jeudi 23 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2022559 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CABOUCHE, GABRIELLI, MARQUET (SELARL) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 29 décembre 2020, 10 juin 2022, 16 juin 2022 et 18 juillet 2022, la société Verre et Metal, représentée par Me Marquet (SELARL Cabouche et Marquet) demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de la décharger de l'obligation de payer les sommes mises à sa charge par le décompte général qui lui a été notifié le 1er avril 2016 au titre du solde du lot n°1 du marché public de travaux portant sur la réhabilitation du bâtiment B, siège du Port autonome de Paris, relatif à la réfection des façades ;
2°) de condamner le grand port fluvio-maritime de l'axe Seine, venant aux droits du Port autonome de Paris, à lui verser une indemnité globale de 410 104, 04 euros, soit :
- la somme de 131 842, 37 euros hors taxe en réparation de sa perte de marge sur chiffre d'affaires,
- la somme de 114 839, 72 euros hors taxe en réparation de ses frais de stockage de fournitures pendant la période d'arrêt du chantier jusqu'au 25 mars 2013,
- la somme de 130 698, 48 euros hors taxe en réparation des surcoûts liés au maintien de ses moyens matériels et humains pendant la période d'arrêt du chantier et de mise en régie,
- la somme de 14 635 euros en réparation des frais d'avocat qu'elle a exposés,
- la somme de 18 088, 47 euros au titre de frais d'expertise judiciaire qu'elle a exposés ;
3°) de mettre à la charge du grand port fluvio-maritime de l'axe Seine, in solidum avec toutes autres parties perdantes, la somme de 18 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge du grand port fluvio-maritime de l'axe Seine, in solidum avec toutes autres parties perdantes, les entiers dépens ;
5°) de rejeter les conclusions présentées contre elle par les autres parties.
Elle soutient que :
- seule la prescription quadriennale de la loi du 31 décembre 1968, qui n'est pas invoquée par la personne publique concernée, serait applicable à son action et celle-ci n'est pas prescrite ;
- le délai raisonnable d'exercice de l'action fondé sur le principe de sécurité juridique n'est pas opposable à son recours de plein contentieux contractuel dont les délais sont fixés par le CCAG Travaux et les règles de prescription ;
- la retenue effectuée au titre du marché de substitution d'un montant de 1 590 503 euros HT, majoré de la somme de 1 537, 81 euros HT relative à la révision du prix, n'est pas justifiée dès lors, d'une part, que la mise en régie des travaux n'était pas justifiée, d'autre part, que le marché de substitution n'est pas identique au marché initial qu'elle a conclu et ne porte donc pas sur l'achèvement des prestations de ce marché ;
- elle ne pouvait pas sous-traiter, en cours d'exécution du contrat, les travaux de retrait et d'encapsulage d'amiante dès lors qu'elle aurait dû, dès l'appel d'offres, prévoir la sous-traitance de ces travaux ;
- la retenue de 7 400 euros HT relative aux pénalités de retard n'est pas justifiée dès lors que le retard du chantier est imputable à la requalification de l'amiante en matériau friable que le maître d'ouvrage s'est obstiné à refuser et au remplacement du maître d'œuvre à compter seulement du 13 avril 2011 lequel a modifié la méthodologie de traitement des produits contenant de l'amiante ;
- la retenue pratiquée au titre des surcoûts que représente l'exécution du marché de substitution n'est pas justifiée dès lors que ce marché n'est pas identique au marché initial et ne porte pas sur la même prestation que celle qui faisait l'objet de ce marché ;
- le remboursement des avances payées en contrepartie des prestations exécutées n'est pas non plus justifié dès lors qu'elle a exécuté ces prestations à concurrence d'un état d'avancement de 986 866, 39 euros HT, ce qui correspond à 68 % des prestations du marché, de sorte que le surcoût des prestations restant à achever aurait dû s'élever à la somme de 470 865, 61 euros HT ;
- elle est fondée à réclamer une indemnité au titre de la perte de marge sur son chiffre d'affaires compte tenu de la mise en régie injustifiée, évaluée à la somme de 131 842, 37 euros HT ;
- elle est fondée à réclamer une indemnité au titre des frais de stockage du matériel jusqu'au mois de mars 2013 à hauteur de la somme de 114 839, 72 euros HT ;
- elle est fondée à réclamer une indemnité au titre des frais de maintien de ses moyens matériels et humains pendant l'arrêt du chantier et la mise en régie à hauteur de la somme de 130 698, 48 euros HT ;
- elle est fondée à solliciter le remboursement des frais d'expertise dont elle s'est acquittée à hauteur de la somme de 18 088, 47 euros HT ;
- elle est fondée à solliciter le remboursement des frais de conseil dont elle s'est acquittée indépendamment de la présente procédure à hauteur de la somme de 14 635 euros HT.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 1er octobre 2021, 13 mai 2022, 24 juin 2022 et 25 août 2022, le grand port fluvio-maritime de l'axe Seine, venant aux droits du Port autonome de Paris, représenté par Me Cabanes (SELARL Cabinet Cabanes Avocats), conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à la condamnation solidaire des sociétés Global, Qualiconsult, Bureau Veritas, SA Peltier et des liquidateur et administrateur judiciaires de cette société, Me Laurent Mayon et Me Vincent Mequinion, à la garantir de toutes condamnations mises à sa charge, enfin, à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société Verre et Metal au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- à titre principal, la requête est tardive, en vertu du principe de sécurité juridique, dès lors qu'elle a été introduite plus de quatre ans après la décision implicite de rejet de la réclamation du 13 mai 2016 ;
- les demandes de la société Verre et Metal ne sont pas fondées dès lors, premièrement, que la société a interrompu puis refusé de reprendre l'exécution du marché sans motif légitime, deuxièmement, que la solution d'encapsulage évoquée par le rapport d'expertise du 3 avril 2011 ne modifiait pas significativement les conditions d'exécution du marché, troisièmement, que les difficultés rencontrées dans l'exécution du marché ne sont pas imputables à une faute personnelle qu'elle aurait commise, quatrièmement, que la mise en régie était justifiée, cinquièmement, que le marché de substitution est justifié par la pose de nouvelles façades ;
- l'exécution du marché n'était pas impossible dès lors que la société aurait pu sous-traiter les prestations d'encapsulage à une société qualifiée et agréée ;
- à titre subsidiaire, elle est fondée à demander à être garantie solidairement par les sociétés Global, Qualiconsult, Bureau Veritas, SA Peltier et les liquidateur et administrateur judiciaires de cette société, Me Laurent Mayon et Me Vincent Mequinion ;
- elle justifie de sa qualité pour agir et de la capacité de M. E à la représenter en justice en vertu de l'article 1er de l'ordonnance n° 2021-614 et du décret n° 2021-618 relatifs à la fusion du port autonome de Paris et des grands ports maritimes du Havre et de Rouen en un établissement public unique ;
- seul le délai de prescription de dix ans prévu à l'article 1792-4-3 du code civil est applicable aux actions en responsabilité dirigées par le maître de l'ouvrage contre les constructeurs et leurs sous-traitants.
