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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2017267

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2017267

vendredi 15 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2017267
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 4e Chambre
Avocat requérantSULLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires en réplique et des pièces complémentaires, enregistrés respectivement les 21 octobre 2020, 8 juillet 2022, 7 décembre 2022 et 17 juillet 2023, Mme A C, représentée par Me Sulli, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née du silence gardé par le garde des sceaux, ministre de la justice, sur sa demande du 10 juillet 2020 tendant à l'attribution du bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire (NBA) depuis le 1er septembre 2017 ;

2°) d'enjoindre sans délai au garde des sceaux, ministre de la justice, de lui verser les sommes correspondantes à la NBI qu'elle estime lui être dues depuis cette date, au plus tard dans le délai d'un mois suivant le prononcé de la décision à intervenir et, au-delà, sous astreinte de 40 euros par jour de retard ;

3°) de condamner le garde des sceaux, ministre de la justice, à lui verser les sommes correspondantes à la NBI qu'elle estime lui être dues depuis le 1er septembre 2017, assorties des intérêts au taux légal à compter de sa demande, soit le 10 juillet 2020, jusqu'au jugement à intervenir, ainsi que pour toute période postérieure à ce jugement, calculée selon les dispositions du décret n°2001-1061 du 14 novembre 2001 et son annexe et de l'arrêté ministériel du 14 novembre 2001, fixant les conditions d'attributions de la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre des politiques de la ville dans les services du ministère de la justice, la somme mensuelle correspondant au point d'indice multiplié par le nombre de points mensuellement attribués au titre de la NBI, soit au minimum 30 points, compte tenu du grade et de l'ancienneté ;

4°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, de retenir que la NBI qui lui sera attribuée ne sera pas inférieure à trente points au minimum, et sera revalorisée tel que de droit ;

5°) d'enjoindre au même ministre de procéder à la reconstitution de sa carrière, en intégrant la NBI accordée au titre de son affectation à l'unité éducative de milieu ouvert (UEMO) Chemin vert dans le 11ème arrondissement de Paris ;

6°) d'enjoindre sans délai au même ministre à compter du prononcé du jugement à intervenir et au-delà, sous astreinte de 40 euros par jour de retard, de procéder au versement des arriérés des NBI qui lui sont dues, et de mettre en œuvre le versement de la NBI pour la période postérieure au jugement à intervenir ;

7°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à lui verser, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle remplit les conditions pour obtenir le bénéfice de la NBI dès lors qu'elle intervient depuis le 1er septembre 2017, d'une part, dans une structure qui accueille principalement des jeunes issus des quartiers prioritaires de la politique de la ville et, d'autre part, dans le ressort d'un contrat local de sécurité ;

- la décision attaquée méconnaît le principe d'égalité de traitement entre les agents publics dès lors que plusieurs de ses collègues bénéficient de la NBI.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 février 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, les conclusions tendant à l'attribution de la NBI sont irrecevables dès lors que l'intéressée n'apporte pas la preuve de la réception par l'administration de sa demande préalable ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 12 juillet 2023 la clôture d'instruction a été fixée au 14 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991 ;

- le décret n° 93-522 du 26 mars 1993 ;

- le décret n°2001-1061 du 14 novembre 2001 ;

- l'arrêté du 14 novembre 2001 fixant les conditions d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice ;

- l'arrêté du 4 décembre 2001 fixant par département les emplois éligibles à la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Duchon-Doris ;

- les conclusions de M. B ;

- et les observations de Me Sulli, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, éducatrice au sein de la protection judiciaire de la jeunesse, exerce depuis le 1er septembre 2017 au sein de l'unité éducative de milieu ouvert (UEMO) Paris Chemin-vert dans le 11ème arrondissement de Paris. Elle demande l'annulation de la décision implicite par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a refusé de lui accorder le bénéfice de la NBI depuis le 1er septembre 2017 et à ce qu'il soit enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice, d'une part, de lui verser les sommes qui lui sont dues à ce titre depuis le 1er septembre 2017, assorties des intérêts au taux légal à compter de sa demande, soit le 10 juillet 2020, jusqu'au jugement à intervenir, dans un délai d'un mois à compter du prononcé du jugement à intervenir, sous astreinte de 40 euros par jour de retard, et, d'autre part, de reconstituer sa carrière en conséquence.

Sur la fin de non-recevoir présentée par le ministre de la justice :

