 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A, qui séjournait alors en France sous couvert de titres de séjour temporaires portant la mention " étudiant ", a été recrutée par l'université Paris Dauphine en qualité de doctorante contractuelle, entre le 1er octobre 2014 et le 30 septembre 2017, puis en qualité d'attachée temporaire d'enseignement et de recherche (ATER) entre le 1er octobre 2017 et le 31 août 2019. Elle a sollicité son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi à l'issue de son dernier contrat. Par une décision du 30 septembre 2019, l'établissement public Pôle emploi a rejeté sa demande au motif que le titre de séjour " étudiant " ne figurait pas sur la liste limitative, définie à l'article R. 5221-48 du code du travail, des titres ouvrant droit à l'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi.
2. Par un jugement du 21 juin 2021, le tribunal, saisi par Mme C A, a, dans son article 1er, annulé la décision du 30 septembre 2019, dans son article 2, enjoint à Pôle emploi de procéder au réexamen de la demande, dans son article 3, mis à la charge de Pôle emploi une somme de 1 500 euros au titre des frais d'instance et, dans son article 4, rejeté le surplus des conclusions de la demande, tendant à ce qu'il soit enjoint à Pôle emploi de verser rétroactivement les prestations d'assurance chômage à l'intéressée et à la condamnation de Pôle emploi à réparer son préjudice moral. Par une décision n° 455880 du 1er mars 2023, le Conseil d'Etat, saisi d'un pourvoi présenté pour Pôle emploi, a annulé les articles 1er, 2 et 3 du jugement du 21 juin 2021 et renvoyé, dans cette mesure, l'affaire devant le tribunal.
Sur l'étendue du litige après cassation :
3. Par sa décision n° 455880 du 1er mars 2023, le Conseil d'Etat a rejeté comme irrecevable le pourvoi formé par Pôle emploi, en tant qu'il conteste l'article 4 du jugement du 21 juin 2021 par lequel le tribunal a rejeté le surplus des conclusions de la requête de Mme C A tendant à ce qu'il soit enjoint à Pôle emploi de lui verser rétroactivement les prestations d'assurance chômage et à la condamnation de Pôle emploi à réparer son préjudice moral. Il en résulte que les demandes en ce sens non expressément abandonnées par Mme C A après la cassation partielle du jugement du 21 juin 2021, auxquelles il a été répondu définitivement, doivent être rejetées.
Sur le cadre juridique :
4. D'une part, en vertu des dispositions des articles L. 313-7 et L. 313-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée, la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ou " étudiant-programme de mobilité " est accordée à l'étranger " qui établit qu'il suit en France un enseignement ou qu'il y fait des études et qui justifie qu'il dispose de moyens d'existence suffisants ". En vertu des mêmes dispositions, combinées aux dispositions de l'article R. 5221-3 du code du travail, dans leur rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée et, désormais, à celles de l'article R. 5221-2 du code du travail, le titulaire d'une telle carte de séjour ou du visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " étudiant " ou " étudiant-programme de mobilité " est autorisé à exercer une activité professionnelle salariée accessoire, dans la limite de 60 % de la durée annuelle de travail soit 964 heures.
