vendredi 15 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2017176 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 5e Section - 4e Chambre |
| Avocat requérant | SULLI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, des mémoires et des pièces complémentaires, enregistrés les 20 octobre 2020, 30 juin 2022, 15 août 2022, 31 janvier 2023 et 17 juillet 2023, Mme A C, représentée par Me Sully, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision née du silence gardé par le garde des sceaux, ministre de la justice, sur sa demande du 10 juillet 2020 tendant à l'attribution du bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire (NBI) depuis le 1er janvier 2016 ;
2°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, de lui verser le montant de la NBI qu'elle estime lui être due depuis cette date sans délai et au plus tard dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, et au-delà sous astreinte de 40 euros par jour de retard ;
3°) de condamner le garde des sceaux, ministre de la justice, à lui verser les sommes correspondantes, assorties des intérêts au taux légal à compter de sa demande, soit le 10 juillet 2020, ainsi que pour toute période postérieure au jugement à intervenir, calculée selon les dispositions du décret n°2001-1061 du 14 novembre 2001 et de son annexe et de l'arrêté ministériel du 14 novembre 2001 fixant les conditions d'attributions de la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre des politiques de la ville dans les services du ministère de la justice, la somme mensuelle correspondant au point d'indice multiplié par le nombre de points mensuellement attribués au titre de la NBI, soit au minimum trente points, compte tenu du grade et de l'ancienneté ;
4°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, de retenir que la NBI qui lui sera attribuée ne sera pas inférieure à trente points au minimum, et sera revalorisée tel que de droit ;
5°) d'enjoindre au ministre de procéder à la reconstitution de sa carrière, en intégrant la NBI accordée, au titre de son affectation à l'unité éducative de milieu ouvert (UEMO) Chemin vert ;
6°) d'enjoindre au ministre, sans délai à compter du prononcé du jugement à intervenir et au plus tard dans le mois suivant la décision à intervenir et, au-delà, sous astreinte de 40 euros par jour de retard, de procéder au versement des arriérés des NBI qui lui sont dues, et de mettre en œuvre le versement de la NBI pour la période postérieure au jugement à intervenir ;
7°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle remplit les conditions pour obtenir le bénéfice de la NBI dès lors qu'elle intervient depuis le 5 septembre 2007 dans le ressort d'un contrat local de sécurité ;
- la décision attaquée méconnaît le principe d'égalité de traitement entre les agents publics dès lors que plusieurs de ses collègues bénéficient de la NBI.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 4 février 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- à titre principal, les conclusions tendant à l'attribution de la NBI sont irrecevables dès lors que, d'une part, l'intéressée n'apporte pas la preuve de la réception par l'administration de sa demande préalable ; d'autre part, toute créance relative à une période précédant le 1er janvier 2016 est prescrite ;
- à titre subsidiaire, aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'injonction du versement de la NBI pour la période non comprise dans la demande préalable adressée au ministre de la justice dès lors qu'il n'appartient pas au tribunal d'adresser des injonctions à titre principal à l'administration.
Mme C a présenté des observations en réponse à cette information par les mémoires enregistrés les 30 juin et 15 août 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991 ;
- le décret n° 93-522 du 26 mars 1993 ;
- le décret n°2001-1061 du 14 novembre 2001 ;
- l'arrêté du 14 novembre 2001 fixant les conditions d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice ;
- l'arrêté du 4 décembre 2001 fixant par département les emplois éligibles à la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Duchon-Doris ;
- les conclusions de M. B ;
- et les observations de Me Sulli, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, éducatrice de la protection judiciaire de la jeunesse, exerce depuis le 5 septembre 2007 au sein de l'unité éducative de milieu ouvert (UEMO) d'Aubervilliers (93) et depuis le 1er septembre 2014 dans l'UEMO Saint-Sébastien devenue celle de Paris Chemin-Vert dans le onzième arrondissement de Paris. Elle doit être regardée, eu égard à son argumentation, comme demandant l'annulation de la décision implicite par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a refusé de lui accorder le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire (NBI) depuis le 1er janvier 2016 et à ce qu'il soit enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice, d'une part, de lui verser les sommes qui lui sont dues à ce titre depuis le 1er janvier 2016, dans un délai d'un mois à compter du prononcé du jugement à intervenir, sous astreinte de 40 euros par jour de retard, et, d'autre part, de reconstituer sa carrière en conséquence.
