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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2019941

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2019941

mardi 31 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2019941
TypeDécision
PublicationC
Formation3e Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET MANDEL PARIENTE ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I- Par une requête, enregistrée sous le n°2019941 le 26 novembre 2020 et un mémoire, enregistré le 18 avril 2023, la société JCDA, représentée par Me Marcus Mandel, demande au tribunal d'annuler la décision du 16 septembre 2020 par laquelle le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi d'Ile-de-France (DIRECCTE) lui a notifié la mise en œuvre de la pénalité financière prévue à l'article L. 2242-8 du code du travail au taux de 0,6% jusqu'à réception d'un accord collectif ou à défaut un plan d'action conforme à la loi.

Elle soutient que :

- la DIRECCTE a commis une erreur de fait sur les résultats obtenus par elle au regard des indicateurs mentionnés à l'article L. 1142-8 du code du travail ;

- elle est de bonne foi et qu'elle a établi un plan d'action ;

- l'administration n'a pas pris en compte la particularité de la société, le contexte lié à la crise sanitaire et a méconnu l'esprit de la loi ayant instauré pour les sociétés une obligation de non-discrimination surtout envers les femmes ;

- le retard dans le dépôt du deuxième plan d'action n'est dû qu'à la négligence de la DRIEETS qui s'est abstenue de lui répondre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2023, le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société JCDA ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 20 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 avril 2023.

II- Par une requête, enregistrée sous le n°2209553 le 10 juin 2022, et un mémoire enregistré le 14 avril 2023, la société JCDA, représentée par Me Marcus Mandel, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de perception, émis le 2 décembre 2021 à son encontre et portant sur un montant de 33 223 euros, ensemble la décision du 8 avril 2022 par laquelle le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DRIEETS) a rejeté l'opposition à l'exécution du titre de perception qu'elle a présentée le 14 janvier 2022 et complété le 24 février 2022 ;

2°) à titre principal, de prononcer la décharge de la somme de 33 223 euros mise à sa charge, à titre subsidiaire, de réduire ce montant à la somme de 7 382,80 euros ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre de perception n'est pas signé, en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- les bases de liquidation et les modalités de calculs de la créance ne sont pas mentionnées ni dans le titre de perception ni dans la décision de rejet de l'opposition à exécution ;

- la créance n'est pas fondée compte tenu de la spécificité de l'entreprise et du contexte de la crise sanitaire ;

- la période d'application de la pénalité devrait être du 26 juillet 2020 au 25 novembre 2020, date à laquelle elle a déposé le premier plan d'action ;

- le titre de perception n'aurait pas dû être émis dès lors que la décision prononçant la pénalité a été contestée devant le tribunal administratif ;

- le retard de la société à déposer un plan d'action conforme est dû à l'inaction de l'administration.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2023, le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société JCDA ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 20 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Castéra ;

