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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2104140

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2104140

mardi 27 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2104140
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET CMS FRANCIS LEFEBVRE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 1er mars et 9 juillet 2021 ainsi que le 8 décembre 2023, M. et Mme A B, représentés par la CMS Francis Lefebvre Avocats, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation primitive et de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu, assorties des intérêts de retard et majoration de 10% en application de l'article 1758 A du code général des impôts, mises à leur charge respectivement au titre des années 2016 et 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- c'est à tort que le service a remis en cause l'exonération d'impôt sur le revenu d'une fraction des dividendes qui leur ont été alloués au titre des actions figurant sur le plan d'épargne en actions au titre des années 2016 et 2017 dont ils disposaient, dès lors que leur montant était inférieur au dixième du coût d'acquisition des 4 920 actions de la société CM Human Resource, au titre desquelles ont été alloués ces dividendes ;

- conformément à la doctrine administrative, c'est avec le prix d'émission des titres nouveaux obtenus à l'occasion d'une opération d'apport que doit être comparé le montant des dividendes reçus par la suite, cette opération ne constituant pas une opération " intercalaire ".

Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 juin et 10 août 2021 ainsi que le 21 décembre 2023, l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France (division juridique) conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- M. et Mme B ne peuvent utilement se prévaloir de la doctrine administrative référencée BOI-RPPM-RCM-40-50-20-20, paragraphe 620, dès lors que celle-ci est relative à l'imposition des plus-values d'apport sur les plans d'épargne en actions, et non à l'imposition des dividendes provenant de ces supports ;

- les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lenoir,

- les conclusions de M. Guiader, rapporteur public,

- et les observations de Me Le Roux, représentant M. et Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces de leur dossier fiscal personnel portant sur les années 2016 et 2017. A l'issue de ce contrôle, l'administration, par une proposition de rectification en date du 2 juillet 2019, a fait connaître à M. et Mme B son intention, par voie de conséquence de la remise en cause de l'exonération totale d'impôt sur le revenu des produits que leur ont procurés les placements qu'ils avaient effectués dans le cadre d'un plan d'épargne en actions (PEA), de procéder à la rectification de leur base d'imposition au titre des années 2016 et 2017 dans la catégorie des revenus mobiliers, de soumettre ces revenus aux prélèvements sociaux et d'assortir ces rectifications des intérêts de retard et majoration de 10% en application du I de l'article 1758 A du code général des impôts. Ces impositions ont été mises en recouvrement par voie de rôle en date du 30 juin 2020. En réponse à la réclamation par la suite adressée au service par M. et Mme B, le service, par une décision du 4 janvier 2021, a, d'une part, prononcé un dégrèvement de 12 193 euros en date du 9 septembre 2020, correspondant aux prélèvements sociaux, contribution sociale généralisée, contribution au remboursement de la dette sociale et intérêts de retard mis à leur charge au titre des années 2016 et 2017 et, d'autre part, fait part de son rejet de la réclamation quant à l'impôt sur le revenu. Par la requête susvisée, M. et Mme B demandent la décharge de la cotisation primitive et de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu, assorties des intérêts de retard et majoration de 10% en application de l'article 1758 A du code général des impôts, maintenues à leur charge respectivement au titre des années 2016 et 2017.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

2. Aux termes de l'article 157 du code général des impôts : " N'entrent pas en compte pour la détermination du revenu net global : / ()5° bis Les produits et plus-values que procurent les placements effectués dans le cadre d'un plan d'épargne en actions défini à l'article 163 quinquies D ; toutefois, les produits procurés par des placements effectués en actions ou parts de sociétés qui ne sont pas admises aux négociations sur un marché réglementé () ne bénéficient de cette exonération que dans la limite de 10 % du montant de ces placements () ". L'article 91 quater H de l'annexe II de ce même code, dans sa rédaction applicable à la date des impositions en litige, dispose que : " Le titulaire d'un plan d'épargne en actions détermine à partir de la valeur d'acquisition ou de souscription des titres concernés le montant des produits, qui ne bénéficient pas de l'exonération prévue au 5° bis de l'article 157 du code général des impôts, et fait apparaître distinctement le revenu correspondant sur la déclaration prévue au 1 de l'article 170 du même code. "