Sur la fin de non-recevoir présentée par le ministre de la justice :
2. La requérante justifie, par les pièces du dossier, de l'envoi de sa demande préalable à la direction interrégionale de la protection judiciaire de la jeunesse et de la réception de cette demande le 11 août 2020. Par suite, la fin de non-recevoir présentée par le ministre, tirée de la prétendue absence de décision implicite, doit être rejetée.
Sur l'exception de prescription quadriennale :
3. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 modifiée relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. / Sont prescrites, dans le même délai et sous la même réserve, les créances sur les établissements publics dotés d'un comptable public ". Aux termes de l'article 3 de cette loi : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l'intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance ou de la créance de celui qu'il représente légalement ".
4. Lorsqu'un litige oppose un agent public à son administration sur le montant des rémunérations auxquelles il a droit, le fait générateur de la créance se trouve en principe dans les services accomplis par l'intéressé. Dans ce cas, le délai de prescription de la créance relative à ces services court à compter du 1er janvier de l'année suivant celle au titre de laquelle l'agent aurait dû être rémunéré.
5. Il résulte des pièces du dossier que Mme C a formé, le 10 juillet 2020, une demande préalable relative à des créances qu'elle détiendrait depuis le 5 septembre 2007, reçue le 11 août 2020. Dans ces conditions, les créances relatives aux années 2007 à 2015 étaient prescrites lorsque l'intéressée a formé sa demande. Par suite, l'exception de prescription quadriennale opposée par le garde des sceaux, ministre de la justice pour les créances antérieures au 1er janvier 2016 doit être accueillie.
Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :
6. En premier lieu, aux termes du I de l'article 27 de la loi du 18 janvier 1991 : " La nouvelle bonification indiciaire des fonctionnaires et des militaires instituée à compter du 1er août 1990 est attribuée pour certains emplois comportant une responsabilité ou une technicité particulières dans des conditions fixées par décret. () ". En vertu de l'article 1er du décret du 14 novembre 2001 : " Une nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville, prise en compte et soumise à cotisation pour le calcul de la pension de retraite, peut être versée mensuellement, dans la limite des crédits disponibles, aux fonctionnaires titulaires du ministère de la justice exerçant, dans le cadre de la politique de la ville, une des fonctions figurant en annexe au présent décret ". Aux termes de l'annexe à ce décret, dans sa version applicable au litige, parmi les fonctions pouvant donner lieu au versement d'une NBI au titre de la politique de la ville aux fonctionnaires du ministère de la justice figurent notamment les fonctions suivantes : " Fonctions de catégories A, B ou C de la protection judiciaire de la jeunesse : / 1. En centre de placement immédiat, en centre éducatif renforcé ou en foyer accueillant principalement des jeunes issus des quartiers prioritaires de la politique de la ville ; / 2. En centre d'action éducative situé dans un quartier prioritaire de la politique de la ville ; / 3. Intervenant dans le ressort territorial d'un contrat local de sécurité ".
7. Il résulte de ces dispositions que le bénéfice de la NBI n'est pas lié au corps d'appartenance ou au grade des agents relevant de la direction de la protection judiciaire de la jeunesse, mais aux emplois qu'ils occupent, compte tenu de la nature des fonctions attachées à ces emplois. De plus, pour bénéficier de la NBI prévue par l'article 1er du décret du 14 novembre 2001 précité, les fonctionnaires titulaires du ministère de la justice figurant en annexe à ce décret entendant se prévaloir de la condition prévue au point 3 de cette annexe doivent apporter la preuve, par tout moyen, qu'ils accomplissent la majeure partie de leur activité dans le ressort territorial d'un ou plusieurs contrats locaux de sécurité, quel que soit par ailleurs leur lieu d'affectation. Par ailleurs, les dispositions de l'article 1er du même décret ne sauraient avoir pour objet ni pour effet de dispenser l'administration du respect du principe d'égalité, lequel exige que les agents qui occupent effectivement des emplois correspondant aux fonctions ouvrant droit à cet avantage et qui comportent la même responsabilité ou la même technicité particulières bénéficient de la même bonification.
