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AccueilJurisprudence administrativeN° TA75-2106327

Tribunal Administratif de Paris — Décision N° TA75-2106327

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Paris
SectionTribunal Administratif de Paris
N° DossierTA75-2106327
TypeDécision
PublicationC
Formation4e Section - 3e Chambre
Avocat requérantCABINET CHATAIN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 26 mars 2021 et le 21 juillet 2021, la société 4 août, représentée par Me Piras-Marcet, demande au tribunal :

1°) d'annuler le contrat conclu le 2 février 2021 entre la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA) et la société Madame A afférent au lot n°1 de l'accord-cadre portant sur la communication globale de la CNSA ;

2°) de condamner la CNSA à lui verser une somme de 62 632 euros en réparation de son préjudice économique au titre de son manque à gagner ;

3°) de condamner la CNSA à lui verser une somme de 4000 euros au titre de la prime exceptionnelle prévue au règlement de la première consultation ;

4°) de mettre à la charge de la CNSA la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- son offre aurait été retenue si la procédure avait été reprise au stade de l'analyse des offres comme l'avait indiqué le juge des référés dans son ordonnance du 6 novembre 2020 ;

- la procédure liée à la première consultation était irrégulière, entachée d'une erreur manifeste dans l'application du barème de notation et d'une dénaturation des termes de l'offre ;

- la CNSA ne pouvait légalement lancer une nouvelle consultation pour le même marché mais devait reprendre la procédure au stade de l'analyse des offres sauf à méconnaître les termes de l'ordonnance du juge des référés du 6 novembre 2020 ;

- elle est lésée par la signature du contrat litigieux dès lors qu'elle a été évincée du fait de l'absence de reprise de la procédure au stade d'analyse des offres et a donc intérêt à agir ;

- ayant une chance sérieuse de remporter le marché, elle a droit à l'indemnisation de l'intégralité de son manque à gagner ;

- le contrat étant reconductible quatre années, il convient de prendre en compte un chiffre d'affaires cumulé sur ces quatre années ;

- le chiffre d'affaires qu'elle aurait réalisé dans le cadre du marché dont elle a été évincée représentait 9,06% de son chiffre d'affaires ;

- elle aurait dû percevoir le versement de la prime exceptionnelle afférente à la première consultation ;

- elle a présenté une réclamation préalable le 20 juillet 2021 ;

Par des mémoires en défense, enregistrés le 15 juin 2021 et le 11 octobre 2021, la caisse nationale de solidarité pour l'autonomie, représentée par Me Fayat, conclut au rejet de la requête et à ce que la société 4 août soit condamnée à lui verser une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la société 4 août ne justifie pas d'un intérêt à agir dès lors qu'elle n'a pas été mise dans l'impossibilité de répondre à la consultation ayant aboutie au contrat litigieux ; l'acheteur peut décider de mettre fin à une procédure de passation afin d'éviter les risque tenant aux incertitudes ayant affecté la consultation et le contrat conclu n'est donc entaché d'aucune irrégularité ; la nouvelle procédure de passation a été modifiée afin de prendre en compte l'ordonnance de référé du 6 novembre 2020 ; que la demande indemnitaire n'a pas été précédée par une réclamation préalable ; que la société requérante est tiers au contrat et n'a donc pas été évincée et ne peut demander utilement une indemnisation.

La requête a été communiquée à la société Madame A qui n'a pas présenté d'observations.

Par un courrier du 22 janvier 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité de la requête en l'absence de production du contrat dont l'annulation est demandée.

Par un mémoire enregistré le 24 janvier 2024, la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie a répondu au moyen soulevé d'office.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Voillemot, rapporteure ;

- les conclusions de Mme de Schotten, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Piras-Marcet, représentant la société 4 août et de Me Phan, représentant la CNSA.

Considérant ce qui suit :

