mercredi 18 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2021468 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | JOHANET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 décembre 2020, M. C B et Mme A B, représentés par Me Johanet, doivent être regardés comme demandant au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu et des pénalités y afférentes mises à leur charge au titre de l'année 2013 à raison de la remise en cause de la réduction d'impôt pour investissement outre-mer prévue à l'article 199 undecies B du code général des impôts dont ils se prévalaient à raison d'un investissement réalisé dans un département d'outre-mer ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors que le service se devait de diligenter une vérification de comptabilité des sociétés concernées par leurs investissement outre-mer pour établir leur éventuelle inexistence ;
- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors que le service n'a procédé qu'à un droit de communication général, inadapté à la situation d'espèce ;
- la procédure d'imposition est irrégulière dès lors que le service n'a pas donné suite à leur souhait de bénéficier d'un recours hiérarchique, formulé dans leur courrier du 7 novembre 2017 ;
- dans sa décision de rejet de leur réclamation préalable, l'administration fiscale n'a répondu à aucun de leurs arguments relatifs à la charge de la preuve, au lieu des pièces pertinentes, à la situation des investissements commencés mais non terminés, aux cas de force majeure ainsi qu'aux effets d'une lettre du 8 juillet 2015 à la lumière de l'article L. 231-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la charge de la preuve incombe au service, qui n'apporte pas la preuve des faits à l'origine de la proposition de rectification ;
- c'est à tort que le service a remis en cause l'imputation de la réduction d'impôt résultant d'investissements productifs, dès lors que ce caractère productif ne peut être identifié au regard des dispositions de la loi n°2013-1278 du 29 décembre 2013 de finances pour 2014, entrée en vigueur postérieurement aux investissements réalisés et qu'il convient de considérer, au regard de la doctrine de l'administration ainsi que de la jurisprudence, que la réduction d'impôt s'applique à l'année au cours de laquelle l'investissement est livré.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er mars 2021, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lenoir,
- et les conclusions de M. Guiader, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme B ont imputé sur leur impôt sur le revenu au titre de l'année 2013, sur le fondement des dispositions de l'article 199 undecies B du code général des impôts, une réduction d'impôt résultant d'investissements productifs consistant en l'acquisition et l'installation d'éoliennes en Guyane. A l'issue du contrôle sur pièces de leur dossier fiscal, l'administration a remis en cause la réduction d'impôt imputée par M. et Mme B, au motif que les investissements correspondants ne pouvaient être regardés comme ayant été réalisés au sens de l'article 199 undecies B du code général des impôts. Par la requête susvisée, M. et Mme B doivent être regardés comme demandant la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu et des pénalités y afférentes mises à leur charge au titre de l'année 2013.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
2. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les impositions contestées résultent d'un contrôle sur pièces du dossier de M. et Mme B et de la remise en cause de la réduction d'impôt sur le revenu prévue à l'article 199 undecies B du code général des impôts, dont ils se prévalaient à titre personnel à raison d'investissements productifs réalisés outre-mer. Elles ne procèdent en revanche pas du rehaussement du résultat des sociétés par actions simplifiées imposable entre les mains de leurs associés au prorata de leurs parts, en application des dispositions de l'article 8 du code général des impôts relatives au régime d'imposition des sociétés de personnes. Dès lors, en l'absence de dispositions législatives ou réglementaires en ce sens, l'administration fiscale n'était pas tenue de procéder au contrôle sur place des sociétés par actions simplifiées, préalablement au contrôle sur pièces dont M. et Mme B ont fait l'objet. Par ailleurs, au terme de ce contrôle sur pièces, les requérants ont bénéficié de la procédure de rectification contradictoire au cours de laquelle ils ont été mis en mesure de contester les rectifications proposées par l'administration en apportant tous les éléments justificatifs qui leur paraissaient utiles et n'ont ainsi été privés d'aucune garantie.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 81 du livre des procédures fiscales : " Le droit de communication permet aux agents de l'administration, pour l'établissement de l'assiette, le contrôle et le recouvrement des impôts, d'avoir connaissance des documents et des renseignements mentionnés aux articles du présent chapitre dans les conditions qui y sont précisées. ". Aux termes de l'article L. 83 du même livre : " Les administrations de l'Etat, des départements et des communes, les entreprises concédées ou contrôlées par l'Etat, les départements et les communes, ainsi que les établissements ou organismes de toute nature soumis au contrôle de l'autorité administrative, doivent communiquer à l'administration, sur sa demande, les documents de service qu'ils détiennent sans pouvoir opposer le secret professionnel, (). ". Il résulte de ces dispositions que le droit de communication reconnu à l'administration fiscale par les articles L. 81 et suivants du livre des procédures fiscales a seulement pour objet de lui permettre, pour l'établissement et le contrôle de l'imposition d'un contribuable, de demander à un tiers ou, éventuellement, au contribuable lui-même, sur place ou par correspondance, de manière ponctuelle, des renseignements disponibles sans que cela ne nécessite d'investigations particulières ou, dans les mêmes conditions, de prendre connaissance et, le cas échéant, copie de certains documents existants qui se rapportent à l'activité professionnelle de la personne auprès de laquelle ce droit est exercé.