Par un mémoire, enregistré le 15 décembre 2021, la société Qualiconsult, représentée par Me Mauduy-Dolfi (SCP Raffin et Associés), conclut, à titre principal, au rejet de la requête et des conclusions aux fins de garantie présentées à son encontre par le grand port fluvio-maritime de l'axe Seine, à titre subsidiaire, à la condamnation solidaire des sociétés Global, Bureau Veritas, SA Peltier et des liquidateur et administrateur judiciaires, Me Mayon et Me Mequinion, à la garantir de toute condamnation mise à sa charge, et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge du grand port fluvio-maritime de l'axe Seine au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, la demande de paiement présentée par la société Verre et Metal est tardive dès lors que celle-ci a eu connaissance du rapport d'expertise relatif à l'évaluation des préjudices financier et matériel allégués lors de la remise du rapport d'expertise le 3 avril 2011 ;
- la demande en garantie est irrecevable dès lors que le grand port fluvio-maritime de l'axe Seine ne justifie pas de sa qualité pour agir en lieu et place du port autonome de Paris ;
- la demande en garantie est irrecevable faute pour le grand port fluvio-maritime de l'axe Seine de justifier d'une autorisation pour agir en justice ;
- la demande en garantie est irrecevable dès lors que son intervention s'achève contractuellement à l'expiration du délai de garantie de parfait achèvement et que les relations contractuelles avec le grand port fluvio-maritime de l'axe Seine ont pris fin ;
- la demande en garantie est prescrite dès lors qu'aucune action n'a été introduite par le grand port fluvio-maritime de l'axe Seine dans le délai d'action de cinq ans à compter du dépôt du rapport de l'expert en 2011 ni du dépôt du nouveau rapport ;
- la demande en garantie présentée à son encontre est infondée dès lors, d'une part, qu'elle n'a aucun lien juridique avec la société Verre et Metal et se trouve étrangère à la relation contractuelle entre cette société et le maître d'ouvrage, d'autre part, que la responsabilité du contrôleur technique ne peut être engagée que dans les limites des missions souscrites par le maître d'ouvrage ; or le maître d'ouvrage n'a souscrit aucune mission de diagnostic amiante auprès d'elle ;
- à titre subsidiaire, les demandes de la société Verre et Metal sont infondées dès lors qu'aucune cause légitime d'interruption du chantier n'est établie ;
- elle ne peut pas faire l'objet d'une condamnation solidaire dans la mesure où, en application de l'ordonnance n° 2005-658 du 8 juin 2005, sa responsabilité est limitée aux missions définies par le contrat et doit être limitée à la seule quote-part de responsabilité retenue à son encontre ;
- elle est fondée, le cas échéant, conformément aux principes dont s'inspirent les articles 1240 et 1231-1 du code civil, à être entièrement relevée et garantie des condamnations mises à sa charge par la société Bureau Veritas, la société SA Peltier et par Me Mayon et Me Mequinion.
Par un mémoire, enregistré le 13 mai 2022, la société Bureau Veritas Exploitation, venant aux droits de la société Bureau Veritas, représentée par Me Draghi-Alonso (SELARL Draghi-Alonso), demande la mise hors de cause de la société Bureau Veritas et conclut, à titre principal, au rejet de la requête et des conclusions aux fins de garantie présentées à son encontre, à titre subsidiaire, à la condamnation in solidum des sociétés Verre et Metal, Global, Qualiconsult, SA Peltier, des liquidateur et administrateur judiciaires, Me Mayon et Me Mequinion, et du grand port fluvio-maritime de l'axe Seine à la garantir de toute condamnation mise à sa charge, et à ce qu'une somme de 20 000 euros soit mise à la charge solidaire des parties perdantes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- à titre principal, la requête de la société Verre et Metal est prescrite en application des articles 2224 et 2239 du code civil dès lors que celle-ci disposait d'un délai de cinq ans à compter du dépôt du rapport de l'expert judiciaire le 3 avril 2011 pour introduire son action contre le maître d'ouvrage au titre des préjudices matériel et financier allégués ;
- les demandes en garantie présentées à son encontre sont prescrites en application de l'article 2224 du code civil dès lors que les participants aux travaux avaient connaissance des faits leur permettant d'exercer leur action en réparation dès le 12 décembre 2007, date à laquelle elle a établi un rapport de visite complémentaire ; en outre, le maître d'ouvrage ne lui a adressé aucune réclamation dans le délai de cinq ans à compter de l'établissement du décompte général et définitif le 25 mars 2016 ;
- les demandes du grand port fluvio-maritime de l'axe Seine sont irrecevables en l'absence de justification de sa qualité pour agir ;
- à titre subsidiaire, sa responsabilité ne peut être engagée du fait des inexécutions contractuelles réciproques de la société Verre et Metal et du grand port fluvio-maritime de l'axe Seine ;
- aucune faute dans l'exécution de ses obligations contractuelles n'est établie ;
- à titre subsidiaire, elle est fondée à demander à être garantie intégralement in solidum par les sociétés Verre et Metal, Global, Qualiconsult, SA Peltier et par Me Mayon, Me Mequinion et M. C, architecte, sur le fondement des articles 1231-1 et 1240 du code civil.
Par une ordonnance du 29 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 29 septembre 2022 à 12 heures.
Par une lettre du 25 janvier 2023, le tribunal a demandé au grand port fluvio-maritime de l'axe Seine et à la société Verre et Metal, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, de verser au dossier, pour compléter l'instruction, les ordonnances portant liquidation et taxation des frais des expertises ordonnées par les ordonnances du juge des référés n° 0900373 du 20 avril 2009 et n° 1314960 du 22 octobre 2013.
