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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2104186

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2104186

mercredi 8 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2104186
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 1re Chambre
Avocat requérantCABINET LAURANT & MICHAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête initiale et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement le

1er mars 2021 et le 27 janvier 2022, M. B A, représenté par Mes Lemarquis et Michaud, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à sa charge au titre des années 2010 à 2014 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- au cours des années en litige, il était résident fiscal de Russie, où il vivait et travaillait, et non de France au sens de l'article 4 B du code général des impôts ;

- à supposer même qu'il puisse être regardé comme résident fiscal de France au titre des années litigieuses, il disposait en Russie d'une " base fixe " au sens de l'article 14 de la convention franco-russe visant à éviter la double imposition et doit par conséquent bénéficier des stipulations de l'article 23 de cette convention ;

- il a été imposé à tort sur des montants correspondant non pas à des revenus mais à des débours ;

- à supposer même que les montants concernés aient la nature de revenus, il conviendrait d'en déduire des charges ;

- l'administration a refusé à tort la déduction de ses revenus de frais professionnels de déplacements, de loyers d'un appartement à Moscou et de frais de restauration ;

- l'application de la pénalité pour activité occulte de 80% sur le fondement de l'article 1728 1 c du code général des impôts n'est pas justifiée, compte tenu de sa bonne foi, dont témoigne notamment le fait qu'il a déclaré ses revenus en Russie comme il pensait devoir le faire ;

- s'agissant des intérêts de retard, le taux doit être réduit à 0,2% en application de l'article 55 de la loi n°2017-1775 du 28 décembre 2017 ;

- le montant de l'amende pour défaut de déclaration de comptes à l'étranger prévue à l'article 1649 A du code général des impôts doit être réduit car cette sanction a été appliquée à tort à raison de plusieurs comptes qui, pour certains d'entre eux, ne sont pas indépendants les uns des autres mais constituent des sous-comptes.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 8 décembre 2021 et 8 mars 2022, le directeur de la direction nationale de vérification des situations fiscales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention fiscale franco-russe du 26 novembre 1996 ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- la loi n°2017-1775 du 28 décembre 2017 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grossholz,

- et les conclusions de Mme Belle, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a fait l'objet d'un examen de sa situation fiscale personnelle au titre des années 2012 à 2014 et d'un contrôle sur pièces au titre des années 2010 et 2011 à la suite desquels des cotisations supplémentaires à l'impôt sur le revenu lui ont été assignées et des amendes fiscales pour non déclaration de comptes à l'étranger infligées au titre de ces années, selon les procédures de taxation ou d'évaluation d'office prévues par les articles L.69 et L.73-2° du livre des procédures fiscales. Par la présente requête, il demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions.

Sur l'étendue du litige :

2. Par deux décisions du 8 décembre 2021, postérieures à l'introduction de la requête, l'administration fiscale a prononcé le dégrèvement d'une partie des pénalités au titre de l'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux pour un montant de 9 538 euros et d'une partie des amendes fiscales infligées au titre des années 2012 à 2014 pour un montant de 4 500 euros. Dès lors, les conclusions de la requête à concurrence de ces sommes deviennent sans objet.

Sur les conclusions tendant à la décharge des impositions en litige :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

S'agissant du droit interne :

3. Aux termes de l'article 4 A du code général des impôts : " Les personnes qui ont en France leur domicile fiscal sont passibles de l'impôt sur le revenu en raison de l'ensemble de leurs revenus () ". Aux termes de l'article 4 B du même code : " 1. Sont considérées comme ayant leur domicile fiscal en France au sens de l'article 4 A : / a. Les personnes qui ont en France leur foyer ou le lieu de leur séjour principal () ". La notion de domicile fiscal en France au sens de l'article 4 A est fonction du champ d'application territorial du code général des impôts. Pour l'application des dispositions du paragraphe a du 1 de l'article 4 B, le foyer s'entend du lieu où le contribuable habite normalement et a le centre de ses intérêts familiaux, sans qu'il soit tenu compte des séjours effectués temporairement ailleurs en raison des nécessités de la profession ou de circonstances exceptionnelles. Le lieu du séjour principal du contribuable ne peut déterminer son domicile fiscal que dans l'hypothèse où il ne dispose pas de foyer.