4. Aucune disposition légale ou réglementaire applicable ne fait obligation à l'administration d'étendre son droit de communication à l'ensemble des prestataires susceptibles d'être intervenus dans la réalisation d'un investissement. Par conséquent, la circonstance que l'administration, en limitant l'exercice de son droit de communication à la société EDF et aux services des douanes, n'aurait pas recueilli l'ensemble des renseignements pertinents, si elle peut, le cas échéant, avoir une incidence sur le bien-fondé des impositions, est sans incidence sur la régularité de la procédure d'imposition. Par suite, ce moyen doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 54 C du livre des procédures fiscales, introduit par l'article 12 de la loi n° 2018-727 du 10 août 2018 pour un Etat au service d'une société de confiance : " Hormis lorsqu'elle est adressée dans le cadre des procédures mentionnées aux articles L. 12, L. 13 et L. 13 G et aux I et II de la section V du présent chapitre, la proposition de rectification peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours hiérarchique qui suspend le cours de ce délai ". L'article L. 284 du même livre prévoit que : " Sauf disposition contraire, les règles de procédure fiscale ne s'appliquent qu'aux formalités accomplies après leur date d'entrée en vigueur, quelle que soit la date de la mise en recouvrement des impositions ".
6. M. et Mme B soutiennent que, l'administration fiscale n'ayant pas donné suite à leur demande de recours hiérarchique exprimée dans leur courrier du 7 novembre 2017, la procédure d'imposition est irrégulière. Toutefois, la garantie de procédure tenant à la faculté pour le contribuable de former un recours hiérarchique, instituée par la charte des droits et obligations du contribuable vérifié mentionnée à l'article L. 10 du livre des procédures fiscales, ne peut être invoquée que dans le cadre d'un litige consécutif aux procédures de vérification de comptabilité et d'examen d'ensemble de la situation fiscale personnelle prévues aux articles L. 12 et L. 13 de ce livre. Les impositions contestées par M. et Mme B procédant d'un contrôle sur pièces, la circonstance suivant laquelle ils n'auraient pas bénéficié d'un entretien avec le supérieur hiérarchique du vérificateur est dès lors sans incidence sur la régularité de la procédure d'imposition. En outre, et à supposer que les requérants aient entendu se prévaloir des dispositions de l'article L. 54 C citées au point 5, l'administration n'avait aucune obligation de faire droit à la demande d'entretien du 7 novembre 2017, que les requérants n'établissent au demeurant pas avoir adressée au service, faisant suite à la réception de la proposition de rectification en date du 5 décembre 2016, alors que cette garantie n'est entrée en vigueur que le 12 août 2018.
7. En quatrième lieu, si M. et Mme B soutiennent que le service s'est abstenu de répondre à plusieurs arguments présentés à l'occasion de leurs réclamations préalables dans la réponse de rejet qui leur a été adressée en date du 28 octobre 2020, l'insuffisance de motivation de la décision de rejet de la réclamation préalable est insusceptible d'avoir une incidence sur la régularité de la procédure d'imposition ou sur le bien-fondé des impositions. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision de rejet de la réclamation préalable ne peut qu'être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne le bienfondé des impositions :
8. Il appartient au juge de l'impôt, d'apprécier, au vu de l'instruction, si le contribuable remplit ou non les conditions lui permettant de se prévaloir de l'avantage fiscal institué par l'article 199 undecies B du code général des impôts. Toutefois, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci.