1. Par un avis d'appel public à concurrence publié le 16 mai 2020 au Journal officiel de l'Union européenne et au bulletin officiel des annonces de marchés publics, la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA), a lancé une procédure d'appel d'offres ouvert, en application des articles R. 2161-2 à R. 2161-5 du code de la commande publique, pour la passation d'un accord-cadre mono-attributaire à bons de commande, ayant pour objet la définition et la mise en œuvre d'une stratégie de communication globale couvrant la communication institutionnelle, la communication grand public, la communication en appui de l'animation des réseaux de la caisse, et une expertise en conseil stratégique et d'accompagnement dans la mise en œuvre de son programme de communication vers ses différents publics. Cet accord-cadre, d'une durée d'un an, est composé de trois lots, dont le lot n° 1 portant sur le conseil en communication stratégique et opérationnel, la conception-création et la réalisation de dispositifs médias et hors médias (support Print, Web et numériques). La société 4 août, a déposé une offre le 2 juillet 2020 pour le lot n° 1. Par un courrier du 25 septembre 2020, notifié le 1er octobre suivant, la CNSA a informé la société requérante du rejet de son offre, arrivée en deuxième position, derrière celle de la société Dentsu Aegis Network France, attributaire pressenti du contrat. Par une ordonnance du 6 novembre 2020, le juge des référés a annulé la procédure d'attribution du contrat afférent au lot n°1 de l'accord cadre et a enjoint à la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie, si elle entendait conclure le contrat afférent au lot n° 1 de l'accord-cadre, de reprendre la procédure d'attribution de ce contrat au stade de l'examen des offres, en se conformant à ses obligations de publicité et de mise en concurrence. Par un avis publié le 16 novembre 2020, la caisse nationale de solidarité pour l'autonomie a lancé une nouvelle procédure d'appel d'offres ouvert pour la passation d'un marché relatif au lot n°1 ayant pour objet des prestations de conseil en communication stratégique et opérationnel, conception-création et réalisation de dispositifs médias et hors médias. La société requérante a saisi de nouveau le juge des référés le 2 décembre 2020 en interprétation de l'ordonnance. Par une ordonnance du 4 décembre 2020, le juge des référés a rejeté la requête en interprétation. Le marché litigieux a été attribué à la société Madame A et signé le 2 février 2021. La société 4 août demande l'annulation de ce contrat et une indemnisation, notamment, au titre de son manque à gagner.

Sur la recevabilité de la requête :

2. En premier lieu, indépendamment des actions dont disposent les parties à un contrat administratif et des actions ouvertes devant le juge de l'excès de pouvoir contre les clauses réglementaires d'un contrat ou devant le juge du référé contractuel sur le fondement des articles L. 551-13 et suivants du code de justice administrative, tout tiers à un contrat administratif susceptible d'être lésé dans ses intérêts de façon suffisamment directe et certaine par sa passation ou ses clauses est recevable à former devant le juge du contrat un recours de pleine juridiction contestant la validité du contrat ou de certaines de ses clauses non réglementaires qui en sont divisibles. Cette action devant le juge du contrat est également ouverte aux membres de l'organe délibérant de la collectivité territoriale ou du groupement de collectivités territoriales concerné ainsi qu'au représentant de l'Etat dans le département dans l'exercice du contrôle de légalité.

3. Un tiers à un contrat administratif n'est recevable à contester la validité d'un contrat, ainsi qu'il a été dit au point 1, que s'il est susceptible d'être lésé dans ses intérêts de façon suffisamment directe et certaine par sa passation ou par ses clauses. Alors qu'il est constant que la société 4 août a renoncé à présenter sa candidature au nouvel appel d'offre après l'annulation sur sa requête de la procédure d'attribution du marché par l'ordonnance du 6 novembre 2020 du juge des référés du tribunal administratif de Paris, la passation du contrat litigieux avec la société Madame A, ne saurait être regardée comme susceptible de léser de façon suffisamment directe et certaine ses intérêts. Par suite, la société 4 août ne justifie pas d'un intérêt pour agir contre le contrat signé le 2 février 2021 entre la CNSA et la société Madame A. Par ailleurs n'étant pas candidat d'évincé, elle ne peut pas davantage demander une indemnisation au titre du manque à gagner ni demander la prime exceptionnelle prévue au règlement de la première consultation.

4. En second lieu, aux termes de l'article R. 412-1 du code de justice administrative : "La requête doit, à peine d'irrecevabilité, être accompagnée, sauf impossibilité justifiée, de l'acte attaqué () ". Ces dispositions sont applicables au recours intenté par un tiers pour contester la validité d'un contrat administratif et imposent au demandeur de produire le contrat qu'il conteste ou de justifier de l'impossibilité d'en obtenir communication par la personne publique.

5. La société 4 août n'a pas produit le contrat attaqué, conclu le 2 février 2021 avec la société Madame A, malgré une demande de production adressée en ce sens par le tribunal le 8 janvier 2024. La seule demande, datée du 23 janvier 2024, adressée par la société requérante à la CNSA, à moins de trois jours de l'audience, la sommant de produire sous 48 heures le contrat conclu le 2 février 2021, ne saurait être de nature à démontrer une impossibilité de produire ce contrat. Ainsi, la requête de la société 4 août est irrecevable pour défaut de production du contrat attaqué.

6. Il résulte de tout de qui précède que la requête de la société 4 août, irrecevable à double titre, doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu de mettre à la charge de la société 4 août la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la CNSA, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société 4 août est rejetée.

Article 2 : La société 4 août versera à la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société 4 août, à la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie et à la société et à la société Madame A.

Délibéré après l'audience du 26 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Simonnot, président,

Mme Voillemot, première conseillère,

M. Paret, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.

La rapporteure,

C. VOILLEMOT Le président,

J-F. SIMONNOT

La greffière,

S. RAHMOUNI

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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