La requête a été communiquée aux sociétés Global et SA Peltier, à Me Mequinion et à Me Mayon qui n'ont pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de la santé publique ;
- le code du travail ;
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- l'ordonnance n° 2021-614 du 19 mai 2021 ;
- le décret n° 76-87 du 21 janvier 1976 ;
- le décret n° 2021-618 du 19 mai 2021 ;
- l'arrêté du 22 août 2002 relatif aux consignes générales de sécurité du dossier technique amiante, au contenu de la fiche récapitulative et aux modalités d'établissement du repérage, pris pour l'application de l'article 10-3 du décret n° 96-97 du 7 février 1996 modifié ;
- l'arrêté du 22 février 2007 définissant les travaux de confinement et de retrait de matériaux non friables contenant de l'amiante présentant des risques particuliers en vue de la certification des entreprises chargées de ces travaux ;
- l'arrêté du 22 février 2007 définissant les conditions de certification des entreprises réalisant des travaux de retrait ou de confinement de matériaux contenant de l'amiante ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de Mme Privet, rapporteure publique,
- les observations de Me Rivaille, représentant la société Verre et Metal, de Me Cabanes, représentant le grand port fluvio-maritime de l'axe Seine et de Me Proffit, représentant la société Qualiconsult.
Une note en délibéré, présentée pour le grand port fluvio-maritime de l'axe Seine, a été enregistrée le 10 février 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Par un acte d'engagement signé le 12 juillet 2007, le port autonome de Paris, établissement public de l'Etat aux droits duquel est venu le grand port fluvio-maritime de l'axe Seine (ci-après " Haropa Port "), a attribué à la société Verre et Metal, qui était par ailleurs mandataire du groupement d'entreprises titulaires des deux autres lots du marché, le lot n°1, " réfection des façades ", d'un marché public de travaux portant sur la réhabilitation de son siège situé quai de Grenelle dans le 15ème arrondissement de Paris, pour un prix global et forfaitaire de 1 457 732 euros HT. Avant la réalisation des travaux, qui impliquaient notamment la dépose des vitrages des fenêtres de la façade, il a été constaté la présence d'amiante " compacte " dans les mastics des fenêtres, par un premier rapport établi le 10 juillet 2006 par la société Bureau Veritas, aux droits de laquelle est venue la société Bureau Veritas Exploitation. Toutefois, un second rapport établi après l'engagement des travaux, le 12 décembre 2007, par ce même diagnostiqueur, a constaté la désagrégation de l'amiante présente dans les mastics de vitrage lors des démontages de ceux-ci. Estimant que cette requalification des matériaux amiantés faisait obstacle à la poursuite du chantier dans les conditions prévues par le marché, la société Verre et Metal a interrompu les travaux. Informée de l'intention de l'administration de prononcer la mise en régie de ses travaux pour abandon de chantier, la société a ensuite saisi le juge des référés de ce tribunal d'une demande d'expertise au mois de janvier 2009. L'expert désigné par une ordonnance n° 0900373 du 20 avril 2009 a déposé son rapport le 3 avril 2011.
2. A la suite du dépôt de ce rapport d'expertise puis du remplacement du maître d'œuvre, en raison du décès du représentant de la société Peltier SA qui était jusqu'alors titulaire du marché de maîtrise d'œuvre, une nouvelle méthodologie propre au traitement de l'amiante dite friable a été préconisée par le maître d'œuvre. La société Verre et Metal, estimant que cette nouvelle méthodologie excédait les prévisions du marché, n'a pas repris le chantier. Le 12 décembre 2012, après avoir mis la société en demeure de reprendre l'exécution des travaux, le port autonome de Paris lui a notifié sa décision du 26 novembre 2012 de mise en régie, à ses frais et risques, des travaux nécessaires pour terminer le chantier. Le port autonome de Paris a ensuite conclu un marché de substitution avec la société S.E.T Environnement le 15 octobre 2013, dont les travaux ont été réceptionnés le 25 juillet 2014 et les réserves levées le 27 juillet 2015. Il a, dans le même temps, sollicité la désignation d'un expert aux fins de constater la dégradation des éléments de façade conservés puis livrés par la société Verre et Metal pendant l'interruption du chantier. L'expert désigné par une ordonnance n° 1214960 du juge des référés du tribunal du 22 octobre 2013 a remis son rapport le 24 janvier 2014.
3. Le 1er avril 2016, le port autonome de Paris a notifié à la société Verre et Metal, le décompte général du marché, faisant état d'un solde débiteur de 1 128 575, 20 euros (1 354 290, 24 euros TTC), après déduction, d'une part, du montant du marché de substitution (1 590 503 euros HT) majoré d'une révision de prix (1 537, 81 euros HT), d'autre part, des pénalités de retard (7 400 euros HT), enfin, du montant des acomptes déjà versés (986 866, 39 euros HT). Par un mémoire en réclamation remis le 17 mai 2016, la société Verre et Metal a contesté le décompte général du marché et sollicité le versement d'une indemnité de 410 104, 04 euros, au titre de la perte de marge sur son chiffre d'affaires du fait de la mise en régie, des frais de stockage des fournitures, des dépenses en moyens matériels et humains pendant l'arrêt du chantier et des frais de conseil et d'expertise qu'elle a exposés. Le port autonome de Paris n'a pas donné suite à cette réclamation mais a notifié à la société, le 22 décembre 2020, un titre de perception d'un montant de 1 354 290, 24 euros TTC correspondant au solde du marché.
4. Par la présente requête, la société Verre et Metal demande au tribunal, d'une part, de la décharger de l'obligation de payer les sommes mises à sa charge par le décompte général notifié le 1er avril 2016, d'autre part, de condamner Haropa Port à lui verser une indemnité globale de 410 104, 04 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait des fautes commises par son cocontractant.
Sur les fins de non-recevoir tirées de la tardiveté de la requête :
5. D'une part, il est constant qu'aucun délai contractuel de forclusion n'était opposable aux demandes de la société Verre et Metal dès lors que le maître de l'ouvrage n'avait notifié aucune décision à la société après réception, le 17 mai 2016, de son mémoire en réclamation contestant le décompte général et sollicitant une indemnité.
6. D'autre part, il résulte du principe de sécurité juridique que le destinataire d'une décision administrative individuelle qui a reçu notification de cette décision ou en a eu connaissance dans des conditions telles que le délai de recours contentieux ne lui est pas opposable doit, s'il entend obtenir l'annulation ou la réformation de cette décision, saisir le juge dans un délai raisonnable, qui ne saurait, en règle générale et sauf circonstances particulières, excéder un an. Toutefois, cette règle ne trouve pas à s'appliquer aux litiges relatifs au règlement financier d'un marché et aux recours tendant à la mise en jeu de la responsabilité d'une personne publique. La prise en compte de l'objectif de sécurité juridique, qui implique notamment que ne puissent être remises en cause indéfiniment des situations consolidées par l'effet du temps, est alors assurée, à défaut de stipulation contractuelle invoquée par les parties, par les règles de prescription prévues par la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics.
