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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2017285

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2017285

mercredi 8 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2017285
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantGUILLOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 octobre 2020 et le 3 juin 2021, la société Mikatex, représentée par Me Guillot, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la retenue à la source à laquelle elle a été assujettie au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 143 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-les prestations réalisées par la société A.S.I. Logistics ltd sont des prestations matérielles et non des prestations intellectuelles de contrôle et de conseil ;

-les prestations en cause sont réalisées en Chine et ne sont pas utilisées en France ;

-elle est fondée à se prévaloir de la doctrine BOI-IR-DOMIC-10-10 au titre de la garantie prévue par l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales ;

-l'article 7 de la convention fiscale franco-hongkongaise fait obstacle à l'application de la retenue à la source.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 avril 2021 et le 14 novembre 2022, l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France conclut :

1°) au non-lieu à statuer à hauteur du dégrèvement accordé le 1er avril 2021 ;

2°) au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que :

-par une décision du 1er avril 2021, il a abandonné le rehaussement relatif à la retenue à la source concernant les sommes versées à la société chinoise Alan LV Junlong et a accordé à la société Mikatex un dégrèvement de 16 663 euros en droits, 2 258 euros en intérêts et 1 666 euros en majorations ;

-aucun autre moyen de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la région administrative spéciale de Hong-Kong de la République populaire de Chine en vue d'éviter les doubles impositions en matière d'impôts sur le revenu et sur la fortune et de prévenir l'évasion et la fraude fiscales, signé le 21 octobre 2010 ;

-le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

-le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Dousset,

-et les conclusions de M. Guiader, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Mikatex, qui a pour activité la fabrication et la vente en gros de prêt-à-porter féminin, la vente en gros de tissus et l'importation et l'exportation de textiles, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur les exercices clos en 2015 et 2016. Par des propositions de rectification des 14 décembre 2018 et 30 avril 2019, le service l'a notamment assujettie à la retenue à la source sur le fondement du c du I de l'article 182 B du code général des impôts. La société Mikatex demande la décharge de cette retenue.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision du 1er avril 2021, postérieure à l'enregistrement de la requête, l'administration fiscale a abandonné le rehaussement relatif à la retenue à la source correspondant au fournisseur Alan LV Junlong et a accordé à la société Mikatex un dégrèvement de 16 663 euros en droits, 2 258 euros en intérêts et 1 666 euros en majorations. Les conclusions à fin de décharge sont devenues sans objet à cette hauteur et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin de décharge :

3. Si une convention bilatérale conclue en vue d'éviter les doubles impositions peut, en vertu de l'article 55 de la Constitution, conduire à écarter, sur tel ou tel point, la loi fiscale nationale, elle ne peut pas, par elle-même, directement servir de base légale à une décision relative à l'imposition. Par suite, il incombe au juge de l'impôt, lorsqu'il est saisi d'une contestation relative à une telle convention, de se placer d'abord au regard de la loi fiscale nationale pour rechercher si, à ce titre, l'imposition contestée a été valablement établie et, dans l'affirmative, sur le fondement de quelle qualification. Il lui appartient ensuite, le cas échéant, en rapprochant cette qualification des stipulations de la convention, de déterminer, en fonction des moyens invoqués devant lui ou même, s'agissant de déterminer le champ d'application de la loi, d'office, si cette convention fait ou non obstacle à l'application de la loi fiscale.

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

4. Aux termes de l'article 182 B du code général des impôts : " I. - Donnent lieu à l'application d'une retenue à la source lorsqu'ils sont payés par un débiteur qui exerce une activité en France à des personnes ou des sociétés, relevant de l'impôt sur le revenu ou de l'impôt sur les sociétés, qui n'ont pas dans ce pays d'installation professionnelle permanente : () c. Les sommes payées en rémunération des prestations de toute nature fournies ou utilisées en France. () ". Il résulte de ces dispositions que sont soumises à retenue à la source les sommes payées par une société qui exerce une activité en France à des personnes ou des sociétés qui n'y disposent pas d'une installation professionnelle permanente en rémunération de prestations qui sont soit matériellement fournies en France, soit, bien que matériellement fournies à l'étranger, effectivement utilisées par le débiteur pour les besoins de son activité en France.