4. Le requérant admet dans ses écritures devant le tribunal que son épouse depuis le

11 septembre 2010, avec laquelle il a eu deux enfants nés en 2011 et 2014, réside en France depuis mars 2012. S'il soutient qu'avant cette date, elle vivait et travaillait à Londres, il ne l'établit par aucun élément probant, alors qu'il résulte au contraire de l'instruction qu'elle a déclaré en France au titre de l'année 2010 des revenus en indiquant comme sienne, au

1er janvier 2011, l'adresse située à Puteaux à laquelle il est au demeurant constant que le requérant disposait d'un logement. Le requérant ne conteste pas, par ailleurs, avoir déclaré, auprès de l'administration fiscale, son fils aîné, né en 1994, comme étant à sa charge jusqu'en 2013 ni que ce dernier résidait alors en France, la circonstance qu'il n'aurait pas cohabité avec lui étant sans incidence. Il résulte enfin de l'instruction qu'entre 2009 et 2013, le requérant a été inscrit auprès de Pôle emploi comme demandeur d'emploi résidant à Puteaux sur la base de ses propres déclarations. Dans ces conditions, le requérant doit être regardé comme ayant eu en France, au cours des années 2010 à 2014 en litige, son lieu d'habitation et le centre de ses intérêts familiaux et partant, son foyer au sens des dispositions de l'article 4 B du code général des impôts, sans que n'ait d'incidence à cet égard la circonstance, à la supposer établie, qu'il aurait eu en Russie son lieu de séjour principal et qu'il n'aurait séjourné en France qu'occasionnellement. Par suite, M. A était passible de l'impôt sur le revenu en France au titre des années en litige, à moins qu'il n'établisse son droit à se prévaloir de la convention conclue entre la France et la Russie en vue d'éviter les doubles impositions.

S'agissant de la convention fiscale franco-russe :

5. Aux termes de l'article 14 de la convention signée le 26 novembre 1996 entre la France et la Russie : " Les revenus qu'un résident d'un Etat contractant tire d'une profession libérale ou d'autres activités de caractère indépendant ne sont imposables que dans cet Etat, à moins que ce résident ne dispose de façon habituelle dans l'autre Etat contractant d'une base fixe pour l'exercice de ses activités. S'il dispose d'une telle base fixe, les revenus sont imposables dans l'autre Etat contractant mais uniquement dans la mesure où ils sont imputables à cette base fixe () ". Aux termes de l'article 23 de cette convention : " En ce qui concerne la France, les doubles impositions sont évitées de la manière suivante : a) Les revenus qui proviennent de Russie, et qui sont imposables ou ne sont imposables que dans cet Etat conformément aux dispositions de la présente Convention, sont pris en compte pour le calcul de l'impôt français lorsque leur bénéficiaire est un résident de France et qu'ils ne sont pas exemptés de l'impôt sur les sociétés en application de la législation interne française. Dans ce cas, l'impôt russe n'est pas déductible de ces revenus, mais le bénéficiaire a droit à un crédit d'impôt imputable sur l'impôt français () ".

6. Il résulte de l'instruction et, plus précisément, de la réponse des autorités fiscales russes aux demandes d'assistance administrative de la France produite par l'administration à l'appui de son mémoire en défense, que le requérant, clairement identifié par ces autorités qui indiquent le connaître en sa qualité de propriétaire de biens immobiliers en Russie, n'a pas été assujetti à l'impôt dans ce pays au titre de revenus visés par les stipulations de l'article 14 de la convention. Cette réponse mentionne l'absence de toute déclaration de tels revenus à l'administration fiscale russe par le requérant, que ce soit directement ou par l'intermédiaire d'une société Profit Proiekt. Si ce dernier prétend avoir payé un impôt à cette société en vue de son reversement au trésor public russe, il ne l'établit pas par les documents, rédigés en langue russe et non traduits, produits à l'appui de la réclamation qu'il a formée devant l'administration. En l'absence d'un tel assujettissement, les stipulations de l'article 23 de la convention prévoyant l'imputation sur l'impôt français d'un crédit d'impôt au titre de l'impôt russe ne trouvent pas à s'appliquer et le moyen tiré de ces stipulations conventionnelles ne peut donc qu'être écarté.