3. Il résulte de l'instruction que M. B a acquis, à l'occasion de la création de la société CM et Associés en 2007 puis d'augmentations de capital intervenues la même année, 4 920 titres de cette société, à des prix compris entre quinze et cent euros. En application d'un contrat du 29 juin 2015 et à l'occasion de l'assemblée générale extraordinaire du 16 juillet 2015 de la société CM Human Resource et Services, M. B a participé à l'augmentation du capital de cette société, d'un montant de 371 770 euros par apport en nature de 37 117 titres de la société CM et Associés, en apportant pour sa part 9 079 titres de la société CM et Associés, comprenant 4 920 titres inscrits sur son PEA. Cet apport a donné lieu, à titre de contrepartie, d'une part, à la distribution à M. B d'un même nombre de titres de la société CM Human Resource et Services, d'une valeur nominale de dix euros. La valeur réelle des titres de la société CM et Associés apportés par M. B ayant été fixée à 153,87 euros, par une évaluation corroborée par un rapport de commissaire aux apports en date du 6 juillet 2015, une prime d'apport a, d'autre part, été inscrite au passif du bilan de la société CM Human Resource et Services, correspondant à la différence entre la valeur réelle des titres de la société CM et Associés apportés et la valeur nominale des titres de la société CM Human Resource et Services les rémunérant. Il résulte des termes de la cinquième résolution du procès-verbal de l'assemblée générale extraordinaire du 16 juillet 2015 que le montant de cette prime d'apport a été affectée sur un compte spécial du passif du bilan de la société CM Human Resource et Services sur lequel portent les droits des associés, dont M. B.

4. Afin de calculer la limite d'exonération des produits de titres non cotés inscrits sur le PEA prévue par le 5° bis de l'article 157 du code général des impôts, le service, après avoir tenu compte des 800 et 1 600 titres CM Human Resource et Services par ailleurs acquis au prix de dix euros par M. B en 2015, a entrepris de calculer la " valeur historique " des 4 920 titres CM Human Resource et Services reçus par M. B le 16 juillet 2015, en considérant que celle-ci correspondait à la valeur d'acquisition des titres CM et Associés en contrepartie desquels ils avaient été versés, soit un montant de 219 824 euros. Toutefois, et dès lors que la prime d'apport constituée à l'occasion de l'apport de titres consenti par M. B constitue une composante de la valeur des titres émis, il résulte de ce qui a été dit au point qui précède que la valeur d'échange, au titre de laquelle ont été acquis les 4 920 titres distribués à M. B le 16 juillet 2015, s'élevait à 153,87 euros, en considération de la valeur nominale de ces titres et de la prime d'apport correspondante, nonobstant l'absence de mouvement enregistré sur le compte espèce du PEA de M. B. Dans ces conditions, et dès lors que l'administration, qui ne conteste pas la régularité et les modalités de l'opération d'échange de titres décrite au point qui précède, a procédé au calcul du montant exonéré des dividendes procurés par les titres CM Human Resource et Services figurant sur le PEA de M. B, non au regard de la valeur d'acquisition de ces titres, mais par référence à la valeur d'acquisition des titres CM et Associés en contrepartie desquels ils ont été distribués, M. et Mme B sont fondés à soutenir que le service a fait une inexacte application des dispositions du 5° bis de l'article 157 ainsi que de l'article quater H de l'annexe II du code général des impôts.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. et Mme B sont fondés à demander, sur le terrain de la loi fiscale, la décharge de la cotisation primitive et de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu, assorties des intérêts de retard et majoration de 10% en application de l'article 1758 A du code général des impôts, mises à leur charge respectivement au titre des années 2016 et 2017.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. et Mme B sont déchargés de la cotisation primitive et de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu, assorties des intérêts de retard et majoration de 10% en application de l'article 1758 A du code général des impôts, mises à leur charge respectivement au titre des années 2016 et 2017.

Article 2 : L'Etat versera à M. et Mme B la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A B et à l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France (division juridique).

Délibéré après l'audience du 31 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Rohmer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Lenoir, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2024.

Le rapporteur,

A. LENOIR

Le président,

B. ROHMERLa greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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