S'agissant de l'application de la loi fiscale :
9. Aux termes de l'article 199 undecies B du code général des impôts dans sa rédaction applicable au litige : " I. Les contribuables domiciliés en France au sens de l'article 4 B peuvent bénéficier d'une réduction d'impôt sur le revenu à raison des investissements productifs neufs qu'ils réalisent dans les départements d'outre-mer, (), dans le cadre d'une entreprise exerçant une activité agricole ou une activité industrielle, commerciale ou artisanale relevant de l'article 34. / (). / La réduction d'impôt prévue au premier alinéa est pratiquée au titre de l'année au cours de laquelle l'investissement est réalisé. (). ". Aux termes de l'article 95 K de l'annexe II à ce code, dans sa rédaction applicable à l'année d'imposition en litige : " Les investissements productifs neufs réalisés dans les départements d'outre-mer, (), qui ouvrent droit à la réduction d'impôt prévue au I de l'article 199 undecies B du code général des impôts sont les acquisitions ou créations d'immobilisations corporelles, neuves et amortissables, affectées aux activités relevant des secteurs éligibles en vertu des dispositions du I de cet article. ". Aux termes de l'article 95 Q de la même annexe : " La réduction d'impôt prévue au I de l'article 199 undecies B du code général des impôts est pratiquée, (), au titre de l'année au cours de laquelle l'immobilisation est créée par l'entreprise ou lui est livrée ou est mise à sa disposition dans le cadre d'un contrat de crédit-bail. (). ".
10. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le fait générateur de la réduction d'impôt prévue à l'article 199 undecies B du code général des impôts est la date de la création de l'immobilisation au titre de laquelle l'investissement productif a été réalisé ou de sa livraison effective dans le département d'outre-mer. Dans ce dernier cas, la date à retenir est celle à laquelle l'entreprise, disposant matériellement de l'investissement productif, peut commencer son exploitation effective et, dès lors, en retirer des revenus. Par suite, s'agissant de l'acquisition d'éoliennes données en location à des sociétés en vue de leur exploitation pour la production et la vente d'énergie électrique, la date à retenir est celle du raccordement des installations au réseau public d'électricité. La circonstance que le matériel ait été livré avant cette date est sans incidence sur le fait générateur.
11. Il ressort des informations recueillies par l'administration dans le cadre de son droit de communication auprès de la direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières que la société par actions simplifiées Campis dont M. et Mme B étaient associés n'a procédé à aucune importation d'éoliennes en Guyane sur la période allant de l'année 2013 au 28 avril 2016, date de l'exercice du droit de communication par le service. De plus, il ressort des renseignements recueillis auprès d'EDF Guyane qu'aucune demande de raccordement d'éolienne complète n'avait été déposée au 31 décembre 2013. Dans ces conditions, et dès lors que les éoliennes en cause ne pouvaient ni être effectivement exploitées ni être productives de revenus à la date du 31 décembre 2013, l'administration a pu à bon droit, sans méconnaître la dévolution de la charge de la preuve, ni ajouter à la loi ou procéder à une application rétroactive d'une loi fiscale postérieure, estimer que les investissements déclarés par les requérants ne pouvaient être regardés comme ayant été effectivement réalisés au cours de l'année 2013 et, par suite, remettre en cause la réduction d'impôt imputée par les intéressés au titre de cette année.
S'agissant de l'interprétation administrative de la loi fiscale :
12. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente ". Par ailleurs, aux termes du paragraphe n°148 de l'instruction fiscale BOI 5 B-2-07 du 30 janvier 2007, relatif à l'année au titre de laquelle la réduction d'impôt est pratiquée : " Conformément aux dispositions du vingtième alinéa du I de l'article 199 undecies B, la réduction d'impôt est pratiquée au titre de l'année au cours de laquelle l'investissement est réalisé. Le premier alinéa de l'article 95 Q de l'annexe II prévoit que l'année de réalisation de l'investissement s'entend de l'année au cours de laquelle l'immobilisation est créée, c'est-à-dire achevée, par l'entreprise ou lui est livrée au sens de l'article 1604 du code civil, ou est mise à disposition dans le cadre d'un contrat de crédit-bail. () ".
13. Il ne ressort pas des énonciations précitées de l'instruction du 30 janvier 2007 que l'administration aurait entendu donner, en ce qui concerne le fait générateur de la réduction d'impôt une interprétation du texte fiscal différente de celle qui figure au point 10 ci-dessus, qui lui serait opposable sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales. Le moyen doit dès lors être écarté.
14. Il résulte de ce qui précède que l'administration fiscale était fondée à remettre en cause la réduction d'impôt dont les requérants ont bénéficié au titre de l'année 2013. Les conclusions de la requête tendant à la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu mise à la charge de M. et Mme B au titre de l'année 2013 et des pénalités correspondantes doivent dès lors être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. et Mme B demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et Mme A B ainsi qu'au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Rohmer, président,
Mme Dousset, première conseillère,
M. Lenoir, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe 18 octobre 2023.
Le rapporteur,
A. LENOIR
Le président,
B. ROHMERLa greffière,
S. CAILLIEU-HELAIEM
La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-3
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