En ce qui concerne les montants de rehaussements litigieux :

7. Aux termes de l'article 93 du code général des impôts : " Le bénéfice à retenir dans les bases de l'impôt sur le revenu est constitué par l'excédent des recettes totales sur les dépenses nécessitées par l'exercice de la profession () ". Aux termes de l'article L.193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ".

8. En premier lieu, si le requérant soutient qu'il a été assujetti à tort à l'impôt sur le revenu au titre de certains montants ayant la nature de débours et non de revenus imposables au sens et pour l'application des dispositions de l'article 93 du code général des impôts, il n'en rapporte pas la preuve, qui lui incombe, en application de l'article L.193 du livre des procédures fiscales, dans le cadre de la procédure d'évaluation d'office dont il a fait l'objet, en se bornant à produire un contrat et une correspondance prévoyant le versement par sa société de fonds à un tiers, dès lors qu'il ne produit pas de documents comptables ni de factures à l'appui de ses affirmations, comme le souligne l'administration, ni ne prouve avoir effectivement procédé, ainsi qu'il le prétend, aux reversements des montants en cause à un tiers. Le moyen ne peut, par suite, qu'être écarté.

9. En second lieu, si le requérant soutient que des dépenses doivent être déduites de ses recettes pour établir son bénéfice imposable, il ne justifie pas suffisamment de la réalité de ces dernières ou de leur caractère professionnel, comme l'oppose l'administration. Le moyen ne peut, par conséquent, qu'être écarté.

En ce qui concerne les intérêts et pénalités :

10. En premier lieu, si le requérant soutient que le taux de l'intérêt de retard doit être réduit à 0,2% en application de l'article 55 de la loi n°2017-1775 du 28 décembre 2017, il résulte de l'instruction et, plus précisément, des propositions de rectification que l'administration lui a adressées, que celle-ci a fait application de ce taux à compter du 1er janvier 2018, conformément aux dispositions législatives invoquées. Le moyen, qui manque en fait, ne peut donc qu'être écarté.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : () c. 80 % en cas de découverte d'une activité occulte () ". En se bornant à invoquer sa bonne foi dont témoignerait le fait qu'il aurait déclaré ses revenus en Russie où il estimait être imposable, alors que cette circonstance n'est, ainsi qu'il a été exposé au point 6 du présent jugement, pas établie, le requérant ne conteste pas sérieusement le bien-fondé de l'application de la majoration de 80% prévue par les dispositions de l'article 1728 1 c du code général des impôts. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.

12. En dernier lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article 1649 A du code général des impôts : " Les personnes physiques, les associations, les sociétés n'ayant pas la forme commerciale, domiciliées ou établies en France, sont tenues de déclarer, en même temps que leur déclaration de revenus ou de résultats, les références des comptes ouverts, détenus, utilisés ou clos à l'étranger () ". En se bornant à affirmer que certains des comptes à raison desquels l'amende prévue par ces dispositions lui a été infligée ne seraient pas indépendants mais constitueraient des " sous comptes ", le requérant ne conteste, en tout état de cause, pas sérieusement son bien-fondé.

13. Il résulte de tout ce qui précède que le surplus des conclusions de la requête, y compris celles tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. A tendant à la décharge des pénalités au titre de l'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux pour un montant de 9 538 euros et des amendes fiscales infligées au titre des années 2012 à 2014 pour un montant de 4 500 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur de la direction de vérification des situations fiscales.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Vidal, présidente,

Mme Grossholz, première conseillère,

M. Khansari, conseiller,

Rendu public par mise à disposition du greffe le 8 novembre 2023.

La rapporteure,

C. GROSSHOLZ

La présidente,

S. VIDALLa greffière,

S. RUBIRALTA

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique de la France, chargé des Comptes publics, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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