7. Il en résulte qu'en l'espèce la société Verre et Metal est recevable à contester, au-delà du délai raisonnable d'un an, le décompte général du marché qui lui a été notifié le 1er avril 2016 et à solliciter une indemnité. Par suite, les fins de non-recevoir tirées de la tardiveté de la requête opposées par Haropa Port et par la société Qualiconsult doivent être écartées.
Sur les exceptions de prescription opposées par les sociétés Bureau Veritas et Qualiconsult :
8. D'une part, aux termes de l'article 2223 du code civil : " Les dispositions du présent titre ne font pas obstacle à l'application des règles spéciales prévues par d'autres lois ". Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. Sont prescrites, dans le même délai et sous la même réserve, les créances sur les établissements publics dotés d'un comptable public ". Il résulte de ces dispositions que, indépendamment du délai de prescription quinquennal de droit commun fixé par l'article 2224 du code civil, la règle de prescription quadriennale posée par la loi du 31 décembre 1968 constitue une règle spécialement applicable aux créances détenues sur un établissement public de l'Etat doté d'un comptable public. Il suit de là que la société Bureau Veritas ne peut utilement invoquer la prescription quinquennale prévue à l'article 2224 du code civil, qui n'est pas applicable à la créance que la société requérante détient sur Haropa Port.
9. D'autre part, la société Qualiconsult, qui n'a pas reçu une délégation ou un mandat de l'autorité compétente de Haropa Port, n'est pas habilitée à opposer l'exception de prescription quadriennale aux conclusions de la société requérante tendant à la condamnation de cet établissement public à l'indemniser. Par suite, l'exception de prescription quadriennale invoquée par la société Qualiconsult n'est, en tout état de cause, pas valablement opposée.
Sur la contestation du décompte général :
En ce qui concerne le bien-fondé de la décision de mise en régie :
10. Il résulte des règles générales applicables aux contrats administratifs que le maître d'ouvrage de travaux publics qui a vainement mis en demeure son cocontractant d'exécuter les prestations qu'il s'est engagé à réaliser conformément aux stipulations du contrat, dispose de la faculté de faire exécuter celles-ci, aux frais et risques de son cocontractant, par une entreprise tierce ou par lui-même. La mise en régie, destinée à surmonter l'inertie, les manquements ou la mauvaise foi du cocontractant lorsqu'ils entravent l'exécution d'un marché de travaux publics, peut être prononcée même en l'absence de toute stipulation du contrat le prévoyant expressément, en raison de l'intérêt général qui s'attache à l'achèvement d'un ouvrage public. La mise en œuvre de cette mesure coercitive, qui revêt un caractère provisoire, qui peut porter sur une partie seulement des prestations objet du contrat et qui n'a pas pour effet de rompre le lien contractuel existant entre le maître d'ouvrage et son cocontractant, ne saurait être subordonnée à une résiliation préalable du contrat par le maître d'ouvrage. Le cocontractant défaillant doit être mis à même de suivre l'exécution du marché de substitution ainsi conclu afin de lui permettre de veiller à la sauvegarde de ses intérêts, les montants découlant des surcoûts supportés par le maître d'ouvrage en raison de l'achèvement des travaux par un nouvel entrepreneur étant à sa charge.
11. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la présence d'amiante dans les mastics des vitrages des façades à déposer a été signalée avant le commencement des travaux, le rapport établi le 10 juillet 2006 par la société Bureau Veritas relevant des produits amiantés d'aspect " compact-marron " présents sur une surface " en bon état ". Compte tenu de ce diagnostic, les prévisions initiales du marché ont exclu toute manipulation spécifique relative au traitement des matériaux amiantés, à l'exception de celle relative au traitement et à l'évacuation des déchets dangereux. De même, les certifications propres aux travaux de confinement ou de retrait de matériaux friables contenant de l'amiante, alors prévues par l'article R. 231-59 du code du travail et par les arrêtés du 22 février 2007 susvisés, n'ont pas été exigées du titulaire du marché.
12. Or il résulte de l'instruction, en particulier du rapport établi par la société Bureau Veritas le 12 décembre 2007 et de la lettre rédigée le même jour par la société O.M.C présente lors du contrôle, qu'il a été constaté, dès le mois de décembre 2007, que les matériaux contenant de l'amiante étaient en réalité " dégradés localement " et que les " mastics de vitrage se désagrége[aient] lorsqu'on les sollicit[ait] mécaniquement (chocs et vibrations sur les vitrages) lors des démontages. Des morceaux et poussières de mastic ont pu être observés dans les polyanes des confinements mis en place lors des phases de démontages ". Face à ce constat, la société O.M.C a ainsi préconisé la requalification de l'opération en démantèlement de produit contenant de l'amiante nécessitant l'intervention d'une entreprise agréée et possédant la qualification requise, avec élaboration d'un programme et de prescriptions par un maître d'œuvre spécialisé. Le rapport d'expertise du 3 avril 2011 confirme que le " mastic est fendillé [de sorte] que lors du remplacement de vitre brisée, les sollicitations physiques-vibrations rendent le mastic friable " et que " sous la sollicitation des vibrations transmises lors du démontage des panneaux de façades il y a inévitablement des fibres dans l'air, tant pour la face extérieure, et dans ce cas c'est l'opérateur d'entreprise qui inhale les poussières émises, que pour les salariés de l'établissement pour la face intérieure ".
13. Il est vrai que l'expert a néanmoins relevé, dans son rapport remis au mois d'avril 2011, que, d'un point de vue technique, la méthodologie prévue par l'entreprise, consistant en la dépose des fenêtres sans démontage des vitres de leurs châssis, demeurait envisageable, sans qualification particulière, sous réserve de prévoir un " encapsulage " des joints pour conserver le matériau en place sans dissémination. Cependant, il résulte de l'instruction que, jusqu'au dépôt du rapport de l'expert et en dépit des constatations faites dès le mois de décembre 2007 remettant sérieusement en cause l'analyse initiale relative à la nature de l'amiante présente dans les mastics des vitrages, ni le maître d'œuvre ni le maître de l'ouvrage n'ont précisé leur analyse ou préconisé des mesures spécifiques pour éviter la dissémination de l'amiante lors du retrait des matériaux en cause. Dans ces conditions, il ne saurait être reproché à la société Verre et Metal de ne pas avoir d'elle-même eu recours à la solution d'encapsulage évoquée, pour la première fois, dans le rapport de l'expert judiciaire au mois d'avril 2011. Par suite, et compte tenu des obligations découlant de la requalification de l'amiante contenue dans les mastics des vitrages en raison du risque pour la santé des personnes présentes sur le chantier et dans le bâtiment en cause, il ne saurait être reproché à la société Verre et Metal d'avoir interrompu les travaux entre le mois de décembre 2007 et la remise du rapport de l'expert au mois d'avril 2011.