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 5411-1 du code du travail : " A la qualité de demandeur d'emploi toute personne qui recherche un emploi et demande son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi auprès de Pôle emploi ". Aux termes de l'article L. 5411-6 de ce code : " Le demandeur d'emploi immédiatement disponible pour occuper un emploi est orienté et accompagné dans sa recherche d'emploi par Pôle emploi. Il est tenu de participer à la définition et à l'actualisation du projet personnalisé d'accès à l'emploi mentionné à l'article L. 5411-6-1, d'accomplir des actes positifs et répétés de recherche d'emploi et d'accepter les offres raisonnables d'emploi telles que définies aux articles L. 5411-6-2 et L. 5411-6-3. " Aux termes de l'article L. 5411-4 du même code : " Lors de l'inscription d'une personne étrangère sur la liste des demandeurs d'emplois, Pôle emploi vérifie la validité de ses titres de séjour et de travail. / Pôle emploi peut avoir accès aux fichiers des services de l'Etat pour obtenir les informations nécessaires à cette vérification y compris lors du renouvellement des titres de séjour et de travail afin de s'assurer du maintien de l'intéressé sur la liste des demandeurs d'emploi. () ". En vertu de l'article R. 5221-47 du code du travail, pour demander son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi, le travailleur étranger doit satisfaire aux conditions prévues par la section 1 du chapitre premier du titre premier du livre IV de ce code et notamment justifier, ainsi que le prévoit l'article R. 5411-3 de ce code, de la régularité de sa situation au regard des dispositions réglementant l'exercice d'activités professionnelles salariées par les étrangers. L'article R. 5221-48 du même code subordonne en outre l'inscription d'un travailleur étranger sur la liste des demandeurs d'emploi à la détention d'un des documents ou titres de séjour limitativement énumérés par cet article. La carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ne figurait pas parmi les titres énumérés à l'article R. 5221-48 du code du travail, dans sa rédaction en vigueur à la date du refus d'inscription opposé à Mme C A, un ressortissant étranger titulaire d'une telle carte de séjour pouvant cependant, en vertu du 5° de cet article, être inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi lorsqu'il bénéficiait d'une autorisation provisoire de travail et que le contrat de travail, conclu avec un employeur établi en France, avait été rompu avant son terme, du fait de l'employeur, pour un motif qui lui était imputable ou pour un cas de force majeure.
6. Enfin, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d'un contentieux portant sur le droit à l'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi, qui relève des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, c'est au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant au cours de la période en litige que le juge doit statuer.
Sur les droits de Mme C A à l'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi :
7. Les ressortissants étrangers titulaires de la carte de séjour " étudiant ", qui sont autorisés à séjourner sur le territoire en vue d'y suivre un enseignement ou d'y faire des études et à condition de disposer de moyens d'existence suffisants et ne peuvent exercer une activité professionnelle salariée en vertu de ce titre qu'à titre accessoire, dans la limite de 60 % de la durée annuelle de travail soit 964 heures, sont dans une situation différente, au regard de l'objet de l'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi, qui est de bénéficier de prestations de placement et d'accompagnement pour accéder à un emploi, d'une part, des ressortissants français ou des ressortissants étrangers admis au séjour en vertu d'un titre les autorisant à exercer toute activité professionnelle salariée sans limitation de durée ainsi que, d'autre part, des étrangers admis au séjour spécifiquement pour y exercer une activité professionnelle salariée ou assimilée, notamment les doctorants étrangers titulaires d'une carte de séjour portant la mention " passeport talent " ou bénéficiant d'une autorisation provisoire de travail pour une activité salariée spécifique. La différence de traitement entre les ressortissants étrangers titulaires de la carte de séjour temporaire " étudiant ", qui ne peuvent être inscrits sur la liste des demandeurs d'emploi, et les ressortissants français ou les ressortissants étrangers qui peuvent être inscrits sur cette liste est en rapport avec l'objet de l'inscription sur cette liste et n'est pas manifestement disproportionnée.
8. En premier lieu, il résulte de l'instruction qu'à la date de la décision attaquée du 30 septembre 2019, Mme C A séjournait en France sous couvert d'un titre de séjour " étudiant " qui ne lui permettait pas d'obtenir son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi en application de l'article R. 5221-48 du code du travail. Si elle soutient que sa situation était en réalité semblable à celle d'un doctorant étranger titulaire d'une carte de séjour portant la mention " passeport talent " et d'un contrat en qualité d'attaché temporaire d'enseignement et de recherche dans la mesure notamment où elle travaillait à temps plein en vertu d'une autorisation de travail valable du 1er septembre 2018 au 31 août 2019, il est constant qu'elle ne disposait, en tout état de cause, que d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ". Par suite, France Travail, auquel il n'appartenait pas d'apprécier si un autre titre de séjour aurait pu être délivré à l'intéressée par l'autorité compétente, pouvait légalement rejeter sa demande pour ce motif.
9. En deuxième lieu, si la requérante conteste, par voie d'exception, la légalité des dispositions précitées de l'article R. 5221-48 du code du travail, il résulte de ce qui a dit au point 7 ci-dessus que la différence de traitement entre les ressortissants étrangers titulaires de la carte de séjour temporaire " étudiant ", qui ne peuvent pas être inscrits sur la liste des demandeurs d'emploi, et les ressortissants français ou les ressortissants étrangers qui peuvent être inscrits sur cette liste est en rapport avec l'objet de l'inscription sur cette liste et n'est pas manifestement disproportionnée. Par suite, Mme C A n'est pas fondée à soutenir que l'article R. 5221-48 du code du travail méconnaît le principe d'égalité, d'une part entre les ressortissants français et les ressortissants étrangers, d'autre part entre les doctorants étrangers titulaires d'un titre de séjour " étudiant " et les doctorants étrangers titulaires d'un titre de séjour " passeport talent ", ou les stipulations de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 14 de cette convention.
