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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2021971

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2021971

mercredi 29 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2021971
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantCATTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 décembre 2020, la société O10C Group, représentée par Me Cattier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 octobre 2020 par laquelle la direction régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris a rejeté sa demande en date du 23 juillet 2020 de l'agrément prévu au II de l'article 209 du code général des impôts pour le transfert des déficits se rattachant à l'activité de la société Tifali ;

2°) d'enjoindre à l'administration fiscale de procéder au réexamen de sa demande d'agrément dans un délai de deux mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

-l'administration a commis une erreur de droit en excluant les holdings ayant une activité d'animation et de prestations de service auprès de leurs filiales du champ d'application de l'agrément ;

-le d) du II l'article 209 du code général des impôts ne fait pas obstacle à la délivrance d'un agrément lorsque le déficit provient d'autres activités que celles de gestion d'un patrimoine mobilier mené par une holding ;

-les déficits litigieux ont été générés par une activité d'animation de groupe, qui ne se rattache pas à la gestion d'un patrimoine immobilier et constitue une activité commerciale à part entière.

Une mise en demeure a été adressée à la direction régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris le 9 mai 2022.

Par une ordonnance du 21 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 juillet 2023 à 12:00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

-le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Dousset,

-et les conclusions de M. Guiader, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société O10C Group a présenté, le 24 juillet 2020, une demande d'agrément auprès de l'administration fiscale afin de pouvoir bénéficier, en application des dispositions du II de l'article 209 du code général des impôts, du report du déficit de la société Tifali, dans le cadre de la fusion-absorption de cette société à son profit. Par une décision du 29 octobre 2020, dont la société requérante demande l'annulation, l'administration fiscale a rejeté cette demande.

2. Aux termes du II de l'article 209 du Code général des impôts, dans sa rédaction en vigueur au moment des faits : " () / II. En cas de fusion ou opération assimilée placée sous le régime de l'article 210 A, les déficits antérieurs et la fraction d'intérêts mentionnée au sixième alinéa du 1 du II de l'article 212 non encore déduits par la société absorbée ou apporteuse sont transférés, sous réserve d'un agrément délivré dans les conditions prévues à l'article 1649 nonies, à la ou aux sociétés bénéficiaires des apports, et imputables sur ses ou leurs bénéfices ultérieurs dans les conditions prévues respectivement au troisième alinéa du I et au sixième alinéa du 1 du II de l'article 212. / En cas de scission ou d'apport partiel d'actif, les déficits transférés sont ceux afférents à la branche d'activité apportée. / L'agrément est délivré lorsque : / a. L'opération est justifiée du point de vue économique et obéit à des motivations principales autres que fiscales ; / b) L'activité à l'origine des déficits ou des intérêts dont le transfert est demandé n'a pas fait l'objet par la société absorbée ou apporteuse, pendant la période au titre de laquelle ces déficits et ces intérêts ont été constatés, de changement significatif, notamment en termes de clientèle, d'emploi, de moyens d'exploitation effectivement mis en œuvre, de nature et de volume d'activité ; / c) L'activité à l'origine des déficits ou des intérêts dont le transfert est demandé est poursuivie par la ou les sociétés absorbantes ou bénéficiaires des apports pendant un délai minimal de trois ans, sans faire l'objet, pendant cette période, de changement significatif, notamment en termes de clientèle, d'emploi, de moyens d'exploitation effectivement mis en œuvre, de nature et de volume d'activité ; / d) Les déficits et intérêts susceptibles d'être transférés ne proviennent ni de la gestion d'un patrimoine mobilier par des sociétés dont l'actif est principalement composé de participations financières dans d'autres sociétés ou groupements assimilés ni de la gestion d'un patrimoine immobilier () ".

3. Il ressort des termes mêmes du d) du II de l'article 209 du code général des impôts que, s'agissant des sociétés dont l'actif est principalement composé de participations financières, ce qui est le cas des sociétés holdings, le bénéfice du dispositif de transfert de déficit sur agrément prévu au II de cet article n'est exclu que pour les seuls déficits provenant de la gestion du patrimoine mobilier ou immobilier de telles sociétés. Ces dispositions ne font donc pas obstacle à la délivrance de l'agrément pour les déficits qui proviennent d'autres activités exercées par les sociétés holdings. Pour l'application de ces dispositions, les déficits qui proviennent de la " gestion d'un patrimoine mobilier " ne peuvent s'entendre, à défaut de toute autre précision légale, que des déficits qui sont attachés à l'acquisition, la détention, la gestion ou la cession de participations, et non des déficits qui résulteraient des prestations d'animation rendues par une société holding animatrice de groupe ou qui résulteraient de la fourniture de services administratifs, financiers, commerciaux et techniques par une société holding mixte à ses filiales.

4. En l'espèce, il est constant que la société Tifali, dont la société O10C Group souhaitait transférer les déficits dans le cadre de l'agrément qu'elle avait sollicité, exerçait une activité de société holding animatrice. Il s'ensuit que l'agrément prévu par ces dispositions ne pouvait être refusé à la société requérante au motif que, du seul fait de la nature de société holding de la société Tifali, les déficits générés par l'activité d'animation de ses filiales devaient être regardés comme provenant d'une activité de gestion de son patrimoine mobilier. Dès lors, la société requérante est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. L'exécution du présent jugement implique que la demande d'agrément de la SA O10C Group soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au ministre délégué chargé des comptes publics de procéder à ce réexamen dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à la société O10C Group au titre de frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E

Article 1er : La décision du 29 octobre 2020 par laquelle l'administration fiscale a refusé à la société O10C Group l'agrément prévu au II de l'article 209 du code général des impôts est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre délégué chargé des comptes publics de procéder au réexamen de la demande de la SA O10C Group dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à la SA O10C Group la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société O10C Group et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rohmer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Lenoir, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2023.

La rapporteure,

A. DOUSSET

Le président,

B. ROHMER

La greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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