14. Quant au refus de la société Verre et Metal de reprendre les travaux à compter du mois d'avril 2011, il est constant qu'à la date à laquelle l'administration a exigé la reprise des travaux, le nouveau maître d'œuvre désigné avait défini une nouvelle méthodologie adaptée au retrait des produits amiantés exigeant une certification spécifique dont la société Verre et Metal était dépourvue. Si, comme Haropa Port le fait valoir, les travaux pouvaient néanmoins être confiés à un sous-traitant agréé, il résulte de l'instruction, notamment du mémoire adressé par la société Verre et Metal le 11 octobre 2012 en réponse à la mise en demeure préalable à la mise en régie, que celle-ci a proposé un sous-traitant, la société DBS, au maître de l'ouvrage au mois de décembre 2011, suivant un devis de 137 747 euros HT auquel il n'a pas été donné suite, alors au demeurant que ce devis est significativement inférieur au montant des travaux d'installation et de désamiantage prévus par le marché de substitution conclu par la suite par le maître de l'ouvrage à hauteur de la somme de 330 870 euros HT. Les allégations de l'administration selon lesquelles la société Verre et Metal aurait en réalité renoncé à soumettre un sous-traitant à son agrément ne sont étayées par aucune pièce alors qu'outre le mémoire du 11 octobre 2012 de la société, celui du 12 décembre 2012 contestant la mise en régie rappelle également la proposition de la société de confier les travaux en sous-traitance à la société DBS. Dans ces conditions, il n'est pas établi que la défaillance de la société Verre et Metal justifiait la mise en régie des travaux le 26 novembre 2012.
15. Il résulte de ce qui précède que la mesure de mise en régie n'étant pas fondée, aucun surcoût résultant de cette mesure ne peut être mis à la charge de la société Verre et Metal.
En ce qui concerne la contestation du montant du marché de substitution :
16. Dès lors que, ainsi qu'il a été dit précédemment, aucun surcoût résultant de la mesure de mise en régie ne peut être mis à la charge de la société Verre et Metal, celle-ci est fondée à soutenir qu'elle doit être déchargée du montant du marché de substitution conclu le 15 octobre 2013 par le port autonome de Paris avec la société S.E.T Environnement à hauteur de la somme de 1 590 503 euros HT, de même que du montant de la révision de prix de 1 537, 81 euros HT.
En ce qui concerne la contestation des pénalités de retard :
17. Il résulte de ce qui a été énoncé aux points 11 à 14 du présent jugement que le retard dans l'exécution des travaux n'est pas imputable à la société Verre et Metal. Dans ces conditions, cette dernière est fondée à soutenir qu'elle doit être déchargée des pénalités de retard d'un montant de 7 400 euros HT qui ont été mises à sa charge et dont le montant n'est au demeurant aucunement justifié.
En ce qui concerne la contestation relative au remboursement des acomptes :
18. Il résulte de l'instruction que le décompte fait apparaître, au débit de la société, la somme de 986 866, 39 euros correspondant au montant des acomptes versés avant l'interruption du chantier au titre des prestations réalisées entre les mois d'août 2007 et juin 2008. Dès lors qu'aucun élément n'est apporté par le maître d'ouvrage pour établir que les prestations réalisées ne justifiaient en réalité pas les sommes versées, la société Verre et Metal est fondée à soutenir que c'est à tort que la somme de 986 866, 39 euros lui est réclamée dans le cadre du décompte général.
En ce qui concerne les frais de stockage :
19. La société Verre et Metal sollicite une indemnité de 114 839, 72 euros HT en réparation des frais de stockage des éléments de façade qu'elle a dû conserver jusqu'au 27 mars 2013. Toutefois, il résulte de l'instruction, en particulier des rapports établis par le maître d'œuvre les 20 février 2013 et 27 mars 2013, du constat d'huissier établi également le 27 mars 2013 et du rapport d'expertise déposé le 24 janvier 2014 qui constate l'état des éléments livrés par la société Verre et Metal à la suite de la mise en régie des travaux, qu'un grand nombre de matériaux et d'éléments de façade livrés par la société le 27 mars 2013 étaient dans un état détérioré et qu'il manquait du matériel pour achever le projet. La circonstance que les conditions de stockage, par le port autonome, de ces éléments à compter du mois de mars 2013 aurait contribué à leur dégradation ne remet pas en cause le constat selon lequel l'état et le nombre des éléments livrés par la société ne permettaient pas la poursuite du chantier. Le marché de substitution a d'ailleurs dû intégrer les prestations de fournitures des éléments de façade à la charge du nouveau titulaire. Dans ces conditions, la société Verre et Metal n'est pas fondée à solliciter une indemnité couvrant les frais de stockage des éléments qui n'auraient, en tout état de cause, pas pu servir, pour l'achèvement des travaux.
En ce qui concerne la perte de marge invoquée :
20. La société Verre et Metal soutient qu'en raison de la mise en régie infondée, elle a subi une perte de marge sur son chiffre d'affaires évaluée à la somme de 131 842, 37 euros HT. Toutefois, elle n'apporte aucune justification ni aucun élément étayé permettant d'établir la réalité et le montant d'un manque à gagner sur la marge nette qu'elle aurait engendrée en l'absence de mise en régie des travaux, alors au demeurant qu'ainsi qu'il a été énoncé précédemment, la poursuite du chantier nécessitait de confier une partie des travaux à un sous-traitant et qu'une grande partie du matériel qu'elle devait fournir avait été dégradée par ses conditions de stockage. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à demander le versement d'une indemnité de 131 842, 37 euros HT à ce titre.
En ce qui concerne les frais matériels et humains :
21. La société Verre et Metal sollicite une indemnité globale de 130 698, 48 euros HT correspondant aux frais de maintien de ses moyens matériels et humains sur le chantier pendant son interruption.
