mercredi 29 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2102564 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 1re Section - 3e Chambre |
| Avocat requérant | CABINET WAN AVOCATS (AARPI) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 février et 14 septembre 2021, M. A B et Mme C B, représentés par Me Oliel, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits et en pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à leur charge au titre des années 2014 et 2015 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- c'est à tort que le service a remis en cause la réduction d'impôt sur le revenu prévue à l'article 199 undecies B du code général des impôts dès lors qu'ils produisent les documents justifiant de leur éligibilité à ce dispositif ;
- le montant des investissements ouvrant droit à une réduction d'impôt en application de l'article 199 undecies C du code général des impôts déclaré au titre de l'année 2014 était sous-évalué ;
- les rectifications relatives aux plus-values de cession de droits sociaux intervenues au titre des années 2014 et 2015 sont erronées dès lors que ces deux opérations constituent des doublons, justifiant le dégrèvement du rehaussement effectué au titre de l'année 2015 et qu'un abattement pour durée de détention soit appliqué au rehaussement effectué au titre de l'année 2014.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2021, le directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lenoir,
- les conclusions de M. Guiader, rapporteur public,
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme B ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces diligenté selon la procédure contradictoire de leurs déclarations de revenus au titre des années 2014 et 2015. A la suite de ce contrôle, l'administration leur a notifié, par une proposition de rectification du 8 octobre 2017 ayant donné lieu à échanges contradictoires, son intention, notamment, de remettre en cause des réductions d'impôt pour investissement Outre-mer au titre des deux années vérifiées ainsi que l'application de l'abattement renforcé appliqué à la plus-value sur cession de titres déclarée au titre de l'année 2015. Par la requête susvisée, M. et Mme B demandent au tribunal de prononcer la décharge, en droits et en pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises, en conséquence, à leur charge, par voie de rôle en date du 30 septembre 2018.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la réduction d'impôt pour investissement Outre-mer au titre de l'année 2014 en application de l'article 199 undecies B du code général des impôts :
2. Il appartient au juge de l'impôt d'examiner, au terme de l'instruction dont le litige qui lui est soumis a fait l'objet, si un contribuable remplit ou non les conditions lui permettant de se prévaloir de l'avantage fiscal institué par l'article 199 undecies B du code général des impôts.
3. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article 199 undecies B du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à l'année d'imposition en litige : " Les contribuables domiciliés en France au sens de l'article 4 B peuvent bénéficier d'une réduction d'impôt sur le revenu à raison des investissements productifs neufs qu'ils réalisent dans les départements d'outre-mer () dans le cadre d'une entreprise exerçant une activité agricole ou une activité industrielle, commerciale ou artisanale relevant de l'article 34. ". Le vingtième alinéa du même article dispose que : " La réduction d'impôt prévue au premier alinéa est pratiquée au titre de l'année au cours de laquelle l'investissement est mis en service. " Aux termes de l'article 95 T de l'annexe II, dans sa rédaction applicable à l'année d'imposition en litige, du même code : " I. - Les contribuables qui bénéficient de la réduction d'impôt prévue au I de l'article 199 undecies B du code général des impôts doivent joindre à la déclaration des revenus de l'année au titre de laquelle la réduction d'impôt est pratiquée un état faisant apparaître pour chaque investissement à raison duquel elle est pratiquée : /a) Le nom et l'adresse du siège social de l'entreprise propriétaire de l'investissement ou, lorsque ce dernier fait l'objet d'un contrat de crédit-bail, de celle qui en est locataire ; / b) S'il y a lieu, le pourcentage des droits aux résultats détenus directement ou indirectement par le contribuable dans la société ou le groupement propriétaire de l'investissement ; / c) La nature précise de l'investissement ; / d) Le prix de revient hors taxe de l'investissement et le montant des subventions publiques obtenues ou demandées et non encore accordées pour son financement ; / e) La date à laquelle l'investissement a été livré ou, s'il s'agit d'un bien créé par l'entreprise, à laquelle il a été achevé ou, s'il s'agit d'un bien faisant l'objet d'un contrat de crédit-bail, à laquelle il a été mis à sa disposition ; / f) La ou les dates de décision d'octroi des subventions publiques ; / g) Le nom, l'adresse et la nature de l'activité de l'établissement dans lequel l'investissement est exploité ; / h) S'il y a lieu, la copie de la décision d'agrément. "
4. M. et Mme B soutiennent que c'est à tort que le service a remis en cause la réduction d'impôt d'un montant de 33 869 euros dont ils entendaient bénéficier au titre de l'année 2014 en application des dispositions de l'article 199 undecies B du code général des impôts, correspondant à des investissements réalisés par les SAS ISLA 92 et 93 dans le département d'Outre-mer de Guyane. M. et Mme B entendent justifier de leur éligibilité à cette réduction d'impôt en produisant, notamment, une attestation de détention de titres faisant état des investissements réalisés en Guyane et des droits sociaux possédés par M. B, un engagement de conservation de ces titres ainsi que des formulaires de déclaration, d'une part, des investissements réalisés dans un département d'Outre-mer faisant état d'un début d'exploitation correspondant aux investissements acquis au 27 décembre 2017 et au 30 décembre 2014 et, d'autre part, du résultat des SAS ISLA 92 et 93, ayant pour activité déclarée " la location et location-bail d'autres machines et équipements ", au titre de l'exercice clos au 31 décembre 2014.
