lundi 9 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Paris |
| Section | Tribunal Administratif de Paris |
| N° Dossier | TA75-2104664 |
| Type | Décision |
| Publication | C |
| Formation | 4e Section - 2e Chambre |
| Avocat requérant | JACQUEZ-DUBOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 5 mars et 21 avril 2021, 6 septembre 2022, 31 juillet et 21 septembre 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la société civile immobilière SHAMS, représentée par Me Roll, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler le permis de construire tacite accordé le 8 janvier 2020 par la maire de Paris à M. C B pour la surélévation de deux niveaux et la création d'un sous-sol d'une maison individuelle située 6 bis, rue Campagne Première, dans le 14ème arrondissement de Paris ;
2°) de mettre à la charge solidaire de la ville de Paris et de M. B une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que l'architecte des bâtiments de France n'a pas été consulté, alors que le projet se situe en site inscrit et dans le périmètre de protection de monuments historiques ; l'inspection générale des carrières n'a pas été saisie en méconnaissance des dispositions de l'article UG.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme ;
- la décision attaquée a été prise sur la base d'un dossier incomplet, en méconnaissance des dispositions des articles L. 431-2, R. 431-8 et R. 431-10 du code de l'urbanisme ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article UG.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme, dès lors que le pétitionnaire ne justifie pas des précautions préalables prises pour éviter de compromettre la stabilité de l'immeuble de la copropriété ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article UG.7.1 du règlement du plan local d'urbanisme, dès lors que le projet porte atteinte aux conditions d'ensoleillement et de vue de l'immeuble voisin ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article UG.11.1.1 du règlement du plan local d'urbanisme, compte tenu de la hauteur et du couronnement du projet, qui sont en rupture avec les structures avoisinantes.
Par un mémoire, enregistré le 28 septembre 2022, la maire de Paris a indiqué ne pas formuler d'observations sur la requête, et a signalé qu'un nouveau permis de construire avait été accordé à M. B le 11 août 2022 pour la surélévation et l'extension en sous-sol d'une maison sur cour sur le même terrain.
Par un mémoire, enregistré le 12 juillet 2022, M. B, représenté par Me Jacquez-Dubois, conclut au rejet de la requête, et à ce qu'il soit mis à la charge de la société requérante le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable, dès lors que la société requérante ne justifie pas de sa qualité ni de son intérêt à agir ;
- les moyen soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Un mémoire complémentaire, présenté par la ville de Paris, a été enregistré le 22 septembre 2023 et n'a pas été communiqué.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que le tribunal est susceptible de surseoir à statuer sur le fondement de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, en vue d'une régularisation de l'avis de l'architecte des bâtiments de France, qui ne s'est pas prononcé sur le projet, et de l'avis de l'inspection générale des carrières, qui n'a pas été consultée.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le règlement du plan local d'urbanisme de la ville de Paris ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Berland,
- les conclusions de Mme Alidière, rapporteure publique,
- et les observations de Me Roll, représentant la société SHAMS.
Une note en délibéré présentée par M. B a été enregistrée le 3 octobre 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Le 8 octobre 2019, M. C B a déposé une demande de permis de construire n° PC 075 114 19 V0052 pour la surélévation de deux niveaux et la création d'un sous-sol d'une maison individuelle située 6 bis rue Campagne Première, dans le 14ème arrondissement de Paris. Le 8 janvier 2020, un permis de construire tacite a été accordé par la maire de Paris. Par la présente requête, la société civile immobilière SHAMS demande au tribunal d'annuler cet arrêté de permis de construire.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. Le présent article n'est pas applicable aux décisions contestées par le pétitionnaire. ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, au requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'une autorisation d'urbanisme, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien et au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.
4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la société SHAMS est propriétaire d'un local commercial situé en rez-de-chaussée des bâtiments rue et cour de l'ensemble immobilier situé 6 bis, rue Campagne Première, à Paris. En outre, il ressort de l'extrait " Kbis " du registre national du commerce et des sociétés que Mmes A et Salma Mikou ont la qualité de co-gérantes de la société requérante. Dès lors, en application de l'article 1849 du code civil, le gérant dispose d'un pouvoir légal de représentation lui donnant, de plein droit, qualité pour agir en justice au nom de cette société.
5. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la SCI SHAMS est voisine immédiate des travaux en cause. Il ressort des pièces du dossier de permis de construire que le projet consiste en la surélévation de deux niveaux et la création d'un sous-sol dans le pavillon mitoyen du lot de la société requérante. La SCI SHAMS fait valoir que la création de deux niveaux est de nature à affecter directement les conditions d'occupation de son bien, en raison de la perte de luminosité et de la création de vues directes sur son bien qu'une telle construction est susceptible d'engendrer. En outre, elle fait valoir que l'affouillement prévu emporte un risque de fragilisation du sol, dès lors que le projet se situe sur une zone d'anciennes carrières souterraines.
6. Par suite, la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt donnant qualité pour agir à la société requérante, qui manque en fait, doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la régularité de la procédure :
7. Aux termes de l'article R. 423-50 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente recueille auprès des personnes publiques, services ou commissions intéressés par le projet, les accords, avis ou décisions prévus par les lois ou règlements en vigueur ".
8. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.
9. En premier lieu, aux termes de l'article R. 425-1 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans les abords des monuments historiques, [] la décision prise sur la déclaration préalable tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 621-32 du code du patrimoine si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, le cas échéant assorti de prescriptions motivées ". Aux termes de l'article R*425-30 du même code : " Lorsque le projet est situé dans un site inscrit, la demande de permis ou la déclaration préalable tient lieu de la déclaration exigée par l'article L. 341-1 du code de l'environnement. () / La décision prise sur la demande de permis ou sur la déclaration préalable intervient après consultation de l'architecte des Bâtiments de France. " Aux termes de l'article R*423-54 du même code : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, l'autorité compétente recueille l'accord ou, pour les projets mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine, l'avis de l'architecte des Bâtiments de France. " Aux termes de l'article L. 621-30 du code du patrimoine, " I. - Les immeubles ou ensembles d'immeubles qui forment avec un monument historique un ensemble cohérent ou qui sont susceptibles de contribuer à sa conservation ou à sa mise en valeur sont protégés au titre des abords (). / II. - La protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, situé dans un périmètre délimité par l'autorité administrative dans les conditions fixées à l'article L. 621-31 (). / En l'absence de périmètre délimité, la protection au titre des abords s'applique à tout immeuble, bâti ou non bâti, visible du monument historique ou visible en même temps que lui et situé à moins de cinq cents mètres de celui-ci (). / Les servitudes d'utilité publique instituées en application de l'article L. 341-1 du code de l'environnement ne sont pas applicables aux immeubles protégés au titre des abords. " Aux termes de l'article L. 621-32 du même code : " Les travaux susceptibles de modifier l'aspect extérieur d'un immeuble, bâti ou non bâti, protégé au titre des abords sont soumis à une autorisation préalable. / L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur d'un monument historique ou des abords. "
10. Aux termes de l'article R. 425-30 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans un site inscrit, la demande de permis ou la déclaration préalable tient lieu de la déclaration exigée par l'article L. 341-1 du code de l'environnement. Les travaux ne peuvent être entrepris avant l'expiration d'un délai de quatre mois à compter du dépôt de la demande ou de la déclaration. La décision prise sur la demande de permis ou sur la déclaration préalable intervient après consultation de l'architecte des Bâtiments de France ".
11. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que ne peuvent être délivrés qu'avec l'accord de l'architecte des Bâtiments de France les autorisations d'urbanisme portant sur des immeubles situés, en l'absence de périmètre délimité, à moins de 500 mètres d'un édifice classé ou inscrit au titre des monuments historiques, s'ils sont visibles à l'œil nu de cet édifice ou en même temps que lui depuis un lieu normalement accessible au public, y compris lorsque ce lieu est situé en dehors du périmètre de cinq cents mètres entourant l'édifice en cause. Par ailleurs, c'est à l'architecte des bâtiments de France qu'il appartient d'apprécier, sous le contrôle du juge, si un immeuble implanté à moins de 500 mètres d'un immeuble classé est ou non situé dans le champ de visibilité de ce dernier.