22. Il résulte de l'instruction que les frais relatifs aux moyens matériels maintenus sur le chantier jusqu'à la mise en régie des travaux (platelage, balisage électrique, barrières de protection, bungalows, échafaudages, containers de stockage) s'élèvent à la somme non sérieusement contestée de 113 008, 48 euros HT. Ces frais ont été exposés par la société Verre et Metal à la suite de l'interruption du chantier laquelle, ainsi qu'il a été énoncé aux points 13 et 14 du présent jugement, n'est pas imputable à sa défaillance. En outre, il ne résulte d'aucune pièce versée au dossier que dans l'attente de l'issue de la procédure d'expertise en cours puis de la conclusion du marché de substitution, il aurait été demandé à la société Verre et Metal de libérer le chantier. Par suite, elle est fondée à solliciter le versement de la somme de 113 008, 48 euros.
23. En revanche, si la société requérante sollicite également une indemnité de 3 055 euros en réparation de ses " frais de personnel ", la production du bulletin de paie du mois de décembre 2015 de son secrétaire général, qui ne mentionne au demeurant pas cette somme, ne permet pas d'établir la réalité du préjudice invoqué à ce titre.
En ce qui concerne les frais d'avocat et d'expertise :
24. En premier lieu, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens () ".
25. Les frais de justice exposés devant le juge administratif en conséquence directe d'une faute de l'administration sont susceptibles d'être pris en compte dans le préjudice résultant de la faute imputable à celle-ci. Toutefois, lorsque l'intéressé avait qualité de partie à l'instance, la part de son préjudice correspondant à des frais non compris dans les dépens est réputée intégralement réparée par la décision que prend le juge dans l'instance en cause.
26. La société Verre et Metal soutient qu'elle a exposé des frais d'avocat à hauteur de la somme de 14 635 euros HT indépendamment de la présente procédure. Elle produit ainsi des factures d'honoraires d'avocat exposés entre les mois de mai 2008 et janvier 2017, soit au cours des périodes d'interruption du chantier, d'expertise, de mise en régie des travaux et de notification du décompte général du marché. Toutefois, dès lors que ces frais se rapportent au différend opposant la société et le maître de l'ouvrage au sujet de la poursuite du chantier puis de la mise en régie des travaux et de l'établissement du décompte général qui fait l'objet du présent litige, le préjudice invoqué à ce titre est réputé être réparé intégralement par la décision que le juge prend, dans la présente instance, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. La demande indemnitaire présentée à ce titre doit, par suite, être rejetée.
27. En second lieu, aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".
28. Il résulte de ces dispositions que la société Verre et Metal n'est pas fondée à demander une indemnité en réparation des frais d'expertise qu'elle a exposés dès lors que de tels frais relèvent de la décision prise par le tribunal sur les dépens de l'instance.
Sur le solde du marché :
29. Le décompte général et définitif d'un marché de travaux retrace de manière indivisible et intangible les droits et obligations des parties au marché. Parmi les postes du décompte figurent des éléments qui ne présentent aucun caractère indemnitaire, tels les travaux réalisés par l'entreprise et non encore payés ou les conséquences de révisions de prix. Peuvent également y figurer les indemnités correspondant aux divers préjudices subis par le maître de l'ouvrage par la faute de l'entreprise ou réciproquement.
30. Il résulte de ce qui a été dit précédemment qu'il n'y a pas lieu d'inscrire au débit de la société Verre et Metal la somme de 1 590 503 euros HT relative au montant du marché de substitution, la somme de 1 537, 81 euros HT relative à la révision de prix, la somme de 7 400 euros HT au titre des pénalités de retard et la somme de 986 866, 39 euros HT relative aux acomptes versés. En revanche, il y a lieu d'inscrire au crédit de la société Verre et Metal l'indemnité de 113 008, 48 euros correspondant au montant des frais matériels exposés par elle pendant l'interruption du chantier.
31. Ainsi, le solde du marché s'élève à la somme de 113 008, 48 euros en faveur de la société Verre et Metal, qui ne demande pas le paiement d'autres sommes mentionnées au décompte général du marché.
Sur les appels en garantie de Haropa Port :
32. Haropa Port demande la condamnation in solidum du maître d'œuvre, la société SA Peltier, et de ses liquidateur et administrateur judiciaires, Me Laurent Mayon et Me Vincent Mequinion, du contrôleur technique, la société Qualiconsult, du coordonnateur sécurité et protection de la santé, la société Global, et du diagnostiqueur, la société Bureau Veritas, à la garantir des condamnations mises à sa charge.
En ce qui concerne les fins de non-recevoir opposées aux conclusions aux fins de garantie :
33. D'une part, en vertu de l'ordonnance du 19 mai 2021 et du décret du 19 mai 2021 relatifs à la fusion du port autonome de Paris et des grands ports maritimes du Havre et de Rouen en un établissement public unique, le grand port fluvio-maritime de l'axe Seine (Haropa Port) s'est substitué de plein droit au port autonome de Paris dans tous ses droits, obligations et contrats. D'autre part, l'établissement public Haropa Port est régulièrement représenté devant le tribunal par son directeur général délégué, qui dispose d'une délégation de pouvoir à cet effet. Par suite, les sociétés Qualiconsult et Bureau Veritas ne sont pas fondées à soutenir que Haropa Port ne justifie pas de sa qualité et de sa capacité pour agir.
En ce qui concerne les exceptions de prescription opposées aux conclusions aux fins de garantie :
34. Aux termes de l'article 1792-4-3 du code civil : " En dehors des actions régies par les articles 1792-3, 1792-4-1 et 1792-4-2, les actions en responsabilité dirigées contre les constructeurs désignés aux articles 1792 et 1792-1 et leurs sous-traitants se prescrivent par dix ans à compter de la réception des travaux ". Ces dispositions, créées par la loi du 17 juin 2008 portant réforme de la prescription en matière civile, figurant dans une section du code civil relative aux devis et marchés et insérées dans un chapitre consacré aux contrats de louage d'ouvrage et d'industrie, ont vocation à s'appliquer aux actions en responsabilité dirigées par le maître de l'ouvrage contre les constructeurs ou leurs sous-traitants.
35. Il en résulte que les sociétés Qualiconsult et Bureau Veritas, qui ont la qualité de constructeurs, ne peuvent pas utilement se prévaloir de la prescription quinquennale de l'article 2224 du code civil à l'encontre des conclusions aux fins de garantie présentées par le maître de l'ouvrage. Au surplus, il est constant que la réception des travaux est intervenue le 25 juillet 2014, soit, en tout état de cause, avant l'expiration du délai de prescription de dix ans opposable à ces deux constructeurs.