5. La société Mikatex a conclu, le 31 août 2015, avec la société hongkongaise A.S.I. Logistic ltd, dont il n'est pas contesté qu'elle relevait de l'impôt sur les sociétés, une convention de services logistiques par laquelle elle a chargé la société hongkongaise d'effectuer le contrôle qualité et quantité des articles fabriqués par ses fournisseurs en Chine ainsi que des opérations liées au stockage des marchandises, à leur emballage et à leur chargement. Il est constant que les opérations réalisées par la société hongkongaise correspondent principalement à des missions d'inspection des marchandises dans les usines des fournisseurs avant l'envoi en France, en particulier, en vue de vérifier la conformité des produits aux commandes en termes de qualité et de quantité, et de surveiller des opérations de manutention, emballage et chargement des marchandises notamment par le contrôle de l'assortiment des colis, particulièrement en ce qui concerne la couleur, la taille et le nombre de pièces, et le contrôle des étiquetages. Ces prestations, qui garantissent à la société Mikatex de recevoir en France des objets conformes à ses prescriptions et à ses attentes au regard de la qualité et de l'état des marchandises à l'arrivée et conditionnent la commercialisation en France des produits fabriqués en Asie, doivent être regardées comme étant utilisées en France, au sens et pour l'application des dispositions du c) du I de l'article 182 B du code général des impôts. La société Mikatex n'est, par suite, pas fondée à soutenir, sur le terrain de la loi fiscale, que c'est à tort que l'administration a soumis les sommes qu'elle a versées en contrepartie des prestations en cause à la retenue à la source.

En ce qui concerne l'interprétation de la loi fiscale :

6. La société Mikatex ne saurait utilement se prévaloir sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales de la documentation administrative référencée BOI-IR-DOMIC-10-10 qui ne donne pas de la loi fiscale une interprétation différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement.

En ce qui concerne l'application de l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la région administrative spéciale de Hong-Kong de la République populaire de Chine du 21 octobre 2010 :

7. Aux termes de l'article 4 de l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la région administrative spéciale de Hong-Kong de la République populaire de Chine en vue d'éviter les doubles impositions en matière d'impôts sur le revenu et sur la fortune et de prévenir l'évasion et la fraude fiscales, signé le 21 octobre 2010 : " 1. Au sens du présent Accord, l'expression " résident d'une Partie contractante " désigne toute personne qui, en vertu de la législation en vigueur de cette Partie, est assujettie à l'impôt dans cette Partie, en raison de son domicile, de sa résidence, de son siège de direction ou de tout autre critère de nature analogue et s'applique aussi à cette Partie ainsi qu'à toutes ses collectivités territoriales et aux personnes morales de droit public de cette Partie ou de ses collectivités territoriales. Toutefois, cette expression ne comprend pas les personnes qui ne sont assujetties à l'impôt dans cette Partie que pour les revenus de sources situées dans cette Partie. () ". Aux termes de l'article 7 du même accord : " 1. Les bénéfices d'une entreprise d'une Partie contractante ne sont imposables que dans cette Partie, à moins que l'entreprise n'exerce son activité dans l'autre Partie contractante par l'intermédiaire d'un établissement stable qui y est situé. Si l'entreprise exerce son activité d'une telle façon, les bénéfices de l'entreprise sont imposables dans l'autre Partie mais uniquement dans la mesure où ils sont imputables à cet établissement stable. () ".

8. Les stipulations de l'article 4 de l'accord du 21 octobre 2010 citées ci-dessus doivent être interprétées conformément au sens ordinaire à attribuer à leurs termes, dans leur contexte et à la lumière de leur objet et de leur but. Il résulte des termes mêmes de ces stipulations, qui définissent le champ d'application de l'accord, conformément à son objet principal qui est d'éviter les doubles impositions, que les personnes qui ne sont pas soumises à l'impôt en cause par la loi de l'Etat concerné à raison de leur statut ou de leur activité ne peuvent être regardées comme assujetties au sens de ces stipulations. Dès lors, une personne exonérée de l'impôt en cause dans un Etat contractant à raison de son statut ou de son activité ne peut être regardée comme assujettie à cet impôt au sens du 1 de l'article 4 de cet accord, ni, par voie de conséquence, comme résident de cet Etat.

9. Il est constant que la légalisation hongkongaise n'impose que les revenus tirés d'activités commerciales et professionnelles de source hongkongaise et, que, dans ces conditions, les revenus versés par la société Mikatex, de source française, à la société A.S.I. Logistic ltd ne pouvaient pas faire l'objet d'une taxation à Hong Kong. Par suite, en application de l'article 4 de l'accord du 21 octobre 2020 la société A.S.I. Logistic ltd ne peut être regardée comme résidente de la région administrative spéciale de Hong-Kong au sens et pour l'application dudit l'accord et la société Mikatex n'est pas fondée à se prévaloir des stipulations de l'article 7 de cet accord dans le cadre du présent litige.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par la société Mikatex doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la société Mikatex sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1er : Il n'y plus de statuer sur les conclusions à fin de décharge de la retenue à la source mise à la charge de la société Mikatex à hauteur de 16 663 euros en droits, 2 258 euros en intérêts et 1 666 euros en majorations, en raison du dégrèvement prononcé le 1er avril 2021.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la société Mikatex est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Mikatex et à l'administrateur général des finances publiques chargé de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rohmer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Lenoir, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2023.

La rapporteure,

A. DOUSSET

Le président,

B. ROHMER

La greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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