10. En troisième lieu, il résulte des termes mêmes de l'article 11 de la convention internationale du travail n° 97 que celle-ci ne trouve à s'appliquer qu'aux ressortissants étrangers admis à y séjourner régulièrement en qualité de travailleur migrant, ce terme y étant défini comme désignant " une personne qui émigre d'un pays vers un autre pays en vue d'occuper un emploi autrement que pour son propre compte ". Par suite, ces stipulations ne s'appliquent pas aux titulaires d'une carte de séjour " étudiant " qui ne sont pas présents sur le territoire en vue d'occuper un emploi et ne sont autorisés à y travailler qu'à titre accessoire. Le moyen tiré de la violation de ces stipulations doit donc être écarté comme inopérant.
11. Il résulte de ce qui précède que Mme C A n'est pas fondée à soutenir qu'elle remplissait, à la date de la décision du 30 septembre 2019, les conditions pour être inscrite sur la liste des demandeurs d'emploi.
12. En dernier lieu, s'il résulte de l'instruction que Mme C A a acquis la nationalité française par l'effet d'un décret de naturalisation n° 021/210 du 12 août 2020 publié le 14 août 2020, il n'est, en tout état de cause, pas démontré, et il n'est d'ailleurs pas même allégué par l'intéressée qui n'a pas demandé son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi à la suite de l'acquisition de la nationalité française, qu'elle remplissait, à compter du 14 août 2020, la condition tenant à la recherche d'un emploi exigée pour l'inscription sur la liste.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme C A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C A et à France Travail.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Salzmann, présidente,
Mme Armoët, première conseillère,
Mme Guglielmetti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.
La rapporteure,
E. Armoët
La présidente,
M. SalzmannLa greffière,
P. Tardy-Panit
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2404071
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête d'Air France visant à annuler une amende de 10 000 euros infligée par le ministre de l'intérieur. La société était sanctionnée pour avoir débarqué un passager dépourvu de document de voyage valable en provenance de Bangkok, malgré ses allégations d'un contrôle à l'embarquement. Le tribunal a jugé que l'obligation de vérification des documents, prévue aux articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 6421-2 du code des transports, incombe au transporteur et que la preuve d'un contrôle effectif n'était pas rapportée en l'espèce.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2407258
Le Tribunal Administratif de Paris rejette la requête de la société Air France, qui contestait une amende de 10 000 euros pour avoir transporté un passager muni d'un passeport contrefait. La juridiction estime que l'irrégularité du document était manifeste et décelable par un examen attentif lors de l'embarquement, et que la procédure suivie par le ministre de l'intérieur était régulière. La décision s'appuie sur les articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article L. 6421-2 du code des transports.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2328289
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme F... visant à annuler l'arrêté ministériel du 11 octobre 2023 autorisant son licenciement pour motif disciplinaire. La juridiction a estimé que les moyens soulevés, notamment ceux relatifs à la procédure disciplinaire et à l'appréciation des faits, n'étaient pas fondés. Elle a également déclaré irrecevables les conclusions de l'employeur demandant une amende pour recours abusif, relevant qu'il s'agit d'un pouvoir propre du juge. La décision s'appuie sur les dispositions du code du travail, notamment après le renvoi préjudiciel au Conseil constitutionnel concernant l'article L. 1232-3.
30/03/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406708
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la société Air France, qui contestait une amende de 10 000 euros pour avoir débarqué une passagère brésilienne munie d'un passeport manifestement altéré (pages manquantes). Le tribunal a jugé que l'irrégularité du document (l'absence de pages) constituait un élément d'irrégularité manifeste que les agents de la compagnie auraient dû déceler lors d'un examen normalement attentif au moment de l'embarquement, conformément aux articles L. 821-6 à L. 821-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à l'article L. 6421-2 du code des transports. La décision du ministre de l'intérieur a donc été confirmée.
30/03/2026