En ce qui concerne le bien-fondé de l'appel en garantie dirigé contre la société Qualiconsult :
36. Aux termes de l'article L. 111-23 du code de la construction et de l'habitation, alors applicable : " Le contrôleur technique a pour mission de contribuer à la prévention des différents aléas techniques susceptibles d'être rencontrés dans la réalisation des ouvrages. Il intervient à la demande du maître de l'ouvrage et donne son avis à ce dernier sur les problèmes d'ordre technique, dans le cadre du contrat qui le lie à celui-ci. Cet avis porte notamment sur les problèmes qui concernent la solidité de l'ouvrage et la sécurité des personnes ".
37. Il résulte de ces dispositions que les responsabilités qui incombent au contrôleur technique dépendent des missions qui lui sont contractuellement fixées. Or il résulte de l'instruction que parmi les missions " LP, LE, STIb, TH, F : solidité des ouvrages et éléments d'équipement dissociables et indissociables, solidité des existants, sécurité des personnes dans les bâtiments à usage de bureaux, isolation thermique et économie d'énergie, fonctionnement des installations " confiées à la société Qualiconsult, aucune n'incluait les risques liés à l'exposition à l'amiante. La circonstance, relevée par le rapport d'expertise du 3 avril 2011, selon laquelle cette société disposait néanmoins d'une compétence en matière de diagnostic " amiante " n'est pas de nature à la rendre responsable, en l'absence de mission contractuellement confiée à ce titre, des aléas d'exécution survenus en raison de la présence d'amiante dans les vitrages des fenêtres. Dans ces conditions, et sans qu'il soit, en tout état de cause, besoin d'examiner la fin de non-recevoir tirée de la fin des relations contractuelles, Haropa Port n'est pas fondé à demander à être garanti par la société Qualiconsult des condamnations mises à sa charge.
En ce qui concerne le bien-fondé de l'appel en garantie dirigé contre la société Bureau Veritas :
38. Il résulte de l'instruction que la prestation de " repérage amiante " confiée à la société Bureau Veritas au mois de mars 2006, dans le cadre de laquelle cette société a établi le rapport du 10 juillet 2006 retenant des produits amiantés dans les mastics des vitrages d'aspect " compact-marron " sur une surface " en bon état ", consistait, en application de l'article R. 1334-26 alors applicable du code de la santé publique et de l'annexe I de l'arrêté susvisé du 22 août 2002 relatif aux consignes générales de sécurité du dossier technique amiante, à partir d'un repérage visuel des matériaux et des produits accessibles sans travaux destructifs, à localiser et signaliser les matériaux et produits contenant de l'amiante, à enregistrer leur état de conservation ainsi que les travaux de retrait ou de confinement de ces produits et matériaux et les mesures conservatoires mises en œuvre et à préciser les consignes générales de sécurité à l'égard de ces matériaux et produits.
39. Or il résulte de l'instruction que c'est par l'effet des sollicitations mécaniques (chocs et vibrations sur les vitrages) qu'il a été constaté, au mois de décembre 2007, que les mastics se désagrégeaient et étaient en réalité friables. Dans ces conditions, aucun manquement dans sa mission de diagnostic initial ne peut être retenu à l'encontre de la société Bureau Veritas. En outre, le rapport de repérage établi par cette société le 12 décembre 2007, conformément à l'article R. 1334-27 du code de la santé publique, précise l'état dégradé des produits amiantés en cause et renvoie aux recommandations générales précisées dans le rapport du 10 juillet 2006 en présence d'amiante dite friable. Si le rapport d'expertise du 3 avril 2011 relève néanmoins, sans pour autant retenir clairement la responsabilité de la société Bureau Veritas, que cette dernière n'a pas demandé la communication des diagnostics antérieurement établis depuis le mois de février 1996 et des pièces du dossier des ouvrages exécutés, aucune pièce produite ne permet, en tout état de cause, d'établir que la communication de ces documents aurait conduit à une qualification initiale différente de l'amiante présente dans les mastics des vitrages ou que leur absence a contribué aux conséquences financières de l'interruption du chantier. Par conséquent, Haropa Port n'est pas fondé à demander à être garanti par la société Bureau Veritas des condamnations mises à sa charge.
En ce qui concerne le bien-fondé de l'appel en garantie dirigé contre la société Global :
40. Aux termes de l'article L. 235-3 du code du travail applicable au litige : " Une coordination en matière de sécurité et de santé des travailleurs doit être organisée pour tout chantier de bâtiment ou de génie civil où sont appelés à intervenir plusieurs travailleurs indépendants ou entreprises, entreprises sous-traitantes incluses, aux fins de prévenir les risques résultant de leurs interventions simultanées ou successives et de prévoir, lorsqu'elle s'impose, l'utilisation des moyens communs tels que les infrastructures, les moyens logistiques et les protections collectives ". Aux termes de l'article L. 235-4 du même code : " La coordination en matière de sécurité et de santé doit être organisée tant au cours de la conception, de l'étude et de l'élaboration du projet qu'au cours de la réalisation de l'ouvrage. Le maître d'ouvrage désigne un coordonnateur, qui peut être une personne physique ou morale, pour chacune de ces deux phases ou pour l'ensemble de celles-ci ". En outre, le point B de l'article 8.4.5 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) du marché précise notamment que le coordonnateur S.P.S doit informer le maître d'ouvrage et le maître d'œuvre sans délai, et par tous moyens, de toute violation par les intervenants, y compris les entreprises, des obligations règlementaires en matière de sécurité et de protection de la santé des travailleurs sur les chantiers.
41. Ainsi qu'il a été dit aux points 12 et 13 du présent jugement, il résulte de l'instruction que, dès le mois de décembre 2007, il a été constaté un risque de dissémination de l'amiante contenue dans les mastics des vitrages lors de leur dépose. Or le rapport d'expertise du 3 avril 2011 relève que la société Global ne disposait pas des " pré-requis " nécessaires et n'a ainsi apporté aucune assistance au maître de l'ouvrage en matière d'évaluation et d'analyse des conséquences, pour les travailleurs, de la présence d'amiante dite friable sur le chantier. Dans ces conditions, eu égard à la faute commise par le coordonnateur S.P.S, il y a lieu de condamner la société Global à garantir Haropa Port à hauteur de 10 % de l'indemnité de 113 008, 48 euros mise à sa charge.
En ce qui concerne le bien-fondé de l'appel en garantie dirigé contre la société SA Peltier et ses liquidateur et administrateur judiciaires, Me Mayon et Me Mequinion :
42. Il appartient au juge administratif d'examiner si la collectivité publique a droit à réparation et de fixer le montant des indemnités qui lui sont dues à ce titre par l'entreprise défaillante ou son liquidateur, sans préjudice des suites que la procédure judiciaire est susceptible d'avoir sur le recouvrement de cette créance.
