lundi 4 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2102032 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 2e Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CAMILLE & ASSOCIES (SCP) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 février 2021, M. A B, représenté par le cabinet Camille et Associés (SCP), demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme totale de 1 218 194,39 euros procédant des saisies administratives à tiers détenteur du 2 décembre 2020 ;
2°) d'ordonner au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris de lui restituer des sommes de 20,07 euros et 6,50 euros saisies sur son compte bancaire, au titre des saisies administratives à tiers détenteur en litige ;
3°) de lui accorder le remboursement de la somme de 200 euros prélevée par sa banque au titre de frais de gestion causés par l'exécution des saisies à tiers détenteur pratiquées à son encontre le 2 décembre 2020 ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les impositions sont atteintes par la prescription de l'action en recouvrement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2021, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient que M. B n'est plus recevable à invoquer la prescription.
Par ordonnance du 19 octobre 2021 la clôture d'instruction a été fixée au 19 novembre 2021.
Un mémoire présenté pour M. B a été enregistré le 22 mars 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 mars 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Marchand,
- et les conclusions de Mme Belkacem, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B demande au tribunal la décharge de l'obligation de payer résultant des saisies administratives à tiers détenteur établies le 2 décembre 2020 en vue du recouvrement d'une somme totale de 1 218 194,39 euros correspondant à des cotisations d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux des années 1993, 1994, 1995, 1998, 1999 et 2000, de taxe d'habitation des années 1997 et 1998 et à d'" autres taxes 1993 et 1994 ".
Sur les conclusions à fin de décharge :
2. Aux termes de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Les comptables publics des administrations fiscales qui n'ont fait aucune poursuite contre un redevable pendant quatre années consécutives à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi de l'avis de mise en recouvrement sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable ".
3. Aux termes de l'article R. 281-2 du même livre, en vigueur jusqu'au 1er octobre 2011, les contestations relatives au recouvrement doivent sous peine de nullité, être présentées " dans un délai de deux mois à partir de la notification de l'acte si le motif invoqué est un vice de forme ou, s'il s'agit de tout autre motif, dans un délai de deux mois après le premier acte qui permet d'invoquer ce motif ". Aux termes des dispositions du c) de l'article R. 281-3-1 du livre des procédures fiscales, qui s'y sont substituées à compter du 1er octobre 2011, ces contestations doivent, sous peine d'irrecevabilité, s'agissant de l'exigibilité de la somme réclamée, être présentées dans un délai de deux mois à partir de la notification du premier acte de poursuite permettant de contester cette exigibilité.
4. Pour rejeter la demande de M. B, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris soutient que les commandements de payer établis le 5 décembre 2008 et le 28 avril 2010 et les mises en demeure des 2 novembre 2012, 15 novembre 2013 et 6 mai 2015, régulièrement notifiés au requérant, n'ont pas été contestés dans les délais requis, et que les créances figurant sur les notifications de saisies administratives à tiers détenteurs en litige ne pouvaient ainsi être prescrites. Il résulte toutefois de l'instruction que, par un jugement n° 1902968/2-3 et 2000335/2-3 du 29 juin 2021, devenu définitif sur ce point, le tribunal a jugé que les commandements de payer établis le 5 décembre 2008 n'avaient pas été régulièrement notifiés. En outre, ainsi qu'il a été jugé par un arrêt n° 21PA04202 du 5 avril 2023, devenu définitif, par la cour administrative d'appel de Paris, les mises en demeure du 6 mai 2015 notifiées en Belgique et en Tunisie n'ont pas été reçues par l'intéressé alors que l'administration n'a produit aucune pièce permettant de considérer qu'à cette date M. B aurait résidé à l'une de ces adresses, de sorte que le délai de prescription n'a pu être interrompu par ces actes de poursuite. En conséquence, les commandements de payer du 28 avril 2010 et les mises en demeure des 2 novembre 2012 et 15 novembre 2013 ne sauraient être pris en compte dès lors qu'ils sont intervenus plus de quatre ans avant les saisies administratives à tiers détenteur en litige. Dans ces conditions, M. B est fondé à se prévaloir à l'occasion des saisies administratives à tiers détenteur du 2 décembre 2020 de la prescription de l'action en recouvrement.
5. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à solliciter la décharge de l'obligation de payer la somme de 1 218 194,39 euros procédant des saisies administratives à tiers détenteur du 2 décembre 2020, ainsi que la restitution des sommes de 20,07 euros et 6,50 euros saisies sur ses comptes bancaires.