5. Le service fait toutefois valoir que ne sont justifiées ni la nature précise des investissements réalisés par les sociétés ISLA 92 et 93, ni l'effectivité de la date de mise en service des investissements en 2014, alors que les sociétés ISLA 92 et 93 ont été créées le 22 décembre 2014. M. et Mme B, en réponse au mémoire en défense du service, se bornent à renvoyer aux justificatifs initialement produits.
6. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que M. et Mme B remplissent effectivement les conditions leur permettant de se prévaloir au titre de l'année 2014 et pour un montant de 33 869 euros de l'avantage fiscal institué par l'article 199 undecies B du code général des impôts.
En ce qui concerne la réduction d'impôt pour investissement Outre-mer au titre de l'année 2014 en application de l'article 199 undecies C du code général des impôts :
7. Il résulte de l'instruction que M. et Mme B avaient reporté un montant de 51 982 euros en case HXE de leur déclaration au titre des revenus de l'année 2014 et d'un investissement Outre-mer dans le logement social. Si le service, dans la proposition de rectification en date du 16 octobre 2017, a fait part à M. et Mme B de son intention de remettre en cause la réduction d'impôt correspondante, il a accepté dans sa seconde réponse aux observations du contribuable du 19 avril 2018 de reconnaître à leur bénéfice, en application des dispositions de l'article 199 undecies C du code général des impôts, une réduction d'impôt de 26 064 euros, au taux de 50%. Ce montant correspond à une base d'investissement reconnu de 52 128 euros, soit le montant ressortant de l'attestation établie par la SCI Concorde en date du 31 décembre 2014 au titre d'investissements en Martinique, qui diffère du montant initialement déclaré par les requérants. Dans ces conditions, l'imposition en litige n'a pas été établie conformément aux déclarations souscrites par les requérants.
8. Il appartient au juge de l'impôt d'examiner, au terme de l'instruction dont le litige qui lui est soumis a fait l'objet, si un contribuable remplit ou non les conditions lui permettant de se prévaloir de l'avantage fiscal institué par l'article 199 undecies C du code général des impôts.
9. Aux termes de l'article 199 undecies C du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à l'année d'imposition en litige : " I. - Les contribuables domiciliés en France au sens de l'article 4 B peuvent bénéficier d'une réduction d'impôt sur le revenu à raison de l'acquisition ou de la construction de logements neufs dans les départements d'outre-mer () si les conditions suivantes sont réunies:/ 1° Les logements sont donnés en location nue, dans les six mois de leur achèvement ou de leur acquisition si elle est postérieure et pour une durée au moins égale à cinq ans, à un organisme d'habitations à loyer modéré () ; / 2° Les logements sont donnés en sous-location nue ou meublée par l'organisme mentionné au 1° et pour une durée au moins égale à cinq ans à des personnes physiques qui en font leur résidence principale et dont les ressources n'excèdent pas des plafonds fixés par décret en fonction du nombre de personnes destinées à occuper à titre principal le logement et de la localisation de celui-ci (). / III. - La réduction d'impôt est accordée au titre de l'année d'achèvement du logement ou de son acquisition si elle est postérieure. () / IV.- La réduction d'impôt est également acquise au titre des investissements réalisés par une société civile de placement immobilier régie par les articles L. 214-50 et suivants du code monétaire et financier ou par toute autre société mentionnée à l'article 8 du présent code [] Dans ce cas, la réduction d'impôt est pratiquée par les associés ou membres dans une proportion correspondant à leurs droits dans la société au titre de l'année au cours de laquelle les parts ou actions sont souscrites. ()/ V. - La réduction d'impôt fait l'objet d'une reprise au titre de l'année au cours de laquelle : / 1° Les conditions mentionnées au I ou, le cas échéant, au IV ne sont pas respectées () ".
10. M. et Mme B soutiennent que c'est par erreur qu'ils ont reporté sur leur déclaration de revenus au titre de l'année 2014 des investissements Outre-mer en application de l'article 199 undecies C du code général des impôts d'un montant de 51 982 euros, en ce que celui-ci correspondait non à un montant d'investissement mais au calcul de la réduction d'impôt dont ils entendaient bénéficier, soit 50% de la somme des investissements immobiliers devant être livrés en 2016 réalisés par la SCI Bastille, d'une part, pour un montant, à proportion des parts détenues par M. B, de 51 836,541 euros et la SCI Concorde, d'autre part, pour un montant, à proportion des parts détenues par M. B, de 52 128,343 euros. Pour soutenir que leur réduction d'impôt au titre de l'année 2014 doit être calculée sur la base de la somme de ces deux montants d'investissement et non du seul investissement réalisé par la SCI Concorde, les requérants produisent deux attestations de ces sociétés civiles immobilières attestant de ce que ces investissements respectent les dispositions de l'article 199 undecies B.