43. En l'espèce, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise du 3 avril 2011, qu'en dépit du constat, dès le mois de décembre 2007, de la dissémination de l'amiante contenue dans les mastics des vitrages, le maître d'œuvre, qui n'a entrepris aucune diligence pour préciser la nature de l'amiante en cause, n'a préconisé aucune mesure de protection particulière ni aucune méthode d'intervention spécifique au traitement de l'amiante dite friable. Il est ainsi constant que c'est à la suite du remplacement du maître d'œuvre au cours de l'année 2011, par un maître d'œuvre spécialisé dans le traitement de l'amiante, qu'une nouvelle méthodologie de retrait des produits amiantés a été arrêtée pour permettre la reprise des travaux. Dans ces conditions, eu égard à la faute commise par la société SA Peltier, il y a lieu de condamner cette société à garantir Haropa Port à hauteur de 50 % de l'indemnité de 113 008, 48 euros TTC mise à sa charge.
44. En revanche, contrairement à ce que le rapport d'expertise du 3 avril 2011 relève, il ne résulte pas de l'instruction que le retard de Me Mayon pour se faire représenter dans le cadre des opérations d'expertise serait en lien direct avec le préjudice tenant aux frais matériels induits par l'interruption du chantier qui ont été mis à la charge de Haropa Port. Par suite, les conclusions dirigées contre Me Mayon, qui n'a pas participé aux travaux, doivent, en tout état de cause, être rejetées.
En ce qui concerne la demande de condamnation in solidum :
45. La responsabilité contractuelle ne saurait faire naître d'autres obligations à la charge d'une partie au contrat que celles liées à la bonne exécution de ce dernier. Par conséquent, les différents intervenants à une opération de travaux, qui sont liés au maître d'ouvrage par différents contrats, ne sauraient être solidaires de leurs obligations contractuelles respectives, ni vis-à-vis du maître d'ouvrage ni vis-à-vis des autres intervenants, sauf dans le cas où leurs fautes contractuelles respectives ayant toutes également concouru au même dommage, ils peuvent être tous reconnus responsables de la totalité du dommage.
46. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction que les manquements contractuels commis par la société Global et par la société Peltier auraient également concouru à la totalité du dommage que le maître de l'ouvrage est condamné à réparer. Ce dernier n'est, par suite, en tout état de cause, pas fondé à demander la condamnation in solidum de ces deux sociétés.
Sur les appels en garantie de la société Qualiconsult :
47. Les conclusions de la société Qualiconsult tendant à la condamnation in solidum des sociétés Global, Bureau Veritas, SA Peltier et de ses liquidateur et administrateur judiciaires, Me Mayon et Me Mequinion, à la garantir de toute condamnation mise à sa charge sont sans objet dès lors que le présent jugement ne prononce aucune condamnation à l'encontre de la société Qualiconsult.
Sur les appels en garantie de la société Bureau Veritas :
48. Les conclusions de la société Bureau Veritas tendant à la condamnation in solidum des sociétés Verre et Metal, Global, SA Peltier et de ses liquidateur et administrateur judiciaires, Me Mayon et Me Mequinion, ainsi que M. C, architecte, à la garantir de toute condamnation mise à sa charge sont sans objet dès lors que le présent jugement ne prononce aucune condamnation à l'encontre de la société Bureau Veritas.
Sur les dépens :
49. D'une part, les frais de l'expertise ordonnée le 20 avril 2009 (expert désigné M. D) ont été taxés et liquidés à la somme de 21 633, 80 euros par une ordonnance du 17 mai 2011. Compte tenu de ce qui précède, il y a lieu de mettre à la charge de Haropa Port la somme de 21 633, 80 euros dont la société Verre et Metal s'est acquittée.
50. D'autre part, les frais de l'expertise ordonnée le 22 octobre 2013 (expert désigné M. B), qui ont été taxés et liquidés à la somme de 2 661, 76 euros par une ordonnance du 8 avril 2014, sont laissés à la charge définitive de Haropa Port.
Sur les frais liés au litige :
51. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Haropa Port une somme de 10 000 euros au titre des frais exposés par la société Verre et Metal et non compris dans les dépens.
52. Il y a également lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Haropa Port des sommes respectives de 1 500 euros au titre des frais exposés par les sociétés Qualiconsult et Bureau Veritas Exploitation, venue aux droits de la société Bureau Veritas, et non compris dans les dépens.
53. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Verre et Metal, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Haropa Port au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le solde du lot n° 1 du marché est fixé à la somme de 113 008, 48 euros au bénéfice de la société Verre et Metal. Le grand port fluvio-maritime de l'axe Seine (Haropa Port) est condamné à payer ce solde à la société Verre et Metal.
Article 2 : Les frais des expertises ordonnées les 20 avril 2009 et 22 octobre 2013, qui ont été taxés et liquidés aux sommes de 21 633, 80 euros et 2 661, 76 euros, sont mis à la charge définitive de Haropa Port.
Article 3 : La société Global est condamnée à garantir le grand port fluvio-maritime de l'axe Seine (Haropa Port) à hauteur de 10 % de la somme de 113 008, 48 euros HT.
Article 4 : Me Mayon et Me Mequinion, liquidateur et administrateur judiciaires de la société SA Peltier, sont condamnés à garantir le grand port fluvio-maritime de l'axe Seine (Haropa Port) à hauteur de 50 % de la somme de 113 008, 48 euros HT.
Article 5 : Le grand port fluvio-maritime de l'axe Seine (Haropa Port) versera à la société Verre et Metal une somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le grand port fluvio-maritime de l'axe Seine (Haropa Port) versera respectivement à la société Qualiconsult et à la société Bureau Veritas Exploitation, venue aux droits de la société Bureau Veritas, la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 7 : Les conclusions présentées par le grand port fluvio-maritime de l'axe Seine (Haropa Port) sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 8 : Les conclusions des parties sont rejetées pour le surplus.
Article 9 : Le présent jugement sera notifié à la société Verre et Metal, au grand port fluvio-maritime de l'axe Seine, à la société Qualiconsult, à la société Bureau Veritas Exploitation, à la société Global et à Me Mequinion et Me Mayon, administrateur et liquidateur judiciaires de la société SA Peltier.
Délibéré après l'audience du 9 février 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Amat, présidente,
Mme Armoët, première conseillère,
Mme Guglielmetti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe 23 février 2023.
La rapporteure,
E. A
La présidente,
N. AMATLa greffière,
P. TARDY-PANIT
La République mande et ordonne au ministre chargé des ports maritimes en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026