12. En l'espèce, il est constant que le projet litigieux, qui se situe au sein du site inscrit de Paris, se situe à moins de 500 mètres de plusieurs bâtiments faisant l'objet d'une protection au titre des monuments historiques. Il est également constant que l'architecte des bâtiments de France n'a pas été consulté, et ne s'est pas prononcé sur le projet. Par suite, la société requérante est fondée à soutenir que la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'obligation de saisine de l'architecte des bâtiments de France, ce qui a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur la décision de la maire de Paris.
13. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article UG. 2.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la ville de Paris : " Dans les zones d'anciennes carrières souterraines, dans les zones comportant des poches de gypse antéludien et dans la Zone de risque de dissolution du gypse antéludien, la réalisation de constructions ou d'installations et la surélévation, l'extension ou la modification de bâtiments existants sont, le cas échéant, subordonnées aux conditions spéciales imposées par l'Inspection générale des carrières en vue d'assurer la stabilité des constructions projetées et de prévenir tout risque d'éboulement ou d'affaissement (la Zone de risque de dissolution du gypse antéludien est délimitée sur le Plan des secteurs de risques figurant dans l'atlas général () ".
14. Le projet prévoit la réalisation d'une surélévation d'un bâtiment existant situé dans une zone d'anciennes carrières connues délimitée par le plan local d'urbanisme de la ville de Paris. Par suite, la consultation de l'inspection générale des carrières était requise. Dès lors, la société requérante est fondée à soutenir que la décision du 8 janvier 2020 a été prise en méconnaissance de l'obligation de saisine de l'inspection générale des carrières, ce qui a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur la décision de la maire de Paris.
En ce qui concerne la complétude du dossier de permis de construire :
15. Aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural définit, par des plans et documents écrits, l'implantation des bâtiments, leur composition, leur organisation et l'expression de leur volume ainsi que le choix des matériaux et des couleurs. / Il précise, par des documents graphiques ou photographiques, l'insertion dans l'environnement et l'impact visuel des bâtiments ainsi que le traitement de leurs accès et de leurs abords. " Aux termes de l'article R. 431-8 du même code : " Le projet architectural comprend une notice précisant / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement. " Aux termes de l'article R. 431-10 du même code : " Le projet architectural comprend également : / a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. "
16. La circonstance que le dossier de déclaration préalable ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité l'autorisation qui a été accordée que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
17. Il ressort des pièces du dossier que la notice architecturale jointe au dossier présente, conformément aux dispositions de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme, l'état initial du terrain et de ses abords, les aménagements prévus, l'implantation, l'organisation, la composition et le volume du projet, ainsi que le traitement des constructions. En particulier, elle précise que " la construction sera de type traditionnel avec un enduit mortier de chaux teinté dans la masse avec une finition grattée fin dans le ton taupe. La couverture de l'atelier d'artiste sera en zinc ". Elle indique également que les emprises au sol, les espaces verts, et l'accès au terrain restent inchangés. En outre, le dossier comprend des plans des façades, de la toiture, et des plans de coupe du projet, dans l'état initial et dans l'état futur, ainsi qu'un document graphique PC6 présentant l'insertion du projet dans son environnement, et des photographies de l'environnement proche et lointain, conformément aux dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme. En tout état de cause, la société requérante n'établit pas que l'autorité compétente n'aurait pas été mise en mesure grâce à l'ensemble des documents figurant au dossier d'apprécier la conformité du projet à la réglementation applicable.
En ce qui concerne le respect des dispositions de l'article UG.2.1 du plan local d'urbanisme :
18. Aux termes du c) de l'article UG.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme : " Lorsque des travaux nécessitent des fouilles ou une intervention dans le tréfonds, le pétitionnaire doit être en mesure, avant toute mise en œuvre, de justifier des précautions préalables prises pour éviter de compromettre la stabilité des constructions sur les terrains contigus. ".
19. Si la société SHAMS fait valoir que le dossier de permis de construire ne contient aucun élément relatif aux précautions à mettre en œuvre afin d'éviter de compromettre la stabilité de l'immeuble de la copropriété voisine, alors que le projet prévoit la création d'un sous-sol, la méconnaissance des dispositions, citées au point précédent dont elle entend se prévaloir, ne peut être utilement invoquée à l'encontre d'une autorisation d'urbanisme. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du c) de l'article UG.2.1 du règlement du plan local d'urbanisme de Paris, qui n'ont ainsi pas d'incidence sur le contenu du dossier de demande de permis de construire et ne créent d'obligation que pour la mise en œuvre du permis, doit être écarté comme inopérant.