- et les conclusions de Mme Ménéménis, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par courrier du 10 octobre 2019, l'inspectrice du travail a mis en demeure la société JCDA, qui employait près de 107 salariés, d'engager, dans un délai de six mois, la négociation annuelle portant sur les objectifs d'égalité professionnelle entre les hommes et les femmes et sur les mesures permettant de les atteindre ou, à défaut, d'établir un plan d'action annuel destiné à assurer cette égalité professionnelle, en application de l'article L. 2242-1 du code du travail. Par une décision du 16 septembre 2020, le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi d'Ile-de-France a infligé à la société JCDA la pénalité financière prévue à l'article L. 2242-8 du code du travail et a fixé son taux à 0,6 % des rémunérations et gains versés aux salariés. Par la requête n°2019941, la société JCDA demande l'annulation de la décision du 16 septembre 2020. Le 2 décembre 2021, un titre de perception a été émis en application de cette décision de pénalité, portant sur un montant de 33 223 euros. Par la requête n° 2217944, la société JCDA demande l'annulation de ce titre de perception, ainsi que de la décision du 8 avril 2022 par laquelle le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DRIEETS) a rejeté son opposition à exécution et enfin, la décharge ou la diminution du montant mis à sa charge.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°2019941 et n°2217944, présentées par la société JCDA présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 16 septembre 2020 portant pénalité financière :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 2242-1 du code du travail : " Dans les entreprises où sont constituées une ou plusieurs sections syndicales d'organisations représentatives, l'employeur engage au moins une fois tous les quatre ans : () 2° Une négociation sur l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, portant notamment sur les mesures visant à supprimer les écarts de rémunération, et la qualité de vie et des conditions de travail. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 2242-3 du même code : " En l'absence d'accord relatif à l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes à l'issue de la négociation mentionnée au 2° de l'article L. 2242-1, l'employeur établit un plan d'action annuel destiné à assurer l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. Après avoir évalué les objectifs fixés et les mesures prises au cours de l'année écoulée, ce plan d'action, fondé sur des critères clairs, précis et opérationnels, détermine les objectifs de progression prévus pour l'année à venir, définit les actions qualitatives et quantitatives permettant de les atteindre et évalue leur coût. Ce plan d'action est déposé auprès de l'autorité administrative. ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 2242-8 du même code : " Les entreprises d'au moins cinquante salariés sont soumises à une pénalité à la charge de l'employeur en l'absence d'accord relatif à l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes à l'issue de la négociation mentionnée au 2° de l'article L. 2242-1 ou, à défaut d'accord, par un plan d'action mentionné à l'article L. 2242-3. Les modalités de suivi de la réalisation des objectifs et des mesures de l'accord et du plan d'action sont fixées par décret. Dans les entreprises d'au moins 300 salariés, ce défaut d'accord est attesté par un procès-verbal de désaccord. / La pénalité prévue au premier alinéa du présent article peut également être appliquée, dans des conditions déterminées par décret, en l'absence de publication des informations prévues à l'article L. 1142-8 ou en l'absence de mesures définies dans les conditions prévues à l'article L. 1142-9. / Le montant de la pénalité prévue au premier alinéa du présent article est fixé au maximum à 1 % des rémunérations et gains au sens du premier alinéa de l'article L. 242-1 du code de la sécurité sociale et du premier alinéa de l'article L. 741-10 du code rural et de la pêche maritime versés aux travailleurs salariés ou assimilés au cours des périodes au titre desquelles l'entreprise ne respecte pas l'une des obligations mentionnées aux premier et deuxième alinéas du présent article. Le montant est fixé par l'autorité administrative, dans des conditions prévues par décret en Conseil d'Etat, en fonction des efforts constatés dans l'entreprise en matière d'égalité professionnelle et salariale entre les femmes et les hommes ainsi que des motifs de sa défaillance quant au respect des obligations fixées aux mêmes premier et deuxième alinéas () ".

5. Enfin, aux termes de l'article L. 1142-8 du code du travail : " Dans les entreprises d'au moins cinquante salariés, l'employeur publie chaque année l'ensemble des indicateurs relatifs aux écarts de rémunération entre les femmes et les hommes et aux actions mises en œuvre pour les supprimer, selon des modalités et une méthodologie définies par décret. Par dérogation aux articles L. 311-6 et L. 312-1-2 du code des relations entre le public et l'administration, l'ensemble de ces indicateurs est rendu public sur le site internet du ministère chargé du travail, dans des conditions déterminées par décret. " et aux termes de l'article L. 1142-9 du même code : " Dans les entreprises d'au moins cinquante salariés, lorsque les résultats obtenus par l'entreprise au regard des indicateurs mentionnés à l'article L. 1142-8 se situent en-deçà d'un niveau défini par décret, la négociation sur l'égalité professionnelle prévue au 2° de l'article L. 2242-1 porte également sur les mesures adéquates et pertinentes de correction et, le cas échéant, sur la programmation, annuelle ou pluriannuelle, de mesures financières de rattrapage salarial. En l'absence d'accord prévoyant de telles mesures, celles-ci sont déterminées par décision de l'employeur, après consultation du comité social et économique. La décision est déposée auprès de l'autorité administrative dans les mêmes conditions que le plan d'action mentionné à l'article L. 2242-3. L'autorité administrative peut présenter des observations sur les mesures prévues par l'accord ou la décision de l'employeur. / L'employeur soumis à l'obligation prévue au premier alinéa du présent article publie, par une communication externe et au sein de l'entreprise, les mesures de correction, selon des modalités définies par décret. "

6. En premier lieu, la société JCDA soutient que la décision attaquée mentionne un nombre erroné de points s'agissant des indicateurs " écart de taux d'augmentations individuelles de salaire entre les femmes et les hommes " et " pourcentage de salariées augmentées dans l'année de leur retour de congé maternité ou d'adoption ". La décision indique des notes de 0 sur 35 et de 0 sur 15 alors que la société soutient qu'elle a obtenu 35 sur 35 pour le premier indicateur. Toutefois, d'une part, cette note de 35 sur 35 n'est pas établie par la société requérante et d'autre part, il ressort d'un tableau produit par elle, qu'elle a bien obtenu 0 sur 15 au second indicateur. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit, en tout état de cause, être écarté.

7. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction, et il n'est d'ailleurs pas contesté par la société requérante, qu'à la date de la décision attaquée, elle n'avait engagé aucune négociation sur l'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, et n'avait établi aucun plan d'action annuel, en méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 2242-1 et L. 2242-3 du code du travail. Ainsi, le principe même de la pénalité financière prise en application de l'article L. 2242-8 précité, est fondé.

8. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article R. 2242-6 du code du travail : " Il est tenu compte, pour fixer le taux de la pénalité, des motifs de défaillance dont l'employeur a justifié, des mesures prises par l'entreprise en matière d'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes et de la bonne foi de l'employeur. "

9. D'une part, pour fixer le taux de la pénalité financière à 0,6%, la DIRECCTE a tenu compte des éléments communiqués par la société JCDA justifiant de l'impact de la crise sanitaire due à la Covid 19 sur son activité. Ainsi, contrairement à ce que soutient la société JCDA, la crise sanitaire ne saurait justifier une nouvelle baisse de la pénalité ou sa décharge.

10. D'autre part, pour justifier de sa bonne foi, la société JCDA soutient qu'elle a tenté de répondre aux attentes de la DIRECCTE en établissant un plan d'action et en mettant tout en œuvre pour le mettre en conformité avec les exigences législatives. Il résulte de l'instruction que la société JCDA a déposé un plan d'action le 25 novembre 2020, soit après la date de la décision attaquée. Par courrier du 14 décembre 2020, la DIRECCTE a toutefois considéré que ce plan d'action n'était pas conforme tant dans le domaine du recrutement que dans celui de la rémunération et de l'articulation entre vie professionnelle et personnelle. La société JCDA a produit un plan d'action conforme le 28 juillet 2022. Si la société JCDA impute ce délai au fait qu'elle a tenté de joindre la DIRECCTE à de nombreuses reprises pour échanger sur la mise en conformité de ce plan mais qu'elle n'a obtenu un rendez-vous qu'au bout de 18 mois, il résulte toutefois de l'instruction que la DIRECCTE avait détaillé les éléments non conformes du plan dans son courrier du 14 décembre 2020. En outre, la société JCDA n'a mené aucune négociation relative à l'égalité professionnelle entre hommes et femmes depuis 2013.

11. Enfin, la société JCDA soutient que la spécificité de l'entreprise est un obstacle à la mise en œuvre d'une égalité entre les hommes et les femmes dès lors que dans les centres d'épilation, seules des femmes sont employées et dans les centres de formation, les élèves et les professeurs sont exclusivement des femmes. Toutefois, d'une part, cette spécificité ne saurait caractériser un obstacle à la mise en œuvre d'une négociation sur le sujet ou d'un plan d'action. D'autre part, l'impossibilité d'employer des hommes n'est pas établie dans tous les domaines d'activité de la société comme les fonctions administratives, les instituts de coiffure ou encore les ongleries.

12. Il résulte de ce qui précède que la société JCDA ne justifie pas d'un motif de bonne foi ni avoir pris des mesures particulières en matière d'égalité professionnelle entre les femmes et les hommes justifiant une décharge de la pénalité financière ou une réduction de son taux.

13. En quatrième lieu, la circonstance que la société JCDA a fourni, dans le délai de deux mois après la décision de pénalité attaquée, et conformément à ses obligations, le montant des gains et rémunérations pour permettre de calculer le montant de la pénalité encourue est sans incidence sur la légalité de la décision prononçant la pénalité.

14. Il résulte de ce qui précède que la société JCDA n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 16 septembre 2020 lui infligeant une pénalité financière.

