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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2105592

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2105592

mercredi 17 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2105592
TypeDécision
PublicationC
Formation1re Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET CMS FRANCIS LEFEBVRE AVOCATS STRASBOURG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 mars et 2 juillet 2021, la société Lafayette patrimoine promotion, représentée par Me Richert, demande au tribunal :

1°) de prononcer la réduction des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, assortis des intérêts de retard, qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er avril 2015 au 31 décembre 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- si elle accepte la rectification à laquelle a procédé le service en tant qu'elle est fondée sur l'absence de droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée grevant le prix de revient des lots d'une résidence hôtelière pour étudiants qu'elle détient en nue-propriété, elle conteste le montant des rappels réclamés dès lors que le taux applicable, s'agissant d'un immeuble affecté au logement social, est le taux réduit ;

- conformément aux dispositions de l'article 278 sexies du code général des impôts, les livraisons à soi-même de logements sociaux locatifs dont l'acquisition aurait bénéficié du taux de taxe sur la valeur ajoutée réduit de 5,5% sont soumises au même taux réduit de taxe sur la valeur ajoutée lors de l'achèvement de l'immeuble ;

- en faisant primer le mode de détention de l'immeuble, en l'espèce la détention en nue-propriété, sur son affectation sociale, le service ajoute une condition que la loi ne prévoit pas et contraire à la directive sur la taxe sur la valeur ajoutée ;

- la livraison à soi-même de la nue-propriété de l'immeuble constitue une étape d'une opération globale dont la finalité est de favoriser la location sociale, en l'absence de droits concurrents de l'usufruitier et du nu-propriétaire ;

- la circonstance qu'elle n'aurait pas la qualité de bailleur social ne saurait lui être opposée par le service, conformément à la doctrine administrative.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 16 juin et 6 septembre 2021, l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France (division juridique) conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société Lafayette patrimoine promotion ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lenoir,

- et les conclusions de M. Guiader, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Lafayette patrimoine promotion, qui exerce l'activité de promotion immobilière de logements, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période allant du 1er janvier 2014 au 31 mars 2016, étendue en matière de taxe sur la valeur ajoutée au 31 décembre 2016. A la suite de ce contrôle, le service a fait connaître à la société, par une proposition de rectification en date du 24 juillet 2017 ayant donné lieu à échanges contradictoires, son intention de lui réclamer des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er avril 2015 au 31 décembre 2016, procédant de la remise en cause de la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée collectée au titre d'une opération de livraison à soi-même d'immeubles déclarée au titre du mois de juin 2016 ainsi que de l'application du taux réduit de 5,5% au mobilier vendu dans le cadre d'une convention de cession d'usufruit conclue en date du 9 septembre 2014. Les rappels de taxe sur la valeur ajoutée correspondants, assortis des intérêts de retard, ont été réclamés à la société Lafayette patrimoine promotion par un avis de mise en recouvrement en date du 7 mars 2018. La réclamation préalable présentée par la société en date du 24 août 2020 ayant fait l'objet d'une décision de rejet en date du 12 février 2021, la société Lafayette patrimoine promotion, par la requête susvisée, demande la réduction des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, assortis des intérêts de retard, qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er avril 2015 au 31 décembre 2016.

Sur les conclusions aux fins de décharge :

2. Aux termes du II l'article 257 du code général des impôts : " Les opérations suivantes sont assimilées, selon le cas, à des livraisons de biens ou à des prestations de services effectuées à titre onéreux. / 1. Sont assimilés à des livraisons de biens effectuées à titre onéreux : () 2° L'affectation par un assujetti aux besoins de son entreprise d'un bien produit, construit, extrait, transformé, acheté, importé ou ayant fait l'objet d'une acquisition intracommunautaire dans le cadre de son entreprise lorsque l'acquisition d'un tel bien auprès d'un autre assujetti, réputée faite au moment de l'affectation, ne lui ouvrirait pas droit à déduction complète. "

3. La société Lafayette patrimoine promotion a initié une opération de promotion immobilière à Strasbourg correspondant à la réalisation d'une résidence hôtelière pour étudiants. Dans le cadre de cette opération, la société a conclu avec la société anonyme d'habitations à loyer modéré Habitat des salariés d'Alsace une convention de cession d'usufruit en date du 8 septembre 2014, le démembrement de propriété ayant par la suite été réalisé, ainsi que le soutient sans être contredite la société requérante, au mois de février 2016. Au titre du mois de juin 2016, la société Lafayette patrimoine promotion, procédant à une opération de livraison à soi-même, a déclaré une taxe sur la valeur ajoutée collectée d'un montant de 389 582 euros, correspondant à l'application d'un taux de 20% à une base taxable de 1 947 908 euros, soit le prix de revient des lots dont la société s'est réservée la nue-propriété. Elle a, par la même opération, entendu procéder à la déduction d'un même montant de taxe sur la valeur ajoutée. Pour remettre en cause ce droit à déduction, le service a relevé que la cession d'une nue-propriété, qui ne peut donner lieu à perception de revenu, n'ouvrait pas de droit à déduction à la société Lafayette patrimoine promotion et, par suite, que l'opération de livraison à soi-même effectuée par la société était assimilée à une livraison de biens effectuée à titre onéreux en application des dispositions citées au point 2. Si la société reconnaît le bien-fondé de la remise en cause, par le service, de son droit à déduction, elle conteste le montant des rappels qui en résulte dès lors que l'opération de livraison à soi-même d'immeuble à laquelle elle a procédé devait donner lieu à perception d'une taxe sur la valeur ajoutée au taux réduit de 5,5%.

