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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2105486

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2105486

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2105486
TypeDécision
PublicationC
Formation5e Section - 1re Chambre
Avocat requérantSEBAN ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 17 mars 2021, le 7 octobre 2022, le 15 novembre 2022 et le 5 juin 2024, la société civile de l'immeuble de l'avenue d'Italie et la société anonyme Florentin stratégie, représentées par Me Baudoin, demande au tribunal :

1°) de condamner la Société du Grand Paris (SGP) à leur verser une somme de 16 008 719 euros, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation, en réparation des préjudices qu'elles estiment avoir subis ;

2°) de mettre à la charge de la SGP une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- sa demande est recevable ;

- la responsabilité sans faute de la SGP doit être engagée en raison du préjudice anormal et spécial qu'elles ont subi, à savoir la perte de chance de percevoir des loyers entre le 1er octobre 2014 et le 30 septembre 2016 et à l'impossibilité de percevoir des loyers à compter du 1er octobre 2016 et le 30 juin 2021 compte tenu de l'expropriation de la parcelle cadastrée section 1303 DT n°63 à la SGP et des travaux de prolongement de la ligne 14 du métropolitain.

Par des mémoires enregistrés le 25 juillet 2022, le 20 octobre 2022 et le 1er décembre 2022, la SGP, représentée par Me Lherminier, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à ce qu'il soit mis à la charge des sociétés requérantes une somme de 4 000 euros à leur verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 5 juin 2024, la clôture d'instruction a été reportée au

12 juin suivant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hélard,

- les conclusions de Mme Lambrecq, rapporteure publique,

- et les observations de Me Laroche, représentant les sociétés requérantes, et Me Bakari, représentant la Société des grands projets précédemment nommée Société du Grand Paris.

Une note en délibéré pour les sociétés requérantes a été enregistrée le 20 juin 2024.

Une note en délibéré pour les sociétés requérantes a été enregistrée le 21 juin 2024.

Considérant ce qui suit :

1. La société commerciale Citroën louait un ensemble immobilier sis 133/139, avenue d'Italie à Paris (75013), appartenant dernièrement à la société civile immobilière (SCI) de l'immeuble Avenue d'Italie et la société anonyme Florentin Stratégies, à compter du 1er juillet 2002 jusqu'au 30 juin 2014, afin de réparer et entretenir des véhicules automobiles. La société Citroën sous-louait également un terrain nu et non-clôturé cadastré section 1303 DT n°63 détenu par les sociétés requérantes, lequel constituait l'accessoire indispensable du bail commercial de l'ensemble immobilier sis 133/139, avenue d'Italie à Paris (75013). Le 9 avril 2013, la société du Grand Paris (SGP) a informé les sociétés requérantes de son souhait d'acquérir ce terrain afin de procéder à la construction de la station Maison Blanche dans le cadre des travaux de prolongation de la ligne 14 du métropolitain. Par un acte du 16 décembre 2013, la société Citroën a pris congé de son bail pour le 30 juin 2014. Par un décret n° 2016-1034 du 27 juillet 2016, les travaux ont été déclarés d'utilité publique et le terrain a été intégré dans le périmètre. Par un acte du 30 septembre 2016, le terrain a été vendu à la vente à l'amiable à la SGP. A la suite de cette vente, les travaux de construction de la station Maison Blanche ont commencé. Par une demande réceptionnée le 5 juin 2020, les sociétés requérantes ont demandé l'indemnisation des préjudices qu'elles estiment avoir subis. Par un courrier du 19 janvier 2021, la SGP a rejeté cette demande. Par la présente requête, les sociétés requérantes demandent au tribunal l'indemnisation des préjudices qu'elles estiment avoir subis.

Sur les conclusions indemnitaires

2. Il appartient au riverain d'une voie publique qui entend obtenir réparation des dommages qu'il estime avoir subis à l'occasion d'une opération de travaux publics à l'égard de laquelle il a la qualité de tiers d'établir, d'une part, le lien de causalité entre cette opération et les dommages invoqués, et, d'autre part, le caractère anormal et spécial de son préjudice, les riverains des voies publiques étant tenus de supporter sans contrepartie les sujétions normales qui leur sont imposées dans un but d'intérêt général.