11. Toutefois, le service fait valoir qu'il n'est pas établi que l'investissement réalisé par la SCI Bastille respecte les conditions du I de l'article 199 undecies C du code général des impôts dès lors que cette société, créée le 10 décembre 2014, a cessé de déposer des déclarations après l'exercice clos au 31 décembre 2018 et que les déclarations des exercices 2016, 2017 et 2018 ne comportent aucun revenu alors que le bien acquis devait être livré en 2016 et être loué pendant au moins 5 ans à un organisme de logement social agréé. M. et Mme B, en réponse au mémoire en défense du service, se bornent à renvoyer aux justificatifs initialement produits.
12. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que M. et Mme B remplissent effectivement les conditions leur permettant de se prévaloir au titre de l'année 2014, au titre, outre l'investissement de la SCI Concorde, de la SCI Bastille, de l'avantage fiscal institué par l'article 199 undecies C du code général des impôts.
En ce qui concerne les plus-values sur droits sociaux au titre des années 2014 et 2015 :
S'agissant de l'année 2014 :
13. M. et Mme B soutiennent que si c'est à bon droit que le service a procédé à la réintégration, au titre de l'année 2014, d'une plus-value de cession de droits sociaux de la société Europacorp Television intervenue le 30 juillet 2014, qu'ils avaient omis de déclarer, il convient d'y appliquer un abattement pour durée de détention en application de l'article 150-0 D du code général des impôts.
14. Il résulte toutefois de l'instruction que, si le service a relevé avoir pris connaissance, dans la réponse aux observations du contribuable du 19 avril 2018, d'un acte de cession n°2759 d'une valeur de 384 294 euros pour 7 721 parts de droits sociaux de la société Europacorp Télévision, anciennement Cipango, à la société Europacorp, la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2014 d'un montant de 72 297 euros mise à la charge des requérants par voie de rôle, au titre de l'avis n°18 75 1156359 68 établi le 20 septembre 2018, ne procède pas de la réintégration dans la base imposable de M. et Mme B d'une plus-value de cession de droits sociaux mais uniquement de la remise en cause de la déclaration des frais réels déclarés par le déclarant 2. Dans ces conditions, M. et Mme B ne sont pas fondés à demander à ce qu'un abattement pour durée de détention soit appliqué à la plus-value de cession intervenue le 30 juillet 2014.
S'agissant de l'année 2015 :
15. M. et Mme B soutiennent que c'est à tort qu'ils ont déclaré un montant de 380 170 euros au titre d'une plus-value de cession de 10 000 titres de la société Cipango intervenue le 27 octobre 2015, dès lors que cette cession est en réalité celle intervenue le 30 juillet 2014, correspondant à la cession de 7 721 titres de la société Europacorp Télévision, dont il est constant qu'elle constitue la nouvelle dénomination de la société Cipango, pour un montant de 384 294 euros. M. et Mme B produisent au soutien de leurs allégations un extrait du registre des mouvements de titres de la société Tandem Films, enregistrée au même numéro de registre du commerce et des sociétés que les sociétés Cipango et Europacorp Television, faisant état de ce qu'à la date du 30 juillet 2014, M. B s'était séparé de la totalité des titres de cette société, acquis le 4 avril 2002 et le 18 mai 2009. Toutefois, ainsi que le fait valoir le service, la cession du 30 juillet 2014, dont la réalité est constante, ne correspond ni en montant, ni en nombre de titres, ni en valeur de ceux-ci, ni en date avec la cession déclarée par M. et Mme B au titre de l'année 2015. En outre, et alors que le registre de mouvements des titres produit ne comporte plus de mentions au-delà du 30 juillet 2014, il n'est ni établi ni même allégué par les requérants que la société Eupacorp Television aurait cessé d'exister ou qu'aucun mouvement de ses titres ne serait intervenu au-delà de cette date. Dans ces conditions, et alors que M. et Mme B contestent non pas la rectification du service mais la réalité d'une déclaration qu'ils avaient effectuée, ils n'établissent pas que la plus-value de cession de titres intervenue le 27 octobre 2015 serait celle intervenue le 30 juillet 2014.
16.Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. et Mme B à fin de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mis à leur charge au titre des années 2014 et 2015 doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. et Mme B demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et Mme C B ainsi qu'au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Rohmer, président,
Mme Dousset, première conseillère,
M. Lenoir, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2023.
Le rapporteur,
A. LENOIR
Le président,
B. ROHMERLa greffière,
S. CAILLIEU-HELAIEM
La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2/1-3
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