Sur les conclusions tendant à l'annulation du titre de perception émis le 2 décembre 2021 :

15. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Le V de l'article 55 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificatives pour 2010 prévoit que pour l'application de ces dispositions " aux titres de perception délivrés par l'Etat en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales, afférents aux créances de l'Etat ou à celles qu'il est chargé de recouvrer pour le compte de tiers, la signature figure sur un état revêtu de la formule exécutoire, produit en cas de contestation ".

16. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de perception individuel délivré par l'Etat doit mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que l'état revêtu de la formule exécutoire comporte la signature de cet auteur. Ces dispositions n'imposent pas, en revanche, de faire figurer sur cet état les nom, prénom et qualité du signataire.

17. En l'espèce, le titre de perception comporte les nom, prénom et qualité de l'ordonnateur mais pas de signature. En revanche, l'administration ne produit pas l'état revêtu de la formule exécutoire comportant la signature de l'ordonnateur. Par suite, la société JCDA est fondée à soutenir que le titre de perception contesté méconnaît les dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration.

18. En deuxième lieu, d'une part, en application de l'article 24 du décret n°2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique, toute créance doit indiquer les bases de la liquidation. Le titre de perception doit comporter les bases et les éléments de calcul sur lesquels l'administration s'est fondée pour déterminer le montant de la créance ou, à défaut, ces éléments doivent figurer dans un document joint auquel le titre de perception fait précisément référence. D'autre part, l'article R. 2242-7 du code du travail précise que : " Les revenus d'activité qui constituent la base du calcul de la pénalité mentionnée à l'article L. 2242-8 sont ceux du mois entier qui suit le terme de la mise en demeure mentionnée à l'article R. 2242-3. La pénalité est due pour chaque mois entier à compter du terme de la mise en demeure mentionnée à l'article R. 2242-3 et jusqu'à la réception par l'inspection du travail, selon le cas, de l'accord relatif à l'égalité professionnelle conclu à l'issue de la négociation mentionnée au 2° de l'article L. 2242-1, du plan d'action prévu à l'article L. 2242-3, de l'accord ou de la décision de l'employeur mentionné à l'article L. 1142-9 ou de la preuve de la publication des indicateurs mentionnés à l'article L. 1142-8. "

19. Il résulte de l'instruction que le titre de perception précise la nature de la pénalité, son fondement, son taux et une période d'application de 18 mois. Toutefois, il n'indique pas la fin de la période d'application de ce taux sur les revenus d'activité. Si le ministre indique en défense que la pénalité a cessé le 28 juillet 2022 avec le dépôt du plan d'action conforme, le titre de perception a été émis le 2 décembre 2021, soit plusieurs mois avant. Dans ces conditions, la société JCDA est fondée à soutenir que le titre de perception n'indique pas avec suffisamment de précisions les bases de la liquidation, en méconnaissance de l'article 24 du décret précité du 7 novembre 2012.

20. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la société JCDA est fondée à demander l'annulation du titre de perception, émis le 2 décembre 2021 à son encontre et portant sur un montant de 33 223 euros, ainsi que, par voie de conséquence, de la décision du 8 avril 2022 par laquelle le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DRIEETS) a rejeté l'opposition à l'exécution du titre de perception qu'elle a présentée le 14 janvier 2022 et complété le 24 février 2022.

Sur les conclusions aux fins de décharge de l'obligation de payer :

21. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre.

22. Il résulte des motifs mentionnés aux points 17 et 19 que le titre de perception n'est annulé que pour des motifs de régularité en la forme. Par suite, les conclusions de la société JCDA tendant à la décharge de l'obligation de payer doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

23. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la société JCDA et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Le titre de perception, émis le 2 décembre 2021, ensemble la décision du 8 avril 2022 par laquelle le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités a rejeté l'opposition à l'exécution du titre de perception qu'elle a présentée le 14 janvier 2022 et complété le 24 février 2022 sont annulés.

Article 2 : L'Etat versera à la société JCDA une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la requête de la société JCDA sont rejetées pour le surplus.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société JCDA et au directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Giraudon, présidente,

- Mme Marcus, première conseillère,

- Mme Castéra, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2023.

La rapporteure,

A. Castéra

La présidente,

M.-C. GiraudonLe greffier,

Y. Fadel

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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