En ce qui concerne la perte de chance de percevoir des loyers du 1er juillet 2014 au 30 septembre 2016

3. Par un acte du 16 décembre 2013, la société Citroën a pris congé de son bail de l'ensemble immobilier sis 133/139, avenue d'Italie à Paris (75013), pour le 30 juin 2014. Les éléments apportés par les sociétés requérantes ne permettent pas d'établir un lien direct et certain entre les travaux publics entrepris et la décision de la société Citroën, dès lors que la société locataire a pris congé de son bail au terme initialement convenu, sans préciser les motifs de sa décision, et que la vente du terrain cadastré devant l'ensemble immobilier loué et sur lequel était entreposé les voitures n'a eu lieu que le 30 août 2016, soit plus de deux années après le terme du bail commercial.

4. En outre, si les sociétés requérantes ont mandaté une société de conseil spécialisée dans les transactions immobilières pour trouver un locataire à compter de l'été 2014, les éléments apportés par les sociétés requérantes, en particulier les courriers électroniques peu circonstanciés de la société de conseil, ne permettent pas d'établir qu'une recherche sérieuse ait effectivement eu lieu et qu'elles se soient trouvées dans l'impossibilité de louer à cause des travaux publics projetés en 2016, alors que, au demeurant, il ressort des termes mêmes du mandat, la société de conseil devait rendre compte périodiquement de l'évolution de la commercialisation. De plus, la circonstance que les sociétés requérantes aient conclu un contrat de mise à disposition précaire et à titre gratuit d'une partie de leurs lots avec une société tierce ne permet pas d'établir, à elle seule, qu'il leur était impossible de louer leur bien à cause des travaux publics à venir.

En ce qui concerne les travaux entrepris à compter de l'année 2016

5. Les sociétés requérantes soutiennent qu'elles se sont trouvées dans l'impossibilité de louer l'ensemble immobilier sis 133/139, avenue d'Italie à Paris (75013) à compter du 1er octobre 2016, date du début des travaux publics entrepris. Elles font valoir que l'ensemble immobilier a été privé d'accès et de visibilité et qu'il a subi des nuisances.

6. D'une part, la seule circonstance que les sociétés requérantes aient signé un nouveau mandat, le 22 mars 2019, avec la même société de conseil spécialisée dans les transactions immobilières que celle précédemment mandatée, ne permet pas d'établir qu'elles aient tenté en vain de louer à titre onéreux leurs locaux pendant la durée des travaux. D'autre part, il ressort des termes mêmes de l'acte de vente du terrain nu et non-clôturé cadastré section 1303 DT à la SGP et des demandes de permis de construire des sociétés requérantes, que ces dernières ont accepté la cession du terrain constituant l'accessoire indispensable du bail de leur ensemble immobilier et projetaient un changement de destination de cet ensemble afin d'y construire des logements. A ce titre, il ne résulte pas de l'instruction qu'elles aient été dans l'impossibilité d'effectuer ces travaux à cause des travaux de construction de la station Maison Blanche et, ainsi, qu'elles auraient été dans l'impossibilité de louer leur ensemble immobilier rénové. Dans ces conditions, le préjudice tiré de l'impossibilité de louer l'ensemble immobilier destiné à la réparation et à l'entretien de véhicules automobiles pendant la durée des travaux ne revêt pas un caractère réel.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. "

8. Les dispositions précitées font obstacle à ce que soit mis à la charge de la société des grands projets, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme à verser au titre des frais d'instance aux sociétés requérantes. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des sociétés requérantes une somme à verser à la société des grands projets.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la Société Civile de l'immeuble avenue d'Italie et de la Société anonyme Florentin stratégies est rejetée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la société des grands projets est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la Société Civile de l'immeuble avenue d'Italie, la Société anonyme Florentin stratégies et la Société des grands projets.

Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ho Si Fat, président,

Mme Kanté, première conseillère,

M. Hélard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024

Le rapporteur,

R. Hélard

Le président,

F. Ho Si Fat

La greffière,

A. Louart

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, préfet de Paris, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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