8. Il appartient au juge administratif de former sa conviction sur les points en litige au vu des éléments versés au dossier par les parties. S'il peut écarter des allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées, il ne saurait exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve des faits qu'il avance. Le cas échéant, il revient au juge, avant de se prononcer sur une requête assortie d'allégations sérieuses non contredites par les éléments produits par l'administration en défense, de mettre en œuvre ses pouvoirs généraux d'instruction et de prendre toutes mesures propres à lui procurer, par les voies de droit, les éléments de nature à lui permettre de former sa conviction, en particulier en exigeant de l'administration compétente la production de tout document susceptible de permettre de vérifier les allégations du demandeur.
9. Il ressort des pièces du dossier, notamment du compte-rendu d'entretien professionnel en date du 15 février 2022, d'une attestation du 1er décembre 2022, signée par Mme D E en sa qualité de responsable de l'UEMO de Paris Chemin-vert, et du contrat parisien de prévention et de sécurité, conclu pour la période courant de l'année 2015 à l'année 2020, appliqué principalement aux 11ème, 19ème et 20ème arrondissements de Paris, que Mme C y exerce depuis le 1er septembre 2014 la majeure partie de son activité d'éducatrice. Dans ces conditions, par la production de ces éléments, précis et circonstanciés, la requérante doit être regardée comme établissant qu'elle remplit la condition prévue au point 3 de l'annexe au décret du 14 novembre 2001 précité et est fondée, dès lors, à soutenir qu'elle est éligible au bénéfice de la NBI.
10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle ce ministre a refusé de lui attribuer le bénéfice de la NBI.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
11. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. "
12. L'exécution du présent jugement implique seulement que le garde des sceaux, ministre de la justice, verse à Mme C, dans la limite des crédits disponibles, les sommes qui lui sont dues au titre de la NBI depuis le 1er janvier 2016, assorties des intérêts au taux légal à compter de la date de chacune des échéances à laquelle elles devaient lui être payées, et reconstitue sa carrière en conséquence. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du garde des sceaux, ministre de la justice, une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a refusé le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire à Mme C est annulée en tant qu'elle concerne la période postérieure au 1er janvier 2016.
Article 2 : Il est enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice, de verser à Mme C les sommes qui lui sont dues au titre de la NBI depuis le 1er janvier 2016 et de reconstituer sa carrière en conséquence, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Mme C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Duchon-Doris président ;
- M. Julinet, premier conseiller ;
- Mme Massiou, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 15 septembre 2023.
Le président
J-C. DUCHON-DORIS
L'assesseur le plus ancien,
S. JULINETLa greffière,
A. LOUART
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/5-4
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2304140
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de Mme A, agent contractuel, qui contestait une retenue sur son traitement de 250 euros pour un indu de prime exceptionnelle liée à la pandémie. La requérante invoquait un défaut de motivation et une faute de l'administration, mais le tribunal a jugé que la décision de retenue était fondée sur l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 et le décret n° 2020-570 du 14 mai 2020. Il a estimé que l'administration avait établi le bien-fondé de l'indu, car Mme A ne remplissait pas les conditions pour bénéficier de la prime, et qu'aucune faute n'était caractérisée. Les conclusions indemnitaires et subsidiaires ont également été rejetées.
25/09/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2305883
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé le compte rendu d'entretien professionnel de Mme B..., capitaine de police, établi le 23 janvier 2023 au titre de l'année 2017. La requérante soutenait notamment que l'évaluation avait été réalisée par une autorité incompétente et sans entretien préalable. Le tribunal a fait droit à sa demande en se fondant sur l'autorité de la chose jugée attachée à un précédent jugement du 25 mars 2022, qui avait déjà annulé un premier compte rendu pour les mêmes motifs (absence d'entretien et évaluation partielle). La décision s'appuie sur les dispositions de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 et du décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 relatifs à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires.
25/09/2025
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2307997
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B A, réserviste opérationnel, qui demandait l'annulation de la décision du 18 janvier 2023 de la commission de recours de l'invalidité lui refusant une pension militaire d'invalidité pour une affection non imputable au service. Le tribunal a jugé que M. A n'apportait pas la preuve, exigée par les articles L. 121-1 et suivants du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, que son infirmité était directement causée par l'exercice de ses fonctions de réserviste. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête, incluant la demande de pension et celle au titre des frais de justice.
25/09/2025