En ce qui concerne le respect des dispositions de l'article UG.7.1 du plan local d'urbanisme :
20. Aux termes de l'article UG.7.1 du règlement du plan local d'urbanisme : " Nonobstant les dispositions du présent article UG.7 et de l'article UG.10.3, l'implantation d'une construction en limite séparative peut être refusée si elle a pour effet de porter gravement atteinte aux conditions d'éclairement d'un immeuble voisin ou à l'aspect du paysage urbain, et notamment à l'insertion de la construction dans le bâti environnant ". Au sens de ces dispositions, l'atteinte grave aux conditions d'éclairement suppose une obstruction significative de la lumière, qui ne saurait se réduire à une simple perte d'ensoleillement.
21. La société requérante fait valoir que la construction projetée aura nécessairement pour effet de porter atteinte aux conditions d'éclairement de l'immeuble situé sur la parcelle AE n° 39, 8 rue Campagne Première. Toutefois, la société requérante n'apporte aucun élément, tel qu'une étude ou un constat d'huissier, permettant, d'une part, d'apprécier les conditions actuelles d'éclairement de cet immeuble, d'autre part, que la perte d'ensoleillement générée par le projet serait d'une importance telle qu'elle engendrerait une obstruction significative de la lumière. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le projet porterait gravement atteinte aux conditions d'éclairement de l'immeuble du 8, rue Campagne Première au sens de l'article UG.7.1 du règlement du plan local d'urbanisme, doit être écarté.
En ce qui concerne le respect des dispositions de l'article UG.11.1 du plan local d'urbanisme :
22. Aux termes des dispositions générales de l'article UG.11 " Aspect extérieur des constructions et aménagement de leurs abords, protection des immeubles et éléments de paysage " du règlement du plan local d'urbanisme de Paris : " Les interventions sur les bâtiments existants comme sur les bâtiments à construire, permettant d'exprimer une création architecturale, peuvent être autorisées. / L'autorisation de travaux peut être refusée ou n'être accordée que sous réserve de prescriptions si la construction, l'installation ou l'ouvrage, par sa situation, son volume, son aspect, son rythme ou sa coloration, est de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. () Les matériaux apparents et les dispositifs permettant d'assurer leur végétalisation en façade et en toiture doivent être choisis de telle sorte que leur mise en œuvre permette de leur conserver, de façon permanente, un aspect satisfaisant et respectueux du caractère des lieux. ". Aux termes de l'article UG.11.1.1 " constructions existantes " du même règlement : " Les bâtiments en façades se présentent en général sous la forme des différents registres (soubassement, façade, couronnement) qui participent à la composition architecturale en particulier en bordure des voies et des espaces publics ; le marquage de ces registres peut être important, plus faible ou absent suivant les époques et types d'architecture. / () 3°- Couronnement : / Les travaux doivent chercher à restituer l'aspect d'origine ou améliorer la volumétrie de la partie supérieure des constructions. L'adjonction de volumes bâtis (lucarnes, prolongements de façades, vérandas) ne peut être autorisée que dans la mesure où ils s'intègrent de façon harmonieuse dans la composition d'ensemble. "
23. Eu égard à la teneur des dispositions de l'article UG.11 précitées, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, d'apprécier si l'autorité administrative a pu légalement autoriser la construction projetée, compte tenu de ses caractéristiques et de celles des lieux avoisinants, sans méconnaître les exigences résultant de cet article. Dans l'exercice de ce contrôle, le juge doit tenir compte de l'ensemble des dispositions de cet article et de la marge d'appréciation qu'elles laissent à l'autorité administrative pour accorder ou refuser de délivrer une autorisation d'urbanisme.