2. La requérante justifie, par les pièces du dossier, que sa demande préalable a bien été envoyée à la direction interrégionale de la protection judiciaire de la jeunesse et la date de réception de cette demande. Par suite, la fin de non-recevoir présentée par le ministre, tirée de la prétendue absence de décision implicite, doit être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes du I de l'article 27 de la loi du 18 janvier 1991 : " La nouvelle bonification indiciaire des fonctionnaires et des militaires instituée à compter du 1er août 1990 est attribuée pour certains emplois comportant une responsabilité ou une technicité particulières dans des conditions fixées par décret. () ". En vertu de l'article 1er du décret du 14 novembre 2001 : " Une nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville, prise en compte et soumise à cotisation pour le calcul de la pension de retraite, peut être versée mensuellement, dans la limite des crédits disponibles, aux fonctionnaires titulaires du ministère de la justice exerçant, dans le cadre de la politique de la ville, une des fonctions figurant en annexe au présent décret. ". Aux termes de l'annexe à ce décret, dans sa version applicable au litige, parmi les fonctions pouvant donner lieu au versement d'une NBI au titre de la politique de la ville aux fonctionnaires du ministère de la justice figurent notamment les fonctions suivantes : " Fonctions de catégories A, B ou C de la protection judiciaire de la jeunesse : / 1. En centre de placement immédiat, en centre éducatif renforcé ou en foyer accueillant principalement des jeunes issus des quartiers prioritaires de la politique de la ville ; / 2. En centre d'action éducative situé dans un quartier prioritaire de la politique de la ville ; / 3. Intervenant dans le ressort territorial d'un contrat local de sécurité. ".

4. Il résulte de toutes ces dispositions que le bénéfice de la NBI n'est pas lié au corps d'appartenance ou au grade des agents relevant de la direction de la protection judiciaire de la jeunesse, mais aux emplois qu'ils occupent, compte tenu de la nature des fonctions attachées à ces emplois. De plus, pour bénéficier de la NBI prévue par l'article 1er du décret du 14 novembre 2001 précité, les fonctionnaires titulaires du ministère de la justice figurant en annexe à ce décret entendant se prévaloir de la condition prévue au point 3 de cette annexe doivent apporter la preuve, par tout moyen, qu'ils accomplissent la majeure partie de leur activité dans le ressort territorial d'un ou plusieurs contrats locaux de sécurité, quel que soit par ailleurs leur lieu d'affectation. Par ailleurs, les dispositions de l'article 1er du même décret ne saurait avoir pour objet ni pour effet de dispenser l'administration du respect du principe d'égalité, lequel exige que les agents qui occupent effectivement des emplois correspondant aux fonctions ouvrant droit à cet avantage et qui comportent la même responsabilité ou la même technicité particulières bénéficient de la même bonification.

5. Il appartient au juge administratif de former sa conviction sur les points en litige au vu des éléments versés au dossier par les parties. S'il peut écarter des allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées, il ne saurait exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve des faits qu'il avance. Le cas échéant, il revient au juge, avant de se prononcer sur une requête assortie d'allégations sérieuses non contredites par les éléments produits par l'administration en défense, de mettre en œuvre ses pouvoirs généraux d'instruction et de prendre toutes mesures propres à lui procurer, par les voies de droit, les éléments de nature à lui permettre de former sa conviction, en particulier en exigeant de l'administration compétente la production de tout document susceptible de permettre de vérifier les allégations du demandeur.

6. Il ressort des pièces du dossier, notamment du compte-rendu d'entretien professionnel en date du 15 mars 2022, d'une attestation du 1er décembre 2022, signée par Mme D E en sa qualité de responsable de l'UEMO de Paris Chemin-vert, et du contrat parisien de prévention et de sécurité, conclu pour la période courant de l'année 2015 à l'année 2020, appliqués principalement aux 11ème, 19ème et 20ème arrondissements de Paris, que Mme C y exerce depuis le 1er septembre 2017 la majeure partie de son activité d'éducatrice titulaire de 1er grade. Dans ces conditions, par la production de ces éléments précis et circonstanciés, la requérante doit être regardée comme remplissant la condition prévue au point 3 de l'annexe du décret du 14 novembre 2001 précité et est fondée, dès lors, à soutenir qu'elle est éligible au bénéfice de la NBI.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme C est fondée à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle ce ministre a refusé de lui attribuer le bénéfice de la NBI.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. "

9. L'exécution du présent jugement implique seulement que le garde des sceaux, ministre de la justice procède au versement à Mme C des arriérés de NBI depuis le 1er septembre 2017 et pour l'avenir, sous réserve de changements qui seraient intervenus dans sa situation professionnelle, dans la limite des crédits disponibles et dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les intérêts :

10. Mme C a droit aux intérêts au taux légal sur les sommes qui lui sont dues au titre des arriérés de nouvelle bonification indiciaire depuis le 1er septembre 2017 à compter de la date de réception de la demande qu'elle a adressée au garde des sceaux, qui doit être fixée au 11 août 2020.

Sur les frais liés au litige :

11. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du garde des sceaux, ministre de la justice la somme de 1 500 euros à verser à Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a refusé le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire à Mme C est annulée en tant qu'elle concerne la période postérieure au 1er septembre 2017.

Article 2 : Il est enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice de procéder au versement des arriérés de la nouvelle bonification indiciaire à Mme C depuis le 1er septembre 2017 et pour l'avenir, sous réserve de changements qui seraient intervenus dans sa situation professionnelle, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : Les sommes à verser au titre des arriérés de la nouvelle bonification indiciaire depuis le 1er septembre 2017 porteront intérêts à compter du 11 août 2020.

Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à Mme C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Duchon-Doris président ;

- M. Julinet, premier conseiller ;

- Mme Massiou, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition du greffe le 15 septembre 2023.

Le président

J-C. DUCHON-DORIS

L'assesseur le plus ancien,

S. JULINETLa greffière,

A. LOUART

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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