4. Aux termes de l'article 278 sexies du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux rappels en litige : " La taxe sur la valeur ajoutée est perçue au taux réduit de 5,5 % en ce qui concerne : / I. - Les opérations suivantes réalisées dans le cadre de la politique sociale : () / 10. Les cessions de droits immobiliers démembrés de logements sociaux neufs à usage locatif mentionnés aux 3° et 5° de l'article L. 351-2 du code de la construction et de l'habitation, lorsque l'usufruitier bénéficie d'un prêt prévu à l'article R. 331-1 du même code et a conclu avec l'Etat une convention en application des 3° ou 5° de l'article L. 351-2 du même code (). II. - Les livraisons à soi-même d'immeubles dont l'acquisition aurait bénéficié du taux réduit de 5,5 % en application du I ".

5. Il ne résulte pas du 10 du I de l'article 278 sexies du code général des impôts, éclairé, au demeurant, par les travaux préparatoires auxquels celui-ci a donné lieu, que le législateur ait entendu limiter les cessions de droits immobiliers démembrés de logements sociaux neufs à usage locatif aux seules cessions d'usufruit, les cessions de droits immobiliers démembrés comprenant également l'acquisition en nue-propriété des immeubles par des épargnants ou investisseurs. En outre, il est constant que la société anonyme d'habitations à loyer modéré Habitat des salariés d'Alsace, usufruitière des immeubles objet du présent litige en exécution de la convention en date du 8 septembre 2014, remplit les conditions du 10 du I de l'article 278 sexies du code général des impôts. Dans ces conditions, dès lors que l'acquisition de la nue-propriété des immeubles objet du présent litige aurait donné lieu à perception de taxe sur la valeur ajoutée au taux réduit de 5,5%, il résulte du II de l'article 278 sexies du code général des impôts que la taxe sur la valeur ajoutée collectée dans le cadre de la livraison à soi-même effectuée par la société Lafayette patrimoine promotion, assimilée à une livraison de biens ou à des prestations de services effectuées à titre onéreux en application du 2° du II de l'article 257 du code général des impôts, devait être perçue au taux réduit de 5,5%. A cet égard, il est sans incidence que la société Lafayette patrimoine promotion, nue-propriétaire et non usufruitière, n'ait pas bénéficié d'un prêt prévu à l'article R. 331-1 du même code ou ait conclu avec l'Etat une convention en application des 3° ou 5° de l'article L. 351-2 du même code. De même, il ne résulte pas des dispositions citées au point 4 qu'elles s'appliqueraient uniquement aux bailleurs sociaux.

6. Dans ces conditions, la société est fondée à soutenir que, nonobstant le bien-fondé des rappels qui lui ont été réclamés par le service au titre de la période du 1er avril 2015 au 31 décembre 2016, un taux réduit de 5,5% s'appliquait à la base taxable de 1 947 908 euros déclarée au titre du mois de juin 2016, soit un montant dû, en droits, de taxe sur la valeur ajoutée de 107 134,94 euros. Par ailleurs, la société ne conteste pas le bien-fondé du chef de rectification relatif à l'omission d'un montant de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 20 404 euros au titre de la période du 1er avril 2015 au 31 mars 2016. Il est en outre constant que la société disposait d'un montant de crédit permanent de 119 124 euros au titre de la période du 1er avril au 31 décembre 2016.

7. Il résulte de ce qui précède, et eu égard au quantum fixé par la réclamation préalable de la société Lafayette patrimoine promotion en date du 24 août 2020, que la société Lafayette patrimoine promotion est fondée à demander la réduction des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er avril 2015 au 31 décembre 2016, à hauteur de 282 447 euros, en droits, et 6 779 euros, en intérêts de retard.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le montant de 1 500 euros à verser à la société Lafayette patrimoine promotion au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La société Lafayette patrimoine promotion est déchargée des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er avril 2015 au 31 décembre 2016 à concurrence de 282 447 euros en principal et de 6 779 euros en intérêts de retard.

Article 2 : L'Etat versera à la société Lafayette patrimoine promotion le montant de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Lafayette patrimoine promotion et à l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Ile-de-France (division juridique).

Délibéré après l'audience du 20 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Rohmer, président,

Mme Dousset, première conseillère,

M. Lenoir, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2024.

Le rapporteur,

A. LENOIR

Le président,

B. ROHMERLa greffière,

S. CAILLIEU-HELAIEM

La République mande et ordonne au ministre délégué auprès du ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, chargé des comptes publics, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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