24. Il ressort des pièces du dossier que le projet litigieux consiste en la surélévation sur deux étages d'un pavillon, avec démolition de la toiture en zinc et création, au R+3, d'un atelier d'artiste avec une verrière couverte en zinc, et d'un toit terrasse. Le R+2 créé est identique au R+1 existant, et la façade est couverte d'un enduit mortier de chaux teinté dans la masse de ton taupe, ce qui crée une continuité à l'échelle du bâtiment. Ce projet, situé en fond de cour, ne sera pas visible depuis la voie publique, limitant son impact visuel. Par ailleurs, l'environnement proche du projet ne présente pas d'homogénéité particulière, notamment en ce qui concerne la hauteur des bâtiments, le pavillon concerné étant, sur la même parcelle, mitoyen d'un bâtiment en rez-de-chaussée et face à un bâtiment en R+7, les parcelles avoisinantes accueillant des bâtiments en R+7 et R+10. Compte tenu de ces circonstances, la maire de Paris, a pu, sans méconnaître les exigences de l'article UG.11.1 du règlement du plan local d'urbanisme, estimer que le projet pouvait s'insérer dans le cadre constitué par les habitations existantes sans porter atteinte au caractère et à l'intérêt des lieux avoisinants.
Sur l'application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :
25. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. ".
26. Il résulte de ce qui précède que la décision du 8 janvier 2020 par lequel la maire de Paris a délivré un permis de construire tacite n° PC 075 114 19 V0052 à M. B est entachée de vices tenant à l'absence d'avis de l'architecte des bâtiments de France et à l'absence de saisine de l'inspection générale des carrières.
27. Ces vices sont susceptibles de régularisation. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de surseoir à statuer et d'impartir à M. B un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement aux fins d'obtenir sa régularisation.
28. Il y a également lieu de surseoir à statuer, dans les mêmes conditions, sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il est sursis à statuer sur les conclusions en annulation de la société SHAMS et sur ses conclusions présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative jusqu'à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement pour permettre à M. B de notifier au tribunal un arrêté de non-opposition de régularisation.
Article 2 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière SHAMS, à la ville de Paris et à M. C B.
Délibéré après l'audience du 25 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Le Roux, présidente,
Mme Madé, première conseillère,
Mme Berland, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2023.
La rapporteure,
F. BERLAND
La présidente,
M.-O. LE ROUXLa greffière,
S. RAHMOUNI
La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2417280
Le Tribunal Administratif de Paris a annulé les décisions du ministre de la justice refusant un changement de nom. Le juge a estimé que la requérante justifiait d'un intérêt légitime exceptionnel, fondé sur des motifs affectifs, pour porter le nom de son père biologique et affectif, et ce malgré l'existence d'une filiation paternelle légalement établie à l'égard d'un autre homme. La décision s'appuie sur l'article 61 du code civil, qui n'assujettit pas l'intérêt légitime à changer de nom à l'existence d'un lien de filiation avec le porteur du nom sollicité.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2402737
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. B... visant à annuler les arrêtés d'expulsion et de fixation du pays de destination. La juridiction a estimé que le ministre de l'intérieur avait légalement fondé sa décision sur l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, considérant que les condamnations et le comportement agressif de l'intéressé, évoluant vers des menaces à caractère terroriste, constituaient une menace grave pour l'ordre public et portaient atteinte aux intérêts fondamentaux de l'État. Le tribunal a également jugé que l'arrêté fixant le Maroc comme pays de destination ne méconnaissait pas l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2504315
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de M. A..., un ressortissant chinois condamné pour meurtre, qui demandait l'annulation de son arrêté d'expulsion du 5 décembre 2024. Le tribunal a jugé que le préfet de police était compétent pour signer l'arrêté et que la motivation de la décision, qui invoquait une menace grave pour l'ordre public, était suffisante au regard des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (article L. 631-1) et du code des relations entre le public et l'administration. La demande d'aide juridictionnelle provisoire a également été rejetée, faute d'urgence démontrée.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2406377
Le Tribunal Administratif de Paris a rejeté la requête de la SCI Habitat Cavaignac visant à annuler l'arrêté municipal du 17 janvier 2024 refusant la transformation d'un local commercial en meublé de tourisme. La juridiction a jugé que le refus de la Maire de Paris était légal, car il était justifié par la nécessité de protéger l'environnement urbain et l'équilibre entre les fonctions de la ville, conformément au règlement municipal adopté sur le fondement du code du tourisme (articles L. 324-1-1 et R. 324-1-5). La demande d'injonction et de condamnation pécuniaire à l'encontre de la Ville a également été rejetée.
23/03/2026