Sur les conclusions tendant au remboursement de frais bancaires :
6. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de l'exécution par son établissement bancaire des avis de saisie à tiers détenteur du 2 décembre 2020, des frais bancaires ont été mis à la charge de M. B, qui en a demandé le remboursement dans sa demande préalable à l'administration, à hauteur de 100 euros pour chaque saisie. Il produit deux courriers de son agence bancaire en date du 3 décembre 2020 mentionnant le montant réclamé. Dans ces conditions, M. B est fondé à solliciter le remboursement de la somme de 200 euros au titre des frais bancaires.
Sur les frais liés à l'instance :
7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "
8. Aux termes de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Les auxiliaires de justice rémunérés selon un tarif peuvent renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et poursuivre contre la partie condamnée aux dépens et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle le recouvrement des émoluments auxquels ils peuvent prétendre. Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'État, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation () ".
9. Il résulte de ces dispositions que le bénéficiaire de l'aide juridictionnelle ne peut demander au juge de condamner à son profit la partie perdante qu'au paiement des seuls frais qu'il a personnellement exposés, à l'exclusion de la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle confiée à son avocat, mais que l'avocat de ce bénéficiaire peut demander au juge de condamner la partie perdante à lui verser la somme correspondant à celle qu'il aurait réclamée à son client, si ce dernier n'avait eu l'aide juridictionnelle, à charge pour l'avocat qui poursuit, en cas de condamnation, le recouvrement à son profit de la somme qui lui a été allouée par le juge, de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
10. M. B n'allègue pas avoir exposé de frais autres que ceux pris en charge par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle totale qui lui a été allouée par une décision du 2 mars 2021. D'autre part, l'avocat de M. B n'a pas demandé de condamner l'Etat à lui verser sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 la somme correspondant aux frais exposés qu'il aurait réclamée à son client si ce dernier n'avait bénéficié d'une aide juridictionnelle totale. Dans ces conditions, les conclusions de la requête de M. B tendant à la condamnation de l'Etat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est déchargé de l'obligation de payer procédant des saisies administratives à tiers détenteur du 2 décembre 2020.
Article 2 : L'Etat restituera à M. B la somme totale de 26,57 euros au titre des sommes saisies sur ses comptes bancaires.
Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 200 euros au titre des frais bancaires.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Fouassier, président,
Mme Marchand, première conseillère,
Mme Arnaud, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2023.
La rapporteure,
A. MARCHAND
Le président,
C. FOUASSIER
La greffière,
C. EL HOUSSINE
La République mande et ordonne au ministre délégué chargé des comptes publics, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/2-3
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2517378
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé l'arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant l'éloignement d'un ressortissant malien. La juridiction a estimé que le préfet avait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne tenant pas suffisamment compte de l'ancienneté et de la stabilité de l'insertion professionnelle du requérant, qui justifiait une admission exceptionnelle au séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la situation du requérant dans un délai de quinze jours.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2519184
Le Tribunal administratif de Paris a annulé l'arrêté du préfet de police refusant un titre de séjour et imposant une obligation de quitter le territoire à M. B..., un ressortissant algérien. La juridiction a retenu que la décision était entachée d'une erreur de droit, notamment en méconnaissant l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 7 de l'accord franco-algérien, en ne tenant pas compte de la situation professionnelle ancienne et régulière du requérant. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour dans un délai de deux mois.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2522990
Le Tribunal administratif de Paris a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre le refus de renouvellement d'un titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français (OQTF) et la fixation du pays de renvoi. Le requérant invoquait notamment des vices de procédure, une incompétence de l'autorité signataire, une insuffisance de motivation et une méconnaissance de ses droits au titre de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a rejeté la demande de communication du dossier médical, estimant qu'elle relevait d'une procédure distincte, et a annulé les trois décisions attaquées pour vice de procédure, en raison de l'absence de communication au requérant de l'avis médical sur lequel elles se fondaient, méconnaissant ainsi les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2201394
Le Tribunal Administratif de Paris a statué sur un recours en excès de pouvoir visant l'annulation d'un arrêté préfectoral refusant un titre de séjour et ordonnant la reconduite à la frontière d'un ressortissant sénégalais. La juridiction a jugé que, l'intéressé n'ayant pas obtenu la reconnaissance de la nationalité française par le tribunal judiciaire, le refus de titre de séjour était légalement fondé. Toutefois, elle a annulé la décision pour erreur de droit, considérant que le préfet n'avait pas examiné la demande à l'aune des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006, qui prévoient une admission exceptionnelle au séjour pour motifs humanitaires.
07/04/2026